Il divo, masculin de "La Diva", c'est Giulio Andreotti (aussi surnommé l'Inoxydable, le Sphinx, Il gobetto [le joli Petit-Bossu], Belzebuth, le Renard, le Moloch, la Salamandre, le Pape noir, l'Homme des ténèbres), homme politique italien qui a régné sur la Péninsule pendant un demi-siècle en tant que président du conseil (il a été nommé sept fois à ce poste, qui échoit au chef du parti ou de la coalition majoritaire). Le réalisateur a trouvé l'acteur qu'il fallait pour incarner Andreotti en la personne de Toni Servillo. Il est grandiose, Toni Servillo, que j'ai découvert dans Gomorra. Pour incarner son personnage, il porte des lunettes, il a les oreilles décollées et l'air engoncé, et quel plaisir de l'entendre dire son texte. Dans une scène, il récite un monologue comme s'il était sur une scène de théâtre: les spots s'allument et on est complètement captivé par cette langue italienne dite par la voix doucereuse de l'acteur. Les reparties sont souvent drôles: quand il dit, par exemple, que Dieu ne vote pas mais les prêtres si. Je n'ai rien révélé de l'histoire, assez irracontable car, à moins d'être familier de la vie politique italienne des 50 dernières années, on ne comprend pas forcément les tenants et les aboutissants. Ce n'est pas bien grave puisque la forme du film est aussi importante que le fond. Pour la petite histoire, on apprend qu'Andreotti souffre de migraines terribles qu'il soigne par acupuncture ou par un médicament qu'il essaie de faire commercialiser (en vain). Le personnage a donc aussi ses faiblesses. Sa femme est toujours à ses côtés ou pas loin. Les personnes qui entourent Andreotti sont présentés au fur et à mesure. Pour ce faire, leur nom et fonction apparaissent en rouge sur l'écran dès qu'ils sont à l'image. L'histoire se passe au moment où Andreotti est accusé de collusion avec la mafia, et d'être en partie responsable de la mort d'Aldo Moro (de l'avoir laissé exécuter), du Général della Chiesa, d'un journaliste. Il échoue à l'élection au poste de Président de la République italienne. Il est traduit en justice, condamné à une lourde peine, puis relaxé. C'est un film que j'ai vu deux fois. La première fois, j'avais loupé les  cinq premières minutes (elles sont importantes comme toutes les autres). Je suis prête à y retourner une troisième. C'est totalement jubilatoire! Et cela donne envie de mieux connaître la politique italienne de ces dernières années. C'est un véritable roman. Andreotti, 90 ans cette année, n'a pas apprécié le film, et c'est dommage car je trouve que son personnage n'est pas négatif. Comme on l'entend à un moment donné, les gens ne sont ni des anges, ni des démons. Lui, il est aussi humain que les autres. C'est un des coups de coeur de ffred.