Avec sa femme Maj Sjöwall (née en 1935), l'écrivain suédois Per Wahlöö (1926-1975) a écrit en duo dix romans policiers (dont Le policier qui rit, L'Homme au balcon ou l'Abominable homme de Säffle [billet de leunamme]) que je vous recommande. En solo, Per Wahlöö a écrit au moins deux romans (moins connus), qui ont été pour moi une découverte intéressante (surtout le premier). Dans ce diptyque, on fait la connaissance du commissaire Jensen.

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Dans Meurtre au 31 étage (Rivages noir, 230 pages), j'ai été tout de suite frappée par plusieurs choses: pour commencer, le fait que l'histoire nous est racontée de façon très factuelle sans digression aucune. L'heure et les minutes nous sont précisées très souvent. Quant au commissaire Jensen, c'est un homme sans affect, il ne semble rien ressentir. Il a un côté sévère, manquant d'humour. C'est un homme très psycho-rigide. Il s'exprime par monosyllabes. Il ne dit rien de trop. La seule chose qui le rend un peu humain est le fait qu'il souffre de problèmes stomacaux (ulcère?). L'action se situe dans un futur proche où tout est aseptisé, quelque part dans un pays nordique. Seul l'alcool fait des ravages, et les prisons sont pleines de gens pris en flagrant délit de boire de l'alcool. Le taux de suicides est exponentiel tandis que celui des naissances est au plus bas. Jensen est appelé dans un immense building où se trouvent les bureaux d'une maison d'édition, un empire de presse qui publie toutes sortes de journaux au contenu lénifiant dans lesquels est gommée toute critique. Par une lettre anonyme, quelqu'un dénonce un crime perpétré dans cet immeuble. Une bombe est prête à exploser. Jensen qui n'a pas encore connu d'échec lors d'une enquête se met à l'ouvrage entre deux crises abdominales douloureuses. Avec ce roman Wahlöö brosse un portrait au vitriol d'une société qui ressemble un petit peu (malheureusement) à la nôtre (le roman date de 1964). Vraiment très bien, et c'est pourquoi j'ai été contente de retrouver Jensen dans Arche d'acier dont l'action se déroule quelques années plus tard.

Quand commence Arche d'acier (Rivages noir, 215 pages), Jensen part se faire soigner quelque part à l'étranger de sa maladie latente de l'estomac. On ne lui donne pas cher de sa peau mais il se rétablit. Sur le chemin du retour, il apprend que son pays est en état de siège et en proie à une épidémie létale à l'échelle nationale. Des élections ont été repoussées. Les communications sont coupées. Quelques membres du gouvernement réfugiés dans un pays voisin demandent à Jensen de découvrir ce qui se passe: "Combien de morts? Pourquoi cette épidémie? Et "Qu'est-ce que l'"Arche d'acier"?". J'ai été un peu moins convaincue par l'intrigue mais il faut reconnaître que Wahlöö pressent avec raison les travers de notre époque comme la manipulation des gens et la confiscation du pouvoir. Ce roman-ci a été écrit en 1968.

PS: Suite au commentaire de K, lire son billet sur les 10 tomes de "Le roman d'un crime".