jeudi 3 juillet 2008

L'affaire de Road Hill House - Kate Summerscale

Ce livre, L'affaire de Road Hill House de Kate Summerscale, éditions Christian Bourgois (2008), est le récit d'une affaire judiciaire qui a défrayé la chronique en 1860, en Angleterre dans la région de Bath. Dans une belle demeure bourgeoise, dans la nuit du 29 au 30 juin 1860, Francis Saville Kent, garçonnet plein de vie, est étouffé et poignardé. Son corps sera retrouvé dans la fosse septique (à l'écart de la maison) le lendemain. Sur place, des policiers font les premières constatations puis un détective de Scotland Yard de Londres est mandé sur place. Jonathan Whicher, tel est son nom, est un fin limier et presque une légende. Les premiers romans "de détective" publiés à cette époque (écrits par Wilkie Collins, Charles Dickens ou Mary Elizabeth Braddon) prennent Whicher ou un de ses collègues comme modèle. D'autres livres s'inspirant de l'affaire sont parus en grand nombre. Le livre de Kate Summerscale est une reconstitution précise et très bien documentée de toute l'affaire grâce aux archives judiciaires, journaux, magazines, livres et brochures. Kate Summerscale nous présente les protagonistes principaux qui ont vécu cette tragédie. Il y a le père de la petite victime, Samuel Kent, sous-inspecteur des manufactures, et sa deuxième épouse, Mary, enceinte au moment du drame. Sa première femme, Mary-Ann, morte prématurément, avait souffert de problèmes neurologiques. Cela n'a pas empêché Samuel de lui faire au moins 10 enfants dont seulement quatre ont survécu (trois filles et un garçon), qui vivent tous ensemble dans la demeure de leur père. D'ailleurs Mary, avant de devenir la deuxième Mme Kent, a été plus ou moins la nourrice de deux d'entre eux: Constance et William. A part le petit Francis, Samuel et Mary ont eu quatre autres enfants dont deux nés après l'assassinat. Cette même demeure abrite aussi trois jeunes domestiques. D'autres vivent dans le village voisin. Après un ou deux jours d'enquête, quelques interrogatoires et grâce à une pièce à conviction d'ordre vestimentaire trouvée et disparue ensuite, Whicher a rapidement une intime conviction, comme on dit en français, sur l'identité du ou de la coupable (quelqu'un de la maisonnée) mais il n'a pas de preuves. C'est seulement 5 ans plus tard, en 1865, lorsque l'affaire sera presque oubliée, que la personne coupable fera des aveux, sera condamnée à 20 de prison, finira sa vie en Australie et mourra centenaire (Kate Summerscale laisse planer un doute sur le fait que la personne ait agi seule ou avec quelqu'un qu'elle protège). Le mobile du crime (qui est prémédité) reste un peu flou. C'est vraisemblablement la jalousie au sein de la famille. Je tiens à ne pas tout dévoiler. Je complèterais en disant que Kate Summerscale évoque bien cette époque où la notion de "classe" est essentielle. Elle explique que l'intrusion de policiers dans ces grandes familles bourgeoises était vécue comme une atteinte à leur vie privée. Les policiers n'appartenaient pas au même monde. Elle montre aussi que Samuel Kent n'était pas très aimé par les villageois et les gens des environs de par sa profession d'inspecteur des manufactures. C'était une époque où les enfants travaillaient à l'usine dans des conditions épouvantables, mais le maigre salaire qu'ils rapportaient était nécessaire, et pourtant Samuel Kent en faisait renvoyer quelques-uns pour les sauver au grand dam des familles. Ceci étant, ce meurtre va bien évidemment laisser des séquelles au sein de cette famille qui déménage peu après et part au Pays de Galles. Kate Summerscale nous fait part de ce qui arrive à tous les personnages de l'histoire, détective compris. Elle complète son récit en publiant quelques photos d'époque. La photo de la couverture du livre (prise par l'écrivain) représente, en noir et blanc, la demeure de Road Hill, aujourd'hui. A mon avis, ce récit présente davantage d'intérêt qu'un roman policier classique.

PS: j'ai été très touchée de découvrir que M. Claude Le Nocher, qui reprend régulièrement certains de mes billets "polars" ou "suspense" dans une rubrique de son blog, a, cette fois-ci, rédigé une gentille introduction avant de publier intégralement mon billet.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,


Commentaires sur L'affaire de Road Hill House - Kate Summerscale

eh ben voilà, ce livre fait partie de ceux que j'ai achetés lundi et qui m'ont fait rater la séance pour "Eldorado" : Amanda a beaucoup aimé et son billet m'a couté 25 euros alors j'espère que le livre me plaira !

Posté par Ys, jeudi 3 juillet 2008 à 10:48

Mon banquier me somme de l'attendre sagement en poche !

Posté par cathulu, jeudi 3 juillet 2008 à 13:24

ce titre est déjà sur ma LAL...pour la PAL...je vais attendre encore un peu !

Posté par loulou, jeudi 3 juillet 2008 à 20:23

je suis contente de voir qu'il t'a plu ! oui, il se lit comme un policier, en mieux !

Posté par amanda, vendredi 4 juillet 2008 à 09:44

J'ai vraiment hâte de découvrir ce livre !!

Posté par Florinette, vendredi 4 juillet 2008 à 17:13

"Davantage d'intérêt qu'un roman policier classique" : je note... La liste s'allonge. Merci de me faire découvrir tous ces ouvrages! Anne.

Posté par 4nn3, vendredi 4 juillet 2008 à 18:54

Ah, lu également d'une traite! Passionnant, surtout pour tous ceux qui, comme moi, aiment- ou ont aimé- les bons vieux romans policiers anglais

Posté par Marie, jeudi 17 juillet 2008 à 20:33

Pas encore lu parce qu'au moment de l'emprunter à la bibliothèque, il était déjà pris, mais je vais le réserver.

Posté par Yv, jeudi 30 octobre 2008 à 13:54
Poster un commentaire