samedi 31 août 2019

Les baronnes - Andrea Berkoff / Late night - Nisha Ganatra

Je trouve que le mois d'août nous a réservé de bonnes surprises cinématographiques même si ce ne sont pas des chefs-d'oeuvre.

Je suis allée voir Les baronnes au vu de la bande-annonce. Une fois de plus, Melissa McCarthy m'a convaincue qu'elle était une bonne actrice. Comme Pascale, je m'attendais à une comédie, et bien non. Il s'agit plutôt d'un polar assez noir dont les héroïnes sont trois femmes, épouses de mafieux (irlandais) dans le quartier de Hell's Kichen à Manhattan, à la fin des années 70. L'une est noire, mariée avec un homme qui la délaisse. La deuxième est mariée avec deux enfants, et la troisième est régulièrement battue par son mari. Après que leurs conjoints se soient faits arrêtés après un braquage et aient écopé de trois ans de prison, les femmes décident de se prendre en main. Et en peu de temps, elles reprennent les affaires de leurs maris: rackets et trafics en tout genre. C'est surtout le moment pour elles de s'émanciper dans cet univers machiste dans lequel elles ne sortent pas forcément indemnes. J'ai vu le film sans m'ennuyer mais j'ai trouvé qu'il manquait peut-être un peu d'humour. Il y a des rebondissements, quelques scènes "gore" en hors champ, de nombreuses exécutions et un peu d'amour. Les trois actrices sont formidables: Melissa McCarthy déjà citée, Tiffany Haddish que je ne connaissais pas et Elizabeth Moss (l'héroÏne de La servante écarlate).

Je passe à Late Night dont l'intérêt principal (le seul?) est Emma Thompson. Elle est sensationnelle dans un rôle pas forcément très sympathique. Elle incarne Katherine Newbury, l'animatrice d'un show en fin de soirée sur la télé américaine. Son émission, qui perd de l'audience depuis 10 ans, est sur la sellette. La directrice de la chaîne lui dit que c'est sa dernière saison. C'est là que Molly, une femme noire un peu dodue, intervient. Dans le cercle masculin des auteurs qui écrivent pour Katherine, et afin de féminiser l'équipe, Molly est engagée pour écrire des textes. Katherine qui connait à peine l'équipe avec qui elle travaille (elle leur donne comme prénom des numéros) n'est pas très aimable avec Molly, qui est pourtant de très bonne composition tout en lui tenant tête. C'est une comédie sympathique qui égratigne les réseaux sociaux. Pas de quoi fouetter un chat mais il y a Emma, sublissime. Lire les billets d'Armelle et Ffred.

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mercredi 28 août 2019

Never grow old - Ivan Kavanaugh

Never grow old, sorti le 7 août 2019, est un film qui a pratiquement disparu des écrans. Il a plus ou moins été boudé par le public et la critique. Dommage car j'ai aimé ce film pour son atmosphère crépusculaire. C'est un Irlandais qui l'a réalisé, en Irlande et au Luxembourg. En 1849, à Garlow, une petite ville sur le chemin de la Californie (c'est l'époque de la ruée vers l'or), le pasteur fait la loi (et non le shérif un peu falot). On ne trouve plus de filles faciles ni de saloon et l'alcool est proscrit. Patrick Tate, le charpentier du village qui est aussi le croque-mort, mène une vie tranquille avec sa femme française et ses deux enfants. Pourtant, il rêve de quitter l'endroit pour rejoindre la Californie. Une nuit (presque tout le film se passe de nuit), un trio d'individus inquiétants, dont un certain Dutch Albert habillé tout en noir, arrivent et s'installent en rachetant le seul bar de la ville pour en faire un saloon, un bordel et une maison de jeux.  A partir de là, le chaos s'installe et les morts se multiplient. Il faut noter le travail sur la lumière, les décors avec les gens qui marchent dans la boue tout le temps. Même quand le jour se lève, tout est gris, morose. Il y a du suspense et on se demande comment cela va se terminer. Les acteurs, dont John Cusack (Dutch Albert), sont excellents. Si par hasard, il est projeté par chez vous, allez le voir. Pascale et Ffred le recommandent aussi.

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dimanche 25 août 2019

Roubaix, une lumière - Arnaud Desplechin

Je viens de lire quelques articles mitigés sur Roubaix, une lumière. Je trouve cela bien dommage car j'ai trouvé le nouveau film d'Arnaud Desplechin très réussi. Comme le titre l'indique, le film se passe à Roubaix de nos jours. Roubaix, coincée entre Lille et Tourcoing et située pas très loin de la Belgique. Roubaix, qui est en zone urbaine sensible avec plus de 40% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, est la ville natale du réalisateur. L'histoire se passe pendant la période de Noël dans un commissariat de quartier. Un commissaire, Yacoub Daoud (Roschdy Zem, extraordinaire), est un homme calme qui ne s'énerve pas. Il est le seul à ne pas être rentré au bled. Le seul parent qui lui reste sur place, c'est son neveu incarcéré dans une prison, qui le hait parce qu'il est flic. Yacoub est attaché à cette ville de Roubaix où il a grandi. Il a une passion pour les chevaux de course même s'il ne parie jamais. Le film montre, dans une première partie, le quotidien d'un commissariat. Yacoub a plusieurs policiers sous ses ordres à qui il distribue les dossiers d'affaires en cours : vol, viol, incendie volontaire, etc. Dans la deuxième partie, l'intrigue se resserre sur un crime, une octogénaire est retrouvé étranglée dans son lit. Deux jeunes femmes, Claude et Marie, habitant dans une maison mitoyenne, sont suspectées, bien qu'elles-mêmes aient tout d'abord accusé des délinquants qui auraient pu commettre ce forfait. J'ai trouvé cette partie passionnante, entre les auditions, la manière qu'a Yacoub d'interroger les suspectes aux personnalités très différentes. Claude (Léa Seydoux) nie tout en faisant porter toute la responsabilité sur Marie (Sara Forestier). La plus grande partie du film se passe de nuit ou alors dans des intérieurs peu éclairés. Cela donne une atmosphère particulière. Une très bonne surprise avec, je le répète, un Roschdy Zem qui mériterait d'être récompensé aux Césars de l'an prochain. Lire le billet de ffred.

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jeudi 22 août 2019

Sous la grande roue - Selva Almada

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Je suis tombée par hasard sur ce roman en bibliothèque et je ne regrette pas mon choix. Sous la grande roue de l'écrivain argentine Selva Almada (Editions Métailié, 182 pages) raconte comment deux grands adolescents, jadis bons amis, sont arrivés à s'entretuer avec des poignards dans une fête foraine. Le roman retrace la courte vie de Pajarito Tamai et Marciano Miranda, nés à quelques heures d'intervalle dans une petite ville argentine écrasée par le soleil. Ils ont grandi dans des maisons voisines et sont devenus des copains très tôt malgré l'hostilité des pères respectifs, fabricants de briques. Le récit se déroule de manière implacable avec des révélations dont une qui entrainera la tragédie finale. La violence est omniprésente comme l'assassinat du père de Marciano. Le style est concis sans un mot de trop, tout ce que j'aime.

Lire le billet très détaillé de Simone et celui d'Yv.

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lundi 19 août 2019

Le gangster, le flic et l'assassin - Lee Won-tae

Je suis toujours partante pour aller voir un polar sud-coréeen. C'est pourquoi je n'ai pas hésité une seconde pour Le gangster, le flic et l'assassin, sorti le 14 août 2019. On trouve encore et toujours un mélange d'humour et de violence. Un "serial-killer", dont on ne connaîtra le visage qu'assez tard, a une manière bien à lui de s'attaquer à ses futures victimes. Pendant la nuit, sur des routes désertes, il conduit une voiture qu'il fait emboutir sur l'arrière d'une autre voiture. Quand le passager solitaire de la voiture accidendée veut établir un constat, le tueur se jette sur lui et le poignarde à mort avec un long coutelas. On ne connait pas ses motivations. On ne sait pas s'il choisit ses victimes au hasard. Toujours est-il qu'une de ses victimes survit et arrive même à le blesser. Il s'agit de Jang Dong-Soo, un homme massif, genre "nounours", chef d'un gang mafieux, qui risque de perdre toute crédibilité et surtout la face s'il ne trouve pas qui l'a attaqué. Du côté de la police, un jeune policier traque le tueur mais il est n'est pas très soutenu par sa hiérarchie. Une alliance improbable se forme entre le gangster et le flic à la poursuite de l'assassin. J'ai apprécié le rythme sans temps mort. Un très bon film de série B. Lire le billet d'Anne.

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vendredi 16 août 2019

Avis de décès - Zhou Haohui / Sombre avec moi - Chris Brookmyre

 Voici deux romans policiers haletants (des "page-turner") que je vous conseille. Je les ai lus d'une traite.

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Avis de décès du Chinois Zhou Haohui (Editions Sonatine, 326 pages) est le premier d'une trilogie. L'histoire se passe entre le 19 octobre et le 25 octobre 2002 à Chengdu (la capitale de la province de Sichuan). Zheng Haoming, un sergent de police, croit enfin pouvoir, grâce à une adresse IP d'ordinateur, attraper un mystérieux tueur, sorte de justicier qui avait sévi 18 ans auparavant. Peu de temps après avoir quitté le cybercafé où se trouvait l'ordinateur recherché, Zheng est assassiné. Il faisait partie d'une cellule interservices nommée 18/04 récemment réactivée. Peu de temps après, des avis de décès sont publiés sur un forum sur internet par un mystérieux Euménide, un justicier qui veut punir ceux qui échappent à la justice. Une course contre la montre s'engage entre le tueur rusé et très habile et les membres de la police de la cellule. Je n'en dirai pas plus car il faut garder le suspense. Il y a plusieurs retournements de situation. L'intrigue est très bien menée. Le roman a une conclusion même si on attend la suite car le tueur reste insaisissable.

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Je passe à Sombre avec moi de l'Ecossais Chris Brookmyre (Editions Métailié thriller, 494 pages) où l'on retrouve Jack Parlabane, un journaliste aux méthodes parfois à la limite de la légalité. C'est un personnage récurrent chez Brookmyre. En ce qui me concerne, c'est le premier roman que je lis de cet écrivain. J'ai été surtout captivée par l'intrigue retorse. A Inverness, une femme chirurgien, Diana Jager, douée dans son métier mais un peu froide et surnommée à une époque "bladebitch" (la "salope" du bistouri) tombe amoureuse de Peter, un des informaticiens du service informatique de l'hôpital où elle travaille. Au bout de six mois, Diana et Peter se marient et à partir de là, la relation entre les époux vire au cauchemar et six mois après leur mariage, on retrouve la voiture de Peter au fond d'une rivière mais on ne retrouve pas son corps. Diana n'est pas soupçonnée tout de suite mais Lucy, la soeur de Peter, engage Jack Parlabane pour qu'il mette l'enquête. Elle est convaincue que Diana est pour quelque chose dans la mort de son mari. On apprend que Peter et sa soeur sont les enfants d'un gros propriétaire terrien qui ne veut rien leur léguer. A nouveau, je ne dévoilerai rien de plus. Un roman que l'on ne lâche pas.

mardi 13 août 2019

Une grande fille - Kantemir Balagov

La très bonne critique d'Henri Golant m'a incitée à aller voir Une grande fille de Kantemir Balagov (dont j'avais vu Tesnota). J'ai nettement préféré Une grande fille, qui se passe en un an après la fin la Deuxième guerre mondiale, à Saint-Petersbourg. Le film commence de manière étrange. Le spectateur entend des sons (un genre de sifflement) qui sortent de la bouche de Lya, une grande jeune femme blonde qui doit mesurer plus d'un mètre quatre-vingt cinq, d'où son surnom de "la girafe". Elle est dans un état de catalepsie. Elle travaille comme aide-soignante dans un hôpital où sont soignés des soldats revenus de la guerre, plus ou moins grièvement blessés. Sinon, elle s'occupe de Paschka, un petit garçon qui l'appelle maman et que l'on croit être son fils. Elle dort avec lui dans le même lit, dans une pièce parmi d'autres d'un immense appartement. Et on réalise très vite que de nombreuses autres personnes vivent dans ce même appartement avec une cuisine et une salle de bain communes. Par une simple réplique, on comprend que la nourriture manque. La population, dans cette après-guerre en Russie sous le régime stalinien, vit dans la faim et le froid. Macha, l'amie de Lya, arrive un jour sans prévenir. Autant Lya parle peu, autant Macha est volubile, même si elle ne raconte pas tout ce qu'elle a subi pendant la guerre. On sent les deux jeunes femmes très unies mêmes si elles sont très différentes. L'une ne pourra plus enfanter, l'autre peut-être, on ne sait pas non plus ce qu'elles vont devenir, la fin reste ouverte mais cela ne m'a pas dérangée. ll y a quelques rôles secondaires intéressants comme le médecin de l'hôpital ou le garçon amoureux de Macha. Il faut noter le très beau travail sur la lumière, le cadre, les décors, les costumes. Les acteurs sont filmés en plan large ou serré. Cette réalisation est d'une grande maîtrise. J'ai vu ce film de 2H17 sans m'ennuyer, et pourtant l'histoire n'est pas gaie. Lire les billets de Pascale et Anne, nettement moins convaincues.

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samedi 10 août 2019

L'homme aux deux ombres - Steven Price

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C'est un peu par hasard que j'ai choisi de lire ce roman, L'homme aux deux ombres du Canadien Steven Price (Folio Policier, 820 pages). J'ai été attirée par la couverture et par son résumé. J'en ai fait mon "Pavé de l'été" du challenge de Brize. Il s'agit du deuxième roman de l'écrivain, qui arrive à tenir relativement en haleine le lecteur avec une histoire plutôt ténue. Il ne se passe pas grand-chose. Il y a quelques rebondissements mais rien de spectaculaire. La plus grande partie de l'histoire se passe en 1885 à Londres, en pleine époque victorienne. Un Américain, William Pinkerton, le fils d'Allan qui a créé la célèbre agence de détectives Pinkerton, est venu en Angleterre pour essayer de retrouver un certain Edward Shade (Ombre). En effet, dans les papiers de son père tout juste décédé, William a retrouvé un dossier au nom d'Edward Shade ainsi qu'une photo d'une certaine Charlotte Reckitt. Il va être aidé par des inspecteurs de Scotland Yard et par Adam Foole, un homme mystérieux qui lui veut retrouver l'assassin de Charlotte, dont on a retrouvé le corps démembré, en particulier la tête dans la Tamise. Le récit est ponctué de flash-back se déroulant pendant la guerre de Secession en 1862, où l'on fait la connaissance d'Edward Shade.
Le récit est bien mené, mais il aurait peut-être gagné à être raccourci d'une centaine de pages. Un roman qui se laisse lire malgré tout.

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mercredi 7 août 2019

Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles - Bernard Maris

Comme annoncé il y a quelques mois, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) poursuis aujourd'hui ma découverte de l'oeuvre de Bernard Maris, assassiné chez Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, avec cette fois-ci la présentation de sa Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles (142 p., Points Economie n°E57, 2003).  

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Ce livre initialement paru aux éditions Albin Michel en 1999 a bénéficié, en 2003, d'une préface où Bernard Maris revient sur la (récente alors) affaire Enron (faillite en décembre 2001) pour rappeler que, "à quinze jours de la mise en faillite (la plus grosse faillite de l'histoire américaine après celle de World Com), une majorité d'analystes et une banque d'affaires, Goldman Sachs pour ne pas la nommer, encourageaient encore le peuple à acheter du Enron". Et ce n'est que le premier des exemples cités d'erreurs des analystes avant un krach boursier.

Bien évidemment, je trouve difficile, voire impossible, de résumer un tel ouvrage, où figurent un ou deux exemples par page, à l'appui d'une démonstration que je simplifierais en disant qu'en économie, la seule chose qu'on devrait savoir, c'est qu'on ne peut pas savoir. Après avoir convoqué les "grands anciens" et les économistes de renom, Bernard Maris déconstruit pour nous la notion même de "système économique". Plus exactement, il montre qu'ils sont justement trop bien construits, et faits pour rester abstraits plutôt que pour être crus opératoires. Une citation (p.45): "tout ce qui se dit en économie est invérifiable, insanctionnable, mais en revanche parfaitement démontrable, comme le contraire est parfaitement démontrable. L'économie, comme l'inconscient, la métaphysique, la religion et le vaudou, ignore le principe de contradiction". L'escroquerie (si je puis dire) consiste à laisser penser que cette "Science" permettrait de prendre des décisions dont les résultats soient prévisibles (j'ai failli ajouter "à l'avance"). p.42: "La politique n'a aucun droit, je dis bien aucun droit, à utiliser la "science" économique". On appréciera aussi la litote qu'il exhume d'une publication de l'INSEE datant de 1986: "les conjoncturistes disposent d'outils de plus en plus perfectionnés: indicateurs, enquêtes, comptes trimestriels. Pour autant, les progrès de la prévision ne sont pas manifestes." Parce que la transparence n'est qu'une illusion, contrée par le "hors-bilan" ou l'argent noir, parce que, fondamentalement le capitalisme ne peut exister que dans l'opacité et l'asymétrie d'information. p.75: "et que l'on réfléchisse un peu: si tout se savait sur tout (si la transparence existait) personne ne ferait de profit. Les profits n'existent, particulièrement en Bourse, que parce que l'on ne sait pas ce que font les autres: on anticipe, ce qui n'est pas pareil". L'imposture consiste bien à faire passer pour une "science dure", ou "science exacte", un "objet d'observations" [passées] où interviennent aléatoirement facteurs humains, théorie des jeux... et autres éléments "imprévisibles".

Tout le monde en prenant pour son grade, et pas seulement les "théoriciens", il appelle à sa tribune (sinon son tribunal) les praticiens, les "grands responsables", parce qu'ils font croire qu'ils savent ce qu'ils font. Michel Camdessus, Directeur Général du FMI de janvier 1987 à février 2000 (après la sortie de la première édition du livre, donc) se fait essorer durant une douzaine de pages, parmi d'autres. Je vais juste évoquer les titres des presque derniers chapitres, suffisamment parlants en eux-mêmes: 13. Experts ["l'expert est la bête noire de ce livre" - p.17]. 14. Penseurs. 15. Economistes et journalistes. 16. Economistes et politiques. 17. Et Dieu dans tout ça?

Alors, certes, les exemples cités remontent à avant 1999, à une époque où, savons-nous aujourd'hui, l'illustre jeune inconnu Macron venait tout juste de rater Normale Sup avant d'intégrer Sciences Po (bien avant d'entrer à l'ENA). Mais on ne va pas, en plus, reprocher à Bernard Maris de ne pas être en mesure d'actualiser ses informations avec des analyses contemporaines!

Voici enfin, pêle-mêle, quelques citations non encore mentionnées mais que j'ai trouvées particulièrement savoureuses (pour les remettre dans leur contexte, ... lisez donc le livre!). p.15 (attribuée à [Jacques?] Attali, mais malheureusement non sourcée?): "[un économiste] est celui qui est toujours capable d'expliquer le lendemain pourquoi la veille il disait le contraire de ce qui s'est produit aujourd'hui". p.10, une citation de Lawrence Summers (pour laquelle il relève plusieurs sources en 1992), que je trouve particulièrement immonde: "Les pays sous-peuplés d'Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l'air y est d'un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les  plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversés là où les salaires sont les plus faibles est imparable". p.62: l'économie moderne n'est qu'un "patchwork" de micro-modèles (...) sans cohérence, sinon celle du calcul coûts bénéfices [financiers - ai-je compris]. De modèles ad hoc, bricolés, pour un problème à traiter, comme on fait une maquette d'autoroute, avant la véritable autoroute, sans savoir pourquoi ni pour qui on trace une autoroute.

Je voudrais mentionner aussi dans cet article (qui ne sera sans doute pas le dernier que je consacrerai à Oncle Bernard) quelques informations que j'ai trouvées sur une "Chaire internationale" inaugurée en novembre 2018 à Toulouse: "Le but de la Chaire UNESCO Bernard Maris Économie Société est de continuer à faire vivre la pensée de Bernard Maris, de nourrir le pluralisme, de pratiquer l’interdisciplinarité, et de faciliter les recherches sur les thèmes qui lui étaient chers tels que l’écologie, l’histoire de la pensée économique et l’histoire économique, la valeur, la richesse, l’échange, la justice sociale, la coopération, le savoir et la gratuité." Selon ce qui figure sur le site de l'association des diplômés de l'IEP de Toulouse (dont Bernard Maris a été diplômé en 1968 et où il enseigna à partir de 1994, avant de rejoindre l'Université Paris 8 en 1999), "Cette chaire internationale d’économistes citoyens est portée par Sciences Po Toulouse, l’association ALLIance Sciences-Société (ALLISS) et la Fondation Maison des sciences de l’homme (FMSH). Elle bénéficie du label UNESCO car ses objectifs ont été jugés conformes à l’œuvre de rapprochement entre les peuples par la culture, la science et l’éducation. Elle vise à développer l’« économie autrement », une économie pluraliste solidement ancrée dans les sciences humaines et sociales, et à promouvoir l’économie citoyenne, une économie à l’écoute et au service des citoyens. « Politiques régionales d’innovation, transition et soutenabilité » est le thème retenu pour sa première année." Des questions de financement semblent se poser (puisqu'il est fait appel à du "financement citoyen"...).

Voici aussi quelques autres blogs qui ont parlé de ce livre: Litterama (les femmes en littérature), Un blog sur la planète (nsdp), CnR Midi-Pyrénées, L'Oeil de Brutus, avant ou après le 7 janvier 2015. Un article du blog de Bats0 y piochait en décembre 2011 des exemples à l'appui d'une démonstration...

Pour conclure, je laisse la parole à Jacques Littauer (qui a repris le flambeau d'une chronique d'économie critique (à défaut d'être atterrée?), dans Charlie), N°1381 du 5 janvier 2019, p.5: « comme le disait Bernard Maris, les maths "éliminent les littéraires, les sociologues, psychologues, les penseurs un peu sceptiques, les doux, les philosophes". Il savait un petit peu de quoi il parlait. »

*** Je suis Charlie ***

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mardi 6 août 2019

Les Faussaires de Manhattan - Marielle Heller

Quand je suis allée voir Les faussaires de Manhattan, je m'attendais à voir une comédie, du fait que le rôle principal est interprété par Melissa McCarthy que j'ai découverte dans Les flingueuses et Spy (deux films hilarants). Et bien pas du tout, c'est plutôt une comédie dramatique (avec plus de drame que de comédie). Les faussaires de Manhattan s'inspire d'une histoire vraie qui a commencé en 1991 à New-York. Lee Israel (Melissa McCarthy) est une femme écrivain qui a écrit des biographies sur des personnalités un peu oubliées. Elle a du mal à joindre les deux bouts pour payer son loyer dans un appartement dans la 86ème rue et pour soigner sa chatte de 12 ans, qui est malade. Lee n'est pas une femme commode. Elle est négligée, son appartement est un dépotoir et elle boit un peu trop. Elle ne fait rien pour se mettre à son avantage. Un jour, pour pouvoir payer son loyer et le reste, Lee a l'idée de falsifier des lettres d'écrivains ou de personnes célèbres (mais plus très à la mode) comme Noël Coward, Dorothy Parker ou Fanny Brice. Soit elle les crée de toutes pièces en les tapant sur de vieilles machines à écrire, soit elle dérobe de vraies lettres dans des bibliothèques universitaires qu'elle remplace par des fausses. Elle les revend auprès de libraires spécialisés qui n'y voient au début que du feu. Elle est aidée dans son entreprises par Jack Hock (Richard E. Grant), un homosexuel qui a couché avec tout Manhattan. Ces deux êtres ne sont pas très fréquentables mais attachants. Bien entendu, ils vont être démasqués. Melissa McCarthy dans un registre relativement dramatique est remarquable. Un film à voir pour les acteurs et pour New-York.

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