lundi 26 mars 2018

Les Elus - Steve Sem-Sandberg

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Les Elus (Editions Robert Laffont, 550 pages terribles) du Suédois Steve Sem-Sandberg a reçu le Prix Médicis étranger en 2016. Même s'il s'agit un roman, il se base sur des faits réels. C'est l'évocation de ce que vécurent des centaines d'enfants dans la clinique pédiatrique Am Spiegelgrund situé dans un des arrondissements de Vienne en Autriche entre 1938 et 1945.

Avec l'approbation de Berlin et du Führer, les enfants de tous âges (des nourrissons aux adolescents) malformés, sourds, muets, idiots, handicapés physiques ou mentaux ou même délinquants, furent "traités" entre ces murs, c'est-à-dire euthanasiés plus ou moins vite. La plupart mouraient dans d'affreuses souffrances consécutives à des injections de phénobarbital appelé "Luminal". Avant leur mort, ils étaient l'objet d'expériences médicales souvent douloureuses (pneumo-encéphalographie, ponctions lombaires sans anesthésie, etc). Maltraités, battus et sous-alimentés, ces enfants étaient sans défense. Sur les actes de décès envoyés aux parents (qui ignoraient souvent ce que l'on faisait subir à leurs enfants), il était écrit que ces derniers était décédés de "causes naturelles" Après leur mort, certains cadavres étaient autopsiés et les médecins leur prélevaient le cerveau qui était plongé dans une solution de formol à des fins d'expériences ultérieures. Bien des années plus tard, on a retrouvé les cerveaux de plus de 780 enfants conservés dans des bocaux de formol dans le sous-sol de la clinique. Sem-Sandberg s'attache à quelques enfants qui ont traversé cet enfer. L'un s'appelle Adam Ziegler, il sert de fil rouge à  cette histoire. Avec ses cheveux frisés et son air de "tatar", on l'a considéré comme un demi-juif. Un jour, il réussit à s'évader tandis que d'autres n'auront pas cette chance. Sem-Sandberg a, je pense changé le nom des enfants mais il a gardé la vraie identité de médecins qui ont opéré durant cette période de la guerre. En particulier, il y avait Heinrich Gröss qui est à l'origine de la mort de centaines d'enfants. Il est mort nonagénaire en 2005 sans avoir jamais été condamné (!). Dans les années 1930, "il avait été décidé que Vienne soit purgée de 15% de sa population totale - telle était la proportion de la "sélection négative" estimée par les hygiénistes raciaux de cette ville." (p. 538).

J'ai retenu une phrase qui résume tout. "Après que le cerveau d'une jeune fille soit extrait et plongé dans le formol, les glandes y sont rattachées afin que la jeune fille devenue objet anonyme, puisse être examinée autant de fois que nécessaires. Les morts ne meurent pas seulement une fois, ils meurent éternellement" (p. 528).

Une oeuvre que je conseille.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
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