Cette fois-ci, contrairement à ma série précédente, le regroupement se justifie par le fait que j'ai vu depuis le début de l'année beaucoup de films qui risquent de disparaître des salles rapidement et dont je souhaite parler tant qu'ils passent encore, au moins, à Paris.

Agora (dont Céline a dit le plus grand bien) est un des premiers films que j'ai vus cette année. Il a été réalisé par Alejandro Amenabar (qui a aussi tourné Les autres, en 2001, et Mar adentro, en 2005). On peut le qualifier de "peplum" parce qu'il se passe pendant l'Antiquité, à Alexandrie, au IVème siècle après Jésus-Christ. L'originalité de l'histoire est que le personnage principal est une femme, Hypathie, une astronome qui a réellement existé. Son père, Theon, fut le dernier directeur de la célèbre bibliothèque de la ville. Cette période reflète une transition entre le déclin de la civilisation gréco-romaine et l'influence croissante du christianisme. Tour à tour, les Chrétiens, les Juifs et les non-croyants se persécutent mutuellement, sans parler de la bibliothèque mise à sac et des parchemins et autres documents brûlés (c'est un autodafé). Mais au bout du compte, la dernière persécutée, c'est Hypathie, femme cultivée, savante: on lui reproche d'être ce qu'elle est (cela reste malheureusement très actuel). J'ai trouvé la dernière séquence bouleversante, entre Hypathie et un jeune esclave affranchi qui l'aime. La reconstitution d'Alexandrie et de sa bibliothèque est très belle avec de nombreux effets numériques. J'ai lu des critiques disant que les personnages masculins ne sont pas intéressants: cela ne m'a pas dérangée puisque c'est le personnage féminin (Rachel Weisz, lumineuse) qui est important.

Restons avec une femme comme personnage central mais dans un registre complétement différent: Mother de Bong Joon Hoo (à l'affiche depuis cette semaine), vu en avant-première grâce à Jérôme de cinefriends (et je l'en remercie une fois de plus). J'avoue que j'ai eu un peu de mal à "entrer" dans l'histoire, et puis petit à petit, je me suis laissée emmener dans cette histoire d'amour entre une mère et son fils (on n'est pas loin de l'inceste). Dans une ville de Corée, une jeune fille est retrouvée morte en haut d'un immeuble dans une posture grotesque. On accuse Do-Joon, 28 ans, qui est le dernier à l'avoir vue. La mère de Do-Joon (âgée d'une soixantaine d'année) fait tout pour le sortir de prison en essayant de prouver son innocence. Pour cela, elle commettra jusqu'à l'irréparable. On ne connaît pas leur passé à tous les deux qui a dû être difficile. Le fils est à la limite de la débilité. Il y a une séquence au début du film qui nous montre cette femme dans un champ de blé en train de danser. Le reste n'est pas aussi bucolique et la fin est terrible. En tout cas, avant de traiter quelqu'un d'idiot, je ferais attention (cet aparté est destiné à ceux qui connaissent déjà l'histoire). L'actrice qui joue la mère est sensationnelle, c'est elle qui porte tout le film. On plaint cette mère, et en même temps, elle est monstrueuse. Seul défaut du film, c'est un peu long (surtout quand on sait ce qui s'est passé): 2h10. Du même réalisateur, j'avais vu Memories of murder (2004) que je n'avais pas du tout aimé.

Pour finir dans un registre plus léger, j'ai bien apprécié Pas si simple (dont le titre original est It's complicated) de Nancy Meyers, qui met en scène des quinquas qui assurent plutôt bien côté bagatelle devant la jeune génération ébahie. Meryl Streep m'a épatée une fois de plus dans le rôle d'une femme, Jane, divorcée depuis 10 ans, mère de trois enfants et qui revit quelques moments de folle passion (sexuelle) avec son ancien mari, Jack (lui-même remarié avec une plus jeune), joué par un Alec Baldwin avec quelques kilos en trop. L'histoire se passe entre Malibu en Californie et New York. Jane dirige une grande pâtisserie / salon de thé (elle est la reine du croissant, ayant pris des cours de cuisine en France). En plus de son ex-mari, elle entame une relation plus chaste avec un architecte, Adam (Steve Martin), qui lui refait toute sa maison. Dans ce film, on trouve quelques moments d'anthologie, dont un où Jack, sur un lit, en tenue d'Adam, dissimule à nos yeux ses parties intimes derrière un écran d'ordinateur allumé sur le mode webcam. Je ne vous raconte pas la suite. La salle était hilare. Une très bonne comédie qui semble avoir du succès depuis sa sortie.