mercredi 29 avril 2009

Villa Amalia - Benoît Jacquot

Il faut tout de suite prévenir que, si vous êtes allergique à Isabelle Huppert, vous devez passer votre chemin. Pour les autres (dont je fais partie), allez voir Villa Amalia de Benoît Jacquot, où Isabelle Huppert irradie dans un rôle qui semble écrit pour elle. Parce qu'Ann (Isabelle Huppert) surprend l'homme avec qui elle vit depuis 15 ans, Thomas (Xavier Beauvois), dans les bras d'une autre, un déclic se fait: elle veut "disparaître", changer de vie. Elle vend tous ses biens, même ses trois pianos (elle est compositeur-interprète classsique), renonce à ses concerts, résilie ses comptes bancaires, etc. La seule personne à qui elle se confie est un ami, Georges (Jean-Hugues Anglade). Ils ne s'étaient pas revus depuis de longues années. Toute cette partie se passe dans la région parisienne, grise et froide comme l'image. Après un périple, sac au dos, en Europe, elle se retrouve dans l'île d'Ischia au large de Naples. Et là, nous avons le soleil de l'Italie, la Méditerranée, des vues dignes de celles du Mépris de Godard. Elle s'installe dans une petite maison rouge au confort spartiate, sans électricité mais avec l'eau courante. Elle fait des rencontres et prend des risques à rester trop longtemps dans l'eau de mer. Sinon, Ann a tout de même une famille: sa mère aphasique. A l'occasion de l'enterrement de cette dernière, elle a une discussion houleuse avec son père qui ressurgit après vingt ans d'absence. Au bout de quelque temps, Ann repart définitivement(?) vers le soleil de l'Italie et la villa Amalia. J'ai beaucoup aimé le film car il donne le goût de l'évasion, du changement (mais à quel prix). De par son statut social et financier, Ann peut se le permettre. Mais elle démontre un certain courage en prenant le risque de changer de vie si radicalement. Il n'y a aucune psychologie, ni aucune vraie explication à l'attitude d'Ann. Le fait que son ami la trompe n'est pas forcément une raison suffisante. Elle garde un lien ténu avec son passé grâce à Georges (mais on sait que cela ne durera pas). Je serais curieuse de parcourir un jour le roman de Pascal Quignard dont le film est adapté. Il m'a semblé qu'il y avait des raccourcis et des ellipses dans le scénario. En tout cas, Villa Amalia est un film que je conseille.

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lundi 27 avril 2009

L'avant-dernière chance - Caroline Vermalle

J'ai eu le plaisir d'être "e-mailée" par Caroline Vermalle qui a gentiment proposé de m'envoyer son roman, L'avant-dernière chance, qui vient d'être récemment publié aux Editions Calmann-Lévy et a reçu le prix Nouveau Talent 2009 d'une Fondation créée par une compagnie de téléphonie mobile et un journal gratuit. Pour un premier roman, c'est plutôt réussi. Ce livre est joliment tourné avec une histoire dans l'air du temps. En effet, la Fondation et l'éditeur Calmann Levy récompensent depuis peu un roman en langue française qui intègre le langage SMS et les messageries instantanées à la trame du récit. Tous les genres (romans d'amour, comédies...) sont acceptés, mais il ne faut pas avoir été publié auparavant.
Dans les Deux-Sèvres, Georges Nicoleau (presque 76 ans et veuf) et son voisin Charles Lepensier (83 ans, marié) partent faire le Tour de France (itinéraire 2008, 21 étapes, départ de Brest) dans une belle voiture toute pimpante achetée par Georges. Ils ont eu l'idée de le faire en profitant de l'absence prolongée de Françoise (la fille de Georges, qui couve ce dernier et ne le laisse rien faire, à ce qu'on dit). Elle est partie deux mois au Pérou, faire du trekking. Charles, lui, est heureux avec son épouse Thérèse et ses petits-enfants. Alors que Georges croit pouvoir partir tranquille, juste à ce moment-là, sa petite-fille Adèle, qui ne l'a pas vu depuis 10 ans, l'appelle de Londres (où elle est stagiaire sur un tournage de film) pour avoir de ses nouvelles. Elle tient à en avoir quotidiennement. C'est là que le téléphone portable et les SMS entrent en jeu. Sans en dévoiler plus, je vous dirai que les deux papys arriveront à peine à faire 5 étapes qui seront entrecoupées de bons gueuletons et de rencontres bien sympathiques. Le dialogue "SMSien" avec son grand-père va changer Adèle. Elle ne sera plus la même après. Il y a même une touche d'ésotérisme. Bref, je vous conseille L'avant-dernière chance. Caroline Vermalle a un blog sur lequel elle parle de son roman et du suivant (qui est la suite du premier), dont elle publie le premier épisode. Je la remercie encore pour ce petit plaisir de lecture.

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samedi 25 avril 2009

Bartleby (le scribe) - Lecture-spectacle avec Daniel Pennac

Daniel Pennac sur scène, je ne voulais pas manquer cet événement. Depuis deux ou trois mois, l'écrivain Daniel Pennac fait une lecture de Bartleby, la nouvelle la plus connue d'Herman Melville. Cela se passe dans un petit théâtre parisien: La Pépinière théâtre (environ 150 à 200 places). Le spectacle s'est d'abord donné à 19h. Désormais, en raison de son succès, il se joue à 21h00. On a le plaisir, pendant 1 heure 15, d'écouter Daniel Pennac, qui s'assoit sur des dossiers (papier) empilés en guise de chaises (il y en a 4), aux quatre coins d'un plateau presque nu entouré d'une grande tenture blanche au sol et au mur. La représentation est ponctuée d'une très belle musique de Benjamin Britten. C'est aussi une pause pour Pennac. Tout au long du spectacle, Pennac visite tour à tour chacune des "chaises" et s'y tient avec les jambes croisées. Il a un carnet de notes (le livre?) entre les mains et il alterne la lecture pure et la récitation. Il nous captive dès le début. Après vérification, il semble que ce n'est pas le texte intégral qui est lu, mais l'essentiel y est. Cela m'a permis une bonne révision du texte qui est intemporel. On n'écoute pas un texte comme on le lit. Après les applaudissements, Daniel Pennac nous a lu en "bonus" un extrait du livre de Job dont s'est inspiré Herman Melville pour un passage de Bartleby. J'ai assisté (avec mon ami) à un très bon moment de théâtre.

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jeudi 23 avril 2009

Films vus et non commentés depuis le 29/03/09

Pour mon retour sur la blogosphère après une semaine de pause, je commence par un billet sur des films que j'ai vus depuis un certain temps et que je n'ai pas eu le temps de chroniquer (suite de ma série).

Je débuterai par 35 Rhums de Claire Denis qui a été projeté dans peu de salles et peu de temps. Personne ou presque n'en a parlé et c'est dommage. Claire Denis est une réalisatrice à part dans le cinéma français. Elle réalise des films qui sortent des sentiers battus (je recommande en particulier Beau Travail [que je chroniquerai un jour]). De film en film, elle reste fidèle à la même équipe technique dont Agnès Godard, la chef op', qui nous permet de voir des films beaux à regarder. Elle fait aussi tourner souvent les mêmes acteurs, dont Grégoire Colin et Alex Descas. Dans 35 rhums, ils jouent des personnages moins sombres que leurs rôles habituels. Lionel (Alex Descas), conducteur de RER, est veuf. ll vit avec sa grande fille Joséphine dans un immeuble genre HLM de banlieue. Une grande complicité les unit. Des voisins (ines) de l'immeuble, dont Noé (Grégoire Colin), gravitent autour d'eux, ainsi qu'un collègue de Lionel récemment mis à la retraite et qui s'ennuie beaucoup. Le film dégage une certaine chaleur humaine qui fait du bien. C'est un film doux et apaisé. S'il existe un jour en DVD, louez-le.

Espions de Nicolas Saada: ce film, qui est le premier long métrage du réalisateur, est une réussite grâce en particulier à Guillaume Canet et Géraldine Pailhas, tous les deux très convaincants. Pour ce qui est de l'histoire, Vincent (Guillaume Canet) se retrouve à être espion malgré lui à Londres (employé par la DST). Il est chargé de s'approcher d'un couple dont le mari anglais et homme d'affaires est soupçonné d'avoir des accointances avec des terroristes islamistes (même si lui-même ne l'est pas). Pour ce faire, Vincent se rapproche de l'épouse française, Claire (Géraldine Pailhas) et il en fait sa complice (malgré elle). Bien évidemment, il tombe amoureux d'elle. La fin n'est pas forcément attendue grâce à un scénario subtil. Vraiment une bonne surprise.

Duplicity: comme pour The International (l'enquête) [cf. mon billet du 29/03/09], je suis surtout (beaucoup) allée voir le film pour Clive Owen. Et en plus il y a Julia Roberts (très bien). Pour être brève, le film ne casse pas trois pattes à un canard. J'ai trouvé le scénario un peu compliqué. C'est d'ailleurs un scénariste (Tony Gilroy) qui a tourné le film. Ray (Clive Owen) est un ancien du MI5, et Claire (Julia Roberts) ne travaille plus à la CIA. Ils ont trouvé des emplois qui payent mieux avec peut-être moins de risques (encore que...). A la fin, ils se retrouvent, tous les deux, les dindons de la farce. Je n'ai pas tout compris de cette histoire où la repousse des cheveux et la calvitie sont au coeur de l'intrigue. A part ça, il y a Clive...

Loin de la terre brûlée de Guillermo Arriaga: pour une fois, j'ai trouvé que la bande-annonce ne rend pas justice au film qui est nettement mieux. J'y suis allée sur les conseils d'une collègue et je ne le regrette pas. Guillermo Arriaga est connu pour être le scénariste de Babel [cf. mon billet du 19/01/07], de 21 grammes et de 3 enterrements. L'histoire se passe dans deux endroits différents (Mexique et une région des Etats-Unis) et sur deux périodes séparées par une dizaine d'années. Une mère (Kim Basinger) et sa fille (que l'on retrouve à deux âges de la vie et qui se sent responsable de la tragédie à laquelle nous assistons) sont les héroïnes d'un film que l'on n'oublie pas. Les trois actrices, Kim Basinger, Charlize Theron et la jeune Jennifer Lawrence, sont formidables.   

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mercredi 15 avril 2009

Blog en pause pendant quelques jours...

...pour cause de vacances de Pâques sans internet à proximité. Je reviendrai le 23 avril (2009!). Je vais avancer dans mes lectures, voir quelques films et profiter du bord de mer au Pays Basque. J'ai besoin de m'aérer le corps et l'esprit (et ma dernière "pause internet" remonte à septembre 2008!). A bientôt.

PS : n'hésitez pas (vous qui passez par mon blog) à me laisser un p'tit com et à aller faire un tour chez "mes" "blogueurs fidèles" dont la liste se trouve à droite de l'écran. Je vous assure que cela fait toujours plaisir.

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lundi 13 avril 2009

Frozen River - Courtney Hunt

Frozen River de Courtney Hunt est un film que j'ai vu tardivement après sa sortie. Je voulais le voir (parce que l'on m'en avait dit beaucoup de bien). Et en effet, je vous le recommande pour lors de sa sortie en DVD ou sur une chaîne cablée. Il a été tourné en numérique par une réalisatrice qui nous met tout de suite dans l'ambiance d'un paysage enneigé. Cela se passe aux Etats-Unis à la frontière canadienne. Une femme, Ray Eddy, qui vient d'être "plaquée" par son mari, survit tant bien que mal dans un mobile-home vétuste avec ses deux garçons, l'un encore très jeune et l'autre "post-ado". Ray a du mal à joindre les deux bouts en travaillant à mi-temps dans un drugstore. Le mari s'est enfui avec l'argent qui devait servir à acheter une nouvelle maison sur roues. Nous sommes dans l'Amérique "d'en-bas" chez ceux qui doivent se battre pour vivre. Suite à sa rencontre avec une indienne de la réserve voisine, Ray se retrouve à "passer" des clandestins dans le coffre de sa voiture des clandestins en roulant sur la rivière gelée qui sépare le Canada des Etats-Unis (Frozen river). Elle veut regagner l'argent disparu. C'est une combattante. Rien ne l'effraie. La réalisatrice suit l'actrice, Melissa Leo (Ray Eddy), qui porte le film du début à la fin. Grâce au numérique, le rythme est alerte. C'est une autre façon de faire du cinéma mais qui convient bien au sujet.

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samedi 11 avril 2009

La Cerisaie (Anton Tchekhov) - Mise en scène Alain Françon

Ultime pièce de Tchekhov datant de 1904 (année de la mort du dramaturge), La Cerisaie, très souvent représentée, se donne jusqu'au 10 mai 2009, au théâtre de la Colline, dans le 20ème arrondissement près du métro Gambetta. Ce spectacle fait salle comble tous les soirs et c'est mérité. Je crois savoir que c'est la dernière année où Alain Françon exerce son mandat d'administrateur de ce théâtre. Pendant plusieurs années, il aura donné l'occasion à des milliers de spectateurs de voir des spectacles de grande qualité. Pour en revenir à la Cerisaie, quand la pièce commence, tout est déjà presque terminé pour Ranievskaïa Lioubov Andreevna, propriétaire terrienne en ce début de 20ème siècle. De grands bouleversements sociaux-poliitiques ont eu lieu. De nouvelles classes sociales apparaissent. Ranievskaïa arrive juste de Paris après quelques années d'une vie insouciante et de dépenses inconsidérées avec son amant. Elle et son frère Gaev sont couverts de dettes. Ils ont été trop prodigues. Le seul bien qui leur reste est La Cerisaie, une belle demeure familiale entourée d'arbres fruitiers. Lopakhine, fils d'un ancien moujk et maintenant homme riche annonce que la propriété doit être mise aux enchères dans le mois qui vient. Par la même occasion, il leur annonce qu'il veut acheter La Cerisaie tout en leur proposant un marché avantageux que, bien sûr, ils refusent. Cette pièce donne l'occasion de voir, sur un immense plateau avec un décor assez sobre, quelques comédiens talentueux comme Dominique Valadié, Didier Sandre, Jérôme Kircher (excellent en Lopakhine) et Jean-Paul Roussillon qui joue Firs, le vieux serviteur qui reste dans la demeure jusqu'au bout. C'est lui qui dit la dernière réplique, "ils m'ont oublié" en essayant d'ouvrir désespérément la porte d'entrée fermée à clé. Roussillon est magnifique et émouvant. Et pourtant, Tchekhov considérait que c'était, dans son esprit, une pièce drôle (il disait ne rédiger que des pièces de ce genre)? Je me rappelle avoir déjà vu cette pièce il y a bien des années, c'était naturellement un spectacle bien différent. Un dernier point que je tiens à signaler: dans le programme papier figurent des photos d'époque d'une mise en scène par Constantin Stanislavski (oui, oui, celui de la "méthode" de l'Actor's Studio).

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jeudi 9 avril 2009

Frost-Nixon - Ron Howard

Je suis allée Frost/Nixon de Ron Howard, le jour de sa sortie en salle, mercredi 1er avril 2009. Je ne savais pas trop quoi voir d'autre; je ne l'ai pas regretté, j'ai même beaucoup aimé. J'ai découvert ce "face-à-face" dont je n'avais jamais entendu parler. Suite à l'affaire du Watergate en 1974, Nixon a "démissionné" de ses fonctions de Président des Etats-Unis. Dans l'oeuvre de fiction, qui a d'abord été une pièce de théâtre et maintenant un film, David Frost, un Anglais, anime des émissions en Australie (pas très prestigieuses pour un journaliste). Dans le film, quand l'histoire débute, c'est Frost qui a l'idée d'interviewer l'ex-Président déchu. Il y arrive en faisant une avance de fonds importante afin de convaincre l'entourage de Nixon. Au bout du compte, nous avons quatre entretiens qui sont enregistrés avec des interruptions de plusieurs jours voire de plusieurs semaines entre chacun. Chaque entretien porte sur un thème particulier, dont le Vietnam et, bien entendu, l'affaire du Watergate. Les deux comédiens principaux, Michael Sheen (qui joue Frost, et qui était déjà très brillant dans le rôle de Tony Blair dans The Queen de Stephen Frears) et Frank Langella (Nixon) sont remarquables. Ils ont joué au théâtre le texte de la pièce. De facture classique, ce film est très bien fait avec un dialogue intelligent. Certains échanges verbaux montrent comment on peut destabiliser un adversaire rien qu'avec des mots. Le point culminant ("climax" comme on dit en anglais) du film se passe la nuit juste avant LE dernier entretien traitant du Watergate. Là, tout bascule. Je recommande vivement ce film. Ceci dit, dans la réalité, David Frost est quelqu'un d'une autre trempe (il semble qu'il ait accepté qu'une fiction soit tirée de l'épisode réel, sans intervenir dessus). D'ailleurs, dans la réalité toujours, je ne pense pas que Nixon aurait accepté d'être interviewé par n'importe qui.

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mardi 7 avril 2009

La solitude des nombres premiers - Paolo Giordano

J'ai lu ce roman, La solitude des nombres premiers (éditions du Seuil) sans déplaisir, après avoir remarqué le grand nombre de billets (en général favorables) le concernant sur la blogosphère et en avoir lu la plupart (je ne mets pas de liens!). Du coup, l'ayant croisé d'occasion (déjà!), j'ai sauté sur cette chance. J'ai été un peu déçue par la fin "plate". Cela finit sans finir. Il n'y a pas d'événement précis qui clôt l'histoire. Le roman s'étale sur 24 ans entre 1983 et 2007. L'auteur trace le portrait parallèle de deux êtres "à part". D'abord Alice, âgée d'environ 8 ans, qui se blesse gravement au ski et reste boîteuse. Elle est mal à l'aise avec son corps. Les années passant, elle fait de l'anorexie. Elle a un père très autoritaire et une mère qui meurt d'un cancer. Son anorexie est autant mentale que physique (l'auteur décrit très bien ce phénomène). L'autre héros, Mattia, est plus mystérieux. Enfant "normal", il a eu le malheur d'avoir une soeur jumelle, Michela (son portrait craché), attardée mentale qu'il abandonne un jour sur un banc (ils ont huit ans) parce qu'il est honteux d'avoir une soeur pareille. Jamais on ne la retrouvera. Depuis, Mattia traîne son sentiment de culpabilité. II vit presque en marge des autres en devenant un surdoué en math. Ses parents sont peu disponibles pour lui et et ils n'apportent pas beaucoup d'aide. Que Mattia se punisse, on le comprend; pour Alice, beaucoup moins. Ce premier roman d'un jeune écrivain doué a reçu le prix "Stregha" (l'équivalent du Goncourt en Italie) en 2008. J'ai trouvé que ce livre se lit bien, sans style particulier (est-ce dû à la traduction?). Il n'y a pas de quoi se relever la nuit non plus.

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dimanche 5 avril 2009

Katyn - Andrzej Wajda

Wajda (aujourd'hui octogénaire) reste un des grands réalisateurs polonais. Katyn qui est sorti cette semaine dans quelques salles "Art et Essai" à Paris et aussi, j'espère, en province, retrace un épisode sanglant de la deuxième guerre mondiale. En 1939, la Pologne est prise en tenailles entre les Allemands qui l'envahissent par l'ouest et les Russes par l'est. Nous sommes en plein dans la période du pacte germano-soviétique. La première séquence illustre bien ce qui arrive. Elle se passe sur un pont: des civils polonais avancent dans un sens et dans l'autre sur ce pont, ils fuient, mais là, ils sont piégés. L'armée polonaise est en déroute. Les simples soldats sont laissés libres mais les officiers sont faits prisonniers. Pour la plupart, ce ne sont pas des militaires de carrière mais des intellectuels, des artisans, etc. Le réalisateur s'attache plus particulièrement à une femme qui est à la recherche de son mari, officier prisonnier. Elle a une petite fille qui espère bien revoir son papa. Toutes les deux le verront vivant avant qu'il ne parte dans un camp de prisonniers. Les universitaires sont arrêtés et envoyés en camp de concentration. La Pologne est partagée, elle n'existe plus vraiment: une séquence symbolique montre des soldats russes déchirer le drapeau polonais en deux dans le sens de la longueur (ce drapeau se compose d'une bande blanche et d'une rouge). La bande rouge sert de drapeau "communiste" et la bande blanche sert à capitonner leurs godillots. Les années passent, et on se retrouve en 1945, dans Cracovie où se déroule l'essentiel du film, avec un haut-parleur qui égrène les noms des morts dont on a retrouvé les corps dans les charniers de Katyn (découverts par les Allemands en 1941 - pour une partie - et surtout en 1943), en Russie près de Smolensk. Plus de 12000 officiers polonais ont été exécutés d'une balle dans la nuque en avril 1940. En 1945, la Pologne est occupée par les Russes. Wajda dit bien que ce sont les Russes (et plus précisément le NKVD, la police soviétiques), et non les Allemands, qui sont coupables de ce forfait. Les officiers exécutés étaient anti-communistes ou anti-nazis pour certains (Wajda n'en parle pas). Sur le plan narratif, le cinéaste montre l'avant et l'après de ce massacre (la fillette reçoit le carnet où son père prenait des notes, qui s'arrêtent juste avant), et c'est seulement pendant les quinze dernières minutes du film qu'on en voit toute l'horreur. En revanche, il montre bien qu'on ne pouvait pas dire qui étaient les vrais coupables (les Russes) sous peine de lourdes sanctions. Le film se finit sur un écran noir avec la musique de Penderecki en fond sonore qui accompagne tout le film. Le père du réalisateur a été une des victimes de Katyn. Je suis contente de voir qu'il sait encore faire un film de grande qualité: avec une narration, la mise en scène très sobre. On ne tombe pas dans le larmoyant ou le démonstratif. On voit que ce n'est pas un film "américain" (par exemple, je ne le mets pas sur le même plan que Walkyrie [mon billet du 11/02/09], il n'y a pas de "suspense"). J'ai vu le film dans une salle pleine de spectateurs très attentifs.

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