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Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) n'avais encore jamais trouvé l'occasion de rendre directement hommage, dans mes chroniques mensuelles, à l'un des membres de l'équipe de Charlie Hebdo qui s'est sorti vivant (mais grièvement blessé) de l'attentat du 7 janvier 2015. Dans Charlie Hebdo N°1474 du 21 octobre 2020, pp. 14-15, j'ai découvert le témoignage de Simon Fieschi sur l'après-attentat, premier article de lui que j'ai lu dans le journal (sauf erreur de ma part), illustré par cinq dessins en "regard subjectif" de Riss.

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Simon Fieschi, webmestre de Charlie et abattu à son bureau le 7 janvier, est sorti du coma le 14 janvier 2015 seulement. Très gravement blessé (une balle de fusil de guerre kalachnikov lui avait non seulement traversé le poumon mais aussi endommagé la colonne vertébrale), il était alors intégralement paralysé, sous respiration et alimentation artificielles. Son article raconte la douleur, ou plutôt les douleurs... au point de rêver au moyen de se suicider (alors que gisant incapable de quoi que ce soit seul), les délires, le désespoir de ces longues semaines vécues alité. 

Chaque mot de cette double-page est pesé et compté, même s'il s'agit d'un vécu personnel, intériorisé et intransmissible (cela transpire dans le texte lui-même), et je souhaite d'abord et surtout en signaler l'existence, pour que d'autres que moi puissent la lire. J'ai trouvé l'intégralité du texte publié en ligne et mis à disposition (en tout cas ces jours-ci) sur le site internet du journal

Je vais juste en citer un petit paragraphe: "Pendant plus d'une semaine, je n'ai eu qu'un pied dans le royaume des vivants. Quand j'apprends que nous avons été attaqués par al-Quaida, que tout le monde est mort, que les cloches de Notre-Dame ont sonné pour Charb, Cabu et les autres, que notre petit Charlie a rassemblé 4 millions de personnes et réalisé la plus grande vente de l'histoire de la presse française, ça devient difficile de distinguer entre la réalité et les hallucinations". 

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Jusqu'à présent, j'avais uniquement relevé que Philippe Lançon avait évoqué Simon Fieschi dans quelques pages du livre Le lambeau en parlant de leur séjour commun à l'hôpital des Invalides (p.420). Je n'avais en effet rien déniché venant directement de lui (comment savoir si c'est lui, ou bien un homonyme, qui a travaillé dans le cadre de ses études universitaires sur les gendarmes et le banditisme corse au début du XXe siècle?). J'aurais pu, c'est vrai, parler de lui dans un article dédié grâce à ce que la presse avait écrit le concernant... Je ne l'avais pas encore fait. 

Riss, lui, parle de Simon dans son livre que j'ai chroniqué en septembre, p. 117 à 120. Il raconte comment il l'a embauché, recommandé par une relation de Bernard Maris, pour "faire vivre le site du journal qui, avant son arrivée, était aussi dynamique qu'une pierre tombale". Dans les pages suivantes, il témoigne comment, déjouant les pronostics les plus pessimistes, "durant les semaines et les mois qui suivirent, au prix d'un travail acharné de rééducation, Simon retrouva très lentement l'usage de ses deux membres inférieurs sur lesquels il réapprit à se tenir debout, aidé d'une canne dont il ne se sépare jamais".

Profitons enfin du présent billet pour mentionner ici les chroniques de Yannick Haenel qui suit quotidiennement pour le site internet de Charlie Hebdo le procès des attentats de janvier 2015 (articles illustrés par Boucq). 

*** Je suis Charlie ***