mercredi 31 mars 2021

Un voisin trop discret - Iain Levison

P1120286

Je ne sais pas si c'est un vaccin contre la morosité (comme l'affirmait le bandeau qui entourait le roman), mais j'ai bien apprécié la lecture d'Un voisin trop discret (Editions Liana Levi, 218 pages) dont l'histoire se passe de nos jours entre le Texas, Seattle et la côte Est des Etats-Unis avec une incursion en Afghanistan et à Dubaï. Jim, la soixantaine, est chauffeur Uber depuis quelques années sur la côte Est des Etats-Unis. Il vit seul. Un jour, il voit arriver une jeune femme, Corina, et son fils Dylan, qui deviennent ses voisins de palier. Ancienne strip-teaseuse, elle s'est mariée avec Robert Grolsch, un sniper appartenant au "159ème" (Opérations spéciales) qui exerce ses "talents" dans les montagnes d'Afghanistan. C'est un homme peu sympathique qui trompe sa femme et vide le compte commun du couple pour mener la belle vie avec Leann Sullivan, sa supérieure hiérarchique à Dubaï. Pendant ce temps-là, à Bennett au Texas, Kyle Boggs annonce à Madison, une amie d'enfance, qu'il est gay. Il lui propose néanmoins de se marier avec elle juste avant de partir en Afghanistan au 159ème (Opérations spéciales). Cela lui permettra, il l'espère, de faire carrière plus tard dans la politique après avoir été transféré au Département d'Etat. Les célibataires n'ont pas cette possibilité. Kyle vante à Madison tous les avantages qu'elle peut trouver dans cette union. En particulier, elle pourra faire soigner son petit garçon Davis qui a une maladie de l'estomac. La vie de Jim, qui aime avoir la paix, va être mêler à un drame familial dont il est l'acteur principal. Et on va découvrir que non seulement il sait crocheter les portes, mais aussi qu'il sait se servir d'une queue de billard. Il faut dire qu'il a un petit magot caché dans une armoire. Je ne vous dirai rien de plus sauf qu'il faut lire le roman jusqu'à la dernière page. Lire le billet d'Encore du noir.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,

lundi 29 mars 2021

Charade - Stanley Donen

P1120283

Rien que pour Audrey (Hepburn) et Cary (Grant), il faut (re)voir Charade de Stanley Donen (1963), cette divine comédie qui se passe pour l'essentiel à Paris. Regina ("Reggie") Lampert (Audrey Hepburn) a décidé de divorcer de son mari Charles qui -manque de chance- vient de mourir, en ayant été poussé d'un train entre Paris et Bordeaux. En revenant d'un séjour aux sports d'hiver, Reggie trouve son immense appartement entièrement vide. Elle apprend que son mari est décédé, qu'il avait 4 passeports, qu'il a vendu tous les meubles de l'appartement et qu'il partait à l'étranger. Reggie se rend compte qu'elle ne connaissait pas vraiment son mari, qui n'avait pas de famille. Trois "méchants" se mettent à la poursuivre car ils veulent récupérer un magot de 250 000 dollars-or qu'a priori Charlie voulait garder pour lui seul. Heureusement qu'un certain Peter Joshua vient à son secours, même si lui aussi semble intéressé par retrouver ledits 250 000 dollars. Le film est mené tambour battant. Audrey Hepburn porte différentes tenues Givenchy à chaque nouveau plan. Le Palais Royal, le théâtre du Palais Royal, le théâtre de Guignol des Champs-Elysées, le marché aux timbres, le métro, les promenades sur la Seine et même Notre-Dame de profil sont mis en valeur. Les "méchants" comme James Coburn ou George Kennedy ont l'air de bien s'amuser. Un film très sympa en cette période morose.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,
vendredi 26 mars 2021

Silver Spoon - Hiromu Arakawa

Le quinzième tome qui clôt le manga Silver Spoon est sorti en France le 11 février 2021. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'attendais avec impatience (le T.1 était paru chez nous en février 2013). 

P1120232
Dessin & scénario: HIROMU ARAKAWA. Editeur: KUROKAWA. Shonen manga.
Publiée en volumes au Japon de juillet 2011 à février 2020 (série terminée).

Sur l'image ci-dessus, on notera que le héros principal, Yugo, est représenté dans 9 couvertures sur 15, et a trois fois l'honneur d'y figurer seul (si l'on ne compte pas les animaux - cinq chevaux!). Ses aventures se déroulent dans un univers lycéen original: celui d'un lycée agricole. Au long des huit ans qu'aura duré la publication française de cette chronique de classe, nous aurons pu découvrir la vie d'élèves de ce genre d'établissement. Dans ce manga, pas de lutte contre démons et zombies, pas d'alchimistes ou de super-transformations. Mais, au quotidien, la vie de jeunes comme vous et moi, qui ont choisi de se lever aux aurores pour changer la litière des chevaux, donner à manger aux cochons, ramasser les oeufs au cul des poules, aider aux vêlages et bien sûr jouer les chasse-neige en hiver.

Et, bien entendu, le dimanche comme les autres jours, il faut aussi s'occuper des animaux, traire les vaches, aller chercher les oeufs... C'est cette vie très "physique" qu'a découvert Yugo à sa rentrée en "Seconde" au lycée (agricole) Ohezu, en provenance d'un collège citadin. Nous le voyons, sur les 15 volumes, découvrir cet univers paysan souvent méconnu, au contact de ses condisciples tous issus du milieu agricole. Ici, l'enseignement est concret et pratique.

Deuxième partout, premier nulle part, Yugo Hachiken a certes la meilleure note moyenne de sa classe, mais... Mais il n'arrive à avoir un "sans faute" dans aucune matière, contrairement à ses "fils de paysans" de condisciples. Eux ont tous, depuis l'enfance, la pratique concrète d'au moins une de ce qui, pour lui, n'est que matières scolaires (sciences de l'agriculture, agro-alimentaire, mécanique, bio-technologies...). Yugo, pour sa part, découvre l'élevage des animaux et la vie paysanne. Son regard extérieur au milieu paysan remet en question beaucoup de routines. Il fait aussi l'expérience de l'équitation et de ses compétitions. Et que se passe-t-il ensuite, une fois finies les cavalcades entre veaux, vaches, cochons et chevaux? Outre les relations humaines, celles avec les animaux destinés à la consommation humaine ne sont pas simples. Elles s'enrichissent mutuellement. Jusqu'à amener notre lycéen à créer son entreprise avec des condisciples! Réussiront-ils à commercialiser les saucisses, le fromage, les pizzas (etc.) qu'ils ont appris à réaliser?

La "cuillère d'argent" du titre représente (entre autres) le symbole de la transmission d'un métier, au sein de ce lycée agricole. Nous avons suivi notre classe de l'adolescence à l'entrée dans l'âge adulte. Nous avions vu leur présentation dans les premières pages du T.1 à leur arrivée en lycée (kookoo!), venant de différents collèges. Nous les avons vu évoluer, trouvant - ou non - leur voie durant trois ans d'études lycéennes, plus ou moins développées par la mangaka Hiromu Arakawa. Elle aura tenu en haleine ses lecteurs français depuis février 2013 - soit plus longtemps que la période durant laquelle la scolarité de nos héros est censée se dérouler.

Nous avons vu, jour après jour, trimestre après trimestre, année après année, les relations entre Yugo, Aki, Ichiro, Tamako, Keiji, Mayumi, et les autres, sans oublier l'équipe enseignante, se construire, chacun peaufinant son orientation professionnelle. Nous les laissons à l'étape de l'Université ou de la vie active. Hiromu Arakawa voudra-t-elle bien un jour nous raconter ce qui s'est passé ensuite? L'auteur a dû beaucoup s'amuser à "réinventer" son propre parcours de fille de paysan à l'intense capacité de travail. A la ferme, lorsqu'on a fini ses premières 35 heures (dès mercredi soir...), on enchaîne jeudi à l'aube sur les 35 suivantes! La mangaka qui se représente sous forme d'une génisse évoque sa propre jeunesse dans une autre série, Nobles paysans, dont 5 volumes sont déjà parus, et dont j'espère qu'elle ne l'abandonnera pas.

Il semble que les inscriptions en lycée agricole aient connu au Japon une augmentation, grâce aussi, sans doute, aux deux saisons de série TV diffusées en 2013-2014. Et en France? Le 14ème tome nous montrait le couple de nos héros principaux affronter le concours d'entrée à l'Université. Dans le 15e volume, on constate la disparition d'un des personnages les plus anciens. 

Je ne vais pas mettre de pages complètes du manga (il doit être possible d'en découvrir sur la Toile), mais deux extraits du tome 15. Dans la plupart des volume, on trouve des "bonus" où l'auteur raconte à ses lecteurs les "dessous" de la création de l'oeuvre, ou ses à-côtés. Ici, j'ai appris que je n'étais pas seul à regretter que cela s'arrête...   

P1120235   P1120234  ... On se dit "rendez-vous dans dix ans"? 

jeudi 25 mars 2021

Bertrand Tavernier est décédé...

 ... et je suis triste. Je viens d'apprendre cette très mauvaise nouvelle. Il est décédé 1 mois avant ses 80 ans.

 J'ai beaucoup apprécié les films de ce réalisateur qui a été attaché de presse, critique de cinéma dans plusieurs revues et producteur de ses films. 

Justement, parmi ses films, je retiens: L'horloger de Saint-Paul (1974), Que la fête commence (1975), Le juge et l'assassin (1976), Une semaine de vacances (1980), Coup de torchon (1981), Un dimanche à la campagne (1984), La vie et rien d'autre, un chef d'oeuvre (1989), L627 (1992), L'appât (1995) et plus récemment Quai d'Orsay (2013).

Bertrand Tavernier était un passionné de cinéma en général et du cinéma américain du XXème siècle en particulier. Il a d'ailleurs écrit un ou deux gros ouvrages sur le sujet. Et on l'entendait souvent présenter des westerns ou d'autres films dans des bonus de DVD. Ce Lyonnais était aussi le président de l'Institut Louis Lumière à Lyon. Avec sa disparition, c'est une mémoire du cinéma qui s'en est allé.

Voir le petit rappel d'Ideyvonne

Posté par dasola à 17:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : , ,
mercredi 24 mars 2021

Raphaël ou le débauché - Michel Deville

P1120271                     P1120268

En ce moment, je suis d'humeur à visionner des films comme celui de Michel Deville sorti en 1971. Raphaël ou le débauché est un film qui me touche énormément. Pour me procurer le DVD il y a quelques années, il a fallu que j'achète un coffret de six long-métrages de Deville dont celui-ci que l'on ne trouve pas séparé. Je trouve cela très dommage. Cela faisait quelque temps que je ne l'avais plus vu et mon plaisir est intact. Cette histoire à la "Alfred de Musset" a été écrite et dialoguée par Nina Companeez avant qu'elle ne devienne réalisatrice. Ce fut sa dernière collaboration avec Michel Deville. Elle a aussi fait le montage du film. Quelque part en France dans les années 1830, une jolie veuve, Aurore de Charoy (Françoise Fabian), vit dans une gentilhommière en compagnie de son oncle, de deux amies et de sa cousine. Quand le film commence, les quatre femmes arrivent trop tard au bord d'un lac pour voir le soleil se lever ce dernier jour de l'été. Aurore est très belle mais elle n'attend rien des hommes qui la courtisent. Très pieuse, elle rend visite aux malades dans l'hôpital de la ville. Lors d'un bal donné en ville, elle va croiser le regard de Raphaël de Loris (Maurice Ronet), un bel homme brun aux yeux bleus qui ne fait rien de sa vie à part séduire les femmes, aller au bordel avec ses trois amis et boire du vin. Il cause des ravages parmi la gente féminine. Il y en a même une qui se pend à cause de lui. Il l'annonce souvent qu'il ne désire plus les femmes qu'il a eues. La vie l'ennuie, il se complaît dans la fange car il ne s'aime pas. C'est pourquoi cette rencontre entre Raphaël et Aurore va les bouleverser tous les deux, d'abord lui et ensuite elle. Après avoir repoussé ses avances, elle commence à éprouver des sentiments mais lui ne veut pas changer, il n'a plus quinze ans. Il a choisi cette vie dans laquelle Aurore n'a pas sa place. Il lui dit bien qu'il ne franchira jamais la ligne qu'il a tracée entre lui et elle. Et pourtant, elle est suffisamment amoureuse pour s'avilir. Je ne dirai rien de plus à part que les dialogues sont étincelants. C'est un très beau mélodrame qui ne peut qu'émouvoir. Françoise Fabian et Maurice Ronet sont magnifiques. Je les trouve inoubliables dans les rôles d'Aurore et Raphaël. J'imagine mal Alain Delon et Catherine Deneuve jouer dans ce film alors qu'ils étaient les premiers choix de Michel Deville et Nina Companeez. A mon avis, on l'a échappé belle. Il faut noter que la musique de Bellini apporte un plus au film. On reconnait des extraits des opéras Norma (1831) et de La sonnanbula (1831). Et enfin, Jean Vilar, en vieux sénateur libidineux, joue dans trois scènes marquantes. Lire le billet de Cinéluctable.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , ,

lundi 22 mars 2021

Fils du soleil - Fabien Nury & Eric Henninot (d'après Jack London)

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) viens de relire une BD achetée il y a déjà quelque temps... et sur laquelle j'ai eu du mal à remettre la main!

 FilsduSoleil

Si cet album porte le même titre que le livre dont il est adapté, Fils du soleil, il ne s'agit pas d'une simple "mise en image "de celui-ci, mais bien d'une création originale "d'après Jack London". La page de garde, encore plus explicite, dit "Librement adapté des nouvelles de Jack London". Je parlerai plus bas du recueil de nouvelles en question, qui narre les aventures de David Grief aux Îles Salomon. Ce personnage, jeune homme déjà riche à son arrivée, aussi bon marin qu'homme d'affaires, administrateur ou négociant, est venu dans les Mers du Sud par goût du romanesque (un London idéalisé?). Ses moyens, son intelligence et son dynamisme lui ont permis de développer un véritable empire basé sur le commerce et la mise en valeur, à son profit, des ressources des îles (dans une logique de type colonialiste, bien évidemment).

Dans la bande dessinée parue en 2014, le scénariste (Fabien Nury) a pris les personnages (parfois en leur donnant le nom d'un autre), le cadre, et telle ou telle des anecdotes (cure de désintoxication pour ivrogne, naufrage provoqué, pantalon obligatoire dans un endroit perdu...) qui sont chacune au centre de l'une ou l'autre nouvelle, pour les évoquer d'une phrase ou en tirer quelques pages, et resserrer les péripéties d'une tragédie que l'on pressent dès les deux pages de prologue. Dans celui-ci, un capitaine reçoit mission de convoquer vers une île mystérieuse les plus hardis négociants des Îles Salomon - à l'exception de David Grief. L'action se concentre sur quelques jours, l'intrigue a été recentrée autour d'un fil conducteur tiré de la nouvelle qui clôt le recueil, avec quelques "morceaux de bravoure" pêchées par-ci-par-là. L'album est divisé en deux parties: Livre I, la dette (29 planches), et Livre II, les perles de Parlay (39 planches). L'Epilogue n'en comporte que trois. La vignette finale fait écho à celle qui concluait le prologue.

Venu exiger le remboursement d'une dette par un capitaine mauvais payeur (qui se nomme Jacobson - un autre personnage chez London), David Grief s'en tire, dans un premier temps, avec une blessure qui le plonge dans le délire: occasion de se remémorer ses débuts dans les îles, et d'entrevoir une mystérieuse silhouette féminine. Une fois Grief debout, la traque de la vengeance commence. On apprend le nom de son navire: le Wonder, commandé par le capitaine Ward. Parmi les personnages qui joueront un rôle jusqu'à la fin de l'album: le subrécargue (chargé de cargaison, mais sans rôle dans la navigation), Pankburn, et un indigène, Mapouhi. C'est à Goboto (d'où vient de repartir deux jours avant le Willi Waw de Jacobson) que David Grief arrache une information capitale, au terme d'une partie de cartes épique dont ce secret était l'enjeu: "le vieux Parlay vend ses perles". Ce qui le remet aussi sur la piste de son escroc. Il va le précéder et faire échouer le Willi Waw par ruse. Après avoir réglé cette affaire, direction l'île de Parlay. 

Le livre II commence par six pages de flash-back qui évoquent le triste destin d'Armande, fille chérie de Parlay, et femme aimée par David avant sa mort tragique. Une fois arrivés à Hirihoko, tous les candidats au rachat des perles se retrouvent dans le palais décrépit de Parlay, à admirer ces perles fabuleuses arrachées au lagon, au prix de nombreuses vies. Mais la tempête menace. Elle servira de détonateur pour exacerber la cupidité de la plupart des protagonistes. Le vieillard, à moitié fou, dénouera le drame tel un véritable maître du temps.

Outre les qualités du dessin et du scénario, on saluera aussi les couleurs dues à Marie-Paule Alluard (par ailleurs coloriste pour Les Maîtres de l'Orge ou pour certains volumes de Largo Winch, séries toutes deux scénarisées par Jean Van Hamme). Le style de dessin de Hennicot me fait penser à ceux de Christophe Bec ou de Christian Rossi. Le capitaine Ward (barbu brun) a un peu la même tête que le Joe du Chariot de Thespis dessiné par Rossi. Quelques vignettes évoquant les préludes d'un duel au couteau m'ont amené à visionner celui entre Feyd Rautha et Paul Muad'Dib dans le film Dune de David Lynch (1984): à l'occasion, jugez-en par vous-même... Enfin, j'ai déniché après quelques recherches sur internet une photo de Jack London, renversé dans un fauteil dans son bureau, tête nue et cheveux bouclés, où j'ai trouvé que son visage allongé rappelait celui du dessin de couverture (en plus souriant). Mais la photo semble ne pas être libre de droits (Getty...!), je ne la mets donc pas ici.

Sur la blogosphère, des chroniques datant de la sortie de l'album en 2014 sont toujours en ligne (même si certains blogs ne sont plus en activité en 2021). Par exemple, Le Merydien (janvier 2015) [dernier billet en avril 2018], Sin City (2014) ou Litoulalu (dernier billet en juin 2020). On trouve encore sur le blog Sine linea un entretien avec le dessinateur Eric Henninot dont quelques paragraphes donnent un bon éclairage sur le travail "d'extraction" d'une BD à partir de l'oeuvre originale. 

De son côté dasola s'est procurée le recueil de nouvelles Fils du soleil, l'oeuvre originale de Jack London (merci!). Je peux donc en dire quelques mots après l'avoir relu.

P1120228 (traduction Louis Postif, revue par Frédéric Klein)

Dans les huit nouvelles (publiées à l'origine dans The Saturday Evening Post, de mai à décembre 1911), David Grief navigue d'île en île, presque à chaque fois sur un navire différent (tous lui appartiennent, bien sûr). Ce sont tous des goëlettes (schooner en anglais: navires à deux mâts dont le mat arrière est plus grand que le mât avant...). Voici les titres de ces nouvelles, avec le navire concerné. Pratiquement tous les noms de lieux cités semblent fictifs.

  • Fils du soleil: le Wonder (sous les ordres du capitaine Ward) navigue du côté de Guadalcanal... Cette nouvelle introduit le personnage de David Grief et de ses règles d'existence: dur, mais juste, capable d'être aussi implacable qu'il l'estime nécessaire, et tout autant généreux que bon lui semble.
  • L'amour-propre d'Aloysius Pankburn: sur le Kittiwake, David Grief va mener en parallèle la cure de désintoxication d'un alcoolique, "à la dure", et la recherche d'un trésor que ce dernier affirme avoir été enfoui sur l'île Francis, ou Barbour, dont je ne suis pas certain qu'elle existe! On y évoque en passant un croiseur allemand venu cannoner la jungle insulaire...
  • Les diables de Fuatino: le Rattler (le capitaine Glass y est victime de la crise de malaria attribuée dans la BD au capitaine Ward). Il faut bien chercher pour trouver dans la BD le nom de Fuatino, et l'intrigue de cette nouvelle (des pirates se sont emparés d'une île, provoquant de nombreuses morts) n'y figure pas.
  • Les plaisantins de New Gibbon: on y revoit le Wonder (qui a un subrécargue nommé Denby). Morale de l'histoire? "Abstenez-vous sérieusement de plaisanter avec les noirs. C'est un divertissement qui attire toujours des ennuis et qui revient très cher". 
  • Un petit règlement de compte avec Swithin Hall: David Grief commande en personne l'Oncle Toby (avec comme second un certain Snow). Ce dernier a fait faillite suite à une mauvaise spéculation sur une épave (il s'est fait "doubler" par un champion de billard). Les perles dont il est ici question ne sont pas celles de Parlay.
  • Une nuit à Goboto: le Gunga (capitaine Donovan). David Grief arrive à bord du navire, qui repartira probablement sans lui. Peter Gee apparaît dans cette nouvelle. On y suit une partie de cartes haletante avec pour enjeu quelques années de la vie d'un jeune prétentieux. Mon épisode préféré.
  • Plumes-du-soleil: le Cantani (capitaine Boig, et second Willie Smee). Ou comment un escroc commence par vous faire perdre votre chemise avant d'y perdre son fromage. 
  • Les perles de Parlay: le Malahini (capitaine Warfield). On y retrouve Peter Gee. Le gros de l'intrigue de la bande dessinée provient de cette dernière nouvelle. Le moteur de la goëlette y jouera son rôle.

Jack London a lui-même possédé successivement plusieurs voiliers, du sloop Rattle-Dazzle, qu'il a acheté à l'âge de quinze ans et dont il commandait l'équipage, au ketch le Snark, qu'il a fait construire en 1906 et avec lequel il navigue dans le Pacifique jusqu'aux Îles Salomon de 1908 à 1909. Côté navigation, encore une fois, il savait de quoi il parlait. Enfin, dans plusieurs de ces nouvelles (et comme dans Jerry chien des Îles), il est fait allusion à la "politique de la canonnière" lorsque telle ou telle des puissances occidentales qui se partageaient la souveraineté sur ces milliers d'ilots envoyait un croiseur tirer quelques obus sur un village, pour venger le massacre d'un gérant de plantation, d'un bateau de trafiquant ou de missionnaires... en opposant les "indigènes de l'eau salée" aux "indigènes du fond de la brousse". On y retrouve encore, presque mot pour mot, l'observation ethnologique des objets divers que les indigènes mettent dans les lobes de leurs oreilles percés de trous (douilles d'armes à feu, pipes en terre, ...).

vendredi 19 mars 2021

Les enquêtes de Nicolas Le Floch - 3. Le fantôme de la rue Royale - Parot - Corbeyran - Chaiko

P1120259

Je n'ai toujours pas lu les romans de Jean-François Parot mais je suis fan des adaptations télévisées, et maintenant je découvre les BD adaptés des romans. Trois tomes sont déjà parus. Je n'ai pu emprunter que le troisième tome en bibliothèque, même si les deux premiers avaient été rendus. Car vous devez être au courant que, quand les livres sont rendus, ils sont mis en quarantaine pendant 4 jours (enfin, c'est ce qui se passe à Paris). Ils sont mis de côté plus ou moins en vrac en attendant que les virus ou microbes disparaissent. Pauvres livres! Qu'est-ce que l'on ne leur fait pas subir... Pour en revenir à la troisième enquête de Nicolas Le Floch, Le Fantôme de la rue Royale (Hachette livre - Robinson, 64 pages), l'histoire commence le 31 mai 1770, le lendemain de la fête nocturne qui permettait aux Parisiens de célébaer le mariage du dauphin, futur Louis XVI, et de Marie-Antoinette. Le Floch, qui est dans le bureau de de Sartine, est très en colère à propos de ce qui s'est passé. Il en veut à un certain Bignon qui n'a pas été à la hauteur de l'événement: une fusée de feu d'artifice a provoqué un incendie dans un bâtiment. Il y a eu une panique générale qui a entraîné de nombreux morts et blessés. Un peu plus tard, le commissaire Le Floch et son adjoint Bourdeau remarquent, parmi les corps sans vie, une jeune fille qui a des marques autour du cou et une pierre d'obsidienne dans la main. Transportée à la basse-geôle, elle va être autopsiée par deux fidèles connaissances de Le Floch, Sanson et Semacgus. On procède à son ouverture. Elle a bien été étranglée et ils découvrent qu'elle venait d'accoucher tout récemment. Après une courte enquête, Le Floch apprend son nom, Elodie Galaine: elle habitait avec sa famille qui a priori ignorait qu'Elodie était enceinte. Et on ignore ce qu'est devenu le bébé. Dans cette BD tout public, on ne voit pas Nicolas faire des galipettes. Les auteurs se sont concentrés sur l'enquête. On notera que, comme dans les romans de J.-F Parot, on peut lire en 2ème page des albums la liste des personnages figurant dans chaque aventure. J'ai beaucoup aimé cet album. J'espère pouvoir lire les deux premiers tomes quand ils ne seront plus confinés.

P1120261

P1120260

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 17 mars 2021

Films vus en DVD en attendant la réouverture des cinémas (14): Serpico / Le crime de l'Orient-Express - Sidney Lumet

Décidément, je n'arrête pas de chroniquer des films de Sidney Lumet. Après The Verdict, Le gang Anderson, Network, The Offense, La colline des hommes perdus, voici un billet sur deux films très différents, Serpico (1973) et Le crime de l'Orient-Express (1974).

P1120254

Serpico est une sorte de biographie filmique sur un flic, Franck Serpico (né en 1936), qui a voulu rester intègre pendant les 11 ans où il a été policier de terrain à New-York. Il a constaté pendant cette période que des collègues était corrompus: ils rackettaient différentes personnes dont des dealers. Pendant onze ans, on le voit changer de coiffure, se faire pousser la barbe, les cheveux et la moustache, se fondre dans le décor, mais pas une fois il n'a pas voulu prendre l'argent qu'on lui proposait. Il s'est bien entendu mis tous ses collègues à dos sauf quelques-uns. Il a eu plusieurs petites amies qui l'ont laissé tomber parce que Serpico faisait passer son métier avant tout. Malgré les menaces et fausses accusations (comme celui d'être homosexuel) venant de toutes parts, Serpico a tenu bon jusqu'à témoigner dans une commission. Ce fut un vrai lanceur d'alerte. Dans les bonus, on apprend que les premières scènes du film ont été tournées à la fin quand Al Pacino a pu se raser la moustache, la barbe et qu'il a pu se faire couper les cheveux. Il y a une interview de Franck Serpico qui dit que certaines scènes ne sont pas fidèles à ce qu'il a vécu. Après avoir reçu une balle en plein visage lors d'une arrestation au domicile de dealers de drogue, il est devenu sourd d'une oreille et il a des douleurs à la tête à cause de fragments de balle qui n'ont pas pu être enlevés. Je crois que je n'avais jamais vu ce film en entier. Il m'a bien plu. 

P1120256

Il y a longtemps que je voulais parler du Crime de l'Orient-Express (1974) d'après le roman d'Agatha Christie. C'est autre chose que le film récent de Kenneth Branagh. Le film de Sidney Lumet, c'est surtout le plaisir de voir des acteurs de légendes comme Lauren Bacall, Richard Widmark, Ingrid Bergman, Albert Finney dans le rôle de Poirot, Jacqueline Bisset, Anthony Perkins, Vanessa Redgrave, John Gielgud, Michael York, Jean-Pierre Cassel et même Sean Connery qui est très bien. Je ne vous ferai pas l'injure de vous raconter l'histoire que tout le monde connaît. Je l'ai vu à l'époque de sa sortie où il y avait encore des ouvreuses qui passaient dans les salle pour vendre bonbons et chocolats glacés. Nostalgie quand tu nous tiens...

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , ,
dimanche 14 mars 2021

Piste noire / Froid comme la mort - Antonio Manzini

P1120250

Cela fait un moment que je voulais chroniquer Piste noire d'Antonio Manzini (Folio policier, 290 pages), lu il y a 4 ans. Et puis je me suis procuré les trois tomes suivant. C'est pourquoi je me décide à écrire un billet sur les deux premières enquêtes du sous-préfet (et non commissaire) Rocco Schiavone, un flic romain qui a été muté à l'insu de son plein gré dans la vallée d'Aoste depuis trois mois. On apprend vers la fin de Piste noire qu'il a molesté un jeune homme violeur de petites filles. Le problème est que le violeur est le fils d'un homme politique, membre du gouvernement italien, qui s'est chargé de trouvé à Schiavone un poste très éloigné de Rome. Bien évidemment, Aoste n'est pas Rome, et Rocco, qui porte aux pieds des Clarks pas du tout adaptées à la montagne, n'est pas à l'aise pour vivre dans cette région où les températures sont fraîches et la neige abondante. Il n'aime ni le froid, ni la neige et Rome lui manque tous les jours. On comprend assez vite qu'il est veuf, et il aime s'adresser à sa femme défunte quand il est seul chez lui. Même s'il ne se remet de sa disparition, il a entamé malgré tout une liaison avec Nora, la propriétaire d'un magasin d'Aoste. Pour en revenir aux intrigues proprement dites, dans Piste noire, à Champoluc (sur les hauteurs de la vallée d'Aoste), un homme est retrouvé écrasé par une dameuse. La piste de l'accident est envisagée mais Schiavone soupçonne qu'il s'agit d'un meurtre. Avec des collègues qu'il apprécie, Italo Pierron et Caterina Rispoli, il va mener l'enquête. Je ne vous dirai rien de l'histoire annexe que l'on suit avec intérérêt et qui montre une autre facette de Schiavone. Malgré son mauvais caractère, son langage de charretier et le fait qu'il fume un joint le matin quand il arrive à son bureau, Rocco devient très vite attachant.

J'ai été très contente de le retrouver dans Froid comme la mort (Folio policier, 292 pages) lors d'une enquête qui se passe trois mois plus tard. Un matin, une jeune femme, Ester Baudo est retrouvée chez elle, pendue, par sa femme de ménage. L'époux était en train de faire du vélo. Ester faisait partie d'un club de lecture et d'écriture et s'était liée à Adalgisa Verrati, une employée dans une librairie. Cette dernière joue un rôle central dans l'histoire. Dès le début, Schiavone croit que c'est un meurtre mais je vous laisse découvrir le retournement final.

Je viens de commencer Maudit Printemps (Folio policier, 346 pages) avant de lire Un homme seul (Folio Policier, 417 pages).

Lire les billets sur Piste noire de Sharon, Eimelle, Jean-Marc Laherrère

Lire les billets sur Froid comme la mort de Blacknovel, Clarabel et à nouveau Sharon.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , ,
jeudi 11 mars 2021

Le jardin - Hye-Young Pyun

P1120243

Dans Le jardin (Editions Rivages/Noir, 232 pages angoissantes), la romancière (Hye-Young Pyun) nous raconte une étrange histoire dont on devine assez vite qu'elle va mal se terminer au moins pour un des deux protagonistes. Un jour, Ogui, un professeur d'université, se réveille complètement paralysé dans un hôpital. Il a eu un accident de voiture dans lequel a péri son épouse. Il ne peut plus parler et arrive péniblement à communiquer avec les autres en clignant de l'oeil. Au bout de plusieurs mois, il est transporté chez lui afin de continuer sa convalescence sous la férule de sa belle-mère. Cette femme, dont on ne saura jamais ce qu'elle pense, a un comportement bizarre. Elle n'a eu qu'un amour dans sa vie, sa fille, la femme défunte d'Ogui. Il faut noter qu'Ogui est le seul personnage qui porte un prénom. Les autres sont désignés par le lien de parenté avec lui. Dans la maison entourée d'un jardin, Ogui est de plus en plus coupé du monde, Personne ou presque ne vient le voir. Et pendant ce temps, sa belle-mère creuse un trou dans le jardin. En effet, le jardinage était devenu la passion de sa fille. Petit à petit, la belle-mère se désintéresse du sort de son gendre. Le roman se termine d'une manière abrupte qui m'a plu. Il y a une certaine distanciation qui fait que le récit reste soutenable. Un roman qui se lit vite et que je conseille. 

Lire les billets d'Ingannmic et Alex-mot-à-mots qui ont aimé. Lewerentz et Jean-Marc Laherrère sont beaucoup plus mitigés.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags : , ,