dimanche 18 février 2018

The Passenger - Jaume Collet-Serra / Gaspard va au mariage - Antoine Cordier

J'ai vu The Passenger réalisé par Jaume Collet-Serra, car j'aime bien ce genre de thriller "pas cassant", avec beaucoup d'action (de ce côté-là, on est servi). J'ai été attirée par la bande-annonce et j'ai un petit faible pour Liam Neeson. Michael McCauley, un ancien policier devenu vendeur en assurances (il vient mallheureusement d'apprendre qu'il est licencié) prend un train de banlieue tous les jours pour se rendre à son travail et revenir chez lui. Un jour, on lui vole son portable, et une belle femme étrange lui propose un marché. En échange d'une grosse somme d'argent dissimulé dans un wagon (facile!), il doit retrouver avant le terminus une personne qui se trouve dans le train. On ne sait pas qui est cette personne et Michael doit faire appel à ses anciens réflexes de policier pour le découvrir et sauver tous les passagers du train par la même occasion. J'ai trouvé le rythme du film haletant. Il y a un peu d'humour et beaucoup d'invraisemblances (le déraillement de la rame du train est un grand moment) et j'ai donc passé un bon moment.

Je passe à Gaspard va au mariage d'Antony Cordier. Cette petite comédie française se passe dans un zoo (le Parc du Reynou) à 10 km au sud de Limoges. Gaspard rencontre Laura dans le train qui l'emmène à Limoges. Laura avait l'intention d'aller jusqu'à Biarritz. Gaspard convainc Laura de l'accompagner jusque dans sa famille, c'est-à-dire son père qui doit se remarier, son frère Virgil et sa soeur Coline vêtue d'une peau d'ourse. Je ne vous raconterai pas l'histoire car il n'y en a pas vraiment. Cela se veut peut-être poétique, avec une pointe de fantastique. C'est un ton décalé  qui ne me touche pas. J'ai entendu les critiques élogieuses du Masque et la Plume à propos de ce film qui me laisse perplexe. Ce n'est pas du tout un genre de cinéma qui me "parle". Du même réalisateur, j'avais préféré Douches froides (2005).

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vendredi 16 février 2018

De l'ardeur - Histoire de Razan Zaitouneh avocate syrienne - Justine Augier

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En décembre 2013, dans la nuit du 9 au 10, Razan Zaitouneh, une avocate syrienne, a été enlevée avec trois autres personnes, dont son mari Wael; et depuis, personne ne sait ce qu'ils sont devenus. Cela s'est passé à Douma, dans la banlieue de Damas en Syrie. Razan Zaitouneh qui aurait aujourd'hui 40 ans, est née en Libye en 1977 d'une mère institutrice et d'un père vendeur de meubles. Elle a vécu en Arabie Saoudite avant de partir en Syrie avec ses parents. Grande lectrice dès son plus jeune âge, elle s'est mise à écrire des articles car elle voulait devenir journaliste. Malheureusement n'ayant pas eu les points nécessaires lors de son cursus de lycée, elle s'est tournée vers le droit et est devenue très vite une femme engagée dans les Droits de l'Homme. Elle s'est appliquée à documenter les crimes commis en Syrie par les intégristes et par le régime en place. Justine Augier, qui a le même âge que Razan, vit au Liban et n'a jamais été en Syrie. Son ouvrage De l'ardeur (Editions Actes Sud, 314 pages), qui a reçu le prix Renaudot essai en 2017, retrace par bribes la vie de Razan et évoque la Syrie où règne le "crime permanent". Elle a interrogé des proches dont la soeur ainée de Razan. On avait mis cette dernière en garde. Elle aurait dû fuir quand il en était encore temps. Depuis plus de 4 ans, on ne sait pas si elle est morte ou vivante. Justine Augier évoque les quelques vidéos sur lesquelles on voit parler Razan. J'en ai regardé une où on la voit avec ses long cheveux. Elle avait un côté un peu austère. Il semble qu'elle n'avait pas un caractère facile. En revanche, elle adorait les chats. Dans ces temps où le régime syrien n'en finit pas de bombarder les civils, lisez ce livre. Quand Razan a été enlevée, elle était en train de lire Les Mandarins de Simone de Beauvoir.

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mercredi 14 février 2018

Three billboards - Martin McDonagh / In the Fade - Fatih Akin

Un mois après sa sortie, je vais enfin évoquer Three billboards de Martin McDonagh. Ce film devrait être récompensé aux prochains Oscars (après les Golden Globes), au moins dans les catégories "Actrice" et "Acteur dans un second rôle". Tout a été déjà écrit sur les blogs ou ailleurs, et dit à la radio. A Ebbing, une petite ville du Missouri, Mildred Hayes (Frances McDormand, impressionnante) ne décolère pas contre la police locale depuis sept mois. Sa fille a été violée et tuée (son corps a été retrouvé brûlé). Malheureusement, le meurtrier n'a toujours pas été appréhendé. Mildred a un sacré caractère et elle jure comme un charretier. Divorcée d'un mari qui l'a quittée pour une fille (nettement) plus jeune, elle vit avec son fils. Afin que la police reprenne l'enquête, Mildred loue trois panneaux publicitaires plantés juste à la sortie de la ville sur une petite route. En gros caractères sur fond orange, elle interpelle le chef de police (Woody Harrelson, très bien) qui prend évidemment très mal la chose. L'histoire est pleine de rebondissements Les personnages dont Dixon, l'adjoint du shérif, ne sont pas spécialement sympathiques, mais ce sont des humains avec leurs défauts. J'ai aimé le film pour les dialogues très écrits (cela s'apparente presque à du théâtre), mais j'ai trouvé tout de même que l'ensemble manquait parfois de finesse. A voir pour les prestations des acteurs avec une mention spéciale à Sam Rockwell qui joue Dixon. C'est un acteur que j'apprécie beaucoup. Mention aussi à Peter Dinklage (James), en amoureux éconduit qui sauve la mise à Mildred. Lire les critiques enthousiastes de Pascale, Tinalakiller, Miriam, Anne et celle plus mesurée de ffred (dont je me sens proche).

Je passe à In the Fade de Fatih Akin. L'histoire m'a touchée. C'est beaucoup dû à la prestation exceptionnelle de Diane Kruger. Elle interprète une femme qui se fait justice elle-même en pratiquant la loi du talion. Katja formait un beau couple avec Nuri. Ils ont eu un petit garçon Rocco. Nuri et Rocco sont victimes d'un attentat à la bombe dans l'officine de Nuri. Le film est découpé en trois parties. Celle du milieu, le procès, est passionnante. On pourra trouver que le scénario n'est pas très bon, que Fatih Akin a été plus inspiré dans ses long-métrages précédents. Mais, pour Diane Kruger, allez voir le film. Elle a amplement mérité son prix d'interprétation féminine au dernier festival de Cannes en 2017. Lire le billet de Matchingpoints.

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lundi 12 février 2018

Comment la France a tué ses villes - Olivier Razemon

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Voici un livre passionnant acheté dans une librairie indépendante à Paris (il y en a encore). Comment la France a tué ses villes d'Olivier Razemon (Edition Rue de l'Echiquier, 208 pages, parution décembre 2017) fait un constat alarmant d'un phénomène dont parlent peu les médias: la mort des centres des villes, la dévitalisation des préfectures ou sous-préfectures en France où les commerces de proximité disparaissent à grande vitesse au profit des grandes surfaces en périphérie. En plus des vitrines baissées, des immeubles mal entretenus tombent ruine car les habitants sont partis ailleurs. Avant les gens marchaient, maintenant ils prennent leur voiture pour faire leurs courses. Le journaliste fait un état des lieux en évoquant de nombreuses villes disséminées dans toute la France. Aucune région n'est épargnée. Il parle de Périgueux qui a perdu 10 000 habitants. Les villes s'appauvrissent au profit de leurs périphéries. A Saint-Etienne comme à Béziers, la déprise commerciale saute aux yeux. Il est aussi question de la difficulté de se garer dans les centre-villes. A Privas, capitale de l'Ardèche sans transports publics ni gare ferroviaire destinée aux passagers, les 11 000 habitants en 1975 ne sont plus que 8000 aujourd'hui. En revanche, la périphérie s'est étendue et les communes avoisinantes ont grossi. Selon les statistiques, la taxe d'habitation à Privas est dissuasive, elle est plus élevée que dans les communes voisines. Les magasins ferment au profit du centre commercial à trois kilomètres qui végète aussi car certains locaux ne trouvent pas preneur. En effet, les gens préfèrent aller à Valence faire leurs courses en voiture. A ce propos, Valence TGV est un monstre de béton peu avenant. Autour, il y a des bâtiments rectangulaires ou cylindriques, des bureaux, des hôtels, des banques ou des services administratifs. Les avenues sont longées de buissons, d'arbustes, de fossés végétalisés, de trottoirs et de pistes cyclables. Il s'agit d'un "Ecoparc". Ce morceau de ville ne vit qu'aux heures des bureaux et il y a peu de bus. "Les villes meurent? Qu'importe, on en construit de nouvelles, loin de celles qui existaient déjà mais selon des critères bien normés du développement durable et de la construction passive. Et on peut s'y fournir en bons produits bio.".
Les politiques commencent enfin à comprendre que la dévitalisation des villes moyennes n'a pas un phénomène conjoncturel. A l'Association "Villes de France", l'ancienne Fédération des maires des villes moyennes (FMVM) qui représente plus de 300 villes de plus de 15000 habitants, le sujet émerge. "Jusqu'à présent, nous avions tendance à attribuer la situation du commerce aux politiques menées par les municipalités. Or, les maires sont en train de s'apercevoir que c'est un phénomène global". "Des activités vont disparaître nécessairement, car le fonctionnement de l'économie a de moins en moins besoin d'un assise géographique. La généralisation de la connexion à domicile, la multiplication de smartphones, etc., dessinent la possibilité de l'ubiquité. Nul besoin de se rendre au guichet de la banque pour consulter son compte, d'aller au supermarché pour s'approvisionner en packs d'eau ou de lait, de passer à la librairie pour acheter un livre, de se rendre à la poste pour envoyer un document. Ce ne sont plus les gens qui bougent mais les marchandises".

L'avenue Saint-Ruf, la grande artère commerçante d'Avignon "extra-muros" dans sa partie la plus animée propose tout au plus une ou deux épiceries ou boulangeries, quelques rares cafés-tabacs, des banques et des pizzas rapidement préparées. Le commerce de bouche est en danger. "Il n'y a plus une seule poissonnerie ni une fromagerie dans tout Avignon" s'inquiète un habitant. Dans le Cher, 5 ou 6 boulangeries ferment chaque année. Après les "déserts médicaux", on voit apparaître les "déserts alimentaires". Aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, on appelle "food deserts" les territoires dans lesquels une partie de la population ne peut se procurer de la nourriture de qualité (fruits et légumes) dans un périmètre parcourable à pied.

Les gouvernements font de la crise du logement leur priorité. La France aurait besoin de 500 000 logements neufs par an pendant 10 ans. Pourtant, dans les villes moyennes où vit plus d'un quart de la population, de nombreux logements sont vacants. La part des logements vacants évaluée à 8,3 % pour l'ensemble du pays en 2016 dépasse les 10% dans les départements de la "diagonale du vide", cette bande faiblement peuplée qui court de la Meuse aux Landes en passant par le Massif central et baptisée ainsi par les géographes. A l'échelle du pays, ce sont 2,93 millions de logements qui ne trouvaient pas preneur en 2016.

Je vais aller un peu plus vite. L'auteur évoque l'aspect transports publics dans les villes moyennes, les emplois créés ou supprimés, le désenclavement des villes, la suppression de lignes ferroviaires, la puissance des super et hypermarchés qui sont de plus en plus nombreux, sur le fait que les voitures ont du mal à se garer en centre-ville (et donc les gens vont faire leur marché en périphérie).

On est tous responsables de la mort des villes. Heureusement, en conclusion, l'auteur fait 40 recommandations pour comprendre la crise urbaine et y remédier. Je vous laisse les découvrir. J'espère que je vous ai donné envie de lire cet essai.

Parmi les remerciements de l'auteur, il remercie les lecteurs qui commanderont et achèteront ce livre dans une librairie de leur quartier, plutôt que de le commander sur A..zon et d'attendre la livraison qu'effectuera un chauffeur de camionnette pressé et sous-payé.

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samedi 10 février 2018

Jusqu'à la garde - Xavier Legrand

J'ai vu Jusqu'à la garde de Xavier Legrand en avant-première dans une salle relativement pleine. C'est une histoire très dure. Un couple divorce. Antoine (Denis Menochet, impressionnant) et Miriam (Lea Drucker) passent devant une femme juge. Cette dernière doit décider les conditions de la garde du plus jeune enfant du couple. La fille aînée qui vient d'avoir 18 ans et vit avec sa mère, a un petit copain. Le fils, Julien qui appelle son père "l'autre" ne voudrait plus le revoir. Il l'a écrit noir sur blanc. Et pourtant, quelques jours après l'audition pendant laquelle les avocates ont plaidé pour leur client respectif, il a été décidé que le père aurait un droit de garde sur son fils. La scène en huis-clos avec la juge montre la maîtrise du réalisateur dans sa manière de filmer. Julien se force à aller avec son père un week-end sur deux. Les relations sont tendues, c'est le moins que l'on puisse dire. Au fur et à mesure que se déroule le film, on se rend compte  que ce père, un peu rondouillard et à l'air larmoyant peut devenir menaçant voire violent. La séquence finale laisse les spectateurs tétanisés. Le film qui est le premier long-métrage du réalisateur a été récompensé à juste titre du prix de la mise en scène et du prix du premier film au dernier Festival du film de Venise. A voir. Lire le billet d'Anne (larroseurarrose).

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jeudi 8 février 2018

Trois jours avec ma tante - Yves Ravey

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Trois jours avec ma tante d'Yves Ravey (Editions de Minuit, 187 pages) est le récit à la première personne fait par Marcello Martini, qui, en 2015, se trouve contraint de quitter le Liberia (comté de Grand Bassa) pour retourner en France, auprès de sa tante Vicky. En effet, cette tante fortunée, qui finance de bonnes oeuvres et vit dans une maison de retraite assez chic, vient d'arrêter le virement mensuel assez conséquent qu'elle versait à Marcello depuis presque 20 ans (époque où Marcello a quitté précipitamment la France avec un passeport fabriqué à la hâte). Vicky en profite pour déshériter son neveu au profit de Rébecca, la fille de ce dernier (que lui ne reconnait pas comme étant sa fille). Marcello se donne trois jours pour renverser la situation, et en particulier avec pour objectif que sa tante lui établisse un dernier chèque avec beaucoup de zéros... Au fur et à mesure que le récit avance, on en apprend de belles sur Marcello, délateur, négrier d'enfants au Liberia (il est sur le point de perdre son agrément auprès du Haut-Commissariat aux réfugiés): il a, 20 ans auparavant, en tant que secrétaire particulier de sa tante Vicky, détourné des fonds avec un complice qui a fait de la prison. Par ailleurs, l'ex-femme de Marcello et mère de Rébecca veille sur les intérêts de Vicky et surveille donc Marcello... Ce qui fait le sel de ce roman, c'est la manière neutre qu'a Ravey de décrire simplement les choses, les faits, et de faire des révélations au détour d'une phrase. Il ménage un suspense jusqu'au bout. Marcello est une fripouille mais comme c'est le narrateur, on arrive presque à avoir de la sympathie pour lui et pourtant... Un roman distrayant que j'ai aimé et qui se lit vite.

Lire les billets de Keisha, Athalie pas convaincue et Pierre D.

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mercredi 7 février 2018

Ni Dieu ni eux - Tignous

Ce mois-ci, dans la série des hommages que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) rédige aux tués de Charlie Hebdo, je vais présenter Ni Dieu ni eux, février 2017 [DL 01/2017], éditions du Chêne, 96 pages.

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Il s'agit d'un recueil thématique de dessins de Tignous, cette fois encore un livre posthume. Voici un extrait du texte de Chloé Verlhac (la veuve de Tignous) en postface: "Nous sommes en 2017 mon amour et tu n'auras pas vu les attentats des 8 et 9 janvier 2015, du Bataclan, de Nice et du prêtre, les avions qui se crashent, la tuerie homophobe au Pulse, l'assassinat de Jo Cox, le Brexit, le courage du peuple Kurde, Alep, le désespoir des peuples qui fuient la guerre, le bronzage de Donald Trump... La liste est tellement longue que je vais m'arrêter là au risque que cela m'empêche d'aller plus loin. (...) Nous sommes en 2017 et tu nous manques. Mais tu es avec nous tout le temps. Tu sais comme cette histoire que tu nous racontais avec ton propre papa, qui n'était pas mort parce qu'il était là, dans ton coeur. (...) Nous sommes en 2017 et j'ai décidé qu'ils ne te feront pas taire. Et puis... qu'on allait continuer à rire. Parce que cela non plus ils ne nous l'enlèveront pas. En fait, on va se battre, Tignous. Avec nos armes: l'humour, l'amour, la tendresse, la lucidité et... tes dessins. "

Une centaine de "croquis" ont donc été regroupés pour cet album. Tout le monde en prend pour son grade (qui a dit, déjà, qu'on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui?): près de la moitié des dessins concernent, de près ou de loin, la religion catholique, une vingtaine la religion musulmane, cependant qu'une dizaine mettent sur le même plan (dans le même sac?) les trois grandes "religions du Livre". Sikhs, boudhistes, chrétiens orthodoxes ou protestants, sectes diverses ne sont pas totalement oubliés, mais évoqués à la marge. Une certaine place est faite aux déboires de la "laïcité à la française". Je dirais que, dans ce livre, c'est surtout la bêtise qui est livrée en pâture à nos regards de lecteurs éclairés. Au fond, le "eux" du titre, c'est qui? Des "maîtres" (à penser) qui prétendent avoir barre sur leurs ouailles?

Comme à mon habitude, voici une sélection subjective de dessins qui ont attiré mon attention (m'ont fait rire / réfléchir / ricaner / hocher la tête / soupirer [rayez les mentions inutiles]). Sans autre commentaire, mais si cela peut vous donner envie de voir l'ensemble par vous-même...

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Pour finir, j'ai eu du mal à dénicher sur internet des articles (de blog) qui aillent plus loin que la reprise de la 4e de couv' ou du communiqué de presse officiel, et me rabats donc sur la presse en ligne. La rédaction de Vsd mettait l'accent sur les quelque 20 000 croquis qu'a laissés Tignous. Daniel Muraz a signé un bel article sur Le Courrier picard. De l'article paru dans Marianne (où Tignous travaillait par ailleurs), j''extraierais la phrase suivante: "[Toutes les religions. (...)] Il les conchiait avec une seule conviction: ce n'est pas celui qui croit qui est à condamner, mais celui qui oblige à croire." Enfin, pour donner un point de vue différent, je retiendrais une critique très... critique (mais loin d'être inintéressante) publiée en juin 2017 sur le blog collectif Zebra

 *** Je suis Charlie ***

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lundi 5 février 2018

L'insulte - Ziad Doueiri

Des 17 films vus depuis ce début d'année dont beaucoup déjà chroniqués, voici mon film préféré de 2018 (pour l'instant). Il s'agit de L'insulte de Ziad Doueiri, un réalisateur franco-libanais dont j'avais aimé L'attentat (l'adaptation du roman de Yasmina Khadra). A Beyrouth, au Liban, Toni, un Chrétien libanais propriétaire d'un garage, arrose ses plantes sur le balcon de son appartement. Ceci étant, la gouttière d'évacuation mal positionnée arrose les ouvriers d'un chantier voisin qui passaient par là. Le contremaitre, Yasser, un Palestinien mariée à une Chrétienne et vivant dans un des camps alentour, veut réparer cette gouttière. Il se fait "rembarrer" vertement par Toni. Plus tard, Yasser va traiter Toni de "sale con". Les choses vont s'envenimer, Yasser n'arrivant à s'excuser. Il y aura une escalade verbale malheureuse de la part de Toni et des violences physiques de la part de Yasser. Cette confrontation va les mener jusqu'au tribunal. Dans ce lieu, on se rend rapidement compte qu'il ne s'agit pas simplement d'insultes verbales et de violence physique. C'est plus profond. On constate la remontée de haines recuites entre communautés. Je rappelle que la guerre au Liban, qui a duré 15 ans entre 1975 et 1990, a été terrible. Chrétiens et Palestiniens se sont durement affrontés. Il s'agit d'une guerre où il n'y a pas eu de vainqueurs. J'ai trouvé le film absolument passionnant. Les personnages ont beaucoup d'épaisseur. Chaque point de vue se défend. La note humoristique, si je puis dire, est que l'on apprend au détour d'une phrase du juge que les avocats qui représentent d'un côté Toni et de l'autre Yasser sont père et fille. Un très bon film que je recommande toutes affaires cessantes. Ce film est sélectionné dans la catégorie "Meilleur film étranger" aux prochains Oscars (c'est amplement mérité), et l'acteur Kamel El Basha qui interprète Yasser a reçu le prix d'interprétation masculine au dernier festival de Venise en septembre dernier. Lire le billet du blog du Bleu du miroir (Wilyrah).

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vendredi 2 février 2018

Pentagon papers - Steven Spielberg

Pentagon papers de Steven Spielberg vaut la peine d'être vu pour ce qu'il raconte et pour l'évocation d'une période passionnante où Internet n'existait pas encore. En 1971, aux Etats-Unis, à la suite des premières révélations publiées par le New-York Times, le Washington Post, qui était un quotidien au tirage plus confidentiel, va publier à son tour des articles portant sur un rapport confidentiel de plus de 7000 pages. Rédigé à la demande de Robert McNamara (Secrétaire de la Défense entre 1962-1968), ce document mettait en évidence que la guerre au Vietnam n'avait aucune chance d'être gagnée par les Américains, et ce depuis pratiquement le début du conflit. Les présidents républicains et démocrates se sont succédés à la Maison blanche entre 1955 et 1971 mais aucun n'a décidé d'arrêter cette guerre qui a fait des milliers de morts côté américain. En 1971, le Washington Post était dirigé par Katherine Graham (Meryl Streep, excellente) qui avait pris la suite de son mari suicidé (elle n'avait jamais travaillé auparavant). Devenue directrice de la publication, c'est elle qui prendra la décision de faire publier ces articles sur les "Pentagon Papers" malgré les réticences de son entourage (des hommes pour la plupart). Dans ce monde très masculin (et qui l'est toujours), elle montre une détermination qui force l'admiration. Pour l'aider dans son entreprise, elle est épaulée par le rédacteur en chef du Washington Post, Ben Bradlee (Tom Hanks). Elle se met au service des "gouvernés" et non plus des "gouvernants", et ce malgré une injonction du gouvernement fédéral. Heureusement, la Cour suprême des Etats-Unis mettra fin aux poursuites et levera la censure. Les articles continueront à être publiés. J'ai aimé voir fonctionner les rotatives et les coulisses d'un journal où on écrivait avec un papier et un crayon, il n'y avait pas d'ordinateur. Tout était fait manuellement (nostalgie, quand tu nous tiens...). En 1972, éclatera le scandale du Watergate révélé par deux journalistes du Washington Post. Revoyez Les hommes du président de Alan J. Pakula (1976).

Lire les billets de Pascale et Strum qui devraient finir de vous convaincre d'aller voir le film.

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