Je voudrais d'abord parler des éditions Sillage qui ont publié Les Golovlev. Je ne connaissais pas. Ce sont, paraît-il, huit étudiants férus de littérature qui ont créé cette maison d'édition en 2001. Ils publient des textes qui étaient indisponibles depuis longtemps et même parfois jamais édités. Dans leur catalogue, on trouve des textes peu connus de Conrad, Hoffmann, Baudelaire, Huysmans, Melville. Ils ont un site internet, http://www.editions-sillage.com. J'évoquerai maintenant le format du livre que j'ai en mains, c'est de la taille d'un missel (11x17,5 cm). Cela tient très bien dans un sac à main (sans s'abîmer). Les pages sont épaisses comme du velin. Au Salon du Livre à Paris où j'ai fait une petite visite, j'ai pu voir d'autres titres du catalogue.
Pour en revenir aux Golovlev, c'était la première fois que j'entendais parler de l'écrivain, M.E. Saltykov-Chtchedrine (1826-1889). Il s'est inspiré de sa propre famille pour certains personnages de cette histoire (publiée en 1880) qui décrit la décadence d'une famille de propriétaires terriens et d'âmes au temps du servage et des moujiks en Russie. Avant de paraître en un volume, le roman était paru entre 1875 et 1880 en fragments formant les différents chapitres du roman. On peut presque les lire indépendamment les uns des autres. Nous sommes dans les années 1860. Une femme, Aridna Petrovna, gère le domaine des Golovlev d'une poigne de fer. Mariée à un homme sans personnalité, elle a pris la direction du domaine. Elle est la mère de quatre enfants dont elle s'est complétement désintéressée. Même si elle les craint, en même temps, elle les domine. Elle en a fait des êtres faibles, hypocrites et veules. Aridna est radine et méchante et vit chichement. Les domestiques aussi en font les frais. Mais, en 1861, le servage est aboli et la chute de la maison Golovlev commence. Trois des enfants meurent relativement jeunes, alcooliques et tuberculeux. Le fils survivant, Porphyre Vladimirytch (surnommé Judas et peut-être pire que sa mère), verra le déclin de sa famille après la fin tragique de ses deux fils et deux nièces. Roman que j'ai lu très vite grâce à une écriture très enlevée et que j'ai été heureuse de découvrir. J'aime beaucoup ces romans russes du 19ème siècle. Cela m'a fait penser à Gogol.