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L'ordre du jour d'Eric Vuillard (Editions Actes Sud) est un récit de 150 pages évoquant le 20 février 1933 et ce qui s'ensuivit en Allemagne. Vingt-quatre hommes, dont Vuillard dresse la liste, sont présents dans le petit salon du président du Reichstag. Hermann Goering les accueille, leur parle d'un ton enjôleur. A l'issue de cette conversation, il demande à ces vingt-quatre hommes de "passer à la caisse" car le 5 mars, il y a les élections et les finances du parti nazi sont au plus bas. Qu'à cela ne tienne, ces vingt-quatre messieurs représentant les sociétés allemandes les plus prospères de l'époque (et encore de nos jours) vont donner des sommes substantielles. Vuillard les désigne nommément: BASF, IG Farben, Krupp, Opel, Telefunkun, Siemens, Allianz, Bayer. C'est donc grâce à eux et aux fonds qu'ils ont levés que les nazis ont semé la mort pendant 12 ans. Vuillard évoque l'Anschluss et Schuschnigg, le chancelier d'Autriche entre 1934 et 1938 qui a laissé les Nazis envahir son pays. Eric Vuillard a une plume remarquable qu'il trempe souvent dans le vitriol quand il évoque certaines personnes ou certains faits comme le recrutement de déportés (de la main d'oeuvre gratuite) pendant la guerre. Ils travaillaient dans les sociétés énumérées plus haut. Ce fut une affaire rentable. Un livre que je vous conseille tout comme Dominique et le Merydien. La photo de couverture représente Gustav Krupp von Bohlen und Halbach.

Addendum : Ce roman a été récompensé par le Prix Goncourt 2017 le 6 novembre 2017.