25 mars 2008
Les disparus - Daniel Mendelsohn
Prix Médicis étranger 2007 et prix 2007 du magazine Lire, Les disparus de Daniel Mendelsohn (Editions Flammarion) n'est pas un roman. Ce gros récit biographique de 630 pages décrit l'enquête de l'écrivain et sa recherche pour savoir ce qui est arrivé à un grand-oncle appelé Schmiel, sa femme Esther et leurs quatre filles à Bolechow, située en Pologne Orientale dans la province de Galicie (maintenant faisant partie de l'Ukraine), pendant la Seconde Guerre Mondiale. Au dos d'une vieille photo représentant Schmiel, le grand-père de Daniel Mendelsohn avait écrit que son frère avait été tué par les nazis. L'enquête qu'ont menée Daniel Mendelsohn et un de ses frères, Matthew, photographe, les a emmenés de par le monde, à Sydney en Australie, à Stockholm, à Copenhague, en Israël, à Vienne, en Ukraine et en Pologne. Pas à pas, grâce à des témoignages directs ou indirects de survivants interrogés et filmés qui ont connu ou cotoyé la famille de Schmiel, qui était boucher et un notable dans la ville, Daniel Mendelsohn s'approche d'une certaine vérité sur les circonstances qui ont fait disparaître cette famille. Des quelques 3000 juifs (dont faisait partie la famille de Schmiel) qui ont vécu à Bolechow avant la seconde guerre mondiale, seuls 48 ont survécu. Les presque 3000 autres ont été, au cours de 3 "Aktionen" entre 1941 et 1943, abattus et jetés encore vivants dans des charniers (la Shoah par balles). Quelques-uns, dont Esther, ont été envoyés au camp de Belzec en 1942. Les deux derniers survivants de la famille, le père et l'une des filles, se sont cachés entre 1942 et 1943 dans une cave grâce à des Polonais. Malheureuseusement dénoncés plus tard, ils seront pris et abattus. Tout le livre est illustré de photos prises par Matt. Ce sont le plus souvent des lieux visités ou des portraits de ceux qui ont apporté leur témoignage. Daniel Mendelsohn, au début du livre, raconte que, dès 1939, Schmiel avait appelé à l'aide, en envoyant une lettre (demeurée sans réponse) à un membre de sa famille d'Amérique pour que ses filles soient rapatriées aux Etats-Unis. Au commencement de certains chapitre, Daniel Mendelsohn évoque, en caractères italiques, des passages de l'Ancien Testament: Caïn et Abel, Sodome et Gomorrhe, etc. Ces parenthèses bibliques, mises à part ce qu'elles évoquent, aèrent bien un texte qui, tant par le sujet que par le style, m'a paru un peu pesant. Mais, sur les 650 pages du livre, les 150 dernières sont vraiment captivantes avec la description d'un périple d'un des témoins interrogé qui est parvenu à s'enfuir de Bochechow. Plus de 60 ans après, on ne peut qu'admirer le travail titanesque de Daniel Mendelsohn pour évoquer des membres de sa famille disparus dans la nuit et le brouillard du génocide nazi.
Commentaires
Il me semble (mais je me trompe peut-être) que ce "roman" a été mis en parallèle avec "les bienveillantes", non?
Réponse à Coumarine
Oui, on a dit du récit "Les disparus" que c'était "l'anti-bienveillantes". Les Bienveillantes c'est un "roman", "Les disparus" sont une enquête sur des personnes ayant existées.
je n'en ai lu que du bien, donc il me tente, je vais attendre une sortie poche
Un cadeau de Noël que je n'ai pas encore eu le temps de lire
Merci pour ce compte-rendu !
Je suis très tentée par ce livre, mais je vais attendre un peu avant de me lancer dans une telle histoire !
je ne l'ai toujours pas lu non plus et il est dans ma liste... Mais ça y est! j'ai la route dans mon sac! yes!
J'avais commencé à le lire et j'ai assez vite abandonné...mais je m'y remettrais bien!
Quant-aux ""Bienveillantes", j'ai abandonné et je ne crois pas que j'y retournerais...des pages avec une énumération de chiffres (pertes humaines et matérielles de la guerre)ont interrompu très vite ma lecture.
Ce livre m'avait attiré l'oeil et vu ton commentaire je pense que si je le trouve à la bibliothèque je me laisserai tenter ;)
Un livre magnifique , une bouffée d'humanité... L'anti-bienveillantes? Oui, vous avez raison de préciser ( ça ne l'a pas été assez fait à mon avis dans le grand débat autour des Bienveillantes), l'un est un roman, l'autre ne l'est pas.A n'en lire qu'un, je crois qu'il faut lire Les disparus, Les Bienveillantes, si on ne le prend pas pour ce qu'il est , c'est à dire un roman mettant en scène un psychopathe typique dans certaines circonstances historiques , a un côté pervers qui m'a beaucoup gênée..
