mercredi 19 février 2020

Tu mourras à vingt ans - Amjad Abu Alala

Quel beau film que voilà! Il est sorti en France, peut-être parce qu'il a été recompensé à Venise en tant que premier film et qu'il a reçu un Grand prix au festival d'Amiens. Tu mourras à 20 ans est, selon le réalisateur soudanais, le huitième film de fiction jamais produit au Soudan. J'ai trouvé le film empreint d'une grande sérénité, une vraie invitation au voyage, et pourtant le sujet n'est pas gai. L'histoire se passe de nos jours dans un petit village (celui où vécut le père du réalisateur) aux maisons couleur ocre, à plusieurs centaines de kilomètres au sud de Khartoum, dans la province d'Aljazirah, là où coulent le Nil blanc et le Nil bleu. Au cours d'une cérémonie en plein air, un chef religieux bénit un nouveau-né qui lui est présenté. Il le baptise Muzamil, juste au moment où un derviche dans l'assemblée s'effondre en criant "20". Le destin de Muzamil est dès lors scellé, il mourra à 20 ans. Sakina, sa mère ,va désormais porter du noir, et son père, qui ne supporte pas cette situation, s'exile de pays en pays. Muzamil grandit élevé par sa mère. La malédiction qui le poursuit l'ostracise auprès des autres gamins qui l'appellent le "garçon de la mort". Un jour, ils l'enferment dans un coffre après l'avoir enveloppé dans un linceul. Cependant, il apprend à lire dans le Coran grâce à l'Iman qui l'embauche dans la mosquée. Et puis, Muzamil est fasciné par Naïma, une fille de son âge. Il en tombe amoureux et cela semble réciproque, mais il est prévu qu'il va bientôt mourir. Muzamil découvre grâce à Souleiman, un homme qui vit à l'écart dans une grande bâtisse, qu'il y a une vie en dehors du village. Souleiman, qui boit de l'alcool et vit avec une prostituée, lui fait découvrir le cinéma et ce qu'a été Khartoum avant le coup d'Etat de 1989 et l'instauration de la loi islamique. Souleiman essaye de détourner Muzamil de cette croyance qui le condamne. Il veut qu'il pense par lui-même, qu'il devienne autonome. Je ne vous dirai pas si Muzamil subit son funeste destin. Allez voir le film, s'il passe par chez vous, et vous le saurez!

Lire le billet de Miriam.

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dimanche 16 février 2020

La fille au bracelet - Stéphane Demoustiers

La fille au bracelet commence avec une séquence sur une plage. On voit une famille de loin, le père, la mère et les enfants, dont une fille adolescente. Deux policiers arrivent. On ne comprend pas ce qu'ils disent mais l'adolescente se rhabille et suit les policiers sans protester. Deux ans plus tard, Lise Bataille, âgée désormais de 18 ans et qui porte un bracelet électronique, attend de passer en jugement. Elle est accusée d'avoir poignardée à mort Flora, sa meilleure amie. On assiste à des moments du procès assez passionnants. On ne sait pas vraiment ce que ressent Lise. Elle ne réagit pas beaucoup, sauf juste avant le verdict. Ses parents, très bien interprétés par Roschdy Zem (décidément, il n'arrête pas de tourner) et Chiara Mastroianni, la soutiennent comme ils peuvent même si la mère prend du recul sur l'affaire. Ils ne reconnaissent pas leur fille qui, avant le drame, était a priori joyeuse et sociable et qui désormais est devenue renfermée et peu causante. J'ai beaucoup aimé l'avocate de la défense, très humaine. En revanche, la procureure, interprétée par Anaïs Demoustiers (la soeur du réalisateur) m'a paru très antipathique. Il faut noter le jeu sobre de Melissa Guers qui interprète Lise. Tout au long du film, le mystère reste entier, et ce jusqu'au terme de l'histoire, même si on assiste au verdict final sur lequel je ne vous dirai rien. Un très bon film. Lire le billet de Baz'art.

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jeudi 13 février 2020

La trilogie hambourgeoise - Cay Rademacher

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Je viens de terminer la trilogie hambourgeoise de Cay Rademacher, un écrivain allemand que je ne connaissais pas. Il vit en France avec sa famille.  C'est grâce à Dominique que j'ai eu envie d'aller faire un tour à Hambourg (Allemagne), entre 1947 et 1948. Deux ans après la capitulation sans condition de l'Allemagne, le pays a du mal à se remettre. La ville de Hambourg occupée par les Britanniques a été durement bombardée en juillet 43 par l'aviation américaine le jour et l'aviation britannique la nuit. Désormais, la ville est en partie en ruines. Les Hambourgeois survivent grâce au marché noir car ils manquent de tout: le pain, le beurre, le café etc., ne sont que des lointains souvenirs. Ils ont souvent le ventre vide. Il y a de nombreux trafics : cigarettes, alcool, charbon, etc. Dans les immeubles qui sont restés debout, l'electricité est rationnée tout comme l'eau qui n'est plus que de l'eau rouillée coulant des robinets. Les gens sont sales, mal habillés, mal chaussés. C'est dans ce contexte que l'on fait la connaissance de Franck Stave, un inspecteur principal de police âgé d'une quarantaine d'années dont on va partager la vie au fil des trois tomes. On apprend qu'il est veuf, sa femme est morte dans le bombardement de 1943. Son fils Karl a été fait prisonnier par les Russes. Dans le premier volet, L'assassin des ruines (Editions du Masque, 452 pages), l'histoire se passe en janvier 1947 où il règne un froid de gueux. Stave enquête sur des crimes dans les décombres de la ville. Les cadavres retrouvés sont une jeune femme, un vieillard et plus tard, une enfant. Stave mettra un moment à trouver le lien qui relie ces victimes. L'orphelin des docks (Edition du Masque, 470 pages) débute le 30 mai 1947, il commence à faire très chaud. Cette fois-ci, c'est le corps d'un jeune garçon que l'on retrouve sur une bombe non explosée dans un entrepôt des docks. Dans, ce tome, Stave retrouve son fils et fait la connaissance d'une jeune femme. Il se lie aussi avec quelques jeunes qui lui permettront de l'importance du marché noir et de la prostitution. Dans le troisième et dernier tome, Le faussaire de Hambourg (Editions du Masque, 399 pages), l'histoire se déroule à partir de fin mars jusqu'à juin 1948, époque où le mark allemand a été mis en circulation. Jusque-là, les gens payaient avec des reichsmarks qui ne valaient plus grand-chose. Dans les décombres d'un immeuble, des "Trümmerfrauen", des femmes qui déblayaient les décombres (car Hambourg n'est pas encore reconstruite), découvrent des statues de prix et un cadavre. Stave va enquêter dans les milieux de l'art et du cinéma et croiser le chemin d'un réalisateur qui a connu son heure de gloire sous le nazisme. J'ai quitté à regret Stave. Trois romans qu'il est préférable de lire dans l'ordre. Je les conseille.

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lundi 10 février 2020

Hommages : Kirk Douglas et Robert Conrad

Vous me direz que j'exagère de rendre hommage dans le même billet à Kirk Douglas (1916-2020) et Robert Conrad (1935-2020). Ils n'avaient pas le même talent mais ils sont décédés à trois jours d'intervalle. Le premier était un grand producteur et acteur de cinéma, le deuxième est devenu célèbre avec son rôle de James West dans la série TV des années 60, Les Mystères de l'Ouest puis plus tard dans le rôle de Pappy Boyington dans Les têtes brûlées dans les années 70. Dans ma jeunesse, j'avais un faible pour Robert Conrad. Dès que j'entendais le générique célébrissime des Mystères de l'ouest à la télé, j'étais devant le petit écran et rien ne pouvait m'en détourner.

Kirk Douglas était le dernier acteur de l'âge d'or d'Hollywood. Ce fils d'un chiffonnier biélorusse laisse une filmographie impressionnante comme Spartacus et Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, L'arrangement d'Elia Kazan, des westerns comme Règlement de compte à Ok Corral, Le reptile, Seuls sont les indomptés, La captive aux yeux clairs, etc, des films de Vincente Minelli comme La vie passionnée de Vincent Van Gogh ou Quinze jours ailleurs. Je ne peux pas tous les citer, il en a tourné presque 100 entre 1950 et 2004. Je rappelle que mon ami Ta d loi du cine a chroniqué le livre de Kirk Douglas paru en 2013 à propos du tournage de Spartacus.

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vendredi 7 février 2020

Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux - Patrick Pelloux

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Ed. Robert Laffont, 2019, 324 pages (ce livre m'a été offert pour Noël)

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lisais toujours, et j'appréciais, les chroniques de Patrick Pelloux (des histoires de malades!) dans Charlie Hebdo. J'ai déjà chroniqué l'un de ses ouvrages (dont le co-auteur était Charb), J'aime pas la retraite (cela reste une lecture plus qu'appropriée en 2020, et Pelloux en dit un mot p.310 de ce livre-ci, dans un chapitre consacré à Charb). Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux se présente comme le tome deux d'une série reliée par le sous-titre "Les derniers jours des grands hommes". Ses 21 chapitres classés par ordre chronologique (de Mahomet à Charb) comportent de 4 à 50 pages. Le premier volume, paru en mars 2013, était titré On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps et en comportait une trentaine (je ne l'ai pas - encore - lu).

Pelloux discourt donc ici sur la "fin de vie" de quatre rois de France, un empereur et une reine, deux hommes politiques, un prophète, un marin, trois hommes de cinéma, deux musicien(ne)s, un poète, deux peintres, et un dessinateur (j'oubliais le chef indien et la séquence révolutionnaire): comment ont vécu et sont morts ces différents personnages (artistes ou personnalités), d'après ce que l'on peut en savoir selon les sources historiques. Dans tel cas, le médecin qu'il est posera une tentative de diagnostic clinique basé sur les symptômes relevés à l'époques. A d'autre moments, il aura un regard plus empathique en mettant en évidence les souffrances endurées. Pour ma part, je me suis un peu interrogé sur la présence de Marie-Antoinette dans ce corpus, à côté des rois de France. A ma connaissance, elle n'est morte ni de maladie ni d'accident, ni même assassinée. On a tous appris à l'école républicaine de quoi elle est morte: d'un "souffle frais sur la nuque", envolée lyrique sans doute faussement attribué au bon docteur Guillotin... Sauf erreur de ma part, il s'agit du seul cas d'exécution légale relevé dans le livre. Il aurait peut-être été plus original de l'aborder par le biais de ses enfants décédés jeunes. L'histoire de la Commune, elle, est abordée sous l'angle de sa médecine de guerre. 

Je remarquerai que ce livre souligne avec humilité les limites et parfois l'impuissance de la médecine et des médecins (hier comme aujourd'hui). Ce serait sûrement exagéré de faire de la psychologie à dix balles en rappelant à Patrick Pelloux qu'il hurlait à la mort n'avoir pu sauver ses amis en janvier 2015... L'auteur, dans le préambule de son livre, exprime en tout cas les difficultés de l'accouchement. Citation: "Je dois vous avouer, je ne sais pas comment faire un livre! (...) en fait, vous ne savez jamais quand le livre est fini. C'est là tout le savoir-faire de la directrice littéraire qui telle la patronne du restaurant [au grand chef] dit: «ça suffit, lâche le manuscrit!»."

Patrick Pelloux fait partie de ces membres de l'équipe de Charlie Hebdo qui s'en est éloigné suite au massacre de janvier 2015 (il avait annoncé en septembre 2015, quelque temps à l'avance, la fin de sa collaboration). Mais il fait bien entendu partie aussi de l'histoire du journal, et à ce titre je ne manquerai pas de continuer à le suivre dans mes chroniques. Notamment, je vais tâcher de mettre la main sur les trois tomes de recueil de ses chroniques, Histoires d'urgences 1 & 2, parus en 2007 et 2010 aux éditions Les Echappés et suivis d'un troisième et dernier volume, Toujours là, Toujours prêt, Le Cherche Midi, en novembre 2015.

P.S. du 8 février 2020: suite aux commentaires concernant le titre, je rajoute une autre citation du préambule, expliquant ce choix: "Le titre est inspiré d'une phrase prononcée par mon ami Charb, "Je préfère mourir debout que vivre à genoux", et que j'utilise avec l'autorisation de ses parents; phrase qu'il avait lui-même reprise à Emiliano Zapata, révolutionnaire mexicain du début du XXe siècle. Mais aussi à Dolorès Ibarruri, membre du Parti communiste espagnol, dans son discours lors du rassemblement des républicains espagnols le 8 septembre 1936 au Vel d'Hiv' à Paris. Et encore à Germaine Tillion, anthropologue, résistante, dans Le Verfügbar des Enfers, son opérette sur l'expérience concentrationnaire de Ravensbrück. C'est une phrase de résistance et d'engagement absolu. Charb est mort debout, sans perdre ses lunettes auxquelles il tenait tant  - détail absurde mais qui l'aurait fait marrer."

*** Je suis Charlie ***

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mardi 4 février 2020

Ce que savait la nuit - Arnaldur Indriðason

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Dans Ce que savait la nuit (Editions Métailié noir, 284 pages), j'ai retrouvé avec plaisir Konrað, le policier à la retraite dont on avait fait la connaissance dans Passage des ombres. Même si sa personnalité est différente de celle du commissaire Erlendur, Konrað me paraît un homme intéressant avec des zones d'ombres entre un de ses deux bras handicapés et son père medium, escroc et menteur qui le battait. Une nuit, Konrað est appelé par Martha, une ancienne collègue, chef de la Criminelle de Reykjavik, qui lui annonce que l'on a retrouvé le corps de Sigurvin dans un des grands glaciers d'Islande qui est en train de reculer suite au réchauffement climatique. Sigurvin était un homme d'affaires disparu trente ans auparavant. Comme la police n'avait pas trouvé le corps, on n'a pas su ce qui s'était passé, mais l'associé de Sigurvin, Hjaltalin a été soupçonné depuis lors, sans qu'il ne cesse de clamer son innocence. C'est à la demande d'une femme dont le frère a été tué par un chauffard quelques années auparavant que Konrað se remet à enquêter, car bien entendu les deux affaires sont liées. Le récit prend son temps et je trouve cela très agréable. On apprend que Konrað est veuf depuis peu et qu'il a du mal à s'en remettre. Père d'Hugo, un fils avec qui il s'entend bien, il aussi grand-père de jumeaux. Une fois de plus, Indriðason évoque un peu d'histoire avec la fin de la souveraineté danoise en Islande en 1944, les trafics divers et variés entre Islandais et les forces alliées à la fin de la guerre. Un roman que je conseille. Et je viens d'apprendre qu'un nouveau "Konrað", Les fantômes de Reykjavik, va paraître dans deux jours, le 6 février 2020. Je le lirai très certainement. Lire les billets d'Aifelle, Clara, Maggie et Cuné.

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samedi 1 février 2020

La voie de la justice - Destin Daniel Cretton

Le scénario de La voie de la justice est inspiré d'une histoire vraie. En Alabama, en 1987, un forestier, Jimmy D, est arrêté sans ménagement. Dans la séquence suivante, on fait la connaissance de Bryan Stevenson, un étudiant stagiaire en droit à Harvard qui deviendra avocat renommé dans la défense des droits de condamnés à mort. On apprend très vite que Jimmy D a été condamné à mort sur la chaise électrique pour le meurtre d'une jeune femme blanche de 18 ans dans une station-service. Le témoin qui a permis d'incriminer Jimmy D est lui-même en prison et a pu bénéficier d'une remise de peine. J'ai omis, à dessein, de dire  que Jimmy D est noir, et dans l'état d'Alabama, Etat sudiste et ségrégationniste, il n'est pas bon d'avoir cette couleur de peau, même de nos jours. La plupart des condamnés à mort sont des Afro-américains déshérités ou pas très riches qui ne sont pas capable financièrement d'avoir un avocat digne de ce nom. Bryan Stevenson, lui même Afro-américain, va tout faire pour prouver que Jimmy D est innocent : preuves insuffisantes, faux témoignages. Face à lui, les policiers et l'avocat de la partie civile vont lui mettre des bâtons les roues. Pendant plus de deux heures, on va assister à une bataille dans laquelle les blancs n'ont pas le beau rôle même si certains se rachètent un peu. Le film est surtout l'occasion de montrer la violence et l'injustice du système pénal américain envers les plus faibles. Edifiant. Un film passionnant avec plein de rebondissements.

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