lundi 31 août 2009

Le responsable des ressources humaines - Avraham B. Yehoshua

Suite au billet positif d'eeguab du 21/07/2009 à propos de ce roman, je me suis procuré Le responsable des ressources humaines (sous titré: Passion en trois actes) d'Avraham B. Yehoshua (2005) aux Editions Calmann-Levy, que j'ai lu en 2 jours. Merci eeguab. J'avais déjà lu La mariée libérée (que je recommande) du même auteur israélien. Les deux romans sont parus en Livre de poche. Dans ce roman en trois parties: "Le responsable", "La mission" et "Le voyage", il faut noter que tous les personnages ne sont définis que par la fonction qu'ils occupent. Tous? Pas tout à fait; en effet, la seule personne nommément désignée est morte victime d'un attentat à Jérusalem. Elle s'appelait Julia Ragaiev, ingénieure. C'est par un papier en sa possession qu'elle est identifiée: une feuille de salaire anonyme mais à l'en-tête d'une usine qui fabrique et livre du pain industriel. Cette usine est mise en cause pour son manque d'humanité (elle ne s'était pas inquiété de l'absence de son employée) par un article de journal à paraître. Et, bien que Julia Ragaïev ne travaillât plus depuis quelques semaines dans l'entreprise, elle n'était pas encore rayée des effectifs. A partir de là, le Responsable des Ressources Humaines (autrefois appelé Directeur du personnel) est celui à qui incombe de mener la mission de rapatrier le corps de cette ex-salariée dans le pays lointain d'où elle était originaire (un des états de l'ex-Union Soviétique?) pour y être enterrée. D'ailleurs le fils de cette femme y vit. Le responsable des ressources humaines (dont la propre vie privée part à la dérive: sa femme veut divorcer) s'embarque dans un long périple (aux diverses péripéties) avec un consul et sa femme ainsi que deux journalistes. Ce roman est, pour moi, une fable sur la condition humaine, tout simplement. Le DRH va s'humaniser au fur et à mesure du roman. Lui qui avait recruté Julia Ragaïev, mais ne se souvenait plus d'elle, mettra un point d'honneur à ce qu'elle soit enterrée comme elle l'aurait souhaité, quitte à la ramener à Jérusalem, là où elle avait choisi de vivre. J'espère que ce billet incitera les lectrices(teurs) à découvrir M. Avraham B. Yehoshua, auteur peu connu, né à Jerusalem en 1936.

PS du 29/12/2010: un film en a été tiré: Le voyage du directeur des ressources humaines.

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jeudi 27 août 2009

Un prophète - Jacques Audiard

Enfin un grand film, et qui plus est français. Allez voir Un prophète, 5ème film très réussi de Jacques Audiard, joué en français, en corse et en arabe. La BA ne lui rend pas hommage. Presque toute l'histoire se passe dans une prison centrale. Malik, jeune Arabe de 19 ans, analphabète, vient d'y arriver afin de purger une peine de 6 ans. Il est assez vite repéré par le clan des Corses dont le chef, Luciani (Niels Arestrup, grandiose), l'oblige à tuer un Arabe, s'il ne veut pas être tué lui-même. Et il promet sa protection. Son forfait accompli, Malik deviendra, par la suite, calife à la place du calife grâce à son intelligence (il apprend à lire), à son sens de l'observation et à sa détermination. Grand Prix (amplement mérité) au dernier festival de Cannes 2009, Un prophète dure 2H30, et on est captivé dès le départ. Ce n'est pas facile de parler de ce film découpé en chapitres tellement il est riche. On peut le résumer ainsi: c'est l'itinéraire d'un agneau qui devient un loup. Il n'y a aucune psychologie dans ce que l'on voit. Jacques Audiard nous montre l'univers carcéral quotidien avec ses clans arabes et corses (qui restent entre eux). Il nous épargne le côté misère sexuelle et la religion, et pourtant il y a du surnaturel en la personne du fantôme de l'Arabe tué par Malik qui est souvent là comme l'Ange Gabriel. Malik est considéré comme Corse par les Arabes et inversement. Devenu le "larbin" de Luciani, cela lui sert dans son ascension. Luciani s'attache à lui et lui fait confiance: grave erreur. Le film comporte des scènes fulgurantes et est baigné par la musique d'Alexandre Desplats et quelques chansons. Pour ceux qui sont familiers des films d'Audiard, ils retrouveront sa façon de filmer caméra à l'épaule et certaines images entourées de noir, un peu floues dans certains plans. J'ai eu la chance de voir Un prophète en avant-première, le 25 août 2009, en présence de l'équipe du film, Jacques Audiard et cinq comédiens dont Niels Arestrup et Tahar Rahim. A l'issue de la projection, ils ont reçu une ovation debout. Il y a eu une séance de questions/réponses qui était surtout adressée à Audiard. J'ai moi-même posé une question à Niels Arestrup: est-ce que c'était le rôle ou le fait de retravailler avec Audiard qui lui avait plu? Il a répondu, en substance, "les deux". Il considère Jacques Audiard comme un grand réalisateur. Concernant le titre, Jacques Audiard n'a pas vraiment su répondre à cette question qui lui était posée. Et pourtant, à un moment donné dans une scène, on entend un personnage dire à Malik: "Tu es un prophète?". Cette soirée m'a laissé un très bon souvenir.

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mercredi 26 août 2009

Lancement d'un site de chroniques sur la rentrée littéraire

Restez à l'antenne pour un peu de publicité. Il faut aujourd'hui que je signale que j'avais publié un peu vite (le 1er août 2009, faute d'informations et d'instructions claires) ma chronique sur La patience de Mauricette. L'opération "Masse critique / Babelio" par laquelle j'avais obtenu gracieusement ce livre s'inscrivait cette fois-ci dans le cadre de partenariats plus larges ("cette opération a été montée à l’initiative du Social Media Club France, qui s’est chargé de récolter les romans de la rentrée littéraire 2009 auprès des éditeurs pour les faire critiquer en avant première par les blogueurs. Le SMC s’est alors associé à trois communautés: Babelio, Ulike et Chermedia pour diffuser ces livres aux blogueurs"), et l'échéance "officielle" du lancement du projet était aujourd'hui 26 août 2009, date où aurait dû être publié mon billet "pour que le lancement bénéficie d’un effet d’annonce de la part des participants". Je reprends donc textuellement le message qui m'a été fourni (ouvrez les guillemets):
« Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire !
Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire (http://chroniquesdelarentreelitteraire.com) qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus, c'est ici. »
A vous les studieux/ses!

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dimanche 23 août 2009

Questionnaire cinéphile estival

Avant que l'été ne s'achève et après au moins quatre éminents blogueurs cinéphiles (Ed, Dr Orlof, Vincent et T.G.) qui ont répondu avant moi (il doit y en avoir d'autres!), voici donc mes réponses à 38 questions qui ont pour but de raviver les souvenirs, de susciter la curiosité et éventuellement de polytraumatiser les amateurs de Robert Altman. En ce qui me concerne, j'ai eu du mal avec certaines questions dont j'ignore le pourquoi du comment.


1) Quel est votre second film favori de Stanley Kubrick?
Pourquoi second? Je ne sais pas. Surtout que la filmographie de Kubrick est diverse et variée. Mais je mettrais en second Full Metal Jacket pour la première partie de ce film qui est un modèle de mise en scène. Je l'avais vu au moment de sa sortie en salle. Je me rappelle avoir été secouée.

2) Quelle est l'innovation la plus significative / importante / intéressante dans le cinéma de la dernière décade (pour le meilleur ou pour le pire)?
En entendant certaines conversations dans les magasins qui vendent des DVD ou maintenant les "Blue Ray", force est de constater que les gens téléchargent les films sur Internet et ne se déplacent plus dans les salles de cinéma. Je dirais que cela concerne la jeune génération de spectateurs mais les autres ne sont pas en reste.

3) Bronco Billy (Clint Eastwood) ou Buffalo Bill Cody (Paul Newman)?
Je choisis Paul Newman pour ses yeux bleus et son engagement pour les enfants malades mais je n'ai pas vu Buffalo Bill et les Indiens de Robert Altman (1976).

4) Meilleur film de 1949.
Noblesse oblige (Kind Hearts and Coronets) de Robert Hamer (Studio Ealing): un chef-d'oeuvre.

5) Joseph Tura (Jack Benny) ou Oscar Jaffe (John Barrymore)?
Je n'ai vu aucun film avec l'un ou l'autre.

6) Le style de mise en scène caméra au poing et cadre tremblé est-il devenu un cliché visuel?
Ce n'est pas un cliché mais une façon de filmer qui peut être réussie comme Rachel is getting married de Jonathan Demme.

7) Quel est le premier film en langue étrangère que vous ayez vu?
Cela doit être Lawrence d'Arabie de David Lean, Autant en emporte le vent de Victor Fleming ou West Side Story de Robert Wise sur grand écran au Kinopanorama dans le 15e arrondissement de Paris (cinéma aujourd'hui disparu), je n'arrive plus à départager leur ordre de vision dans mes souvenirs.

8) Charlie Chan (Warner Oland) ou Mr. Moto (Peter Lorre)?
Plutôt Peter Lorre, je ne connais pas l'autre.

9) Citez votre film traitant de la seconde guerre mondiale préféré (période 1950-1970).
La grande évasion (The Great escape) de John Sturges avec une pléthore de bons acteurs dont Steve McQueen.

10) Citez votre animal préféré dans un film.
Ex-aequo, les chats Pyewacket dans L'adorable voisine (Bell, Book and candle) de Richard Quine et Le Chat dans Diamants sur canapé (Breakfast at Tiffany's) de Blake Edwards.

11) Qui ou quel qu'en soit le fautif, citez un moment irresponsable dans le cinéma.
Il y en a certainement, mais je ne vois pas.

12) Meilleur film de 1969.
Impossible de choisir et soyons chauvins, deux grands Chabrol: La femme infidèle et Que la bête meure (sortis la même année) ainsi que L'armée des ombres de Jean-Pierre Melville.

13) Dernier film vu en salles, et en DVD ou Blu-ray.
En salle, Les poupées du diable de Tod Browning (1936), et en DVD, Le trésor du pendu de John Sturges.

14) Quel est votre second film favori de Robert Altman?
The player (le premier c'est Gosford Park).

15) Quelle est votre source indépendante et favorite pour lire sur le cinéma, imprimé ou en ligne?
Positif / Studio-Ciné-live / Première / Brazil (heu, pas dans l'ordre, je précise).

16) Qui gagne ? Angela Mao ou Meiko Kaji?
Kesako?

17) Mona Lisa Vito (Marisa Tomei) ou Olive Neal (Jennifer Tilly)?
Je ne sais pas de quels rôles il s'agit. Mais j'aime bien les deux actrices.

18) Citez votre film favori incluant une scène ou un décor de fête foraine.
Gun crazy de Joseph H. Lewis (1950).

19) Quel est à aujourd'hui la meilleure utilisation de la video haute-définition sur grand écran?
Je réponds comme presque tous les autres: L'anglaise et le duc d'Eric Rohmer (2001).

20) Citez votre film favori qui soit à la fois un film de genre et une déconstruction ou un hommage à ce même genre.
Les westerns spaghetti de Sergio Leone.

21) Meilleur film de 1979.
Le tambour (Die Blechtrommel) de Volker Schlöndorff.

22) Quelle est la plus réaliste / Sincère description de la vie d'une petite ville dans un film?
Comme j'ai (parfois) mauvais esprit, je vais dire Le corbeau d'Henri-Georges Clouzot (1943); sinon, plus contemporain: Loin du paradis (Far from Heaven) de Todd Haynes (2002) avec la sublime Julianne Moore.

23) Citez la meilleure créature dans un film d'horreur (à l'exception de monstres géants).
Predator.

24) Quel est votre second film favori de Francis Ford Coppola?
Dracula (d'ailleurs, je n'ai pas de premier film favori).

25) Citez un film qui aurait pu engendrer une franchise dont vous auriez eu envie de voir les épisodes.
Aucun.

26) Votre séquence favorite d'un film de Brian De Palma.
La mort d'Al Pacino dans L'impasse (Carlito's way) (1993). Cela vous remue.

27) Citez votre moment préféré en Technicolor.
Tout Lawrence d'Arabie.

28) Votre film signé Alan Smithee préféré.
Je ne sais pas.

29) Crash Davis (Kevin Costner) ou Morris Buttermaker (Walter Matthau)?
Kevin Costner dans Bull Durham, je n'ai pas vu l'autre film.

30) Quel film post-Crimes et délits de Woody Allen préférez-vous?
Whatever works, Match Point, Meurtres mystérieux à Manhattan et Maudite Aphrodite.

31) Meilleur film de 1999.
Ce n'est pas forcément le meilleur film de 1999 mais j'avais beaucoup aimé Tabou (Gohatto) de Nagisa Oshima.

32) Réplique préférée.
Au tout début des Dames du bois de Boulogne de Robert Bresson: Jacques en voix "off" dit "... Il n'y a pas d'amour, Hélène, il n'y a que des preuves d'amour".

33) Western de série B préféré.
Les sept mercenaires de John Sturges (1960) [Allo? Oui, on me fait remarquer que ce n'est peut-être pas une "série B". Mais c'est le remake des sept samouraï].

34) Quel est selon vous l'auteur le mieux servi par l'adaptation de son oeuvre au cinéma?
Mort à Venise de Thomas Mann.

35) Susan Vance (Katharine Hepburn) ou Irene Bullock (Carole Lombard)?
Joker, je préfère Joan Crawford et Susan Hayward.

36) Quel est votre numéro musical préféré dans un film non musical?
Alex chantant "Chantons sous la pluie" dans Orange mécanique.

37) Bruno (Le personnage si vous n'avez pas vu le film, ou le film si vous l'avez vu): une satire subversive ou un stéréotype?
Une chose vulgaire.

38) Citez cinq personnes du cinéma, mortes ou vivantes, que vous auriez aimé rencontrer.
Robert Mitchum, Audrey Hepburn, Luchino Visconti (mais seulement de loin), Louis Jouvet et Billy Wilder.

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mercredi 19 août 2009

Joueuse - Caroline Bottaro

Pour un premier film, Joueuse de Caroline Bottaro (adapté d'un roman que je n'ai pas lu: La joueuse d'échecs, de Bertina Henrichs, Edition Liana Levi) est une réussite malgré quelques maladresses dans le scénario (par exemple les rapports entre Sandrine Bonnaire et sa fille: les deux actrices ne jouent pas sur le même registre).

Voici quelques raisons pour aller voir Joueuse:

- pour Sandrine Bonnaire, son sourire éclatant et son talent dans un de ses plus beaux rôles;

- pour la Corse hors des sentiers battus et loin des clichés habituels: la réalisatrice donne envie d'y partir tout de suite;

- pour Kevin Kline avec un accent délicieux qui joue le rôle d'un homme un peu mystérieux. Veuf, il vit dans une grande maison isolée dont on ne le voit jamais sortir. Kevin Kline ne fait rien mais avec talent. Et quelle présence!

- pour les échecs, jeu de stratégie plutôt difficile dont mon ami, ta d loi du cine, m'a appris depuis les rudiments de base;

- pour une belle histoire où Hélène, femme de chambre dans un hôtel, se découvre une passion pour les échecs au grand dam de son mari. Elle est entraînée par un homme mystérieux appelé Krüger chez qui elle fait aussi des ménages. Ces rencontres régulières font naître une relation qui m'a paru ambiguë. D'ailleurs, vers la fin du film, on assiste à une belle scène entre Krüger et Hélène, chargée d'émotion: ils annoncent à tour de rôle le n° des cases (H8, B5, C6, etc.) sur lesquelles, en pensée, ils avancent leurs pions d'une partie imaginaire.

C'est un film que je conseille et on se sent bien quand on sort de la salle.

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samedi 15 août 2009

Le coeur cousu - Carole Martinez

Deuxième très bon conseil de lecture de la part d’Aifelle, Le cœur cousu de Carole Martinez a déjà été beaucoup chroniqué sur les blogs. Lauréat de 9 prix littéraires, il vient de paraître en édition de poche Folio Gallimard. Personnellement, le titre de ce roman ne m’attirait pas et pourtant cela aurait été dommage que je ne découvre pas ce premier roman de Carole Martinez. Il est divisé en trois parties: la première partie," Une rive", qui fait pratiquement la moitié du roman, est une réussite narrative incontestable qui m’a enthousiasmée. Elle vous emporte. Les deux autres parties, "La Traversée" et "L’Autre Rive", m’ont un peu moins touchée voire intéressée, et pourtant on ne perd pas de vue le personnage de Frasquita. L'histoire commence en Espagne dans un village isolé et se termine en Afrique du Nord. La narratrice, dont le prénom est Soledad (Solitude), résume ce que sera sa vie. Acceptant de ne pas se marier, elle sera la dernière de la lignée à endurer, pour le meilleur et pour le pire, les sortilèges qui touchent les femmes de sa famille. Pendant tout le roman, Soledad raconte principalement l’histoire de sa mère Frasquita Carasco, analphabète mais couturière aux doigts de fées (par la magie d’une boîte), capable de coudre un cœur sur une vierge de paille et de métal d’une procession sainte (il semble battre), de recoudre un coq de combat plutôt mal en point ou bien le visage d’un homme, de concevoir des robes de mariée adaptées à toutes les situations: pour une bossue ou une femme enceinte. Mariée elle-même très jeune à un charron, José Carasco, Frasquita va donner naissance à 5 filles et 1 garçon: Anita, la mutique, Angela à qui pousse des plumes d'oiseaux, Martirio, capable de donner la mort par un baiser, Clara qui s'endort dès que le soleil se couche et qui luit dans la nuit, et Soledad, la petite dernière. Le garçon, Pedro, aux cheveux rouge, dessinateur de talent et lutteur de foire, commettra l'irréparable, mais je n'en dis pas plus. J'ai trouvé le style ample, et l'écriture travaillée. C'est du bel ouvrage. Je n'ai jamais lu de roman d'Isabel Allende, il paraît que cela y fait penser.

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mardi 11 août 2009

Signore et Signori - Pietro Germi

Si vous ne savez pas quoi aller voir au cinéma ces temps-ci (c'est un peu mon cas); si vous avez envie d'apprécier ce qu'est une histoire à la mécanique bien huilée (digne de Feydeau et Labiche (en plus acide) pour le théâtre, et de Billy Wilder pour le cinéma); si vous vous posez la question: quel film a gagné la Palme d'Or à Cannes en 1966?; si vous voulez rire et sourire pendant 2 heures; si vous voulez entendre parler italien; si vous voulez voir des hommes mariés (pas si jeunes) issus de la bourgeoisie locale qui ne pensent qu'à "ça", si cela ne vous dérange pas de voir des hommes et des femmes qui n'hésitent pas à se donner des gifles; si vous voulez voir un film à la morale corrosive où l'argent résoud bien des choses; si vous voulez voir une peinture au vitriol d'une certaine classe de la population; si vous aimez Virna Lisi; si le fait de découvrir des acteurs italiens pas très connus (enfin pour moi), ne vous dérange pas... Alors allez, que dis-je, courez voir Signore & Signori (Ces messieurs dames) de Pietro Germi (film que je n'avais jamais vu, honte à moi!) qui me paraît être UNE des comédies de l'année. Deux salles à Paris le projettent. C'est dans le cadre d'une rétrospective de films italiens. J'espère que des copies circulent en province (et/ou que la sortie en DVD ne va pas tarder). Ce film tourné en noir et blanc se divise en 2 parties et 3 mouvements. Il se passe à Trevise en Vénétie (où le film fit scandale). L'histoire se concentre sur un groupe d'amis constituant la bourgeoisie locale qui navigue entre sauteries et coucheries. 1er mouvement: avant une sauterie, Toni Gasparini confesse son impuissance à son médecin à qui il demande de garder le secret. Ce dernier, bien entendu, s'empresse d'en faire part à tout le monde. Mais "est pris qui croyait prendre". 2ème mouvement: le comptable Bisigato séduit une caissière de bar (Virna Lisi), en tombe amoureux et veut donc quitter sa femme, une mégère pas apprivoisée du tout. Mais, à cette époque, le divorce étant interdit avec une Eglise omnipotente, le pauvre Bisigato se retrouve à avoir tous ses amis, sa femme, la cousine de sa femme et même la police face à lui pour le faire renoncer à son projet. 3ème mouvement: une jeune fille aguichante, arrivée en ville pour faire du shopping, se retrouve en butte à la concupiscence de membres du groupe d'amis (ils se la "repassent" tour à tour). Sur ces entrefaites, le père de la jeune fille (un paysan mal dégrossi) arrive: sa fille est mineure et il porte plainte. Le rythme du film est effréné, sans temps mort, et la musique ne laisse aucun répit. Un grand film à revoir ou à découvrir.

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vendredi 7 août 2009

Les tribulations d'une caissière - Anna Sam

J'ai acheté récemment et lu en 2 heures ce court récit (ce n'est pas vraiment un roman). J'ai trouvé que Les tribulations d'une caissière (Le Livre de poche) était trop anecdotique. En courts chapitres, nous avons une suite de situations mettant en scène des clients resquilleurs, menteurs, pas polis, colériques, pressés, etc. Je m'attendais au moins à sourire au vu du titre, et bien pas du tout. Cela manque d'humour et c'est répétitif. Anna Sam n'explique pas pourquoi elle est restée caissière 8 ans (malgré ses diplômes supérieurs). Je veux bien croire que les temps sont durs, mais quand même! Et puis à la fin, pourquoi démissionne-t-elle? Je pense qu'il y avait une vraie étude sociologique à faire sur ce sujet à l'heure où, petit à petit, les grandes surfaces remplacent les caissières (pardon les hôtesses de caisse) par des machines. A emprunter (éventuellement) à la bibliothèque (attention aux horaires de vacances), mais pas plus.

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mercredi 5 août 2009

Films deux par deux (8)

Comme c'est l'été et que je publie un billet tous les 2 ou 4 jours, j'ai décidé de refaire comme l'année passée et de chroniquer deux films dans un billet quand je le juge opportun. Je commence par deux oeuvres très différentes et qui m'ont plu.

D'abord, Whatever works que j'ai vu récemment. Grâce à ce film, j'ai retrouvé la verve (avec le débit rapide qui va avec) et l'humour de Woody Allen, même si, dans ce film bavard (à voir en VO), on ressent la misanthropie voire le désenchantement du réalisateur. Boris Yellnikov (le double de Woody mais un peu plus jeune), joué par un acteur pas connu en France, Larry David, vit dans un quartier bohême de New York. Cet homme qui a (presque) été lauréat du prix Nobel de physique n'arrête pas de se plaindre, en particulier de la nullité des jeunes élèves à qui il essaie d'apprendre les échecs. Un jour, il tombe sur une jeune fille un peu perdue, Melodie Ann Celestine (délicieuse Rachel Evan Wood), qu'il accepte de recueillir une nuit. Résultat, elle s'incruste et ils se marient. J'ai apprécié le fait que l'on ne tombe pas dans le libidineux: on ne les voit même pas s'embrasser. En revanche, le "ménage à trois" (en français dans le film) formé par la mère de Mélodie, Marietta (Patricia Clarkson), avec deux amis de Boris, est assez savoureux. Et la fin est particulièrement euphorisante avec un "coming out" bien sympathique. Cela m'a fait plaisir de voir Woody Allen revenu à New-York comme s'il ne l'avait jamais quitté. Même si les quelques années d'errance européenne ont donné de très bons films, comme, par exemple, Match Point ou Le Rêve de Cassandre.

Bronson du réalisateur danois de la trilogie Pusher, Nicolas Winding Refn, est à voir pour la performance de Tom Hardy, l'acteur principal qui a un visage "élastique" comme on dit. Un vrai "clown" au sens noble du terme. Bronson est un film qui sort de l'ordinaire (même si je suis consciente qu'il ne peut pas plaire à tout le monde). Visuellement, j'ai presque senti un hommage à Kubrick et au personnage d'Alex dans Orange mécanique au vu de certains travellings. Dans Bronson, on suit la vie de Michael Peterson (qui est une personne réelle) ayant pris le pseudo de Charlie Bronson. A la fin des années 70, après avoir eu une jeunesse agitée (pendant laquelle il n'hésitait pas à frapper ses petits camarades dès qu'on l'embêtait), il se retrouve à 20 ans derrière les barreaux, condamné à 7 ans de prison pour vol. Et comme il continue d'exercer sa violence contre des gardiens ou d'autres détenus, il est, à ce jour, détenu depuis 34 ans dont 30 en isolement. Il s'est même retrouvé un temps dans une institution psychiatrique. Tout cela se passe en Angleterre où l'on voit des conditions de détention inhumaine pour les fortes têtes comme lui qui doit être considéré comme "irrécupérable". Il n'y a aucune explication psychologique, pas de message. Charlie Bronson n'est ni antipathique, ni sympathique. On se demande jusqu'où il veut ou va aller. Le film laisse une impression durable pour certaines scènes.

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samedi 1 août 2009

La patience de Mauricette - Lucien Suel

Le roman La patience de Mauricette de Lucien Suel (La Table ronde) va sortir courant septembre 2009. Grâce à Babelio (que je remercie) et son opération Masse critique, je l’ai lu en avant-première. L’histoire se passe de nos jours avec des retours en arrière à partir de 1938 dans la région d’Armentières et Comines en Flandres près de Lille. En août 2008, Mauricette Beaussart, 75 ans, est admise pour cause de troubles mentaux à la «Clinique» faisant partie d’un EPSM (Etablissement publique de santé mentale). Trois semaines plus tard, elle s’enfuit. En apprenant cela, Christophe Moreel, la soixantaine, un ami qui s’occupe d’elle, espère que rien de grave n’est arrivé et qu’on va la retrouver. Christophe est traducteur de romans (ou «âneries romantiques», dixit Mauricette) des éditions Charles-Quint (suivez mon regard). Mauricette et Christophe se sont rencontrés 20 ans auparavant, en prenant des cours d’informatique. Et bien que cela fasse des années que Mauricette souffre de crises de mélancolie profonde, cette femme passionnée de poésie a quand même pu exercer le métier de professeur de français. La narration alterne des chapitres courts écrits en italique, transcrivant le discours décousu de Mauricette (peut-être tiré d’un journal à moins que cela ne soit un monologue intérieur) où elle joue avec les mots: «Je broute mes médicaments», «Je suis ta soignée», avec des chapitres de narration pure qui racontent, entre autre, l’histoire de Mauricette (expliquant peut-être son état) jalonnée de quelques grands malheurs familiaux (touchant sa mère, son père, son petit frère Emile). Ce roman est l’occasion, pour l’auteur, de faire état des traitements dans le domaine psychiatrique à l’heure actuelle. D’ailleurs, Lucien Suel (originaire des Flandres artésiennes où il est né en 1948) a écrit son roman dans les lieux où se déroule l’histoire. Un petit clin d’œil «bloguesque» en passant: avec l’aide de Christophe, Mauricette a créé un blog, "etoilepointetoile.blogspot.com", où elle postait (avant ses derniers troubles) des extraits d’«Une anthologie du veau dans la littérature». Autant les chapitres de narration sont très faciles à lire, autant les chapitres en italique méritent toute notre attention, j’ai dû les lire et relire plusieurs fois: des bribes de la vie de Mauricette sont dévoilées d’une autre façon. Quant à la partie du titre «La patience», elle peut se comprendre de plusieurs façons, dont celle du jeu de patience ou réussite. A priori, c’est le deuxième roman que publie Lucien Suel après Mort d’un jardinier (La Table ronde) en 2008. J’espère que La patience de Mauricette va rencontrer son public, il le mérite.

PS: Suite au commentaire de l'auteur, voici son adresse de blog: http://academie23.blogspot.com.

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