17 mai 2008
L'étrange disparition d'Esme Lennox Maggie O'Farrell
J'ai acheté par hasard ce roman, attirée par la couverture qui représente un beau portrait de femme prise au niveau du buste. Elle se tient les yeux baissés. L'Etrange disparition d'Esme Lennox est le 4ème roman de Maggie O'Farrell (publié aux éditions Belfond), mais c'est le premier que je lis de cette femme écrivain irlandaise. J'ai été touchée par cette histoire d'Esme (Euphemia) Lennox, enfermée plus de 60 ans dans un asile psychiatrique, à partir de l'âge de 16 ans, par ses parents qui n'on pas supporté son comportement hystérique (suite à un traumatisme ignoré des siens). Ils ont considéré qu'elle avait un comportement qui ne sied pas à une jeune fille. La structure de l'histoire est éclatée entre des bribes du récit qui se passe pendant l'enfance d'Esme et de sa soeur Kitty, en Inde puis en Ecosse jusqu'au moment du drame qui aboutira à l'enfermement d'Esme et le noyau du texte qui se passe de nos jours au moment où Esme va enfin sortir de cet asile fermant pour raison administrative. C'est une parente qui va la prendre en charge temporairement. Il s'agit d'Iris, sa petite-nièce. Iris ignorait jusqu'à l'existence de cette grande-tante. Elle-même connaît des problèmes sentimentaux, tiraillée entre Alex, son frère d'adoption et Luke, un homme marié. Esme, de son côté, malgré tout ce qu'elle a subi, semble avoir toute sa tête et des souvenirs remontent à la surface. C'est loin d'être le cas de Kitty qui souffre de la maladie d'Alzheimer et finit ses jours dans une institution spécialisée. C'est là que se jouera le drame final qui clôt ce beau roman que je recommande.
15 mai 2008
Deux jours à tuer - Jean Becker
Après Dialogue avec mon jardinier (mon billet du 17/06/07), Jean Becker signe, avec Deux jours à tuer, un film que l'on n'oublie pas grâce à la prestation d'Albert Dupontel. Je viens de lire des critiques négatives de la part de blogueurs (comme celle de neil) mais aussi des positives comme celle de ffred, les critiques journalistiques ne sont en revanche pas très tendres en général. Il faut, je crois, accepter le parti pris du comportement d'Antoine (Albert Dupontel) de se faire détester en deux jours auprès de personnes dont il était proche jusqu'alors. Je n'ai pas deviné tout de suite ce qu'il lui arrive. Quand j'ai enfin compris, je me suis dit qu'il s'y prenait mal surtout vis-à-vis de sa femme et de ses enfants. Il aurait peut-être fallu qu'il ait ce comportement odieux plus tôt. Dans la dernière partie du film, j'ai apprécié les paysages d'Irlande qui sont magnifiques, et quel plaisir de retrouver Pierre Vaneck. L'histoire est adaptée d'un roman que je ne connais pas. Pour en revenir au sujet, quelle serait notre réaction si cela nous arrivait? Devant une telle situation, chacun réagit à sa façon. La chanson du générique de fin "Le temps qui reste" (paroles Jean-Loup Dabadie, désormais de l'Académie française) est récitée par Serge Reggiani (poignant).
13 mai 2008
Films vus et non commentés depuis le 13 avril 2008
Une fois de plus (les précédents sont ici), voici un billet sur des films vus parce que j'aime aller au cinéma mais dont je suis sortie plutôt déçue.
Angles d'attaque (Vantage Point) de Pete Travis. J'ai bien aimé le procédé du film : revoir les mêmes 23 minutes sous des angles différents selon des personnages qui jouent un rôle dans un attentat meurtrier à Salamanque en Espagne. Il est vrai que cela peut sembler répétitif au bout d'un moment. En revanche, le mobile des terroristes n'est pas clair et il est dommage que Saïd Taghmaoui joue (une fois de plus) les méchants de service.
Ce que veut Lola (What Lola wants): que dire à part que c'est terriblement factice. A New-York, Zack, un Egyptien, (juste avant son retour au Caire), tombe amoureux de Lola (très jolie blonde), postière (américaine) qui pendant son temps libre passe des auditions de danse sans succès. Mais comme elle rêve d'apprendre la danse du ventre, elle s'envole toute seule pour le Caire afin de prendre des cours auprès d'une grande danseuse. Il y a de la jolie musique, les comédiennes sont jolies à regarder. Le garçon qui joue Zack (pas à l'aise du tout) a les canines de Dracula (comme m'a dit ma voisine et collègue d'à côté). L'histoire est totalement invraisemblable. Dès le départ, les dialogues et les situations sonnent faux. On n'y croit pas une minute. Je ne peux pas dire que je me suis ennuyée mais je le déconseille. Peut-être qu'en "vraie" comédie musicale sur une scène, l'ensemble aurait été plus réussi.
Jeux de dupes (Leatherhead) de et avec George Clooney. Si vous n'êtes pas familier avec le football américain et ses règles, si vous n'êtes pas sensible au sourire du beau George (qu'il a sur les lèvres tout le long du film), si vous trouvez que Renée Zellweger n'est pas Katherine Hepburn, alors passez votre chemin. Le film n'a pas le charme des comédies d'antan. J'ai presque commencé à m'ennuyer dès les 3 premières minutes.
Le grand alibi de Pascal Bonitzer. A part Pierre Arditi et Miou-Miou, je ne sauve rien de ce film médiocre, ennuyeux dans lequel il n'y a pas un brin de fantaisie, de légèreté. J'ai trouvé des grossièretés dans les dialogues (des femmes) complètement hors de propos. C'est encore moins bon que L'Heure zéro (mon billet du 08/11/2007). Pauvre Agatha Christie!
11 mai 2008
La dilettante - Pascal Thomas
J'ai acheté ce film en DVD très récemment car je voulais le faire découvrir à mon ami. La Dilettante de Pascal Thomas (1999) m'avait plu lors de sa sortie en salle et j'ai encore eu un grand plaisir à le visionner. Il y a un charme indéniable qui se dégage et les dialogues sont savoureux. Pour mon ami, ce ne fut pas le même enthousiasme. Il a réagi presque violemment devant le personnage de Pierrette Dumortier (la géniale Catherine Frot). C'est le genre de personnage qui le crispe ainsi que ce milieu bourgeois d'où elle vient. Et pourtant, je l'aime beaucoup, Pierrette et son dilettantisme. Elle vient de quitter la Suisse et son mari pour revenir à Paris auprès de ses deux enfants (de pères différents). Squattant chez son fils à Bobigny, elle trouve un emploi de "pion" dans un collège "difficile". Elle s'en tire très bien. Puis, plaquant tout, du jour au lendemain, parce qu'elle est payée trois fois plus, elle se retrouve caissière dans un bistrot où elle se fait aimer des clients et des employés. Pour enfin se retrouver la collaboratrice d'un marchand d'art et d'antiquités (peu scrupuleux) dont elle partage l'appartement et le lit. Entretemps, elle tombe amoureuse d'un prêtre et elle n'est pas satisfaite du tout du sort de sa fille (qui vit dans la demeure de la nouvelle femme de son père). Les relations mère/fille sont houleuses. Sa fille lui reproche d'être une mère à mi-temps, d'être une dilettante (Pierrette prend ce mot pour une insulte). Quand par un malheureux concours de circonstances (extorsion innocente d'une pendule achetée à bas prix), Pierrette se retrouve en prison, elle montre qu'elle peut "craquer" en ayant une crise de nerfs bien compréhensible. Heureusement, grâce à une vieille dame jouée par l'épatante Odette Laure, Pierrette se sort de ses ennuis. On peut supputer, comme elle quitte la France, qu'elle va exercer ailleurs son dilettantisme. Encore une fois, j'ai passé un excellent moment en compagnie de Pierrette. J'aimerais bien qu'il y ait une suite.
09 mai 2008
Le banc - Gérard Sibleyras
Cette nouvelle pièce étant à l'affiche à Paris avec les représentants publicitaires d'une compagnie d'assurances (pardon, avec Philippe Chevallier et Régis Lespalès), je suis allée voir Le banc dès les premiers jours: le prix des places est divisé par deux pendant une semaine dans certains grands théâtre de la capitale. Depuis, j'ai su que quand on va voir Le banc à deux, on ne paye qu'une place jusqu'au 11 mai 2008. Je ne sais pas si c'est très bon signe... Quand j'y suis allée, j'ai senti que le public était acquis. Les gens ont beaucoup ri (moi, un peu moins). La pièce n'est pas déplaisante mais elle permet surtout à deux comédiens qui se connaissent bien de se renvoyer la balle. Ils interprètent deux musiciens qui jouent à quatre mains sur un piano depuis vingt ans. Ils partagent le même banc. Toute la pièce se déroule dans un chalet tyrolien à la frontière austro-italienne. Ils doivent répéter leur prochain récital pour le Japon. On ne les voit (bien évidemment) jamais répéter, mais en revanche, suite à un entretien donné par l'un à un journaliste, l'autre a pris assez mal certains propos. C'est l'occasion de s'envoyer des piques et de se dire ses quatre vérités. Pendant ce temps, le banc rétrécit et finit par disparaître (c'est la bonne idée de la pièce). A moins d'avoir déjà envie d'admirer ces deux comédiens seuls en scène, vous pouvez vous dispenser de ce spectacle.
07 mai 2008
Monkey Business - Norman Mc Leod
J'ai vu Monkey Business (Monnaie de singe) (1931), mon premier film avec les Marx Brothers, avec mon ami, parce qu'il fallait que nous utilisions des places de cinéma du réseau Action avant leur date de péremption. Franchement, je trouve que ce film a mal vieilli. Et puis, il faut vraiment être anglophone pour pouvoir savourer les jeux de mots: les dialogues vont à toute allure, bien trop vite pour que les sous-titres traduisent tout. L'histoire se résume à une suite de saynètes: 4 passagers clandestins sur un bateau de croisière (Groucho, Harpo, Chico et Zeppo Marx) vont y semer le trouble. Le film se finit en queue de poisson plutôt abruptement dans une grange avec une vache (je n'exagère pas). Les deux seuls moments de grâce sont les deux prestations musicales d'Harpo et Chico (à la harpe et au piano): quel talent! A part ça, je dirais qu'aujourd'hui, c'est plutôt un film pour cinéphiles qui veulent compléter leur connaissance du cinéma qu'autre chose.
Petite anecdocte: il n'y avait pas beaucoup de monde dans la salle - dernière nous, une petite famille dont j'ai l'impression qu'au moins l'un des jeunes enfants s'est endormi pendant le film, et presque personne n'a ri.
05 mai 2008
Exposition "Le mystère Lapérouse" - Musée de la marine (Paris)
J'ai entendu parler pour la première fois de Jean-François Galaup de la Pérouse lors d'un séjour à Albi (où il est né en 1741). D'ailleurs, un petit musée lui est consacré dans cette ville. Pour les parisiens et tous les autres (si vous passez par Paris), allez voir l'exposition Le mystère Lapérouse qui a lieu au musée de la marine (au Trocadéro) jusqu'au 20 octobre 2008. L'exposition se passe dans un sous-sol qui doit presque faire toute la surface du Musée que l'on traverse. Pour ceux qui ne connaissent pas le musée, y sont rassemblées un nombre impressionnant de maquettes plus ou moins grandes de bateaux français et étrangers (une des plus belles collections au monde). A l'entrée de l'exposition proprement dite, sont proposés des audiophones (sans supplément de prix) qui permettent d'avoir les explications nécessaires et de bien comprendre l'expédition qu'effectuèrent le capitaine Lapérouse et 226 hommes répartis sur deux flûtes à coques larges, "la Boussole" et "l'Astrolabe", pendant plus de trois ans entre le 1er août 1785 et le 10 mars 1788 (date des dernières nouvelles de l'expédition). Des cartes maritimes, des textes, des lettres, des grands panneaux où sont inscrites les dates importantes des escales, des objets recueillis dans les épaves ou alors des instruments scientifiques similaires à ceux embarqués, permettent de retracer le long périple semés d'embûches et qui s'est tragiquement terminé près de l'île de Vanikoro au large de l'Australie. Cette expédition à caractère scientifique et géographique devait durer quatre ans, jusqu'en 1789. C'était une sorte de continuation des explorations de James Cook (tué par des indigènes à Hawaï en 1779). Les Français ont permis de faire et de confirmer la cartographie de la côte nord-ouest de l'Amérique et de la côte nord-est de l'Asie. Cette exposition prend en compte les découvertes archéologiques sur l'île de Vanikoro, y compris lors des dernières expéditions en 2005. Je déconseillerais aux personnes intéressées d'emmener de très jeunes enfants (comme c'était le cas le jour où j'y suis allée), ils se lassent vite et ont du mal à se concentrer sur les explications audiophoniques. Les personnes ayant des problèmes avec la station debout prolongée doivent savoir que, pour bien profiter de l'exposition, il faut rester presque deux heures, à cause de la longueur des commentaires à écouter devant chaque vitrine. Pour éviter de se ruiner dans l'achat du très beau livre aux Editions Musées Nationaux, achetez le petit fascicule à 6 euros à l'entrée du musée qui est très bien fait et l'essentiel y est.
03 mai 2008
L'Ile nue - Kaneto Shindô
J'avais acheté ce DVD depuis au moins un an si ce n'est davantage. C'est mon ami qui l'a déniché dans une de mes "piles à voir" et nous l'avons regardé. L'Ile nue, Grand Prix du Festival de Moscou en 1960, n'est pas un film muet mais un film sans paroles avec de la musique et quelques bruits par-ci par-là. Aucune parole n'est échangée entre les protagonistes. C'est un parti pris du cinéaste qui n'est pas si gênant à la longue. On se concentre sur l'image, sur ce qu'on voit. Depuis l'île aride qu'ils habitent, un couple de paysans pauvres effectue encore et encore, à longueur d'année, les mêmes très longs trajets en barque pour conduire (vers le continent ou une plus grande ïle) un de leurs garçons à l'école, mais surtout pour aller chercher de l'eau douce qu'ils recueillent dans deux tonnelets très lourds placés à chaque bout d'une grosse perche pour former un balancier sur les épaules. Chaque pas est un effort, il ne faut pas tomber malgré la lourdeur de la charge. Cela leur permet, quand ils sont de retour sur l'île, d'arroser leurs cultures en terrasse sur cette île pentue. Ils s'échinent à faire pousser des grains et autres productions, qu'il pourront vendre pour se procurer un peu d'argent.
Sur l'eau, c'est soit le mari qui manie la godille, soit la femme. On note le contraste qui apparaît avec d'autres barques à moteur, qui vont bien évidemment plus vite et sans fatigue. Le rapport au temps est intéressant: d'un côté, la répétition immuable des mêmes gestes (puiser l'eau, la transporter en barque, l'amener aux plantations, arroser...), jour après jour. De l'autre, le passage accéléré des trois saisons (annoncées à l'écran) que dure cette action immobile. Lors de la saison des pluies, le contraste est saisissant entre la violence de la pluie, qui inonde presque ces plantations, et leurs efforts dérisoires pour les arroser avec parcimonie le reste du temps. Une scène donne à penser que la famille sait se distraire lors de la prise d'un poisson par les enfants qui pêchent à la ligne, l'occasion leur est donnné d'une sortie "à la ville". En revanche, j'ai été frappée par la violence qui apparaît à deux reprises: lorsque le mari gifle sa femme parce qu'elle a fait tomber un des deux tonnelets d'eau qu'elle transportait; et lors de la crise de désespoir de cette femme, folle de douleur après l'enterrement d'un de ses deux fils: elle arrache une partie de ces plantations pour lesquelles ils se donnent tant de mal, puis elle s'effondre à terre, sous le regard impuissant du mari, avant de se relever et de se remettre au travail. Pour ceux qui ne connaissent pas ce film et veulent tenter une expérience, essayez de le voir.
01 mai 2008
Blake et Mortimer - Edgar P. Jacobs
A l'occasion de la sortie du 18ème album de Blake et Mortimer, Le sanctuaire du Gondwana d'après les personnages créés par le Belge (comme Hergé) Edgar P. Jacobs, dessiné pour la 4ème fois par Sente et Julliard (moyen, moyen), je voudrais évoquer les albums écrits et dessinés par E. P. Jacobs lui-même. C'était quand même autre chose comme scénarii, dessins, couleurs. Quand j'avais refermé le livre, je me disais, "heureusement que ce n'est que de la fiction". En effet, à la fin de chaque album, on avait assisté à une sorte d'apocalypse qui provoquait des pertes de milliers voire des millions de personnes et des villes comme Paris ou Pékin étaient rayées de la carte. Blake et Mortimer sont deux britanniques "très british", Francis Blake est anglais et capitaine dans l'aviation, Philip Mortimer, d'origine écossaise, est un scientifique. Ils sont entraînés dans des histoires où l'ordre et la sécurité du monde sont souvent en danger et à chaque fois, ils se retrouvent confrontés avec un adversaire de taille très intelligent, prêt à tout pour devenir le maître du monde, j'ai nommé Olrik (on ne connaît pas son prénom), le méchant qui d'un album à l'autre s'en sort plus ou moins bien. On le croit mort ou disparu à jamais à la fin de chaque aventure, et bien pas du tout. J'ai découvert Blake et Mortimer très tard mais je ne le regrette pas. Mes albums préférés sont Le secret de la Grande Pyramide, La Marque jaune et le Piège diabolique. Tous les albums d'Edgar P. Jacobs, réédités régulièrement, sont a priori disponibles (sauf Le Rayon U?). D'abord parus aux éditions du Lombard puis chez Dargaud, ils sont maintenant publiés par les éditions Blake et Mortimer.
