Ressorti le 15 décembre dernier dans trois salles à Paris en version restaurée, Le narcisse noir de Michael Powell et Emeric Pressburger (1947) était un film que je n'avais jamais vu (cet oubli est enfin réparé). Pendant 100 minutes, on admire une image en technicolor qui a fait date. Cinq religieuses, qui doivent renouveler leurs voeux tous les ans, sont envoyées dans un ancien harem situé sur les contreforts de l'Himalaya pour le transformer en dispensaire. Un certain Mr Dean, vivant sur place depuis des années, prédit qu'elles ne resteront pas longtemps (juste avant la saison des pluies) tout comme les religieux venus avant elles. Ce lieu où souffle un vent incessant fait naître des tensions où le corps et l'esprit sont mis à rude épreuve. Le film est l'occasion de voir Deborah Kerr, David Farrar et Jean Simmons dans un petit rôle muet, et aussi une actrice dont le visage ne me disait rien: Kathleen Byron (Soeur Ruth), dont le visage ravagé par la colère et la jalousie vous hante longtemps. On devine assez vite que l'endroit (un à-pic vertigineux) où se trouve la cloche que les soeurs font sonner régulièrement va jouer un rôle tragique. Le film considéré comme un chef d'oeuvre à juste titre déroule une histoire où tous les plans sont importants et d'où se dégage une atmosphère pareille au parfum envoûtant du narcisse noir. Du grand art. Deborah Kerr avec sa belle voix rauque, et face à elle David Farrar en short et chemise ouverte (la virilité personnifiée), ont trouvé un de leurs meilleurs rôles. A voir absolument.