Le blog de Dasola

CINEMA, LIVRES, DVD, SPECTACLES, TV - BILLETS DE BONNE ET (parfois) MAUVAISE HUMEUR. Critiques et opinions sur films, livres et spectacles. [Secrétaire de rédaction et statistiques: "ta d loi du cine"]

09 juin 2009

Challenge Chick Litt For Men

Ceci n'est pas un billet de Dasola (mais bien de Ta d loi du cine). Il a pour objet le Challenge Chick Litt For Men proposé par Calepin. Le 12 janvier 2009, je (donc) m'étais inscrit en m'engageant sur trois titres de la collection "Audace" publiés par les éditions Harlequin (1). Vu qu'on avait jusqu'au 31 décembre, je suis encore dans les délais! Désolé de contrarier un peu la définition usuelle: la couverture de la collection n’est pas rose mais mauve. Et chez Harlequin, il semble y avoir un code pour les histoires à l’eau de rose: plus la couleur de la couverture fonce, plus la température monte…
Pour entrer de plain-pied dans la critique: je pense que la traduction, au moins au niveau des titres - ineptes! -, contribue sans doute à stéréotyper le produit (2). Voici les trois livres en question (respectivement N°93, 94 et 95 dans la collection):
- L'Ivresse de l'interdit de Karen Anders (Manhandling dans le texte - pourquoi pas "Prise en main masculine"?)
- Jusqu'au bout du désir de Suzanne Forster (Unfinished Business - pourquoi pas "Affaire inachevée"?)
- Intime proposition d'Isabel Sharpe (Thrill me - pourquoi pas "Fais-moi frémir"?).
Jouons un peu au Martien basique: quand j’ai commencé mes lectures (je ne vous parle pas des couv' accrocheuses!), je croyais plus ou moins monter à l’assaut sabre au clair pour triompher de titres aussi stéréotypes qu’un bon vieux SAS (j’avoue, j’en ai lu quelques-uns quand j’étais ado) où le nombre et le déroulement de scènes chaudes sont codifiées et même standardisées d’un épisode à l’autre de la saga, comme autant de repères pour les attentes des lecteurs – masculins. "Audace" est beaucoup plus diverse, et je dirais même parfois subtile.
Plantons nos trios de personnages: dans le 93, Laurel est une jeune femme d'affaires (au début) qui va virer créatrice artistique (ses premières amours refoulées) à la fin. Mélissa, dans le 94, a bidonné un best-seller, en fantasmant sur un mari de rêve - avec lequel elle n'a passé, en fait, qu'une seule nuit, mise au défi par ses copines après un resto trop arrosé. Enfin, dans le 95, May, jeune provinciale plus ou moins naïve, débarque à New-York après avoir accepté une passade d'une semaine dans un palace avec un chaud lapin, sur un coup de tête (elle venait de se faire rompre). Passons aux Roméos - j'allais écrire "Jules" -, par ordre décroissant, cette fois. 95: Brandon, écrivain au succès stagnant, cherche l'inspiration de son côté dans ledit palace - son éditrice lui a ordonné de cibler un lectorat plus féminin. Et, évidemment, à la fin, le rupteur débarque. 94: l'attachée de presse de Mélissa lui ramène son bel Antonio de mari sur un plateau (de télé). Evidemment, ce n'était pas le simple chevalier serveur qui l'avait happée au resto. Et il ne sera plus question de divorce. Dans le 93, Mac assure: certes, il a trompé Laurel sur sa qualité (hard, il ment - honni soit qui mal y pense - d'accord, je sors), mais ils se seront bisoutés pages 31, 47, 96, 121, 126 et 198, tout en couchant - c'est torride - pp. 62, 109, 138 avec remise de couvert 144, 158, 175 et 180 (j'espère ne pas en avoir oublié, j'ai relu en diagonale). La crise survient p. 195, et se dénoue p. 209 (fin du livre p. 213). Ce genre de scènes est moins fréquent dans le 94 - seulement quand l'un ou l'autre a bu? Dans le 95, ils ne couchent carrément pas (ce qui s'appelle coucher, dans un lit et tout nus) ...avant la page 190 (sur 214). Tout est dans l'approche et la transformation.
Je crois avoir dit le principal? On peut d'autant moins parler de titres impérissables, que Wikipedia m'a appris que les invendus étaient rapidement pilonnés (info ne figurant pas sur le site officiel). Enfin, il n'y a pas trop de coquilles, pour le prix (une par volume, au maximum?). Voilà, mon incursion dans la littérature de poulette s'achève, ouf. Maintenant, quand je lis les collègues qui se sont contentés de Bridget Jones, je ricane (désolé Yohan).

(1) La communication d'Harlequin emploie bien le terme "Chick Litt" sur leur page de présentation... mais pour une autre collection?

(2) Mesdemoiselles coeurs tendres qui rêveriez de rédiger, pas de regrets: à la question «Puis-je écrire un roman pour Harlequin?», la réponse sur leur site est: «Harlequin France ne travaille pas en direct avec les auteurs. En effet, toutes les sources éditoriales de nos publications proviennent de notre maison-mère canadienne. Nos auteurs sont anglophones et nous ne publions, en France, que des romans traduits de l'anglais. Nous ne publions donc pas d'auteurs français, mais nous vous adressons nos souhaits de réussite dans vos candidatures auprès d'autres maisons d'édition».

Posté par tadloiducine à 01:00 - Livres - Commentaires [12] - Permalien [#]
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Commentaires

Ah, mais Bridget Jones couche également, il ne faut pas croire ! Pas à un rythme aussi éffréné que dans Harlequin, mais cela arrive. J'imagine tout de même que ce n'est pas aussi détaillé.
Bravo pour cette incursion dans le monde cruel d'Harlequin !!!

Posté par Yohan, 09 juin 2009 à 10:46

Hé-hé!

Bel effort de décryptage, en effet!

Le coup du pilon, j'en avais entendu parler dans un reportage sur M6 particulièrement cruel: tous ces livres sont dépecés (on leur enlève la couverture pour éviter que quelqu'un en pique pour les revendre) et renvoyés à la maison mère pour destruction (oserai-je dire "revalorisation"?)...

Seule solution pour retrouver de vieux Harlequin: écumer les bouquinistes. J'en connais qui en ont un rayon entier, au sens littéral.

Posté par Daniel Fattore, 09 juin 2009 à 12:21

bravo, quelle abnégation :)

Posté par amanda, 09 juin 2009 à 13:34

Bonne idée la comptabilisation des passages torrides ! Bravo pour cet intéressant billet, j'y ai appris notamment que je pouvais abandonner mes espoirs d'écrire un jour pour les éditions Harlequin, malgré mon expérience grandissante de la Chick lit... :)

Posté par calepin, 09 juin 2009 à 13:34

Pour ce genre de livres, je passe mon tour à vie.
Tu as eu bien du courage pour lire les trois.
Bonne journée

Posté par toinette80, 09 juin 2009 à 13:43

Aaah voilà un courageux : trois Harlequin!!! Et que je n'ai même pas lus! Dois je les noter dans le petit carnet?
J'aimerais savoir en quel état le courageux concurrent est sorti de l'épreuve...

Posté par keisha, 09 juin 2009 à 14:16

Effectivement, je me souviens lorsque je travaillais en librairie, qu'on recevait la liste des bouquins à pilonner. On renvoyait le nombre d'exemplaires restants avec les couvertures des bouquins... et le reste partait à la poubelle. Sinon, belle retranscription de lecture... je m'attaque au mien cet été ;O)

Posté par BiblioMan(u), 09 juin 2009 à 16:23

Admirative de voir que tu as persévéré avec 3 livres et morte de rire à lire ton billet si détaillé, avec nombre de pages et tout le détail de ces aventures trépidantes... J'en ai lu quelques uns quand j'avais 15-16 ans, mais déjà à l'époque je trouvais ça nunuche à souhait, je préférais San Antonio ou SAS que je lisais en cachette...
Pour ma part, je n'ai lu qu'un chick litt (à part Bridget, mais ça ne compte pas, je l'ai lu quand j'avais 30 ans et que j'étais tout à fait dans la même situation et assimilable à l'héroine !) et je confirme : ce n'est pas mon truc !

Posté par liliba, 09 juin 2009 à 22:24

Trois ? Je me demande si tu n'y as pas pris du plaisir finalement ? Belle analyse en tout cas et j'adore la note qui en décevra plus d'une qui rêvait de prendre la plume :o)

Posté par Manu, 12 juin 2009 à 11:34

Bonjour,
je suis supportrice officielle de la Chick litt for men mais c'est la première fois que je tombe par hasard -ou plutôt autrement qu'en suivant les liens du blog de Calepin- sur un billet se rapportant au défi, mais je me souviens que j'avais admiré et ri de ton courage : attaquer par TROIS Harlequin, c'est vraiment très novice.
Ceci dit, belle performance et mission réussie : ton commentaire est marrant et bien que j'aie cessé depuis longtemps toute addiction au genre, je serais tentée par la lecture de "l'affaire inachevée" ; entièrement d'accord sur l'ineptie des traductions françaises, à croire qu'ils estiment que pour appâter la poulette francophone il faut des titres encore plus racoleurs que pour sa consoeur britannique.

Posté par XL, 16 juin 2009 à 20:33

Bonjour,
merci pour votre visite et votre commentaire. Il faut savoir que le "fuck" des truands new-yorkais de Scorcese est, à ce stade, quasiment intraduisible car il devient une simple ponctuation à l'oral. Certains l'ont comparé au "schtroumpf" mais ce n'est pas exact (le "schtroumpf" remplace un mot, que le lecteur doit deviner en fonction du contexte, tandis que le "fuck" n'exprime que la surcharge de violence de ces hommes à peine capables de langage articulé...)
Et bravo pour votre courageux compte-rendu de cette plongée dans la littérature industrielle (pardon pour l'oxymore).

Posté par Emmanuel Pailler, 24 juin 2009 à 10:12

Ce n'est pas de la chick lit

Juste pour signaler que ces trois livres ne sont pas de la chick lit mais de la Romance, ce que vous nommeriez probablement Roman sentimental ou à l'eau de rose. Audace propose des histoires plus érotiques que les autres collections de l'éditeur. La collection Chick lit d'Harlequin est Red Dress Ink. Si un historique de ce genre vous intéresse, un dossier se trouve en page 7 de notre webzine de décembre 2008 : http://www.lesromantiques.com/Webzine/Webzinedec2008.pdf

Posté par Agnès, 17 août 2009 à 23:32

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