samedi 17 octobre 2009

Cadence - Stéphane Velut

Le roman Cadence (Editions Christian Bourgois, il fait partie de la rentrée littéraire 2009) pourrait être sous-titré "L'antre de la folie" (en référence au film de John Carpenter). L'histoire se passe entre février et septembre 1933, à Munich. Le Führer vient d'accéder au pouvoir. Le Narrateur (dont on ne connaîtra pas le nom) est chargé pour la gloire du Führer de peindre une représentation picturale d'une icône à la gloire de la Nouvelle Allemagne. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas ce qu'il va dessiner, mais le modèle qui va lui servir, en la personne d'une enfant qu'on lui amène un jour. Pendant tout le roman, il ne la désignera que par les vocables "petite", "pensionnaire", "chose", "mante", "poupée". D'ailleurs, quand la petite arrive chez lui, c'est "un dépôt" pour lequel il signe un reçu. En sept mois jour pour jour exactement, il doit avoir terminé son oeuvre. En attendant, il est logé et nourri (ainsi que sa pensionnaire). Il sera payé s'il rend l'œuvre à temps. Avec la complicité de sa logeuse, et surtout d'un ami, Werner Troost (spécialiste dans l'appareillage des handicapés), la "petite" devient une "poupée" grâce à un appareillage ingénieux qui lui enserre les membres supérieurs et inférieurs. Même ses cils sont maintenus. La petite, d’humaine, devient une poupée qui s’abîme. Les appareils lui provoquent des blessures et des lésions sur tout le corps. Un système de poulie la maintient souvent contre le mur comme un insecte. Quant au Narrateur, il n’explique pas ses raisons. Il se fait plaisir. Il est heureux loin de la tempête qui s’annonce. Il n’y a aucune connotation sexuelle dans les relations entre le narrateur et la petite. Tout est décrit de façon clinique sans état d’âme. Il ne veut pas de compassion. Il ne regrette pas ce qu’il fait. J’ai été frappée par la description très distanciée des souffrances endurées par la petite comme si de rien n’était. D’ailleurs la petite ne se plaint jamais. Le roman se termine en cauchemar éveillé avec, en fond historique, la peste brune s’abattant sur Munich et l’Allemagne. Pour un premier roman, Cadence (ce titre est un mystère) est une réussite. C'est une histoire que l'on n'oublie pas.

NB (en réponse aux trois premiers commentaires [Toinette80, Rosa et Thaïs] sur le billet) : Je suis désolée que celui-ci ne donne pas envie de lire ce roman car j'ai beaucoup aimé ce conte cruel qui est une parabole sur la montée du nazisme et des cruautés qui s'ensuivirent. Felice, la logeuse du Narrateur, symbolise bien ce qu'a été le comportement de certaines personnes envers d'autres, elles étaient payées et donc exécutaient les ordres sans discuter. Sous son air de bonhomie, c'est elle, le monstre. Elle aurait pu dénoncer le narrateur. Elle ne fait que s'enfuir. J'ai apprécié l'écriture et le rythme du roman. Et cela sort vraiment de l'ordinaire.

NB2: Nanne en parle très bien.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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Commentaires sur Cadence - Stéphane Velut

Après "MAgez le si vous voulez" je pense que je ne lirai pas ce livre tout de suite voire jamais. La cruauté des humains, des fois, est à la limite du supportable.
Bon week-end

Posté par toinette80, samedi 17 octobre 2009 à 09:55

Comme Toinette, je suis certaine que je ne pourrai pas lire.

Posté par Rosa, samedi 17 octobre 2009 à 23:08

il ne m'attire pas ce livre !

Posté par Thaïs, dimanche 18 octobre 2009 à 10:56

J'ai été comme toi, Dasola, sous le charme étrange de ce curieux roman très bien écrit. Ce qui peut heurter le lecteur, c'est cette distanciation avec la souffrance humaine, ce regard froid, presque clinique (l'auteur est neurochirurgien, ceci explique sans doute cela !) sur une situation abominable et monstrueuse. Cette petite fille est l'anti-Pinocchio. D'une enfant humaine, l'artiste en fait son pantin, son objet, son œuvre ultime et délirante. J'ai trouvé ce livre extraordinaire et marquant !

Posté par Nanne, dimanche 18 octobre 2009 à 21:03

Bonsoir Dasola, pour ma part, ta critique me donne envie de découvrir "cadence" : tout ce qui dérange a pour but, la plupart du temps, de dénoncer et de cette époque sinistre, on retiendra que beaucoup d'hommes et femmes ont agi en véritables monstres comme cette logeuse. merci pour l'info !!!

Posté par 007bond, mercredi 21 octobre 2009 à 01:09

Bonsoir Dasola, je viens d'attaquer la lecture de "Cadence": une première impression glaçante pour un livre prometteur. Dès la fin de ma lecture, je te ferai par de mon avis complet. A + !!!

Posté par 007bond, vendredi 23 octobre 2009 à 19:54

Je comprends bien que ce roman est d'une symbolique forte, mais quand même, je ne pense pas être capable de le lire, puisque ton résumé pourtant sobre et clair me donne déjà des sueurs froides .

Posté par sybilline, dimanche 25 octobre 2009 à 23:43

Bonjour Dasola : je viens de finir la lecture de "Cadence" : glaçant, choquant avec une très bonne critique du nazisme en fond. Certes, un roman à ne pas mettre dans toutes les mains ( c'est très déroutant d'être dans la tête d'un "malade")mais excellent de bout en bout, un écrivain à suivre de très près. Merci à toi pour cette découverte littéraire - dommage que l'on en parle si peu - à très bientôt !!!

Posté par 007bond, samedi 14 novembre 2009 à 16:46
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