mardi 22 octobre 2019

Pour Sama, Journal d'une mère syrienne - Waad Al-Kateab et Edward Watts

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Pour Sama est un documentaire bouleversant. Waad Al-Kateab, native d'Alep en Syrie, a filmé pendant plus de 5 ans (entre 2011 et 2016) la guerre à Alep. Cela a commencé en 2011 avec la propagation du printemps arabe en Syrie et les premiers tirs sur les manifestants pacifiques par le régime de Bachar El-Assad. L'armée syrienne libre est créée en juillet 2011 en réaction à cette répression. De là, il y a une nouvelle étape avec la mise en action d'avions bombardiers du régime. Waad a commencé à filmer avec son smartphone puis avec une mini-caméra. Elle, qui souhaite devenir journaliste, veut laisser un témoignage à sa fille Sama, née le 1er janvier 2016 à Alep. Au début, l'image est hachée, on ne voit pas grand-chose, et puis au fur et à mesure que le film se déroule (il dure 1h40), on est pris par les images et les visages. Waad a réussi à garder la bonne distance, quand les blessés plus ou moins graves ou les morts arrivent dans l'hôpital administré par son ami médecin Hamza, qui deviendra son mari. On voit de loin des bombes à fragmentation ou des bombes baril lancées depuis des avions russes sur la population civile, dont beaucoup d'enfants. On ne peut pas oublier ces visages de gamins qui pleurent parce qu'ils ont perdu leur petit frère. Les hôpitaux sont aussi bombardés. Il y a du sang partout. Mais parfois un miracle survient, comme dans le cas d'un nouveau-né sorti en catastrophe du ventre de sa mère gravement blessée et enceinte de neuf mois. On croit le bébé mort-né et puis non, à force de le secouer de haut en bas et de le masser, il pousse son premier vagissement. C'est magnifique. Quant à la petit Sama qui ne pleure même pas quand il y a le bruit d'un bombardement, elle aura vécu un an à Alep en zone de guerre.

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samedi 19 octobre 2019

Les treize marches - Kazuaki Takano

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C'est par hasard que j'ai lu ce roman policier japonais, écrit en 2001, que j'ai trouvé passionnant. Treize marches de Kazuaki Takano (Editions 10/18, 376 pages haletantes) décrit le système judiciaire japonais, régi par des codes très stricts. Il est en particulier question de la peine de mort par pendaison au Japon, qui existe encore, et on apprend tout du cérémonial avant l'exécution. Avant qu'un condamné à mort soit exécuté, il faut que la proposition d'exécution reçoive l'approbation de treize bureaucrates issus de cinq postes différents. Les  treize marches du titre font aussi référence à des marches qu'aurait gravi Ryô Kihara, un jeune homme qui attend d'être exécuté depuis plus de sept ans. Et l'exécution est proche. Kihara souffre d'amnésie, il ne se souvient pas d'avoir tué un vieux couple dans leur maison. Shôgi Nangô, un surveillant-chef de prison qui vient de démissionner pour raisons personnelles (que je vous laisse découvrir), et Jun'ichi, un homme en liberté conditionnelle qui sort de deux ans de détention pour un homicide involontaire, sont chargés par un avocat d'innocenter Kihara avant qu'il ne soit exécuté. Ils ont trois mois pour le faire. Et ils toucheront une grosse somme d'argent. C'est l'occasion pour Jun'ichi d'essayer de se racheter aux yeux de ses parents et de la société. En effet, il faut savoir que la famille d'un condamné, quitte à ce qu'elle se ruine, doit verser une somme plus ou moins importante à la famille de la victime. A la fin de l'ouvrage, il y a une bibliographie qui a inspiré Kazuaki Takano sur le droit pénal, la peine de mort, etc. Un roman de "qualité supérieure" (comme l'a écrit le regretté Claude le Nocher), que j'ai dévoré. Lire aussi les billets d'Encore du noir et Nahe.

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mercredi 16 octobre 2019

Joker - Todd Phillips

Moi qui étais effrayée par les clowns quand j'étais petite, je m'en méfie encore. Cela ne m'a pas empêchée d'aller voir Joker, attirée par la bande-annonce prometteuse. A Gotham City, dans les années 80, les temps sont difficiles pour une certaine partie de la population dont fait partie Arthur Fleck, un comédien qui peine à faire rire. Il rêve de se produire dans des monologues comiques dans un cabaret en s'inspirant d'histoires qu'il a écrites dans un cahier d'écolier. Ou bien de passer à la télévision dans l'émission tardive de Murray Franklin (Robert de Niro, très inspiré). Pour gagner sa vie, il essaye par exemple de faire rire des petits cancéreux dans un hôpital, ou alors, il se fait tabasser par une bande de jeune garçons devant un magasin dont il annonçait la fermeture. Arthur souffre d'un trouble pas banal, il est pris de crises de rire quand il est sous le coup de l'émotion. Ce rire sardonique très particulier devient de plus en plus fréquent et les gens autour de lui commencent à avoir peur de lui. C'est un homme qui vit avec Penny, sa mère malade dont il s'occupe jusqu'à ce que... De clown triste et pathéthique, Arthur va devenir tout à coup un dangereux criminel sous le nom du Joker, un des ennemis mortel de Batman. Je vous laisse découvrir la suite. J'avoue être mitigée sur ce film qui ne peut pas laisser indifférent. Le film tient surtout pour la performance de Joaquin Phoenix dans le rôle d'Arthur Fleck (même si j'avais préféré Heath Ledger dans The Dark Knight: le chevalier noir). Il faut noter qu'il y a au moins deux scènes d'une violence inouïe. Une semaine après avoir vu Joker, je ne peux pas dire si j'ai aimé ou non, car ce n'est pas un film aimable. Et puis la réalisation n'a rien d'exceptionnel. A la fin de la projection, j'ai été frappée par les nombreux groupes de spectateurs qui commençaient à discuter, avant même de quitter la salle. Ils avaient besoin de s'exprimer. Lire les billets de Mymp et Henri Golant.

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dimanche 13 octobre 2019

Papicha - Mounia Meddour

Je viens de voir Papicha de Mounia Meddour et j'ai été secouée par ce que j'ai vu sur l'écran. Des scènes de grande douceur alternent avec des moments très violents. Inspirée de faits réels, l'histoire se passe dans les années '90 à Alger au moment où l'Armée Islamique du Salut et le Groupe Islamique Armé sèment la terreur en Algérie avec 150 000 morts, des milliers de gens déplacés et des milliers d'exilés. Nejdma, âgée d'environ 20 ans, mène une vie libérée avec ses amies de l'université. Elles sont surnommées des "papicha". Nejdma, qui est en licence de français, n'arrête pas de dessiner des modèles de robes, car elle rève d'un défilé au sein de la cité universitaire où elle loge avec d'autres camarades. On sent une grande solidarité entre elles. Mais à l'extérieur, c'est autre chose.  La cité universitaire est entourée d'un mur. Des femmes voilées empêchent un professeur d'enseigner le français. Seule la langue arabe est admise. On apprend les attentats meurtriers par l'intermédiaire de la télévision pendant que les étudiantes sont tenues de boire du bromure de potassium pour calmer leurs ardeurs. Et de nombreux affiches sur les murs montrent comment les femmes doivent être habillées: elles doivent porter le voile sur le corps et les cheveux. Samira, une des étudiantes, risque d'être tuée par son frère car elle est enceinte d'un homme qui ne lui était pas destiné. Une tragédie personnelle accélère la volonté de Nejdma d'organiser un défilé de ses création. La dernière partie où des étudiantes défilent au sein du local universitaire dans les robes de Nejdma fabriquées à partir de l'étoffe appelée "haïk" est prenante. Ce tissu blanc est la parfaite antithèse du niqab noir venu des pays du Golfe. Un film bouleversant qui m'a émue. Lire le billet d'Anne.

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jeudi 10 octobre 2019

Propriété privée - Julia Deck / La clé USB - Jean-Philippe Toussaint

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Voici deux romans achetés compulsivement. Ils étaient côte à côte sur un présentoir. Ils font partie des nouveaux romans parus cet automne. J'ai déjà lu un ou deux romans dont La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint et j'avais bien apprécié Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck. 

Toujours est-il que j'ai apprécié ces deux romans même si j'ai été frustrée sur la manière dont les récits évoluent.

Pour La clé USB de Jean-Philippe Toussaint (Editions de Minuit, 190 pages), je m'attendais à lire un roman d'espionnage. Le narrateur travaille à la Commission européenne à Bruxelles. Il s'intéresse à la "Blockchain" et aux "Bitcoins". Il publie un rapport sur ces sujets et cela l'amène à être approché par des lobbyistes. Sur le chemin qui l'emmène vers Tokyo pour intervenir dans une conférence, il fera une halte en Chine qui provoquera un blanc de quarante-huit heures (1) dans son emploi du temps. Dans la dernière partie du récit, l'histoire bifurque sur la vie personnelle du narrateur avec la maladie de son père qui est en train de mourir. Quant à la clé USB du titre, c'est un des lobbyiste qui la fait tomber (volontairement ou non) de sa poche. On reste avec plein de questions quand on referme ce roman agréable à lire mais je n'ai pas forcément compris ce que voulait nous dire l'écrivain.

Je passe à Propriété privée de Julia Deck (Editions de Minuit, 173 pages). Cette fois ci, c'est une narratrice qui nous raconte à sa manière comment elle et son mari ont décidé de devenir propriétaires d'un pavillon dans un éco-quartier de la banlieue parisienne. Leur pavillon faisait partie d'un ensemble dans une allée résidentielle pour ménages aisés. Une semaine après qu'ils se soient installés, un couple, Arnaud et Annabelle Lecoq, s'installent avec leur petit garçon dans le pavillon voisin de l'autre côté du mur. Et puis, d'autres personnes s'installent au fur et à mesure. La narratrice se rend compte très vite que la vie avec des voisins n'est pas facile d'autant plus qu'Annabelle Lecoq n'est pas sympathique. Elle peut être déplaisante et vulgaire. Malgré tout le temps s'écoule et au moment d'une rentrée des classes, Annabelle et son petit garçon ont disparu. Une enquête de voisinnage entraîne l'arrestation du mari de la narratrice. Je pourrais résumer l'histoire à "L'enfer, ce n'est pas les Autres, ce sont les voisins". Comme pour La clé USB, le roman se lit vite. A vous de juger! A emprunter en bibliothèque, à mon avis.

(1) Merci Alex-mot-à-mot!

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lundi 7 octobre 2019

Le lambeau - Philippe Lançon

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Philippe Lançon, Le Lambeau, Paris, éditions Gallimard, 2018, 512 p. (ISBN 9782072689079)

J'ai (ta d loi du cine, squatter chez dasola) laissé passer bien des mois avant d'ouvrir ce livre qui m'avait été offert à Noël 2018 (sur ma demande). Maintenant que le tapage médiatique est un peu retombé, je peux me permettre d'en parler à ma manière. Cet été (le temps d'oublier tout ce que j'avais pu lire dans la presse au moment de sa parution), avec devant moi quelques semaines sans trop de sollicitations, je me suis engouffré dans ces 510 pages denses (20 chapitres et un épilogue). Je l'ai lu en une petite semaine. Il a fallu ensuite que j'en fasse mon miel: l'absorber, prendre le temps de le "ruminer", régurgiter quelques phrases, relire et réabsorber... et coudre ensemble ces ...fragments.

Justement, en qui concerne ce titre, Le lambeau, j'ai réfléchi (tout seul, volontairement) aux différentes significations qu'il est possible de mettre derrière, ou dans, ce mot. Sans avoir regardé dans le dictionnaire (ni dévoilé encore la 4ème de couv' de derrière son bandeau rouge - je ne l'ai découverte qu'après la fin de ma lecture), j'en appellerai au sens du mot lambeau: quelque chose de déchiré (un lambeau de tissu, une vie en lambeaux), et à recoudre. Quoique je n'aie jamais été doué en "commentaire composé", je pense qu'on pourrait commenter tout le livre autour du thème de la déchirure.

J'ai noté que ses références dans le livre marquent une culture littéraire plutôt classique (Thomas Mann, Franz Kafka, Marcel Proust), première moitié voire premier quart du XXe siècle (après la 1ère Guerre Mondiale mais avant avant la seconde?). Philippe Lançon témoigne dans le livre (écrit en août 2017 [? p.190] pour une parution en avril 2018) de la même écriture châtiée que dans ses chroniques hebdomadaires.

Toujours est-il que c'est un récit enchevêtré entre passé, présent et futur qu'il a rédigé autour de l'attentat. Le matin du 7 janvier, il écoutait Houellebecq sur France Inter. Il arrive à la conférence hebdomadaire de Charlie p.48. Dans le chapitre suivant (3e, titré "La conférence"), il parle de beaucoup de choses, de Libération et de Serge July qui ne s'est pas opposé à ce qu'il rentre à Charlie Hebdo à l'invitation de Val, de la publication des caricatures de Mahomet suite à laquelle Charlie s'est retrouvé isolé dans la presse française. "Cette absence de solidarité n'était pas seulement une honte professionnelle, morale. Elle a contribué à faire de Charlie, en l'isolant, en le désignant, la cible des islamistes" p.65). "Le 7 janvier 2015 vers 10 h 30, il n'y avait pas grand monde en France pour être Charlie" (p.66). Encore quelques pages du contexte de cette matinée comme tant d'autres. Et puis (p.74) "tout l'ordinaire a disparu". Page 80, les assassins sont déjà repartis, quelque deux minutes après leur intrusion dans les locaux. Philippe Lançon a survécu à leur passage, mais avec "blessure de guerre" (comme il le fait remarquer par [sans doute] un des pompiers).

== En octobre 2019, Riss vient de publier sa propre version, titrée Une minute quarante-neuf secondes. Je ne l'ai pas lue à ce jour (mais ce sera fait, en son temps, dans le cadre d'un futur billet-hommage). ==

Ayant pensé à sa carte Vitale, le blessé Lançon arrive à l'hôpital p.111. Il va mettre des mois à en sortir. Et l'entourage se met en place: famille (sa relation avec son frère, la première personne qu'il a vue à son réveil à l'hôpital, m'a interpellé), soignants, compagne actuelle et ancienne épouse, et relations diverses, amicales ou professionnelles. Il pouvait seulement communiquer par écrit. Il nous raconte son quotidien, ou plutôt son "jour après jour", l'environnement dont il ne maîtrise pas grand-chose, les policiers qui l'entourent, une vie basculée. Le contexte, les éléments biographiques (qui est Philippe Lançon?) ou historiques, il "tourne autour" davantage qu'il ne les explique, ai-je trouvé. Je retiens l'apostrophe, p.51: "J'insiste, lecteur: ce matin-là comme les autres, l'humour, l'apostrophe et une forme théâtrale d'indignation étaient les juges et les éclaireurs, les bons et les mauvais génies, dans une tradition bien française qui valait ce qu'elle valait, mais dont la suite allait montrer que l'essentiel du monde lui était étranger. J'avais mis du temps à me débarrasser de mon esprit de sérieux pour l'accepter, et je n'y étais d'ailleurs pas tout à fait parvenu. Je n'avais pas été programmé pour le comprendre, et puis, comme la plupart des journalistes, j'étais un bourgeois. Autour de cette table [de rédaction de Charlie Hebdo], il y avait des artistes et des militants, mais il y avait peu de journalistes et encore moins de bourgeois."

Il nous ouvre connaissance d'une kyrielle de personnages: infirmiers et infirmières ou aides soignant(e)s, kiné, anesthésiste, chirurgienne, médecin, chef de service, policiers, coiffeur, tous ces professionnels qui ont fait leurs métiers avec empathie. Je me sens moi-même en empathie avec "ceux qui, comme Christiane, la cadre du service, pleuraient les figures sarcastiques de leur jeunesse, et avec elles, un morceau de civilisation bien française. (...) Cabu, Wolinski, comment avaient-ils pu?" (p.164). Le mot-titre "le lambeau" apparaît à mi-livre, p.249: "le lambeau. On allait me faire un lambeau". Les détails des greffes, des opérations subies durant des mois, j'en avais déjà lu une partie dans sa chronique dans Charlie Hebdo. Il a repris l'écriture journalistique une semaine après l'attentat, pour Libération (où  avait alors trouvé refuge l'équipe rescapée de Charlie), via un article que, p. 212-213, il décortique (qu'aurait pu extraire Elsa Cayat de mon emploi de ce mot)?

Pour qu'avancent ses réparations, Philippe Lançon a connu un total de 5 chambres dans deux hopitaux, du 8 janvier au 17 octobre 2015, enchaînant les piqures dans ses "veines timides". A l'hôpital des Invalides, il a croisé Loïc Liber, ce jeune militaire guadeloupéen qui avait été blessé en mars 2012 par Mohamed Merah, mais aussi Fabrice Nicolino et Simon Fieschi, blessés à Charlie Hebdo (p.420, "je l'ai [Simon F] regardé d'un oeil torve en pensant: "à toi les gâteaux, à moi les promenades"!). Autre bon mot, j'ai noté l'ordre de la chirurgienne joliment possessive à la compagne de Philippe: "vous faites ce que vous voulez avec lui, mais vous ne touchez pas à mes cicatrices" (p.348). Le rôle des proches constitue une bonne partie du livre: ils secourront ou secoueront selon les moments.

Nous pouvons sourire (sans que cela fasse trop mal?), p.444, de l'épisode tragi-comique du courrier de la Sécu, qui demandait à Monsieur Philippe Lançon d'un ton comminatoire, au bout de trois mois, s'il était toujours en arrêt maladie (nous sommes bien en France?). Encore une citation, p.493: "Employons, au conditionnel, un mot de Rousseau: ils [des hommes et femmes de bonne volonté] voudraient, sans doute, un contrat social efficace, équitable et civilisé. Mais, s'il y a une majorité de gens pour le signer, il n'y a plus personne en France pour l'écrire et le mettre en oeuvre". Le livre finit sur "l'attentat suivant, celui du 13 novembre, qui a agi comme un remède de cheval en me transformant, d'une minute à l'autre, en ancien combattant" (p.213).

Mais une fois de plus, j'en écris trop long. J'ai fait l'épreuve à plusieurs reprises: le passage que je ne peux relire sans frissonner, c'est celui (p.235) où il décrit par le menu sa longue extraction d'une écharde d'acier, bien avant l'attentat. Aussi, p.257, j'ai soupiré au récit d'une leçon d'écriture journalistique assénée 30 ans auparavant par Laurent Joffrin: "Il coupait les adjectifs, plus encore les adverbes, en disant: "quand on utilise des adverbes, c'est souvent parce que l'enchaînement des phrases manque de logique". Châteaubriantd n'utilisait presque jamais d'adverbes".

C'est seulement après avoir rédigé la majeure partie du présent article que j'ai cherché quelques liens de critiques parues sur des blogs à y injecter. Je me suis donc dépêché pour faire une petite recension (non exhaustive bien sûr!) de chroniques sur ce livre, par divers blogs: Manou, Lire au lit, Frédéric Chambe, Lili et la vie, Sonia boulimique des livres (que les blogs que j'ai omis n'hésitent pas à se signaler). Sur babelio, ce sont pas moins de 219 critiques qui sont répertoriées ce 6 octobre (une autre oeuvre titrée Les Iles et datant de 2011 n'en comportant qu'une). Et pour tous ceux qui n'ont pas encore découvert ce livre, à votre tour de le lire! Vu le temps écoulé, je présume ne pas être le premier à parler de "transmettre le lambeau".

Pour finir, je vais me permettre de citer la réponse de Luz au Journal du dimanche qui l'interrogeait à l'occasion de la sortie de son album, indélébiles, en octobre 2018 (28/10, pp.16-17): "- Avez-vous lu le livre de Philippe Lançon, Le Lambeau, qui restitue la tuerie du 7 janvier 2015? - Je l'ai acheté, il est sur ma table de nuit. Un jour, je trouverai le temps pour le lire mais pour l'instant je ne l'ai pas ouvert. J'aime l'écriture de Philippe Lançon, je sais que c'est un bon livre, mais après il y a autre chose. Peut-être que mon bouquin sera aussi sur sa table de chevet et qu'il ne l'ouvrira pas."

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*     *

Je l'ai pas vu, je l'ai juste lu...

Sans rapport avec ce qui précède, j'ai relevé mercredi 11 septembre 2019 la sortie d'un documentaire nommé Une joie secrète de Jérôme Cassou. Je cite intégralement (et sans commentaire) sa présentation dans L'Officiel des spectacles: "En 2015, bouleversée par l'attentat de Charlie Hebdo, la chorégraphe Nadia Vadori-Gauthier décide de danser chaque jour une minute, de se filmer et de partager ses vidéos sur les réseaux. Ses danses surfent sur l'actualité brûlante (attentats, grèves, manifestations, élections...). Ou sur des micro-événements du quotidien. Ainsi, depuis plus de quatre ans, le projet "Une minute de danse par jour" est un geste de résistance politique, d'une douceur qui permet d'affronter la dureté du monde".

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 4 octobre 2019

Alice et le maire - Nicolas Pariser

Je me réjouissais d'aller voir Alice et le maire de Nicolas Pariser, un film qui a été présenté à Cannes dans la section "Quinzaine des réalisateurs" en 2019. J'avoue que je m'attendais à mieux. Fabrice Luchini dans le rôle du maire de gauche de Lyon était a priori une bonne idée, et puis non. Paul Theraneau, le maire de Lyon est à bout de souffle, il n'a plus d'idées, il s'ennuie et nous avec. J'ai trouvé que Luchini avait l'air las. Par deux fois, il a un air songeur comme s'il se demandait pourquoi il avait accepté le rôle. Face à lui, Alice Heiman (Anaïs Desmoutiers, charmante), une jeune Normalienne, est chargée de lui redonner l'élan, de lui souffler des idées. Elle écrit des notes dont le maire s'inspire pour ses discours. Une de ces notes traite de la modestie. Alice n'est pas familière des codes au sein de la mairie. Elle se ne se sent pas à l'aise parmi ces personnes qui ne sont pas des "intellectuels". Je retiendrai le discours qu'Alice et Theraneau écrivent à deux vers la fin du film. Je m'attendais à ce qu'il soit mis en valeur. Et bien c'est raté. J'espérais un film passionnant, j'ai été déçue.

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mardi 1 octobre 2019

Downtown Abbey - Michael Engler / Un jour de pluie à New York - Woody Allen

Je n'ai jamais vu la série Downtown Abbey, mais j'ai eu envie de voir le film qui vient de lui faire suite. J'ai un sentiment mitigé. En deux heures, on suit l'effervescence qui règne parmi la famille Crowley et leurs domestiques quand, en 1927, le roi George V d'Angleterre et la reine Mary se font annoncer pour passer une soirée et une nuit dans la demeure de Downtown Abbey. Aucun personnage ne nous est vraiment présenté. Le spectateur doit deviner qui est qui. Il n'y a pas vraiment d'histoire mais une suite de saynètes dans des décors somptueux, et on ne se lasse pas de voir Downtown Abbey au milieu d'un magnifique parc. Le seul suspense du film est de savoir, entre les domestiques de Buckingham (dont une qui est kleptomane) et ceux de Downtown Abbey, qui aura le dernier mot. Je suis surtout allée voir le film pour Maggie Smith. On la voit trop peu et elle n'est pas à son avantage. Sur le même thème des "maitres et valets", je ne saurais trop vous conseiller de voir Gosford Park (2001), un des ultimes fims de Robert Altman avec un "casting royal" dont Maggie Smith, Helen Mirren, Kristin Scott Thomas, etc. Je considère ce dernier film comme un chef d'oeuvre.

Je passe à Un jour de pluie à New York de Woody Allen, recommandé par Pascale et par une de mes collègues, qui a trouvé que c'était le meilleur film du réalisateur depuis longtemps. Je vais paraître un peu difficile mais j'ai apprécié le film sans excès. New York est bien filmé entre l'Hôtel Le Plaza, Central Park, le Metropolitan Museum et l'hôtel Le Pierre. Je connais pas trop mal le pâté de maison (l'un des endroits les plus huppés de New York) après mes 16 séjours dans la ville. Deux étudiants, Gatsby et Ashleigh, viennent passer un week-end à Manhattan. Ashleigh doit interviewer un réalisateur tandis que Gastby voudrait lui faire visiter la ville, et il a réservé une très belle suite grâce à l'argent qu'il a gagné au poker. A cause d'un enchaînement d'événements et de la pluie qui s'en mêle, rien ne va se passer comme prévu. Le film est léger, Timothée Chalamet (Gatsby) n'est pas déplaisant à regarder, Elle Fanning (Ashleigh) un peu crispante. Cela se laisse voir rien que pour New York.

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