Les chats persans de Bahman Ghobadi, long-métrage iranien très soutenu par Cinefeed/cinefriends, fait une jolie carrière grâce à un bon bouche-à-oreille. C'est une excellente surprise en ce qui me concerne, et je le conseille pour celles et ceux qui veulent découvrir un Iran différent de ce que l'on voit à la télé, loin des clichés habituels. Dans ce film tourné en 17 jours dans la clandestinité, une certaine jeunesse de Téhéran est à l'honneur, incarnée par Negar et Ashkan, une jeune femme et un jeune homme tout juste sortis de prison. Ils veulent former un groupe musical de rock afin de pouvoir partir vers d'autres horizons. Pendant tout le film, on les suit dans leur recherche, d'une part, de quelques musiciens pour leur groupe et d'autre part, d'un passeport et un visa "au noir" (donc onéreux). La séquence où de vieux messieurs fabriquent des faux-papier et énoncent les prix, selon que l'on veut un passeport afghan (cinq dollars), ou américain (plusieurs milliers de dollars), est assez marquante. Comme tout est clandestin, on passe de cave en cave avec une incursion dans une étable. Les chats persans donne l'occasion d'entendre du rock, du rap et du heavy metal (sur la bande originale, je vous recommande un rap en perse Ekhtelaf par Hichkas), et c'est une très belle expérience. Cette musique est totalement interdite par le régime iranien en place. Autre chose proscrite: promener son chien (ou son chat) dans la rue ou dans une voiture. Ce sont des animaux impurs comme la musique. Il y a une scène révoltante où une voiture est arrêtée avec Negar et Ashkan (Negar a un chien sur ses genoux). L'agent de police s'empare du chien. Je n'ose imaginer ce qu'il advient de cette pauvre bête. Et pourtant on n'entend pas une fois parler de religion. Bahman Ghobadi a filmé en numérique dans des conditions précaires. On le sent dans certains plans pris au vol où l'on peut voir par exemple que certains wagons de métro ne sont réservés qu'aux femmes. Un de mes coups de coeur de ce début d'année.