Suite à mon billet d'hier (mardi 10 juillet 2007), Le Christ s'est arrêté à Eboli de Francesco Rosi (1979), projeté pendant le Festival Paris Cinéma, est l'un des films les plus connus de son réalisateur, et c'est justifié. Adapté d'un récit autobiographique de Carlo Levi, l'histoire se passe en 1935. Mussolini est au pouvoir depuis 13 ans. Le Duce s'apprête à faire la guerre pour conquérir l'Ethiopie. Tous les opposants politiques ou considérés comme tels, comme les militants communistes, les peintres, les écrivains "subversifs", ne sont pas emprisonnés mais déplacés dans des villages comme Eboli dans le Sud de l'Italie. Même les Essais de Montaigne sont interdits. La signification du titre du film nous est rapidement donnée. Eboli est un endroit au bout du bout du monde, dans un paysage quasi désertique. Le modernisme n'est pas arrivé jusque là. Mais que l'endroit est beau. Carlo Levi, peintre avec des notions de médecine, arrive en train puis en voiture. Un chien dénommé "Baron" devient son compagnon. Logé pendant tout le début du film chez une veuve, sa grande chambre aux murs de pierre comprend une  fenêtre. Il dort dans un des lits au matelas fait de paille. Assigné à résidence et obligé de signer un registre tous les jours, il rencontre le podestat du village très imbu de sa personne. Sinon pendant la première heure du film, Carlo Levi observe les femmes et les hommes, la plupart vêtus de noir. Ils vivent de l'élevage des chèvres, des poules et des cochons. L'oeuvre quasi documentaire est illustrée d'une très belle musique. On entend les discours de Mussolini en arrière-plan. Carlo Levi n'est pas le seul assigné dans le village mais il est tenu de ne pas rencontrer les autres. Il croise seulement deux communistes qui ne disent pas un mot. Après la visite de sa soeur, il acquiert une très belle demeure avec une terrasse d'où la vue magnifique laisse sans voix. Il engage une femme qui lui fait le ménage. Le marmot qui l'accompagne ressemble à un angelot. On sent une immense tendresse de la part de Rosi. Gràce à ses connaissances médicales, Carlo arrivera à se faire accepter par toute la population. Son assignation sera levée après la victoire laborieuse de Mussolini en Ethiopie en mai 1936. Le Christ s'est arrêté à Eboli, coproduction franco-italienne, a bénéficié de techniciens de grands talents : Tonino Guerra (scénariste avec Rosi), Pasqualino de Santis (photo admirable) et Ruggero Mastroianni (montage). J'émetttrai un petit bémol en ayant constaté quelques ellipses ou raccourcis dans le récit. On sent qu'il y a des manques. Francesco Rosi a monté une version télévisée de 3 heures et demie. Cela vaudrait la peine qu'elle soit rediffusée un jour.