Voici un billet sur trois films qui m'ont marquée pour différentes raisons.

D'abord We need to know about Kevin de Lynn Ramsay qui est adapté d'un roman de Lionel Schriver que je n'ai pas lu. Je suis allée voir ce film sachant que Tilda Swinton tenait le rôle principal. Elle est magistrale dans le rôle de cette mère qui a enfanté un monstre. C'est un film anxiogène car on devine dès le départ (l'histoire est racontée en flash-back) qu'il manque à un moment donné des personnages au tableau: le père et la petite soeur. Eva (Tilda Swinton) semble être la seule à voir que son fils de 16 ans, Kevin, a un comportement à part depuis qu'il est bébé. La scène d'ouverture, rouge sang, m'a beaucoup déroutée. Je me suis demandée ce que j'allais voir. Puis on se rend compte que la réalisatrice raconte l'histoire d'une femme, d'une mère, Eva, qui expie les péchés de son fils, même si Dieu est absent du film. D'ailleurs, Eva est sûre d'aller brûler en enfer (comme elle l'annonce à des évangélistes qui font du porte-à-porte). C'est son fils Kevin qui fait le mal, et pourtant c'est Eva qui est stigmatisée par les voisins, les collègues. Ils la rendent responsable de ce qui s'est passé. Le film ne donne aucune explication sur la raison (?) pour laquelle Kevin, qui a un rapport d'amour-haine avec sa mère, commet l'irréparable. C'est peut-être cela qui est le plus terrible. Mon bémol sur ce film, c'est le personnage de Kevin, un peu monolithique, et je me suis demandé pendant le film pourquoi Eva ne l'emmène pas chez un psy? En tout cas, un film à voir.

Il était une fois en Anatolie du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan a reçu le Grand Prix au dernier festival de Cannes 2011. Pour ceux qui aiment les films longs dans lesquels il ne se passe pas grand-chose, ce film est fait pour vous. Ce que je retiens le mieux du film, c'est le travail sur l'éclairage, puisque les 3/4 du film sont éclairés grâce à des phares de voitures et à des lampes à gaz. Après une première longue séquence filmée derrière une vitre embuée, au cours de laquelle on voit trois hommes discuter dans un bar, on suit, dans le crépuscule de ce paysage désolé d'Anatolie, trois voitures qui roulent lentement, dans lesquelles un procureur, un médecin, un commissaire, deux prisonniers et quelques gendarmes sont entassés. Ils sont à la recherche d'un cadavre enterré. Le réalisateur est arrivé à m'intéresser à cette histoire même si j'ai eu parfois du mal à rester attentive. Mais j'ai été fascinée par certains plans, par la séquence où la fille du maire ressemble à une Madone face à ces hommes qui la regardent. Un film qu'il faut voir quand on est bien reposé et pas après une dure journée de boulot comme moi. Voir aussi mon billet sur Les trois singes du même réalisateur.

The Artist de Michel Hazanavicius qui a fait gagner le prix d'interprétation masculine à Jean Dujardin au dernier Festival de Cannes est un film muet en noir et blanc. Je dirais que ce n'est pas mal, surtout la séquence finale et les scènes avec le chien, mais je ne comprends pas la démarche du réalisateur: qu'a-t-il voulu nous raconter, nous prouver? En 1927, Georges Valentin, acteur star du muet, est au sommet de sa gloire. Il rencontre une jeune ingénue, Peppy Miller, qui va devenir célèbre à la venue du cinéma parlant. Georges Valentin ne croit pas à ce changement dans le cinéma. Il se ruine à filmer son propre film qui s'avère un "bide". Sa femme le quitte, sa maison brûle, mais la descente aux enfers de Georges n'émeut pas vraiment. Jusqu'à la fin, le film reste muet (sauf deux répliques échangées) mais sonore. C'est un hommage sympathique au cinéma d'antan mais ce n'est pas un film exceptionnel. En revanche, Bérénice Bejo aurait mérité d'avoir un prix: elle est vraiment très bien.