Les confessions/journal/mémoires de cet écrivain universitaire disparu en 2003 sont un de mes coups de coeur de ce début d'année. Dans Sylvia, qui vient d'être traduit en français (édition Christian Bourgois), Leonard Michaels raconte pendant 150 pages l'histoire du couple qu'il a formé avec sa première épouse. Ils se sont aimés tout en n'arrêtant pas de se déchirer et de se disputer continuellement. Leur relation fut passionnelle mais douloureuse. Leonard a aimé Sylvia au premier regard après l'avoir rencontrée chez une amie commune à New York. Sylvia Bloch lui rappelait "les statues égyptiennes avec sa silhouette, la surface lisse de son visage avec sa large bouche ainsi que de longs cheveux noirs d'Asiatique". Quand il rencontra Sylvia en 1960, Leonard Michaels venait juste de rentrer à New York après deux ans de thèse (inachevée) à l'université de Berkeley en Californie. Il voulait à présent écrire des histoires. Sylvia et Leonard ont emménagé dans un appartement situé au sud de Manhattan. Leur relation a duré quatre ans entre 1960 et 1964, jusqu'à la fin brutale et tragique de Sylvia à l'âge de 24 ans. Ils s'étaient mariés en 1962. Leonard Michaels, qui avait 29 ans à l'époque, a attendu presque 30 ans (jusqu'en 1992) pour écrire sur cette période sentimentale de son existence pendant laquelle il a croisé ou entendu Miles Davis, Lenny Bruce ou même Jack Kerouac. Quand j'ai refermé ce livre, je me suis dit que j'avais lu un hymne à l'amour magnifique mais tragique raconté de manière pudique. La vie de couple que Leonard Michaels décrit n'est pas une sinécure, car au travers des pages, on comprend vite que Sylvia, qui était une enfant précoce, avait un tempérament instable, cyclothymique, auto-destructrice et masochiste. En résumé, elle était très malheureuse sans qu'il puisse faire quelque chose pour soulager sa peine. Bien au contraire, jour après jour, leur relation était une épreuve autant pour lui que pour elle. Pour éviter le conflit, il essayait toujours d'arrondir les angles, de faire comme elle voulait que les choses se passent. Leonard n'a pas su deviner ce qui allait arriver. Je conseille vivement de découvrir ce livre où sont disséminés quelques extraits du journal de l'auteur. Voir aussi les billets d'Amanda et d'Esmeraldae.