mardi 19 mai 2015

La tête haute - Emmanuelle Bercot / La loi du marché - Stéphane Brizé

Voici deux des films français qui sont en compétition au festival international du film de Cannes de cette année. Je vous les recommande tous les deux, surtout le deuxième dont le thème m'a davantage concernée et m'a fait penser à Discount (en plus sombre).

La tête haute de la réalisatrice Emmanuelle Bercot a été choisi pour faire l'ouverture du festival. Dès les premières images, on est tout de suite dans le vif du sujet: on entend des cris, des pleurs et des paroles violentes. Malony, un garçonnet de 6 ans soit-disant insupportable et ingérable, est abandonné par sa mère Séverine dans le bureau de Florence Blaque, un juge pour enfants. Dix plus tard, on retrouve Malony, petit délinquant, n'arrêtant de dire des gros mots et ne tenant pas en place, dans le bureau de la même juge. Il est passé de foyer en foyer sans perdre le lien très fort qu'il a pour sa mère, qui est tout pour lui. Malony va avoir 16 ans et il sait à peine lire et écrire, étant en rupture scolaire. La juge essaie de faire au mieux pour le bien de Malony, quitte même à l'envoyer en prison pour qu'il prenne conscience qu'on veut l'aider. Le film est très bien interprété par Catherine Deneuve en juge pour enfant (on y croit). Sara Forestier dans le rôle de la maman de Malony n'a pas un rôle facile. Personnellement, j'ai trouvé le rôle de Séverine insupportable. On a envie de lui flanquer une gifle. Mais la révélation du film, c'est le jeune Rod Paradot. Il est impressionnant dans le rôle de Malony. C'est son premier film, j'espère qu'on le reverra. Pour ma part, j'ai trouvé La tête haute réussi sauf la fin qui m'a paru un brin optimiste. Lire le billet de ffred.

Le ton optimiste n'est par contre pas de mise dans le film La loi du marché, le quatrième film de Stéphane Brizé, dans lequel Vincent Lindon joue le rôle principal, face à des acteurs non-professionnels tous étonnants. Le film, en compétition officielle à Cannes, est sorti lundi 18 mai 2015, dans beaucoup de salles, le même jour que sa projection sur la Croisette. J'ai trouvé que ce film, par son ton et sa forme, tendait vers le documentaire. Les personnages sont filmés au plus près. Dès la première séquence, on se retrouve tout de suite dans l'ambiance: Thierry, dans un bureau de Pôle Emploi, explique à son conseiller que le dernier stage qu'il vient d'effectuer comme grutier n'a servi à rien. Depuis vingt mois, il est au chômage. Dans neuf mois, il ne touchera plus que 500 euros par mois. Il argumente qu'il n'a rien contre le fait de faire des stages, mais il faut que ça aboutisse à un emploi. Dans le plan suivant, Thierry dîne dans sa cuisine en compagnie de sa femme et de son fils. Celui-ci est gravement handicapé moteur. On sent que le trio est soudé. Dans une autre séquence, Thierry a rendez-vous avec sa conseillère de clientèle qui essaye de lui vendre une assurance décès en pensant à l'avenir (?) de ses proches (J'ai trouvé qu'il y avait de l'ironie à associer la mort avec l'avenir). D'autres séquences m'ont marquée dont l'entretien d'embauche par skype, qui se se conclut par le fait que la candidature de Thierry ne sera pas retenue. Puis tout de même, on retrouve Thierry travaillant, en costume cravate, dans une grande surface: il doit appréhender les voleurs et les fraudeurs grâce à 80 caméras disséminées dans tout le magasin. Ces caméras servent aussi à espionner les employés (les caissières). Je pourrais vous raconter tout le film mais je m'arrête là. Vincent Lindon est remarquable, il se fond dans le décor, dans son personnage. Il n'écrase pas les autres. Un très grand film où le misérabilisme est absent. En revanche, je n'ai trouvé aucun espoir quand le film se termine, le constat est assez amer. Lire le billet d'Alex-6.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
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