dimanche 29 mars 2020

Les fantômes de Reykjavik - Arnaldur Indriðason

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J'ai eu le plaisir de retrouver Konrad, le policier à la retraite dans Les Fantômes de Reykjavik (Edition Metailié, 316 pages haletantes). Comme Aifelle, je l'ai dévoré en deux jours et je l'ai même préféré au roman précédent Ce que savait la nuit.

Arnaldur Indriðason nous raconte trois histoires en parallèle. Konrad est appelé par un couple qui ont connu Erna, son épouse décédée. Sans nouvelles de leur petite-fille Danni disparue depuis plusieurs jours, ils aimeraient que Konrad fasse des recherches. Ils n'ont pas osé appeler la police car Danni est une jeune femme droguée. Par ailleurs, Konrad va être amené à enquêter sur une mort certainement accidentelle mais restée inexpliquée, celle de Nanna, une petite fille âgée de 12 ans. Cela se passait en 1960. Nanna s'est noyée dans un lac dans un quartier de Reykjavik en voulant récupérer sa poupée. Et Konrad continue de chercher qui a poignardé son père devant des abattoirs plusieurs années auparavant. Indridason passe d'une intrigue à l'autre sans que l'on ne perde le fil. Une fois de plus, certains des personnages masculins n'ont pas le beau rôle, à la différence de femmes comme Martha, une femme policier, l'ancienne collègue de Konrad qui va l'épauler, et Eyglo, une femme médium et qui est la fille de l'ancien associé du père de Konrad. Décidément, Erlendur devient pour moi un lointain souvenir.

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jeudi 26 mars 2020

Le train pour Tallinn - Arno Saar

Comme on a encore presque cinq semaines de confinement (d'après ce que j'ai entendu), je télétravaille (en effet, je suis dans un service comptable et je continue de payer des factures chez moi sur un ordi), j'ai des échanges en "skype" avec mes collègues (même si cela ne vaut pas une vraie rencontre autour du café du matin). Le confinement en lui-même ne me pèse pas, si ce n'est que je ne suis pas près de retourner au cinéma. Et je lis un peu mais pas autant que je l'espérais.

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J'ai quand même réussi à terminer un petit roman policier qui se lit bien, Le train pour Tallinn (Editions La fosse aux ours, 216 pages). J'ai été très attirée par le dessin de couverture et bien sûr par le titre, car j'apprécie les énigmes policiières qui se passent dans un train comme le Crime de l'Orient Express d'Agatha Christie ou Tokyo Express de Matsumoto (que je vous recommande). L'intrigue du Train pour Tallinn démarre avec un crime commis dans un train régulier qui va de Saint-Petersbourg à Tallinn, capitale de l'Estonie. Semenov, un Russe, est trouvé mort dans un wagon de 1ère classe. Il a été empoisonné par de la ciguë introduite dans une bouteille de vodka bon marché qu'on a trouvée à côté de lui. On confie l'enquête à Marko Kurismaa, un ancien champion de ski de fond devenu l'un des meilleurs policier de Tallinn. On ne sait rien de lui, si ce n'est qu'il souffre de narcolepsie et qu'il n'aime pas les Russes. Son père a été une victime du régime soviétique de l'époque. Il aime aussi beaucoup la ville de Tallinn. Je rappelle que l'Estonie, tout comme les deux autres pays Baltes, la Lituanie et la Lettonie, a regagné l'indépendance dans les années '90, après 50 ans d'annexion par l'ex-URSS. Pour en revenir à l'histoire, il y a quelques suspects dont les six autres passagers du train, mais en ce qui concerne le mobile de ce crime, l'écrivain s'est inspiré d'une vraie tragédie qui s'est déroulée en septembre 1994. Le ferry l'Estonia, qui faisait la navette entre la Suède et l'Estonie, avait coulé en 1 heure. Sur les 1000 passagers, il y eut environ 850 morts. Une lecture agréable et un policier suffisamment sympathique pour qu'on ait envie de le retrouver dans un autre roman. C'est désormais chose faite avec La neige sous la neige, un nouveau roman qui vient de paraître et que je ne manquerai pas de lire un de ces jours.

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lundi 23 mars 2020

Le champ - Robert Seethaler

Dans cette période de confinement qui ne fait que commencer, j'en profite pour lire. J'espère que j'aurais fait baisser ma PAL qui déborde d'ici quelque temps.

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Après Le tabac Tresniek et Une vie entière, je me suis réjouie de voir qu'un troisième roman de l'Autrichien Robert Seethaler était paru. Le champ (Editions Sabine Wespieser, 276 pages) donne la parole à des morts du cimetière "le champ" de Paulstadt, une petite ville imaginaire située en Autriche. Ces morts au nombre de 29 (17 hommes et 12 femmes) ont tous une identité, un nom et un prénom qui forment les titres de chapitres. Les chapitres font entre deux mots et une dizaine de pages. Vingt-neuf personnages de milieux sociaux différents, un journaliste, une prostituée, un prêtre, le maire, un mari et une femme mal assortis, le propriétaire d'une mauvaise terre, une pensionnaire de maison de retraite, un enfant tombé dans un étang, une centenaire, un garagiste, une fleuriste, etc. Un roman avec 29 récits différents qui parfois se rejoignent. Certains monologues ou récits renvoient à d'autres. Sous la plume de Seethaler, on ressent de l'empathie pour tous les personnages même les moins sympathiques. La plume est belle et souvent poétique. Certains chapitres sont de belles déclaration d'amour. L'ensemble forme un roman pas triste du tout et que je vous conseille de découvrir.

Lire le billet de Marilyne.

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dimanche 15 mars 2020

Richesse oblige - Hannelore Cayre

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En attendant que je puisse un jour retourner au cinéma, voici un billet sur le nouveau roman d'Hannelore Cayre, Richesse oblige (Métailié noir, 216 pages) qui déjà été chroniqué sur les blogs alors qu'il vient tout juste de paraître. Il faut dire que La Daronne, le roman précédent de l'écrivain, a eu un grand succès très mérité. Dans Richesse oblige, Hannelore Cayre nous raconte une histoire qui se passe entre deux périodes, en 1870-1871 pendant la Commune de Paris et la guerre contre les Prussiens, et de nos jours entre la Bretagne et Paris. Blanche de Rigny, aux jambes appareillées et se déplaçant avec des béquilles, est le lien qui relie les deux périodes. Blanche, âgée de 38 ans, est la mère de Juliette, 10 ans. Et elle n'a qu'une vraie amie, Hildegarde, qui est aussi une collègue de travail, au service reprographie judiciaire au quai des Orfèvres. C'est une grande bringue de presque deux mètres. A l'occasion d'une visite à son vieux père de 85 ans, Blanche apprend qu'elle est la descendante de la branche "pauvre", qu'elle baptise "les gueux" de Bretagne, de la famille de Rigny (éminemment riche). En effet, Blanche apprend qu'en 1870, son arrière grand-père Auguste a pu éviter d'être enrôlé dans l'armée et de se faire tuer grâce à l'argent de sa famille qui a réussi à acheter un pauvre pour prendre sa place. C'était quelque chose de courant. En retour, par idéalisme et peut-être pour se donner bonne conscience, Auguste de Rigny a accepté en avril 1871, contre l'avis de sa famille, d'épouser Corentine Malgorn, la fiancée enceinte du "pauvre" parti à sa place. En y réfléchissant, Blanche décide alors, avec les moyens du bord et pas mal d'imagination de récupérer un peu de la fortune des de Rigny, qui ignore depuis longtemps la branche d'Auguste. Je vous laisse découvrir comment. Bien entendu le titre du roman et certaines parties de l'histoire renvoient au film génialissime Noblesse oblige de Rober Hamer (1949) avec Sir Alec Guinness. Un roman qui se lit très agréablement et qui fait passer un bon moment. Et Mme Cayre a un grand sens de la narration. Lire les billets enthousiastes d'Aifelle, Cathulu et Cuné.

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jeudi 12 mars 2020

Tuer le fils - Benoît Séverac

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Benoît Séverac est un écrivain que je suis avec plaisir depuis trois romans, et, une fois de plus, il ne m'a pas déçue. Après Les Chevelues qui se passe au temps de la Gaule romaine, Trafics (ex Le chien arabe) et 115 dont les intrigues se déroulent dans les quartiers nord de Toulouse, Benoît Séverac situe son nouveau roman Tuer le fils (Editions La manufacture de livres, 280 pages) dans la banlieue sud-ouest de Paris, à Versailles, Poissy, Palaiseau et même Paris intra-muros. Cérisol est un inspecteur de la SRPJ de Versailles. Il est marié à Sylvia qui a perdu la vue suite à une maladie dégénérative. Le péché mignon de Cérisol est de manger des confitures en pot et boire du whisky de temps en temps. Avec ses adjoints Nicodemo (un Portugais) et Grospierres, ils vont enquêter sur le décès suspect de Patrick Fabas, né en 1960 à Oran en Algérie. Sur la scène de crime, les policiers découvrent que Fabas avait des idées d'extrême-droite et que la victime était un passionné de motos qu'il réparait. Hasard ou coïncidence, peu de temps avant la mort de Patrick Fabas, son fils Matthieu qui venait de purger une peine de 15 ans de prison pour homicide était libéré. Les policiers pensent tout d'abord que le fils a tué le père, mais la vérité n'est pas si simple. D'autant plus que Cérisol se met à lire le journal que Matthieu a tenu en prison lors d'atelier d'écriture animé par un écrivain dont on ne connaîtra pas le nom. Le récit alterne entre le déroulement de l'enquête et la lecture du journal. Je vous laisse en compagnie de Cérisol, de sa femme Sylvia et de leur chienne Djouk ainsi que de Nicodemo et Grospierres. Un roman très plaisant à lire que je vous conseille. Tout comme Choup.

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lundi 9 mars 2020

Films vus et non commentés en février (2/2)

Un divan à Tunis de Manele Labidi est un film sympathique, qui se passe à Tunis, de nos jours. Selma, qui a fait des études en psychothérapie en France a décidé d'ouvrir un cabinet dans la capitale tunisienne. Les gens la regardent avec suspicion, ne sachant pas trop de quoi il s'agit. Grâce à une amie coiffeuse, elle réussit à trouver des clients, mais elle rencontre des difficultés à exercer à cause d'un policier obtus. Par ailleurs, l'administration est très lente pour lui accorder un permis pour travailler, car son diplôme obtenu en France n'est pas trop reconnu en Tunisie. Cette histoire avec des personnages hauts en couleur permet de passer un bon moment.

Je suis allée voir Wet season d'Anthony Chen car Pascale me l'a conseillé. Je l'en remercie. A Singapour, Ling, mariée depuis plus de huit ans, est professeur de chinois dans un lycée de garçons. Cette langue est considérée comme sans intérêt. L'anglais ou les mathématiques ont nettement plus la cote. Du point de vue de sa vie personnelle, Ling, qui désespère d'avoir un enfant, suit un lourd traitement afin de subir une FIV. Le mari de Ling, que je n'ai pas trouvé très sympathique, délaisse sa femme. En plus de tout ce qu'elle a à faire, Ling s'occupe avec abnégation de son beau-père grabataire qui est un monsieur attachant avec des yeux expressifs. Parmi les élèves de Ling, il y a Weilin qui s'attache à elle. Je n'en dirai pas plus, si ce n'est qu'il y a une très belle séquence où Ling et son beau-père assistent à un concours d'art martial dans lequel Weilin se distigue. Un beau film avec une fin très ouverte.

Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes de Rudolph Marconi est un documentaire français qui m'a émue. Cyrille, 32 ans, n'aurait pas dû reprendre la ferme de ses parents, et a du mal à joindre les deux bouts. Cyrille, qui prèfère les garçons aux filles, se lève tous les jours à 6 heures du matin, 365 jours par an. Il doit s'occuper de son troupeau de 20 vaches, un mélange de Charolaises et de Montbéliardes. Le film se passe en Auvergne. On assiste à la traite des vaches qu'il appelle par leur prénom. Une fois par mois ou parfois moins, le soir, il fabrique du beurre à la baratte. Et ces soirs-là, il se couche vers 2 ou 3 heures du matin pour se relever à 6h. Ses finances sont mauvaises car il s'est beaucoup endetté avec la construction d'un bâtiment. Il n'arrive pas à payer ses factures: vétérinaire ou compléments alimentaires pour animaux. Il avait aussi investi dans l'achat de 10 vaches supplémentaires et 8 sont mortes. Même s'il a accepté d'être aidé par des bénévoles d'une association pour sa comptabilité, il est au bord de la liquidation judiciaire. Il faut dire qu'on lui achète 30 centimes d'euros son litre de lait, qui sera revendu 1,50 euro (!). Il vend son beurre sur les marchés, 3 euros les 250 grammes. Bien entendu, il ne se paye pas de salaire. Et il semble que quand il a des veaux, il les confie à un revendeur qui ne le paye pas tout de suite. Le réalisateur lui demande s'il pense au suicide. Cyrille, qui est croyant, dit que cela n'est pas son état d'esprit. Toujours est-il que Cyrille qui s'est séparé de ses vaches, cherche désormais un emploi. Triste constat mais un documentaire à voir.

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samedi 7 mars 2020

Caricature mode d'emploi - Charlie Hebdo Hors série N°20H (novembre/décembre 2019 - janvier 2020)

Il m'est déjà arrivé, dans mes hommages mensuels à Charlie Hebdo, de parler d'un de leurs "Hors-série". Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) réitère aujourd'hui en présentant l'avant-dernier paru, en novembre 2019, sur les caricatures.

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Caricature mode d'emploi, Hors série N°20H, novembre 2019 à janvier 2020, 64 pages

Ce Hors-série thématique fait bien sûr la part belle à la production de l'équipe: j'ai compté au fil des pages 25 couv' de Charlie Hebdo, de différentes époques. Il est divisé en 17 chapitres intéressants par la variété de leurs angles (pour citer en exemples certains de leurs titres: "Censure sans frontières [trop politiquement correct, trop politiquement nul]", "Purgatoire [caricaturer les religions]", "Peut-on rire de trous [caricaturer... le sexe]" - qui m'a fait pouffer!, "Rire pour toujours [caricaturer... la mort]"), sans compter l'édito que signe Riss. Dans le chapitre "Dépucelage: mon premier dessin satirique", les actuels collaborateurs de Charlie (dessinateurs ou non, 14 témoignages) évoquent chacun un dessin satirique qui les a marqués enfants et qui est peut-être à l'origine de leur vocation. J'ai particulièrement savouré celui mis en avant par Gérard Biard (p.9), ci-dessous.

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Le numéro plonge assez loin dans l'histoire de la caricature (alors moyen anonyme d'attaquer les puissants: Marie-Antoinette par exemple, victime de pamphlets érotico-obscènes). L'incontournable Daumier est cité, avec un dessin moins connu que celui de Louis-Philippe en poire. On y trouve aussi la célèbre dernière couv' de L'Hebdo Hara-Kiri (sans dessin, mais non sans graphisme!). 

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En ce qui me concerne, la lecture de ce numéro m'a fourni l'occasion d'en apprendre davantage sur L'Assiette au beurre, abondamment cité (via 8 dessins d'époque) dans ce Hors-série, alors que je ne ne connaissais guère que de nom ce titre de presse du début du XXe siècle, et de me renseigner notamment sur le dessinateur Jossot (3 dessins sur les 8, de 5 dessinateurs différents). Je vais donc faire un peu mon cuistre: L'assiette au beurre, comme Charlie Hebdo, a connu deux séries successives, l'une, hebdomadaire, de 1901 à 1912 (tirant à 25 000 exemplaires en moyenne), puis, à périodicité mensuelle, une seconde de 1921 à 1936 (disparition définitive). Au total, il aura publié près de 10 000 dessins produits par environ 200 dessinateurs. Je me demande pourquoi ceux cités sont tous datés d'entre 1901 et 1904. Peut-être parce que ces dessins-ci de ces années-là étaient disponibles au moment de la rédaction du Hors-série...

Quant à Jossot, je vais rapprocher de celui publié par Charlie un autre de ses dessins (celui en noir et blanc), en guise de rime d'image: selon le site Goutte à goutte de Henri Viltar sur Jossot d'où je l'ai extraite, "Cette image au cynisme savoureux, à la fois antimilitariste et anticléricale, est parue en avril 1903, dans l'Action quotidienne, anticléricale, républicaine et socialiste, organe de la libre-pensée militante."

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Mais je ne crois pas avoir lu dans Charlie la précision que le dessinateur Jossot avait été renvoyé en 1904 de L'Assiette au beurre parce que certains des numéros qu'il avait conçus avaient été "mal reçus", avant d'y revenir plus tard, pour un total de 300 dessins publiés entre 1901 et 1907 (selon Wikipedia, consulté le 1er mars 2020). Au final, L'Assiette au beurre était sans doute un titre dont les propriétaires étaient davantage mus par le souci de publier un périodique ayant une bonne rentabilité financière que de publier un journal d'idées.

J'ai encore trouvé intéressant le chapitre intitulé "Caricature et démocratie, un vieux couple agité qui ne s'est jamais résolu à divorcer", de par sa conception. Charlie a "demandé à plusieurs responsables politiques de nous faire part de leur point de vue sur la caricature en démocratie, à travers parfois l'expérience qu'ils purent en faire eux-mêmes". Parmi les dix témoignages d'hommes ou de femmes politiques qui expriment leur position personnelle sur le dessin de presse, je relève celle de Nicolas Sarkozy (par ailleurs dessiné ou évoqué en tout quatre fois dans des dessins du Hors-série). Dans le contexte de la préparation des élections présidentiellles de 2007, il avait rédigé le 6 février 2007 un courrier de 15 lignes lu par l'avocat de Charlie lors du procès sur les caricatures publiées en 2006, et était déjà intervenu à ce sujet sur LCI le 2 février 2006. Dans sa réponse en 2019, il brode autour de ses formules successives: "je préfère l'excès de caricature à l'excès de censure" (2006) / "je préfère l'excès de caricature à l'absence de caricature" (2007), pour finir par: "Tirer sur le caricaturiste c'est en réalité tourner une arme contre soi car le rire est au coeur même de la condition humaine" (et hop, dans la poche, Rabelais et Malraux!).

Dans l'avant-dernier chapitre, une double page signée Riss présente une association via laquelle une ancienne journaliste de Charlie Hebdo mène des actions d'éducation au dessin de presse et à la caricature, dans différents milieux parfois hermétiques: établissements scolaires (de la primaire à l'université), bien sûr, mais aussi centres sociaux et prisons. L'association Dessinez Créez Liberté a été cofondéée en 2015 par Charlie Hebdo et SOS Racisme, pour débattre du fanatisme, de la liberté d'expression et de tous les sujets de société contemporains. Je pense, j'espère, que le chapeau de l'article peut servir de conclusion à chacune de ses interventions: "On se sent moins con lorsqu'on comprend une caricature!". 

P1110642 Il faut être capable de comprendre au moins le "second degré": par exemple, ici, un singe en caricature un autre, et cela donne... Trump (comique de répétition: peut-on rire de Trump?). Ensuite, on attend de pied ferme la plainte de la SPA.

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Je vais enfin revenir sur quelques-uns des chiffres que j'ai relevés: ceux des dessins des dessinateurs décédés. Honoré, un seul. Wolinski, une couv'. Charb, 3 couv' et 6 autres dessins. Cabu, 6 couv et 5 autres dessins (tous étant © V. CABUT bien sûr). Si l'on en trouve aussi de Reiser ou de Gébé, il n'y en a aucun de Tignous: cela m'a frappé?

On peut toujours, bien sûr, se procurer ce Hors-série sur la boutique en ligne de Charlie Hebdo (ou une vingtaine de titres - certains déjà bien anciens - sont proposés à l'achat). Peut-être reviendrai-je un jour sur l'un ou l'autre parmi les six Hors-série qui figurent en p.4: Profs; Spécial jeux; C'était Calais; Cavanna raconte Cavanna; La laïcité, c'est par où? Enfin, je précise que l'hebdomadaire mettait en couverture le Hors-série, lorsqu'il était disponible en kiosque. Ainsi, la couv' du numéro ci-dessous. Si, si, regardez bien: propulsez votre regard en haut, à droite...

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*** Je suis Charlie ***

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vendredi 6 mars 2020

Films vus et non commentés en février (1/2)

Lara Jenkins ne semble pas plaire à tout le monde, mais, personnellement, j'ai été fascinée par l'actrice allemande Corinna Harfouch (qui interprétait Magda Goebbels dans La Chute). Elle m'a fait un peu penser à Helen Mirren et à Isabelle Huppert. Et moi qui ne suis pas germanophone, j'ai apprécié sa diction. Le film pourrait être sous-titré "24 heures dans la vie de Lara Jenkins" qui fête ses 60 an. L'histoire se passe à Berlin et on comprend vite que Lara est une femme dure et très seule au visage fermé qui a fait le vide autour d'elle. Depuis longtemps, son ex-mari, son fils et sa mère se sont éloignés d'elle. Son fils Viktor, pianiste et compositeur, doit interpréter son premier concert. Lara a appris cet événement par hasard. Tout au long de cette journée, Lara qui va acheter 22 tickets pour le concert rencontre des personnes à qui elle les distribue. Son seul but est de croiser la route de Viktor car c'est elle qui a été son professeur exigeant et sans pitié. Même si elle n'est pas sympathique, j'ai plaint Lara. Un film que j'ai aimé voir et entendre. 

Quand je suis allée voir Invisible man, je savais que l'homme invisible serait un "méchant", à l'inverse de la série télévisée des années 70 que j'avais tant appréciée (avec David McCallum). Dans le film, non seulement il est méchant, mais c'est un sociopathe qui persécute Cecilia, sa compagne, après qu'elle l'ait quitté. J'ai trouvé le film violent, sans humour, avec une pointe de "gore" quand la soeur de Cécilia est égorgée. Il y a du suspense et Elisabeth Moss en victime (et bourreau?) est bien, mais cela n'a pas suffit à mon bonheur de spectatrice. 

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mardi 3 mars 2020

Dark Waters - Todd Haynes

Après avoir vu Dark Waters, on regarde ses ustensiles de cuisine en Teflon d'un oeil suspicieux. Le film est inspiré d'une histoire qui est encore d'actualité. A la fin des années 90, Robert Bilott, un avocat exerçant dans un cabinet qui défend l'industrie chimique, est contacté par un fermier désespéré. La ferme de ce dernier est mitoyenne d'un site d'enfouissement de déchets de l'entreprise chimique DuPont (de Nemours) fondé en 1802. Presque toutes les vaches de son troupeau sont mortes ou atteintes de graves malformations. Bilott se met à enquêter, contre l'avis de son cabinet et de sa femme. Il se rend compte très vite que la population alentour en Virginie Occidentale s'empoisonne à petit feu à cause l'eau polluée par le PFOA (un acide que l'on trouve chez 99% des humains!), le composant des produits de la marque Teflon. Le fermier et sa femme ont un cancer. Pendant presque 20 ans, Bilott va surmonter les obstacles (comme dépouiller des milliers de documents pour monter son dossier), ignorer les menaces et défendre les victimes. Ce film passionnant dure 2H05 sans temps mort. Mark Ruffalo, qui interprète le rôle principal, en est aussi le producteur. Il est très sobre. Il interprète avec beaucoup de conviction l'avocat besogneux. Ce combat de David contre Goliath n'est pas égal, mais Bilott arrive à chaque procès à faire condamner Dupont qui verse des milions de dollars aux victimes. On peut rapprocher le thème de Dark Waters de celui d'Erin Brockovich (2000), avec l'humour en moins peut-être. Sinon, on ne s'attendait pas à ce que Todd Haynes (Loin du paradis ou Carol) réalise ce genre de film. Il s'en tire très bien. A noter que quelques-uns des véritables protagonistes font une apparition dans le film.

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