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Entre vendredi 12 août et lundi 15 août 2016 matin, j'ai lu avec beaucoup de plaisir et d'une traite les 826 pages de ce formidable roman d'un jeune chercheur en médecine néerlando-espagnol. Tel une fresque, Le sang dans nos veines (Editions Actes noirs/Actes sud) nous entraîne dans l'Espagne et la Catalogne du début des années 20, avec des retours en arrière à la fin du XIXème siècle et dans les années 1910. Les cent premières pages décrivent assez précisément le désastre d'Anoual dans le Rif marocain en juin 1921: les Espagnols perdirent presque 9000 hommes, face aux Berbères (un millier d'hommes aguerris) commandés par Abdelkrim Al-Khattabi. Un des deux survivants espagnols, le commandant Augusto Santamaria del Valle, est un des personnage principaux de ce roman dense. Revenu à la vie civile (avec un genou très abîmé), il est nommé commissaire des Services de sûreté dans un quartier de Madrid. Peu de temps après, un notable est assassiné de plusieurs coups de feu dans un bordel situé dans un des secteurs dont est responsable Agusto. Faute de témoins et de mobile, l'enquête piétine et est plus ou moins abandonnée. Pourtant, une jeune prostituée, Esperanza, a tout vu. Un peu par hasard, elle se fait embaucher comme bonne à tout faire au service d'Augusto et de sa jeune épouse Helena (veuve d'un des militaires tués au Maroc). Helena est la maman d'un petit Pedro qu'adoptera Augusto.
Pendant ce temps-là, l'Espagne meurtrie par la débâcle marocaine est gouvernée par une monarchie constitutionnelle affaiblie (Alfonse XIII est un roi falot) que veulent renverser les Républicains et les Francs-maçons. Les anarchistes et les syndicalistes préparent la révolution. Pour leur part, les caciques (les notables et propriétaires terriens puissants), ainsi qu'une partie de l'armée et l'Eglise, veulent un état fort sous le signe du Christ et du roi.
Dans cet ample roman, on croise pas mal de personnages qui ont réellement existé, comme José Antonio Primo de Rivera, Alejandro Lerroux ou José Millán-Astray. Et la riche Catalogne avait déjà des envies d'autonomie. Quant à la victime du meurtre, Augusto et ses adjoints auront du mal à l'identifier. Il s'agit d'un militaire qui avait en sa possession un carnet où étaient énumérés des noms de gens connus impliqués dans une horrible affaire de pédophilie et de meurtres d'enfants à Barcelone dans les années 1910. Ce carnet qu'Augusto aura entre les mains va déchaîner meurtre et violence. Le style, la forme et le rythme du roman varient souvent, et c'est ce qui rend cette lecture agréable. J'espère que je vous aurai convaincus d'emprunter ce livre en bibliothèque. Il en vaut vraiment la peine.

Lu dans le cadre du challenge "pavé de l'été 2016" chez Brize.

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