Comme il est dit page 291, on est toujours le con de quelqu'un. Le premier roman, Mort aux cons, édité au Livre de poche (400 pages) de Carl Aderhold, écrivain dont je n'avais jamais entendu parler, est réjouissant et immoral. Le narrateur, à la fin de son récit, est parvenu à supprimer, de façon très naturelle, 140 cons. Le déclic s'est fait quand il a commencé par descendre une chatte nommée Zara (de Zarathoustra). Elle appartenait à une voisine d'immeuble et avait la fâcheuse habitude de griffer le narrateur. D'autres animaux de compagnie ont suivi. De là, il s'attaque aux humains qu'il considère comme nuisibles, bêtes, inquisiteurs, enquiquineurs (pour rester poli) envers les autres, en général, et envers lui, en particulier. Et page 153, il a une illumination: "Le con", s'écrie-t-il, "voilà l'ennemi". C'est là que le massacre de masse commence avec les représentant(e)s de l'Administration (avec un grand A) dont un inspecteur des impôts, un employé des Assedic, un de l'ANPE (le narrateur est intérimaire), une autre de la sécu, puis d'autres comme un assureur, une concierge, un car entier de petits vieux, un chauffard, des DRH successifs d'une maison d'édition, un producteur de film porno, un fils indigne (d'une mourante), et même la propre épouse du narrateur, Christine, etc. Ils se retrouvent tous à passer de vie à trépas par la seule volonté du narrateur qui commet des crimes parfaits (ou presque). Il se sert en particulier d'un révolver qui venait de son grand-père. En revanche, il ne tue aucun militaire. Cet anti-héro a une bonne conscience à tout épreuve. La façon qu'il a de présenter les choses font que ses actes criminels monstrueux deviennent évidents. Il consulte quand même un psy qui se trouve destabilisé à force d'écouter ce que lui dit le narrateur. Et bien que très seul, ce dernier trouve une oreille bienveillante (tout au moins au début) en la personne d'un inspecteur de police, François Marie, à qui on dit souvent: "je vous salue, Marie". La fin du roman est très ouverte. L'une des grandes qualités de Mort aux cons, à part sa drôlerie, c'est son écriture et son style, on le lit très vite.