lundi 5 avril 2010

Téhéran - Nader T. Homayoun

Téhéran qui sort le 14 avril prochain est le premier long-métrage du réalisateur franco-iranien Nader T. Homayoun. Je l'ai vu en avant-première il y a quelque temps. On nous a dit le lendemain de la projection qu'il y avait un embargo pour que les critiques ne paraissent pas avant le 15 mars: j'ai eu d'autant moins de mal à m'y tenir que j'étais "en pause" à cette date! L'accroche du film dit: "un polar à l'iranienne, c'est une petite révolution!". Pourquoi pas? Je ne m'attendais pas en tout cas à un film si noir. Il s'agit en effet d'un portrait de Téhéran et de ses contrastes, une mégapole où n'importe quel moyen est bon pour obtenir un peu d'argent. Ici, en l'occurrence, dans les rues de Téhéran, un homme tient un bébé dans les bras et débite à longueur de temps que sa femme est partie et qu'il a besoin d'argent pour s'occuper de son enfant. Les gens (surtout les femmes) sont plus ou moins généreux. Mais on découvre vite qu'Ebrahim (le personnage central) n'est pas le père du bébé, une des nombreuses victimes d'un odieux trafic. Ebrahim a quitté sa province en laissant sa fiancée, Zahra, pour aller à Téhéran afin de gagner sa vie (Zahra le rejoint par la suite). C'est une histoire sur l'entraide entre trois hommes pour récupérer le bébé disparu (allez voir le film pour comprendre), sur la prostitution qui sévit en particulier dans les squares où des jeunes femmes (aux yeux de velours) portent le foulard et draguent des hommes peu expérimentés sur la chose. Le réalisateur montre un peu l'écart entre les riches vivant dans de belles demeures et les autres qui vivent dans des rues étroites et sombres aux maisons délabrées. J'ai appris que les autorités islamiques, par l'intermédiaire de l'imam dont on dépend, peuvent prêter de l'argent en cas d'absolue nécessité, mais il faut savoir demander. C'est le premier film du réalisateur iranien né en France (Le film est produit en grande partie par la France). Il a filmé en caméra numérique, procédé qui n'avait pas besoin d'autorisation particulière. La plupart des gens filmés ne sont que des figurants. La caméra numérique permet de filmer vite et souvent clandestinement. Les décors sont succincts. J'ai été sensible à la construction de l'histoire qui est bien écrite, et la fin inattendue est terrible alors que l'on croit à un éventuel happy-end. Malgré des maladresses dues à un certain manque de moyens, je vous conseille de le voir. Après les Chats persans, je suis contente de cette émergence d'un cinéma iranien.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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