dimanche 28 février 2021

Challenge de la planète Mars

Tous les médias nous bassinent avec l'exploration de la planète Mars, par des "rovers" aujourd'hui, en attendant l'Homme dans quelques années. Du coup, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lance à partir de demain (lundi 1er mars 2021), en visant la littérature ou d'autres arts, un

*** Challenge de la planète Mars ***

Il semble qu'une année solaire de mars correspond à peu près à 687 "sols", soit un peu moins de deux années terrestres (mais ça semble très compliqué et même variable selon la date d'origine!). Alors hop, décidons (tout à fait arbitrairement) que ce Challenge durera 13 mois terrestres
(soit du 1er mars 2021 au 31 mars 2022).

Comme pour tous les "challenges" de la blogosphère, il s'agit, pour les blogueurs-euses qui le souhaitent, de découvrir et de commenter une oeuvre en rapport avec le thème: que ce soit un livre (fiction, essai, ou même livre scientifique ou historique...), un film, une bande dessinée...

Quelques pistes pour les auteurs (beaucoup de SF, évidemment): Asimov, Besace, Bradbury, Burroughs, Clarke, Gray, Heinlein, Pontier, Robinson, Rocard, Weir, Wells, Zorn (suggestion de Keisha)... et tous ceux auxquels je ne pense pas ou que j'ignore moi-même. Quelques cinéastes? Tim Burton, Brian de Palma, John Carpenter, Dominik Moll, Ridley Scott, Steven Spielberg, Paul Verhoeven! Et bien d'autres, plus anciens et/ou moins connus... On doit aussi pouvoir dénicher des bandes dessinées, des mangas... Et on étudiera tous autres supports (la chanson, l'opéra, le théâtre, ...)!

En plus de participer, vous pouvez devenir "blog partenaire". N'hésitez pas à annoncer le challenge sur votre blog. Merci de le présenter sous la forme: "Challenge de la planète Mars, lancé par Ta d loi du cine sur le blog de dasola, jusqu'au 31 mars 2022". De mon côté, si jamais tel ou telle blogueur-euse réalise une jolie bannière, je n'hésiterai pas à la reprendre officiellement ici...
Aussitôt dit, aussitôt fait (le jour même!): Merci Pativore!

PS du 03/03/2021: les éventuels participant(e)s en mal d'idée consulteront avec intérêt le menu "Culture martienne" sur le blog de Chroniques terriennes. Celui-ci reprend d'anciennes chroniques sur des oeuvres de la "culture populaire" concernant Mars, rédigées initialement pour un ancien blog dédié. Elles y sont classées par décennie ou par support (littérature, cinéma & télévision, divers...). 

PS du 15/09/2021 - décision (souveraine) de l'organisateur du Challenge: peuvent être acceptées des oeuvres qui comportent "Mars" dans leur titre (même s'il ne s'agit pas de la planète). "C'est intéressant parce que la planète et le mois ont la même racine étymologique, n'est-ce pas?" (merci Pativore...)

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Pour vous inscrire, merci de mettre un commentaire sous ce billet dans un premier temps, puis de revenir signaler la parution de votre chronique (avec son lien).

Et je peux déjà citer en référence une toute première participation (la vie sur Mars, c'était il y a combien de milliards d'année, déjà?) !

* Dasola: Mars et Vénus au théâtre 

C'est parti...

* Erwelyn (inscrite le 30/04/2021): Jean-Christophe Gapdy - Les mondes de Quirinus / Gustav Holst - Les planètes : Mars, the bringer of War (1914) (musique)

* GirlyMamie (inscrite le 28/02/2021): Frédéric Brown - Martiens, go home!

* Pativore (inscrite le 01/03/2021): Joca Reiners Terron - La mort et le météore / Hao Jingfang - L'envol de Cérès (nouvelle comprise dans le recueil L’insondable profondeur de la solitude) / Sophie Divry - Curiosity (suivi de l'Agrandirox) / Oana Lohan - Mars violet [décision de l'organisateur] 

* Ta d loi du cine (inscrit le 13/04/2021): Robert Heinlein - Double étoile / Sidney Jordan - Jeff Hawke (épisodes différents) / Isaac Asimov - La voie martienne / Robert Heinlein - Podkayne, fille de Mars / H.-G. Wells - La guerre des mondes / Edgar Rice Burroughs - cycle John Carter / Roger Leloup - Le secret de Khâny (série Yoko Tsuno) / Isaac Asimov - Période d'essai / Cyril M. Kornbluth & Judith Merril - L'enfant de Mars / revue Epsiloon / Anneliese Mackintosh - Les femmes ne viennent pas de Mars, mais elles y vont / Philip K. Dick - Un vaisseau fabuleux (et autres voyages galactiques) / Brian Aldiss - Mars blanche / Arthur C. Clarke - Le marteau de Dieu / Philip K. Dick - Des nuées de martiens / Ray Bradbury - Chroniques martiennes (édition 1997) / Robert Heinlein - En terre étrangère / Ben Bova - Mars & Retour sur Mars / Romain Benassaya - Les naufragés de Velloa / ...

* Titi70 (inscrit le 01/03/2021): Paul Verhoeven - Total Recall (film)

* Dominique (Nuages et Vents): Kazuo Ishiguro - Klara et le soleil [SF sans Mars...]

* Vincent (inscrit le 23/09/2021): Paul Verhoeven - Total Recall (film)

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vendredi 26 février 2021

Film vu en DVD en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des cinémas (12): Guêpier pour trois abeilles - JL Mankiewicz

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J'ai découvert récemment un film de Joseph L. Mankiewicz que je n'avais encore jamais vu, Guêpier pour trois abeilles (The Honey Pot en VO) qui date de 1967. C'est l'avant-avant-dernier film réalisé par Mankiewicz, qui en a aussi écrit le scénario. L'histoire est inspirée de la pièce Volpone (le Renard en italien) de Ben Jonson qui date de 1606. Je vous conseille d'ailleurs de la lire. En préambule, on voit un homme, Cecil Fox, tout seul dans un théatre (La Fenice) pour qui des acteurs jouent justement la pièce Volpone. Dans le plan suivant, dans son palais vénitien, Cecil Fox (renard en anglais), un homme richissime, embauche un certain McFly (Cliff Robertson) pour lui servir de secrétaire. Il charge ce dernier de demander à trois anciennes maîtresses de venir le rejoindre dans son palais. Il va leur faire croire qu'il est mourant et qu'il va léguer sa fortune à l'une d'entre elles. Parmi les trois, il y a Mrs Sheridan (Susan Hayward qui était une actrice que j'aimais beaucoup) accompagnée de sa dame de compagnie/infirmière Miss Sarah Watkins (Maggie Smith toute jeunette - elle avait 33 ans à l'époque - et absolument ravissante). Les deux autres sont la princesse Dominique (Capucine) et Merle McGill (Edie Adams). Cecil Fox a élaboré tout un scénario qui ne va se passer du tout comme il l'imaginait. C'est une histoire de manipulation dans laquelle il va être piégé sans qu'il s'en soit rendu compte. Par rapport à la pièce de Ben Jonson, il y a une intrigue amoureuse, et Miss Watkins est celle qui va tirer les ficelles de l'intrigue. Les dialogues très écrits sont brillants. Cela fait très pièce de théâtre avec l'unité de lieu et d'action. Je pense que ce n'est pas le film le plus connu de Mankiewicz, essayez de le voir rien que pour la dernière scène, la place Saint-Marc de Venise vide. 

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mardi 23 février 2021

Un été à Key West - Alison Lurie

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Dans le cadre de la LC (lecture commune) d'un ouvrage écrit par Alison Lurie proposée par Aifelle le 8 décembre dernier, j'ai choisi Un été à Key West (Editions Rivages, 276 pages) publié en 1998. A l'époque, cela faisait dix ans qu'Alison Lurie (03/09/1926-03/12/2020) n'avait rien publié. J'avoue que pour ma découverte d'Alison Lurie, je n'ai peut-être pas pris son meilleur roman. L'histoire, comme le titre l'indique, se passe pratiquement intégralement à Key West, une ville située à l'extrémité occidentale de l'archipel des Keys en Floride. Key West est connue grâce à Ernest Hemingway et Tennessee Williams qui y ont habité. Mais avant d'arriver à Key West, on fait la connaissance de Wilkie et Jenny Walker dans une belle demeure de Nouvelle-Angleterre sur la côté Est des Etats-Unis. Lui est écrivain et naturaliste, septuagénaire, il vit une mauvaise passe. Il se croit atteint d'une maladie mortelle et pour cette raison, il n'arrive pas à terminer son livre sur un hêtre rouge. Il se replie sur lui-même, il refuse les dîners mondains, il ne voit plus ses enfants et ne parle pratiquement plus à sa femme Jenny, sa troisième épouse qui a 25 ans de moins que lui. Jusqu'à présent, elle était son assistante. C'est elle qui corrigeait et tapait ses manuscrits. Depuis plusieurs mois, il ne lui demande plus rien. Au vu de cette situation, Jenny persuade Wilkie de passer ensemble quelques semaines à Key West. Ils louent une maison appartenant à un jeune homme atteint du sida. Cela m'a frappée qu'Alison Lurie ait ancré son récit dans la période douloureuse du temps du sida. On en parlait beaucoup plus que maintenant. Wikie a accepté de venir car il croit qu'il pourra se suicider plus facilement en se noyant. Jenny, elle, se métamorphose. Croyant que Wilkie ne l'aime plus, elle se décide à s'ouvrir aux autres et en particulier à Lee Weiss, une femme qui a été psychothérapeute et qui est devenue la propriétaire d'une pension prospère réservée aux femmes. Autant Lee considère Wilkie comme un vieux réactionnaire, autant elle tombe sous le charme de Jenny à qui elle porte secours une après-midi après que Jenny se soit fait piquer par des méduses. Plusieurs personnages apparaissent dans le roman qui n'ont pas forcément d'interaction avec le couple. C'est léger et grave à la fois. Mais je suis malheureusement restée à l'extérieur de cette histoire qui ne m'a pas touchée. J'espère qu'Aifelle aura mieux apprécié que moi Un Eté à Key West.

Lire le billet d'Aifelle nettement plus enthousiaste et qui renvoie à d'autres blogs.

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lundi 22 février 2021

Jerry chien des îles / Michaël chien de cirque - Jack London

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) poursuis ma participation avec deux livres que j'ai lus en mes vertes années, car les deux font la paire. 

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Je connaissais le premier sous le titre (en Bibliothèque Verte) Jerry dans l'île, lorsque je le lisais, enfant (ce titre est resté celui de l'oeuvre, en France, jusqu'en 1982, apparemment). Le titre en VO? Jerry of the Islands. Dans mon édition en 10-18 parue en 1983, il est titré Jerry chien des îles. Pour l'autre ouvrage, on est resté sur Michaël chien de cirque. Ces deux livres figurent parmi les derniers rédigés par London, et sont parus après son décès intervenu en 1916. 

Capture d’écran 2021-02-12 à 18

Il s'agit bien de l'un des premiers Jack London que j'ai lu pour ma part (peut-être même avant Croc-blanc, dont je n'ai disposé qu'après). A l'époque, j'avalais le contenu de ces bouquins "jeunesse" au premier degré, que ce soit le Club des Cinq (Blyton) ou le Clan des Sept (Bonzon), Nomades du Nord (Curwood) ou Le Monde du Silence (Cousteau). J'étais bien incapable de différencier fiction ou réalisme, d'avoir un recul critique par rapport à ces "aventures" de blancs plus ou moins "négriers" ou "esclavagistes" qui recrutaient de la main-d'oeuvre "sauvage" pour faire marcher des plantations... tout en étant en danger d'y perdre la tête et de se faire manger le reste du corps. Cette édition doit toujours être au fond d'une bibliothèque ou d'un carton dans l'une ou l'autre des résidences secondaires familiales. Celle que j'ai extraite de ma pochothèque personnelle pour la prendre en photo (ci-dessus en 10-18), je me la suis offerte en 1995. C'est le texte intégral (trad. Claude Gilbert, 271 pages). L'histoire se déroule dans les Iles Salomon. London connaissait ces contrées pour y avoir mené une croisière. Dans un avant-propos, il évoque les réactions à un de ses livres précédents, également situé dans les mers du Sud, qui semblaient l'accuser d'affabuler sur le cannibalisme (pas celui des chiens). Dans ces contrées coloniales, blancs et "sauvages" se parlent en "bêche de mer". Bizarrement, les indigènes entre eux utilisent les mêmes tournures. Un de ses maîtres enseignera à Jerry à communiquer avec lui. Au fil du roman, Jerry passe de mains en mains (plusieurs de ses maîtres périssant de mort violente). D'abord jeune chiot élevé par le maître de la plantation où vivent ses parents, il est donné par lui au capitaine Van Horn, auquel il s'attache de tout son coeur canin. Avec le chien à bord, le bateau cabote d'île en île. La dernière escale sera funeste. Van Horn et Lerumie, l'ennemi intime de la famille chiens, seront parmi les premiers à mourir. Notre chiot appartiendra ensuite à Lamaï, le jeune fils (12 ans) de Lumaï (indigène indolent) et Lunerengo (mégère), puis à Agno, prêtre machiavélique, qui devra le céder à Bashti, le "Napoléon" de l'île. Il sera encore récupéré in extremis, échangé contre un porcelet plus succulent que lui, par le meilleur de ses maîtres indigènes, le vieil aveugle Nalasu. Enfin, le village indigène ayant subi une expédition punitive, Jerry aura l'occasion de rejoindre de nouveaux maîtres blancs, le couple de riches navigateurs Villa et Harley Kennan.

Les héros de l'histoire sont bien les chiens (deux intelligents terriers irlandais), dont l'auteur nous livre davantage les sensations instinctives (inscrites dans l'instant - et sans doute assez loin de tous "droits des animaux" tels que certains les entendent au XXIe siècle) que les pensées conscientes. Nos chiens ne disent pas "je", l'auteur leur est extérieur. Mais entre innocence canine et duplicité indigène, son coeur d'écrivain du début XXe s. semble balancer. Petite citation (p.175): "[l'un des maîtres de Jerry] était un philosophe archifroid qui attendait son heure, différent de Jerry en cela qu'il possédait le sens humain de la prévision et qu'il savait adapter ses actes à des objectifs éloignés". Je termine par une "colle": je n'ai pas réussi à mettre la main sur un Tintin où Milou aurait dit "Kaï-kaï" (j'en ai trouvé deux où il couine "Aïe aïe"...). C'est le kai-kai de London qui m'y a fait penser... Qu'en diraient mes lecteurs?

Passons maintenant à Michael chien de cirque. La prime jeunesse de ce chien-ci se déroule dans le même univers (les Iles Salomon), avant son vol par un pittoresque soulographe qui lui enseigne quelques tours en espérant pouvoir le revendre un bon prix. La première moitié du livre concerne presque davantage les pérégrinations dudit steward et de son "boy", et Michael y joue essentiellement le rôle d'un "accompagnant". On a quelques chapitres à la recherche d'une île au trésor, comme si London ne se contentait pas de s'être recueilli sur la tombe de Stevenson mais y avait aussi trouvé l'inspiration. 

P1120198Revenus à terre, et grâce aux quelques tours qu'on lui a déjà enseignés, Michael contribue à faire bouillir la marmite pour la troupe lépreuse qui l'entoure. Puis il devient enfin le héros principal à partir du moment où son talent suscite la convoitise d'un médecin puis d'un premier dompteur. Enlevé par celui-ci, il arrive en Amérique du Nord et tombe entre les griffes d'un second dresseur d'animaux, bon mari et bon père, mais au coeur de fer concernant les affaires ou les animaux. London en profite pour nous dévoiler les coulisses des tours avec animaux, en ce début de XXe siècle (une allusion au naufrage du Titanic nous donne une indication de date). Quant à Michael, une fois redécouvert son talent de chien savant, il est exhibé de de piste en piste durant plusieurs années. Avant, dans les toutes dernières pages, de retrouver les Kennan et Jerry. Voilà... Mais croyez-vous que je vous aie tout dévoilé en dix lignes? Je n'ai pas donné le titre en VO, par exemple. Ce vieil exemplaire de bibliothèque verte (sans sa jaquette!), dont les pages aujourd'hui jaunies ont été imprimées en 1957 (j'étais pas né!) compte tout de même 250 pages. Je l'avais déniché à l'époque où j'avais commencé à caresser l'idée d'installer une bouquinerie dédiée aux arts circassiens sous le chapiteau d'un cirque... sans jamais aller beaucoup plus loin que cet achat. 

Pour finir, j'ai trouvé quelques chroniques concernant ces deux livres sur la blogosphère. Pour Jerry, chez Shangols ou sur un site canin (billet non commentable). Concernant Michael, dans le blog d'une "écrivain public" (sans écriture inclusive?) et chez Cirk75, chroniques d'un circophile amateur (qui m'a appris l'existence d'un film à la fin des années 1970). 

PS: les deux titres sont aujourd'hui disponibles dans la collection Libretto.
Merci GirlyMamie, j'avais oublié de le mentionner! 

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samedi 20 février 2021

Film vu en DVD en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des cinémas (11) - Ca commence à Vera Cruz - Don Siegel

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Je viens de revoir une agréable série B, réalisée par Don Siegel (son troisième long-métrage) en 1949, avec un Robert Mitchum plus nonchalant que jamais face à Jane Greer, avec qui il avait tourné La griffe du passé (Out of the Past) de Jacques Tourneur deux ans auparavant (en 1947). Ca commence à Vera Cruz (The Big Steal en VO), filmé en noir et blanc, se passe au Mexique. Le lieutenant Duke Hathaway (Robert Mitchum) est accusé à tort d'un vol de plus de 300 000 dollars à l'armée. Il est sur les traces du vrai voleur, un nommé Jim Fiske. Hathaway est lui-même poursuivi par le capitaine Vincent Blake (William Bendix) qui croit qu'Hathaway est le vrai voleur. Dans sa fuite, Hathaway se trouve une alliée, Joan Graham, qui devait se marier avec Fiske. On constate très vite que Fiske est un fieffé coquin qui n'a pas hésité à laisser tomber Joan. L'essentiel du film se passe sur des routes du Mexique avec une course poursuite entre trois voitures: celle de Fiske, celle conduite par Hathaway et Joan alternativement, et enfin celle de Drake. Le rythme du film de 71 minutes est aussi rapide que les voitures. Un film qui se laisse voir. Les blogs L'oeil sur l'écranShangols ou les Chroniques du cinéphile stakhaniviste l'avaient évoqué il y a quelques années. Cf. aussi Sid280, Salles obscures 2.

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mercredi 17 février 2021

Sept jours - 17-23 juin 1789 - La France entre en révolution - Emmanuel de Waresquiel

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C'est en entendant l'historien (Emmanuel de Waresquiel) invité un matin sur une chaîne de radio nationale que j'ai eu envie de lire son ouvrage. Cela faisait du bien d'entendre parler d'autre chose que de la covid et des vaccins. 

Je commencerai par dire que la période révolutionnaire m'a toujours beaucoup intéressée et ce livre, Sept jours - 17-23 juin 1789 - La France entre en révolution (Tallandier, 477 p., 2020), se lit comme un roman. Il est composé d'un avant-propos qui résume les 380 pages qui suivent. C'est une très bonne synthèse. Le 5 mai 1789, Louis XVI ouvre les Etats-Généraux dans la salle des "Menus-plaisirs", juste à côté du château. On a pu y accueillir 1200 personnes. Quand les Etats-Généraux ont débuté, les gens ignoraient qu'ils dureraient aussi longtemps. C'était les premiers Etats-Généraux depuis 1614, et ce furent les derniers de l'Ancien Régime. Dans cette assemblée, on retrouve les trois ordres, le clergé, la noblesse et le tiers état. Pour son récit, E. de Waresquiel s'est appuyé sur des écrits, des lettres et des journaux, ainsi que sur des Mémoires d'observateurs étrangers comme l'ambassadeur des Etats-Unis, Gouverneur Morris ("Gouverneur" était le patronyme de sa mère). Il a aussi trouvé beaucoup de documents intéressants sur les Etats-Généraux dans les "fonds perdus des travées de réserves de la bibliothèque municipale de Versailles" (sic!). E. de Waresquiel nous fait remarquer que la révolution de juin 1789 fut une révolution sans écrivains. Stendhal avait 7 ans et Chateaubriand était loin, Restif de la Bretonne n'était pas présent, Sade est à la Bastille, Laclos trop occupé de politique et Beaumarchais trop pris par ses affaires. En revanche, cette révolution de juin est servie par la peinture et l'image avec David. La semaine du 17 au 23 juin 1789 est celle où tout se joue. Le mercredi 17 juin, les députés du tiers état se constituent en Assemblée nationale. Le samedi 20, ils jurent de ne jamais se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France (pendant ce temps-là, le roi est parti à la chasse à Marly [!]). C'est le serment du Jeu de paume et le mardi 23 juin, ils envoient promener le roi, sa Cour et ses soldats: "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes." C'est la fin de la monarchie absolue.
Depuis 1786, les caisses étaient vides. Le surcroit de dépenses occasionné par la guerre d'indépendance américaine n'avait rien arrangé. Ce déficit a été d'abord gardé secret mais quand il fut rendu public, ce fut l'indignation. C'est une des raisons de la tenue des Etats-Généraux pendant lesquels on a néanmoins peu parler d'économie mais beaucoup de politique. Au fil de très courts chapitres, E. de Waresquiel nous fait entrer dans l'action de ce qui s'est passé, entre les princes de sang, les membres du haut et du bas clergé et les membres du tiers état. On croise bien entendu, pour les plus connus, Necker que Louis XVI détestait, le docteur Guillotin, Bailly (premier maire de Paris et et premier président de l'Assemblée nationale, guillotiné en 1793), l'abbé Sieyès (auteur en 1788 d'Essai sur les privilèges et d'une brochure en 1789, Qu'est ce que le tiers état?), Mirabeau, Robespierre, Talleyrand, et des centaines d'autres qui me sont inconnus mais qui semblent avoir joué des rôles de premier plan pendant cette semaine-là. Je me suis un peu perdue parmi tous ces personnages dont certains finiront sur l'échafaud quelques années plus tard. D'autres partiront en exil. Marie-Antoinette, le roi et ses frères Provence (futur Louis XVIII) et Artois (futur Charles X) sont aussi très présents ainsi que le cousin Orléans (futur régicide). Même si on sait à peu près comment cela se termine, le récit est passionnant. Je n'en dirai pas plus sauf qu'à la fin de l'ouvrage, il y a presque 50 pages de notes et quelques illustrations.

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dimanche 14 février 2021

Film vu en DVD en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des cinémas (10): Meurtre par décret - Bob Clark

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Ce billet me permet de rendre hommage à Christopher Plummer (1929-2021) qui interprète Sherlock Holmes. Dans Meurtre par décret de Bob Clark (1979), on demande à Sherlock Holmes, qui joue du violon et se drogue à l'occasion, d'enquêter avec John Watson (James Mason) sur les crimes horribles perpétrés en 1888 par Jack l'Eventreur, que la police n'arrive pas attraper. Quand le film débute, quatre des cinq victimes de Jack ont déjà été assassinées. Il ne reste que plus que Mary Jane Kelly, qui est morte de peur, car elle cache un secret qui va lui coûter la vie. Le scénario du film est tiré de deux ouvrages The Ripper File" (Le dossier Ripper) d'Elwyn Jones et John Lloyd, et Jack the Ripper : The Final Solution (Jack the Ripper : La solution finale) de Stephen Knight. On apprend que les cinq victimes se connaissaient. Une sixième femme a un rôle central dans l'histoire: Annie Crook, une jeune femme catholique qui n'aurait pas dû tomber amoureuse et avoir un enfant avec un personnage très haut placé. Le film évoque un peu l'arrière-plan social de misère dans l'East End où les gens de la haute société venait s'encanailler. Holmes est aidé par un médium, Robert Lees (Donald Sutherland), qui a eu des visions de Jack l'Eventreur. Il faut noter que le film ne fait pas peur, même s'il y a des moments inquiétants. Sans rien dévoiler d'autre, je peux vous dire que Jack l'Eventreur n'agissait pas seul. Comme beaucoup d'histoires se passant à Londres à la fin du XIXème, le brouillard est omniprésent, alors qu'a priori, les jours des meurtres, il n'y avait de brouillard. L'histoire, racontée telle quelle, a été reprise dans From Hell d'Alan Moore et en a inspiré d'autres comme Patricia Cornwell. Pour en venir à Christopher Plummer, je l'ai trouvé très bien dans son rôle qu'il arrive à humaniser. A un moment donné, il a même les larmes aux yeux. Il est moins sec et cassant que dans les romans de Conan Doyle. Un bon film que j'ai beaucoup de plaisir à revoir, 41 ans après sa sortie.

Pour conclure sur Christopher Plummer, l'acteur le plus âgé à avoir eu un oscar comme le relevait Ideyvonne, je retiens surtout ses seconds rôles dans quelques films: L'homme qui voulut être roi, Millenium: les hommes qui n'aimaient pas les femmes, La mélodie du bonheur, A couteaux tirés, Tolstoï, le dernier été ou Beginners...

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jeudi 11 février 2021

Un papa, une maman - Une famille formidable (la mienne!) - Florence Cestac

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C'est mon ami Ta d loi du cine qui m'avait appris qu'un nouvel album de Florence Cestac venait de paraître. Je me suis précipitée pour me le procurer et je l'ai lu avec grand plaisir même si l'histoire n'est pas très gaie. Les deux premières images résument ce qui va nous être raconté dans Un papa, une maman... (Editions Dargaud, 56 pages).

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Je dirais que Florence Cestac règle ses comptes avec son père décédé depuis plusieurs années. Le père Jacques est ce qu'on appelle un tyran domestique qui traitait sa femme comme sa boniche. Jamais content, toujours à critiquer. Il a repeuplé la France en faisant trois enfants, deux filles et un garçon, mais les couches et les biberons, très peu pour lui. 

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Florence Cestac raconte la vie de ses parents, Jacques et Camille, depuis leur rencontre jusqu'au décès du père. Elle lui reproche dans les dernières planches de ne pas avoir donné assez d'amour à ses enfants. Car non seulement il disait des choses désagréables à sa femme, mais il n'était pas tendre avec sa progéniture dont il se serait bien passé. Il ne savait pas s'y prendre avec eux. Alors que Camille a été une maman en or qui savait tout faire et arrondissait les angles. Jacques a eu de la chance d'être son mari, même s'il l'a trompée au moins une fois. Et autant il savait être charmant en société, autant il pouvait être odieux en famille. En vacances, les trois enfants préféraient quand leur père n'était pas présent. Evidemment, quand Florence est rentrée aux Beaux-Arts en 1965 et qu'elle s'est mise à avoir le look "Gauloise bleu, coiffure cocker, gilet afghan, pull marin, sacoche PTT, pattes d'eph et sabots suédois" et qu'elle a eu une bande de potes, cela n'a pas plu à Jacques qui voulait à tout prix lui trouver un mari convenable... Je vous laisse découvrir la suite. Cet album autobiographique se termine avec les photos des parents de Florence Cestac prises en 1942. Je pense que cette BD lui a servi de catharsis. C'est dessiné avec talent. Je vous conseille tous les albums de Florence Cestac qui a reçu le grand prix du Festival d'Angoulême en 2000. Lire le billet de Pierre D et celui de Canel.

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lundi 8 février 2021

Histoires des siècles futurs - Jack London

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Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) viens de relire en quelques soirées mon recueil de nouvelles de Jack London titré Histoires des siècles futurs (publié en 10/18 en 1974), qui m'avait été offert pour un anniversaire, il y aura 40 ans cette année 2021...

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Lorsque j'avais manifesté mon intérêt pour ce challenge (le 8 février 2020), nous n'étions pas encore confinés, mais la presse commençait à nous seriner ses désagréables chansons sur cette maladie qui déboulait...

Si je choisis aujourd'hui (tout juste... un an plus tard) ce titre, entre une quinzaine d'autres, dans ma pochothèque personnelle, c'est que je souhaite exhumer plus particulièrement deux des nouvelles de cet auteur (mort en 1916), écrites respectivement en 1908 et 1910.

L'introduction de Francis Lacassin (qui dirigeait la série "L'Appel de la vie" chez 10/18) contextualise la rédaction des composants du recueil par rapport aux sentiments socialistes de London. Je pense que la qualification des nouvelles "inédites en français" s'applique à leur réunion en volume. En effet, elles ont été traduites par Paul Gruyer et Louis Postif (ce dernier seul pour les nouvelles autres que La peste écarlate), et ces deux traducteurs sont décédés respectivement en 1930 et 1942!

Voici une présentation, dans le désordre, du contenu de ces quelque 300 pages en français.

L'invasion sans pareille: rédigée en 1910, cette nouvelle se déroule en 1976. Elle figure en 2ème position dans le livre. En fait, le terme "invasion" peut s'appliquer à deux actions humaines successives. D'une part, la lente mais inexorable expansion chinoise, à la recherche d'un "espace vital" pour y installer l'excédent naturel de sa population, dont le reste du monde découvre l'ampleur après des décennies d'isolement chinois. Et d'autre part, les moyens que vont mettre en oeuvre les nations occidentales pour y parer. Mais en fait de "conflit de civilisations", on aboutira bien à un génocide, les uns exterminant les autres. Si j'étais aussi pessimiste que je peux parfois l'être, je songerais que London s'est juste trompé de continent. Avons-nous, dans notre monde réel et sa "realpolitic", la garantie de ne jamais voir quelque chose d'aussi sinistre se produire en Afrique? On pourrait en tout cas relever que l'écrivain n'avait pas prévu l'embrigadement par un appareil d'Etat omnipotent: en cas de fléau, les masses fuient sans que quiconque paraisse en mesure de leur ordonner de subir un couvre-feu ou de se confiner. Enfin, j'ai noté que le blog de MisterFahrenheit, dont le dernier billet remonte au 26 septembre 2016, en parle. PUautomne aussi (blog toujours actif).

La peste écarlate (rédigée en 1910, publiée en anglais en 1912). C'est sans doute la nouvelle la plus connue (grâce à sa récente réédition). Il s'agit des souvenirs d'un vieillard, en 2063, qui raconte à ses descendants le cataclysme planétaire qui a pratiquement éradiqué en 2013 l'humanité, et une culture civilisée qu'ils ne peuvent imaginer. La partie la plus frappante est la description de la mort d'une civilisation, vaincue par l'infiniment petit, un peu comme les martiens de La Guerre des Mondes de Georges Wells (publié en 1898), et ce malgré la découverte, trop tardive, du sérum permettant de guérir la maladie inconnue... Je n'en dirai pas davantage, la nouvelle est bien plus riche que ce que j'ai écrit dans ces quelques lignes. ClaudiaLucia, dans le cadre de son challenge, en a parlé elle-même, ainsi que Kathel et Lily. Mais on trouve aussi, hors challenge, un billet de Philippe Dester ou un vieux billet de 2015 d'un blog qui semble en pause depuis 2019. Et j'ai souri en lisant un pseudo-entretien avec Jack London....

Bien sûr, je dois dire aussi quelques mots des trois autres nouvelles.

Goliath peut être interprétée, éventuellement, comme la nouvelle la plus optimiste. J'ignore si elle était porteuse des espoirs secrets de London, mais c'est l'une de celles qui, moi, m'a toujours fait rêver. Un dictateur mystérieux obtient, par la force (il est capable de tuer à distance qui bon lui semble, et il dispose de moyens quasi-illimités) le désarmement universel pour amener l'humanité dans un monde proprement utopique. Il commence par empêcher l'Allemagne et la France de se faire la guerre (alors qu'elles avaient tacitement décidé de se passer de sa permission). Mais est-ce bien moral?

L'ennemi du monde entier (publié en 1908): un homme injustement mis en prison finit par en sortir, et, possédant le moyen de se venger, se venge ensuite. Mais il ne s'arrête pas là, et poursuit ses attentats "nihilistes" pendant 8 ans en parcourant la terre. Il provoque même, à lui seul, une guerre entre l'Allemagne et les Etats-Unis! Il "terrorise" tellement tous les Etats qu'il amène le monde au bord du désarmement - avant que, par chance ou malchance, on l'arrête. Même le gouvernement français, fort intéressé, n'arrivera pas à lui acheter avant son exécution le secret de son pouvoir destructeur.

Un curieux fragment (publié en 1908) se présente comme un extrait d'un ouvrage en 50 volumes, publié au XLVe siècle et relatant des événements survenus au XXVIe, soit près de deux millénaires auparavant... (on notera les périodes comparables à celles séparant déroulement, rédaction ou lecture de tels ou tels événements bibliques). L'ayant lu comme un conte amer autant qu'américain, j'en retiendrais la transmission, au sein d'une population réduite quasiment en esclavage, d'une culture transmise par l'oral et par ceux qui apprennent en cachette à lire et écrire. Cela peut nous évoquer, à nous, la préservation de la culture polonaise sous l'occupation nazie (1939-1945). Ou peut-être un lien ténu avec le roman récemment paru Les furtifs d'Alain Danasio (2019), dans lequel des "cours" sont donnés en plein air à une population prolétarisée et acculturée...

Du London parfois empreint d'humour noir, à (re)découvrir, donc.

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PS du 12 mars 2021: d'une pierre deux coups! Je viens de m'inscrire au 9e Challenge de l'Imaginaire proposé par le blog Ma Lecturothèque (en y choisissant de chroniquer 12 livres SF avant le 31/12/2021), et j'ai eu confirmation que la présente chronique pouvait compter comme première participation!

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dimanche 7 février 2021

Qui a tué l'écologie? - Fabrice Nicolino

Ce mois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) m'étais dit que je pourrais facilement écrire un article en piochant dans mes stocks de bouquins achetés durant les six dernières annnées. Une petite phrase dans Charlie N°1488 du 27/01/2021 m'avait orienté vers une piste. Chroniquer (après l'avoir relu) mon "livre du jour", écrit par Fabrice Nicolino plusieurs années avant d'être blessé dans l'attentat contre Charlie Hebdo, s'est avéré plus ardu que je ne l'imaginais (j'ai déjà présenté plusieurs de ses bouquins).

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Qui a tué l'écologie? se présente comme un pamphlet, datant déjà de 2011, publié il y a dix ans aux éditions LLL (Les liens qui libèrent). Mon propre exemplaire a été imprimé en "poche" en février 2012 (collection Points, N°P2771, 307 pages). Cela reste un livre à lire, pour décryptage de pratiques (et) de manipulations toujours à l'oeuvre à l'heure actuelle. A l'époque, il visait (entre autres) la mascarade qu'avait constitué le "Grenelle de l'environnement" porté sur les fonts baptismaux par Nicolas Sarkozy, en septembre 2007. Cet ouvrage polémique, dur et désespérément pessimiste, déconstruit aussi Jean-Louis Borloo (et Brice Lalonde en passant, p.38), mais également NKM (Nathalie Kosciusko-Morizet). Je vais tout de suite "tuer le suspense" du titre en disant qu'il s'essuie sérieusement les pieds sur les quatre ONG qui ont été les interlocuteurs de l'industrie lors du Grenelle, à savoir Greenpeace, le WWF France, FNE (la fédération France Nature Environnement), sans oublier la Fondation Nicolas Hulot - le bandeau rouge le dévoilait déjà! 

Fabrice Nicolino plante rapidement un décor historique en montrant que, depuis le XIXe siècle, la "protection de la nature" a été accaparée par des personnages qui, soit étaient en rapport proche avec les pouvoirs officiels, soit faisaient montre d'une certaine naïveté (niaiserie?) à son égard en en appelant à lui. J'ai ainsi eu la mémoire rafraîchie sur les circonstances de la protection de la forêt de Fontainebleau. Sous le Second Empire, les "milieux artistiques" s'étaient montrés plus efficaces que les officiels "protecteurs de la nature". A noter qu'aujourd'hui, sur Wikipedia, ni l'article "Autoroute A6" ni l'article "Forêt de Fontainebleau" ne s'épandent sur l'histoire de la construction de l'autoroute à travers cette forêt telle que racontée par Fabrice Nicolino (dans l'article sur la forêt [consulté le 7 février 2021], il est mentionnée qu'elle est "fragmentée", entre autres par l'A6 depuis 1964...).

Les chapitres 2 à 6 reprennent l'histoire des ONG citées ci-dessus, capables de s'attribuer indûment telle ou telle action a posteriori, de taire fort pudiquement la liste de leurs dirigeants successifs ou de leurs financeurs privés... Ainsi, Nicolino rappelait, dans le récent N° de Charlie que j'ai cité plus haut, qu'il avait mis la main, en préparant ce livre paru en 2011, sur un document listant, pour l'année 1987, les grands donateurs du WWF rassemblés dans le discret "Club des 1001" (où figuraient, entre autres, Robert McNamara ou Mobutu). Par ailleurs, la perméabilité entre un poste de Président ou de directeur général d'une telle ONG, une carrière de politicien-ne, voire un siège dans telle ou telle instance publique ou au service de l'industrie, est démontrée par des exemples, biographies à l'appui. 

Au-delà du seul exemple du Grenelle et des sujets qui y ont été, ou plutôt qui n'y ont pas été, abordés (ou des associations qui n'y ont pas été invitées), l'auteur traite la question de la désinformation et de l'escroquerie intellectuelle que représente l'apparition du vocable "développement durable", présenté comme la mise à jour du discours d'après-guerre de Truman, lorsqu'il s'agissait de défendre les intérêts américains, sous couleur d'aider au "développement" des pays du Sud en leur faisant miroiter le mode de vie américain et en leur prêtant les fonds pour acheter les produits de la (future) société de consommation. Il explique également la différence sémantique entre "environnement" et "écologie" (p.183): "L'environnement place l'homme au centre de la vie sur terre et s'intéresse à ce qui peut nuire à ses projets grandioses de bâtisseur. L'écologie considère, elle, l'équilibre des écosystèmes, dont dépend tout le reste, donc le sort de l'humanité".

Il est bien sûr difficile de mentionner l'intégralité des sujets abordés. J'ai relevé l'opacité du choix des personnes invitées à participer aux différentes Commissions (Fabrice Nicolino n'évoque pratiquement pas le rôle des "groupes de travail" qui devaient élaborer des propositions entre les "séances plénières" du Grenelle, un aspect souvent capital dans ce genre d'instance). Le poids, dans les décisions d'aménagement et d'infrastructures en France, des ingénieurs des Mines, des Ponts et chaussées, des Eaux et Forêts... qui regardent passer les ministres éphémères en s'investissant dans des projets à long terme (et pas vraiment au bénéfice des petits oiseaux, des abeilles ou des crapauds), est, lui, mis au jour. L'auteur insiste aussi, à plusieurs reprises, sur le scandale que peut constituer le développement des "biocarburants" (pour nos bagnoles) alors qu'un milliard d'êtres humains souffrent de malnutrition. 

Au moment de la parution du livre, Jean-Louis Borloo (quelque peu démonétisé, en 2021) avait été évoqué comme possible Premier Ministre voire candidat à la Présidence de la République. Fabrice Nicolino se fait un malin plaisir de rappeler ses promesses de naguère autour de la Maison à 100 000 euros. Nicolas Hulot (qui n'avait pas encore été ministre, mais proche de plusieurs Présidents ou candidats), est égratigné ainsi que son "Comité de veille écologique" créé en 2000, et mis au niveau des écologistes qui se font toujours "avoir": "parler, parler, parler, quand (presque) rien d'autre n'a été fait, et ne surtout pas agir. Encore moins affronter" (p.124-125). Côté franco-français, je relèverai encore que Nicolino donne les références précises d'une citation de l'ultralibéral Denis Kessler (écrite dans Challenge, le 04/10/2007), que je vais recopier du livre [points de suspension entre crochets compris]: "C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception [...] Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance!". 

Bref, on ressort de la lecture de ce pamphlet, bourré de rappels utiles, un peu désabusé (au sens strict, c'est bien le but du livre), mais aussi avec la curiosité de se renseigner (internet est notre ami!) pour savoir ce qu'il en est, en 2021, de telle ou telle situation décrite, de tel ou tel avertissement émis, du non-respect des promesses passées, qui peuvent augurer du respect (à venir) de promesses faites cette année... Lisez-le donc.

PS1: les algorithmes qui gouvernent les moteurs de recherche ne font pas aujourd'hui remonter énormément de chroniques de cet ouvrage sur des blogs (j'ignore bien entendu ce qu'il en était en 2011). J'ai en tout cas trouvé trace, entre autres blogs plus ou moins professionnels, d'une chronique en avril 2017 sur le blog "Un jour un livre" de Jean-Michel Sady, bibiothécaire et écocitoyen très engagé (blog à l'abandon depuis 3 ans). Ou encore du blog de Laurent Samuel (à l'abandon depuis octobre 2015). Je rajouterais le "fantôme" d'une critique sur un blog qui s'appelait "ChezFab" en 2012 (mais il semble que l'article original ne soit plus en ligne et je ne suis pas certain que le nom de blog appartienne aujourd'hui à la même personne...). Le blog belge ExtraPaul en parle aussi. Citons encore le blog de Jean-Charles Houel (militant à Louviers) ou celui de Folfaeries. Et même ce qu'en disait F. Nicolino sur son propre blog à l'époque...

PS2: suite à la question de Miriam ci-dessous, je précise que ce "livre-coup de gueule" (dont certaines pages avaient été rédigées dès septembre 2010) reste valable pour tout ce qui touche l'éclairage des positions des uns et des autres (personnes morales ou personnes physiques) en rappelant les évolutions sur le temps long (plusieurs décennies parfois). Bien évidemment, il ne prend pas en compte ce qu'il s'est passé depuis sa parution, et c'est en ce sens que chacun doit faire l'effort de l'actualiser...

*** Je suis Charlie ***

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