Après Rapt, voici 38 témoins, le nouveau film de Lucas Belvaux que je suis allée voir, attirée par la bande-annonce et par le fait que j'avais beaucoup apprécié Rapt. J'avoue avoir été un peu déçue. J'ai eu l'impression que le réalisateur ne savait pas comment traiter ce sujet passionnant. Au Havre, en pleine nuit, dans une rue résidentielle, 38 personnes, calfeutrées chez elles, n'ont rien vu, rien entendu, alors qu'une jeune femme se faisait assassiner dans l'entrée de son immeuble. La première image du film nous la montre couchée sur le ventre et couverte de sang. Elle a été poignardée à mort. Seul Pierre Morvand, un des 38 témoins, un pilote (son métier est de piloter, c'est-à-dire de donner des instructions aux bateaux à gros tonnage pour entrer dans le port du Havre), décide de témoigner après quelques jours, éprouvant de la culpabilité. Lui sait ce qu'il a entendu: deux cris déchirants dans la nuit. Cela remet en question toute l'enquête qui était au point mort. A partir de là, la vie de Pierre bascule puisqu'il est stigmatisé par ses voisins. Sa petite amie le quitte, plus rien ne sera comme avant. Fin du film. Car ce qui intéresse le réalisateur, ce n'est pas l'enquête mais le comportement des gens. On ne saura pas qui est le coupable ni le mobile. Personnellement, j'ai trouvé ce film froid, sans réel point de vue. Yvan Attal prend un air très inspiré mais sans conviction, alors que Sophie Quinton, qui joue son amie, n'est pas mal du tout. Mais celle qui vaut la peine d'aller voir le film, c'est Nicole Garcia qui interprète une journaliste. Elle est remarquable de bout en bout. Elle donne de l'épaisseur à l'histoire. Didier Sandre en procureur est aussi très bien. J'ai trouvé que la dernière demi-heure du film pendant laquelle on assiste à la reconstitution du meurtre était la plus réussie. Il faut noter la séquence nocturne se passant dans le port du Havre avec une musique et un bruitage peu harmonieux. Je tiens à signaler un billet intéressant de Wens qui est nettement plus enthousiaste que moi (à vous de voir). Le film est adapté d'un roman de Didier Decoin qui s'est lui-même inspiré d'un fait divers réel qui s'est passé dans les années 60 aux Etats-Unis, le meurtre de Kitty Genovese. Le roman De bons voisins s'est inspiré du même faits divers mais le traitement est totalement différent.