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Avant-hier soir, lundi 21 janvier 2019, j'ai passé presque 4 heures dans une salle de cinéma pleine pour voir un film qui peut vous assommer au sens figuré, mais que je conseille car il y a des fulgurances et des moments sublimes. Il y avait très longtemps que je n'avais pas vu un film si long sans entracte. Dès les premières images, le ton est donné: un personnage en gros plan très net, et l'arrière-plan dans le flou ou dans l'ombre, ou même dans le hors-champ. Tous les plans sont filmés de la même façon, baignés dans les tons gris ou blanc floconneux. Les décors, ceux d'une ville chinoise en pleine déliquescence postindustrielle, sont lugubres. Le réalisateur et écrivain de 29 ans (qui s'est suicidé en octobre 2017 juste après que le film ait été mixé) a adapté une de ses propres nouvelles. On suit quatre personnages pendant une journée. J'ai senti une chape de plomb sur eux. Il y a un jeune lycéen en conflit avec sa famille qui va provoquer la mort accidentelle d'un garçon, qui lui cherchait noise à propos d'un téléphone portable volé. Une lycéenne maltraitée par sa mère, qui l'invective, a une liaison avec son professeur et leurs ébats ont été filmés à leur insu. Un jeune chef de gang plutôt beau gosse (et frère du garçon défunt) voit l’un de ses amis se jeter par la fenêtre parce qu'il l'avait surpris (le chef de gang!) au lit avec sa femme (à lui!). Un vieil homme encore dans la force de l'âge a sa famille (son fils et sa belle-fille) qui essaie de l'exproprier de son appartement afin de l'envoyer dans une maison de retraite. Heureusement qu'il a un chien et sa petite-fille auxquels il est très attaché. Ce vieil homme plein de dignité m'a beaucoup touchée. Au moment où le spectateur sent un peu de lassitude à voir autant de désespérance (la séquence qui se passe dans la maison de retraite que le vieil homme va visiter est saisissante), de calamités ou à entendre autant de violence verbale, un peu de vitalité jaillit et la très belle musique qui ponctue le film y est pour beaucoup. Le titre énigmatique "L'éléphant assis immobile" (en VF) fait référence à une fable locale: celle d’un éléphant qui résiderait dans la ville de Manzhouli, aux confins de la Chine, de la Mongolie et la Sibérie, et se tiendrait orgueilleusement immobile dans son refus de l’existence. Les quatre personnages vont partir vers Manzhouli pour approcher de l'éléphant. Le plan séquence final dans la nuit avec les phares d'un bus comme seul éclairage est très beau, surtout que l'on entend un long barrissement en fond sonore. Si ce film passe par chez vous, essayez de le voir.