07 novembre 2009
Le ruban blanc - Michael Haneke
Le ruban blanc (Das Weisse Band en VO) est la Palme d'Or méritée (1) du dernier festival de Cannes. Le film de Michael Haneke est un chef-d'oeuvre visuel (le noir et blanc est une splendeur) et scénaristique, et l'interprétation est de tout premier ordre (adultes et enfants). L'histoire se passe de 1913 à l'été 1914 dans une petite communauté villageoise protestante en Prusse qui travaille essentiellement pour un baron (et sa femme) propriétaires des terres cultivables alentour. La communauté est composée de paysans mais aussi de personnalités emblématiques comme le pasteur rigoriste, le médecin (et la sage-femme), le régisseur et l'instituteur (le narrateur du film). Le pasteur comme le régisseur et les paysans sont des pères de familles nombreuses. D'ailleurs, on remarque vite ces ribambelles d'enfants ou d'adolescents tous plus blonds les uns que les autres qui se déplacent en groupe (les filles d'un côté et les garçons de l'autre). Grâce à la voix "off" vieillie de l'instituteur, on est tout de suite dans le vif du sujet: le village est en émoi à cause d'actes malveillants perpétrés contre le médecin, la femme d'un paysan victime d'un accident mortel, le petit garçon (attardé mental) de la sage-femme, le fils du baron et un nourrisson (sauvé in-extremis). Pendant ce temps, le pasteur fait régner une sorte de terreur feutrée dans sa maison. Deux de ses six enfants (un garçon et une fille) ont fait des bêtises. Ils sont obligés de porter un brassard blanc pour redevenir purs (et ils reçoivent dix coups de cravache en guise de punition). Cette vie se déroule au rythme des saisons et des moissons. L'instituteur tombe amoureux d'une jeune fille; le médecin (guéri) qui est revenu de l'hôpital se montre odieux envers la sage-femme et se permet des privautés sur sa fille; un oiseau en cage fait les frais de la colère d'une enfant; un paysan se pend; une grange brûle. C'est à ce moment-là que la guerre de 14 est déclarée. Rien n'est résolu, les crimes restent impunis (et pourtant, comme l'instituteur, on devine ce qui s'est passé). L'histoire se situe en Allemagne mais cela pourrait se passer ailleurs. Le réalisateur montre surtout les dégâts que peut faire une éducation faite de punitions et de violence mentale sur de jeune esprits et tout cela au nom de Dieu et de la recherche de la pureté. Je répète que c'est à mon avis un grand film qu'il faut voir.
(1) Les nombreux commentaires évoquant cette Palme d'Or (et notamment celui de MichCiné qui rappelle la polémique) me font souvenir que j'avais moi-même été dubitative sur ses conditions d'attribution méritée ou non dans mon billet du 26/05/09. Hé bien, maintenant que j'ai vu le film, mon opinion est faite: "chef-d'oeuvre". Dont acte.
Commentaires
Je dois le voir d'ici la fin du mois, tout comme le Moore. Je donnerais mon avis à ce moment-là.
J'ai hâte de voir un beau film en noir et blanc.
D'accord avec vous, c'est un grand film. Toutefois, je crois que le fait de situer l'histoire en Allemagne n'est pas un hasard. La volonté d'Haneke d'interroger l'histoire du peuple allemand est évidente, et la résonance avec le nazisme aussi. Les enfants qui sont montrés ici sont ceux qui ont eu 30 ans lors de la prise du pouvoir par Hitler.
Très bon film, voici mon avis pour corroborer le tien :
http://systool.over-blog.com/article-le-ruban-blanc-michael-haneke-2009--38507460.html
SysTooL
oui
vu, énormément apprécié et chroniqué !
pas vu mais je ne suis pas surpris de cette critique: j'avais été très choqué par le terrible funny games.
C'est prévu pour moi aussi. Hâte de le voir même si je ne suis pas spécialement fan de Haneke.
C'est un film qui mérite très largement sa palme d'or au Festival de Cannes, bien que beaucoup de soient récriés face à cette récompense ! Il n'en reste pas moins que Michael Haneke a voulu pousser les Allemands à se questionner sur l'impact d'une éducation aussi stricte chez des petits enfants. Et le lien paraît évident avec l'arrivée de Hitler au pouvoir et cette passivité, cette acceptation de la violence comme punition ... Un film rempli de questions, que chacun trouvera en soi, je pense !
Oui, un très bon film..
Invitation
Salut, je viens d'ouvrir une communauté sur la culture en général et j'aurais aimé avoir ton blog parmi nous...Si ça te tente passe sur mon blog dans mes liens "communautés": cliques sur "Cinéma et culture alternative"..
A bientôt!!
Je suis d'accord : il faut le voir !
Mais je ne pense pas que tout le monde l'appréciera...
Il faut vraiment aimer le cinéma pour aimer les films d'Haneke. Et être prêt à être, en tant que spectateur, malmené et mal à l'aise.
Une vraie expérience de cinéma.
Je suis sorti en n'ayant pas aimé le film, et plus j'y pense plus je le trouve intense et porteur de sens. A mon avis il mérite une deuxième vision assez rapidement, ta critique m'en a fait prendre conscience.
Comme d'habitude chez Haneke c'est austère et plutôt difficile d'accès (même si ça reste un des plus simples)... mais c'est un film essentiel c'est évident, le noir et blanc somptueux, le hors champ toujours judicieux, et puis ce message terrible qui pointe de plus en plus son nez...
Une bien belle palme d'or!
Haneke
Je ne suis pas fan de ce cinéaste, même si je lui reconnais des talents de mise en scène indéniables. Peut-être me laisserais-je tenter par celui-ci, même si la durée me refroidit un peu....
Une palme d'or amplement méritée. Un des plus beaux films de l'année. En principe j'aime bien Haneke, sauf La pianiste que j'ai détesté. Les deux Funny Games, l'original et son parfait remake américain, sont terribles et magnifiques. Caché est très mystérieux et envoutant. J'ai le coffret de ses premiers films autrichiens, je vais m'y atteler prochainement.
J'espérais que tu commenterais ce film, qui m'a fortement impressionnée. Les visages d'enfant notamment sont fascinants. Le film est parfois à la limite du soutenable, et réussit à nous faire ressentir intérieurement et aussi bien intellectuellement que physiquement qu'en effet, la thèse de l'instituteur est sans doute la bonne.
Et après le film, on ressasse les dernières énigmes restées sans réponse, en essayant de les élucider à la lumière de nos intuitions.
Tu me donnes envie d'écrire un billet aussi!
Que d'éloges ici..
pourtant, jamais un film ne m'a autant ennuyée que le Ruban Blanc. Palme méritée pour la plupart d'entre vous....sauf moi, qui préférait de loin "Un Prophète" Chacun ses goûts. D'ailleurs ce film aurait dû remporter la Palme d'Or, si Isabelle Huppert n'avait usé de son influence (on sait ce qu'elle pense de Hanecke) auprès des autres membres du jury...Depuis lors, Un Prophète est encensé partout, et nominé aux European Film Awards qui se dérouleront à Berlin le 13 décembre prochain, où il est nominé dans 4 catégories. Le Ruban Blanc y figure aussi. Attendons le verdict.
critique très intéressante car je suis d'un avis tout à fait contraire. Je ne retire pas au film un intérêt particulier ni son extraordinaire beauté visuelle mais je n'ai vu dedans qu'une chronique de la vie de village longue de 2H30. Pour moi, c'est un film qui prétend trop de chose pour ce qu'il est.
Comme Michciné, j'aurais donné la palme au Prophète et je pense sincèrement que sans Isabelle Hupert celui-ci ne l'aurait pas eu (on sait les dissensions qu'il y a eut chez le jury cette année)
Voilà, j'ai publié un billet à mon tour sur ce film.
Le Prophète vs Le Ruban Blanc.. J'ai beaucoup aimé Le Prophète aussi, et mon coeur balance. Mais s'il faut absolument établir une échelle, peut-être le sujet du Ruban Blanc est-il d'une portée plus universelle que Le Prophète? Ou tout au moins touche à nos inquiétudes de comprendre les mécanismes qui mènent à des régimes comme le nazisme?
Il n'y pas d'obligation à ce que le coeur balance, non ? Nous avons là deux grands films, il me semble difficile de les "comparer", la coïncidence de leur présence simultanée au Festival de Cannes ne fait qu'artificialiser les choses.
Apprécions-les (si tel est le cas) pour leurs qualités propres.
Bonjour
Le Ruban Blanc de Michael Haneke, fait le récit des violences mystérieuses qui se produisent dans un village du nord-est de l’Allemagne, à la veille, de la première guerre mondiale. Ces événements tragiques interviennent dans une société rurale, ou tout semble figé. Les coupables n’ont pas de nom, l’austérité des visages rivalise avec celle des lieux.
Le cinéaste a fait de ce récit une préface des totalitarismes du XXème siècle, et notamment du nazisme. Il se développe à travers le visage d’un pasteur protestant qui exige de ses enfants un rigorisme mortifère. L’éducation écrase les individualités, elle soumet les personnalités en leur niant toute intimité. Les châtiments sont corporels, les occasions de rire rares. Le docteur, autre figure tutélaire du village, humilie sa maitresse. Une tyrannie s’exerce, elle produit haine de soi et de l’autre, dans une violence suggérée, jamais montrée (sauf lorsque les enfants sont châtiés) qui devient l’exutoire du refoulement des sentiments.
Filmé en noir et blanc, l’effet de contraste est encore accentué par la qualité somptueuse des images de campagne, les cadrages d’une extrême rigueur, l’absence de musique. Il en résulte un effet d’intemporalité, une mise à distance qui invite à la réflexion, peu à l’empathie. C’est peut-être de là que vient un certain scepticisme. Ce film laisse songeur plus qu’il ne passionne. Peut-être parce que son formalisme rigide, s’épuise à force d’une si bienveillante neutralité.
Cordialement
Jean-François
Malgré ton billet, je ne suis pas encore décidée...
Je voulpais aller le voir mais à Amiens il est passé en VO et comme mon mari ne peut pas voir un livre en VOsous-titré français alors je ne l'ai vu tout comme Inglorious Basterds. Dans notre ville le cinéma ne doit aimer que les VO
J'en reviens, c'est vraiment un film inoubliable à voir absolument.
C'est vrai , ce film relate avant tout la chronique d'une année de village au début du siècle( mais fort bien), quant à en tirer de conclusions sur la naissance du fascisme, c'est l'instituteur qui y est conduit.
Ce type de conduite est universel, et ces méfaits auraient pu se produire dans n'importe quel pays, avec des variantes dues à des religions et coutumes différentes.
