J'ai été très contente de relire Testament à l'anglaise de Jonathan Coe (Editions Folio, 678 pages), 16 ans après avoir découvert ce roman et l'écrivain par la même occasion. La lecture m'a autant enthousiasmée que dans mon souvenir. Je ne me rappelais plus du tout l'histoire, sauf le personnage de Dorothy Winshaw. Le récit a une construction à plusieurs niveaux. En 1990, une certaine Tabitha Winshaw demande à Michael Owen, un jeune écrivain peu connu, d'écrire une chronique sur la famille Winshaw, composée de personnages proches du pouvoir, très riches et surtout sans foi ni loi, cyniques, méchants (je ne trouve pas de qualificatifs assez fort pour les décrire). Michael Owen est lui-même un jeune homme mal dans sa peau, fuyant la foule. En effet, l'histoire est d'abord le récit de la vie de Michael depuis son enfance, avec quelques moments importants comme une séance de cinéma avec ses parents et sa rencontre, qui va le changer, en août 1990, avec Fiona, sa voisine de palier. Et puis, on a six chapitres écrits par Michael Owen qui évoque la vie des six derniers rejetons de la famille Winshaw à partir des années 60 jusqu'en 1990. On reste éberlués devant leur cynisme (même si j'ai trouvé que Jonathan Coe montrait une certaine compassion à leur égard). On se dit qu'heureusement, n'ayant pas d'héritiers, la dynastie Winshaw va s'éteindre (et de quelle façon!). On nous narre l'ascension d'Hilary, méprisant les autres et écrivant des articles méchants, se mêlant de politique intérieure et étrangère (souvent de manière approximative) avec une plume trempée dans le fiel. Son frère Roderick est un galériste et marchand d'art qui abuse de la naïveté de jeunes artistes féminines. Leur cousin Henry va devenir un membre conservateur du parlement et un fervent supporter de Margaret Thatcher qu'il a connue toute jeune. L'autre cousin, Thomas, est membre du conseil d'administration d'une banque d'affaires et obsédé par ses yeux. Bien entendu, c'est un voyeur invétéré épiant ses employées et des starlettes de cinéma. Je continue l'énumération avec Mark, un marchand d'armes qui fait affaire avec Saddam Hussain; et j'ai gardé pour la fin Dorothy, éleveuse de poulets aux hormones, adepte de l'élevage intensif de veaux et de cochons. En 30 pages, on assiste à un film d'horreur. Dorothy m'a fait penser au personnage de la fermière, Mrs Tweedy, dans Chicken Run de Nick Park (le créateur de Wallace et Gromit), mais en cent fois pire. Mon résumé peut paraître long mais le roman en vaut la peine. Il se lit malgré tout vite car la narration est sans temps mort. C'est un tour de force d'autant plus que le roman se termine en huit-clos saignant avec une énigme policière digne des Dix petits nègres d'Agatha Christie. Un roman que je recommande. Lire le billet de Maggie.

Je passe maintenant à Harriet d'Elizabeth Jenkins (1905-2010), paru pour la première fois en 1934 et édité en français en 2013 par les éditions Joëlle Losfeld (275 pages). Elizabeth Jenkins s'est inspirée d'un fait divers qui s'est passé entre 1875 et 1877 dans le Kent. Harriet Ogilvy, une jeune femme trentenaire, simple d'esprit mais très riche, va tomber dans les filets d'un coureur de dot, Lewis Oman. Après l'avoir enlevée, épousée, dépouillée de son argent et lui avoir fait un bébé, il va l'abandonner aux "bons soins" de son frère Patrick (homme violent et peintre raté) et de sa belle-soeur Elizabeth. Le couple va la laisser mourir de faim, la battre. Ils ne la considèrent pas comme un être humain. Pendant ce temps ,Lewis va vivre avec Alice, la soeur d'Elizabeth. Le récit épargne l'agonie de la pauvre Harriet mais on devine ce qu'elle aura souffert avant de mourir. Le récit reste relativement plat. L'histoire est terrible. Le roman est complétée par une postface intéressante écrite par Rachel Cook. Un roman à découvrir. Lire le billet de Clara.

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