dimanche 30 mai 2021

Hospitalité - Kôji Fukada

Voici un film japonais tout à fait recommandable.

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Hospitalité de Kôji Fukada a été tourné en 2010 mais il sort seulement maintenant, en 2021. Le Japonais Kôji Fukada est aussi le réalisateur d'Harmonium (2016) et L'infirmière (2019). L'intrigue d'Hospitalité pourrait faire penser tout d'abord au film coréen, Parasite, mais pas du tout.

Mikio Kobayashi vit avec Natsuki, sa seconde épouse, Eriko, sa petite fille issue de son premier mariage, et Seiko, sa soeur, dans la maison familiale à un étage. Au rez-de-chaussée se trouve une petite imprimerie gérée par Mikio. Il est aidé par sa femme qui s'occupe des commandes et de la comptabilité et un employé. Pendant son temps libre, Natsuki enseigne des notions d'anglais à Eriko. C'est à cause de la disparition de la perruche d'Eriko, et des affiches imprimées d'avis de recherche de l'oiseau, qu'un élément perturbateur apparait en la personne d'Hanataro Kagawa qui se dit être le fils d'un ami du père décédé de Mikio. Il affirme savoir où se trouve la perruche mais les recherches restent vaines. En revanche, Hanataro va troubler la tranquillité de la famille. Il devient indispensable à la bonne marche de l'imprimerie après que l'employé est tombé malade. Mikio l'embauche et Hanataro s'installe dans une chambre à l'étage. Peu de temps après, Annabelle, une jeune femme blanche pas farouche  (la femme d'Hanataro), vient à son tour s'installer parmi la famille, qui regarde cette jeune femme non-japonaise avec des yeux ronds. Il faut savoir que le Japon a une population immigrée très faible, qui est considérée d'un mauvais oeil. Hanataro se montre vite curieux et inconvenant envers cette famille. On ne devine pas ses intentions. Jusqu'à ce qu'il invite toute une bande de garçons et filles de différentes nationalités qui vont squatter toute la maison. Heureusement (si je puis dire), les voisins veillent. En particulier une femme qui fait signer une pétition contre les sans-abri. L'histoire, un peu invraisemblable, m'a paru sympathique. Il y a des moments assez amusants avec un peu de folie et de piquant et tout est bien qui finit pas trop mal.

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jeudi 27 mai 2021

Si le vent tombe - Nora Martirosyan

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Grâce au cinéma grand écran, je suis partie en voyage dans une région que l'on ne trouve même pas sur Google Earth, le Haut-Karabakh, une enclave arménienne dans l'Azerbaïdjan. J'ai donc vu Si le vent tombe qui avait été sélectionné dans la compétition cannoise de l'an dernier. Bien entendu, le film a été tourné bien avant la dernière guerre qui a eu lieu d'octobre à novembre 2020 entre le Haut-Karabakh et l'Azerbaïdjan. Pour ceux qui l'ignore, le Haut-Karabakh est une république autoproclamée depuis 1991 mais qui n'est pas reconnue par l'ONU. Alain Delage (Grégoire Colin, très bien) arrive en Haut-Karabakh. Son passeport n'est pas tamponné. Le voyage depuis France a consisté en un déplacement en avion jusqu'à Erevan (Arménie) et à partir de là, il a été conduit en voiture pendant huit heures jusqu'aux environs de la ville principale, Stepanakert. Il n'y a qu'une route. Il est accueilli par le responsable de l'aéroport (notre petite cathédrale aéroportuaire, comme il dit). Car Alain est là pour un audit qui permettra ou non que cet aéroport fantôme (pour le moment, aucun avion ne décolle ou n'atterrit) fonctionne. Cela donnerait à la région une reconnaissance de la communauté internationale. Alain doit rester pour quelques jours. Tout le personnel de cet aéroport se met à sa disposition pour lui rendre les choses faciles. Alain se pose néanmoins des questions comme "Quelle est la distance jusqu'à la frontière?" ou "est-ce que les avions pourront faire demi-tour en cas de besoin?". Dès le début de son audit, Alain a remarqué un petit gamin qui transporte de l'eau dans des bonbonnes. Il coupe à travers champ et passe et marche près de la piste de l'aéroport. Avec d'autres, ce même gamin joue à la guerre avec des armes et des munitions qui sont entreposées dans un bâtiment en ruine. La réalisatrice a pris le temps de nous faire ressentir la beauté des paysages et le calme apparent qui y règne. Mais elle sait aussi filmer la guerre vers la fin du film. Un film que je conseille absolument.

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lundi 24 mai 2021

La croisière du Snark - Jack London

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Bon, ça commence à devenir de moins en moins drôle que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) me retrouve désormais tout seul à participer au Challenge Jack London proposé de mars 2020 à ... "plus soif, je veux dire plus lire!" par ClaudiaLucia. Du coup, cette parution sera la dernière de mes huit billets, pour lesquels j'aurai quand même soutenu un bon rythme de croisière, depuis le 08/02/2021.

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De son côté, le récit de voyage La croisière du Snark est paru en 1911. Il se présente sous l'apparence de 17 chapitres, peut-être (?) rédigés par Jack London sous forme de reportages concernant le voyage effectué avec sa femme Charmian, d'avril 1907 à novembre ou décembre 1908, depuis la Californie jusqu'en Australie (initialement, ils devaient être 7 ans absents et rêvaient de faire le tour du monde). Le texte est précédé d'Un mot sur le Snark, quatre pages rédigées par Louis Postif, le traducteur du texte publié chez Hachette en 1936. Pour ce qui me concerne, il s'agit de l'un des deux bouquins que j'ai retrouvé dans mes étagères, déclassés par rapport au gros de mes London parce qu'achetés à des années d'intervalle. Mon édition est parue cette fois chez Le Livre de poche (en date du 3e trimestre 1976), et j'ai acheté le bouquin (d'occasion) en 2006. J'ai regretté l'absence d'un "apparat critique" qui m'aurait informé des dates exactes de publication dans tel ou tel support. J'ai dû glaner ailleurs les informations m'apprenant que, en parallèle à ce "reportage au fil de l'eau", London a trouvé moyen de rédiger aussi Martin Eden (commencé à Honolulu et terminé à Papeete), L'AventureuseContes des mers du SudRadieuse aurore, et de nombreuses nouvelles, ce qui lui permettait de financer les frais du voyage. Il faudrait quand même que j'arrive à feuilleter une édition en 10-18... une année ou l'autre. Ça se finit un peu en queue de poisson... Jack London fait justice, dans le dernier chapitre, de la rumeur comme quoi tous les frais de la croisière étaient intégralement payés par un magazine. 

Le premier chapitre, titré La réalisation d'un rêve, expose comment est née l'idée du voyage sur une embarcation de moins de 15 mètres de long à la flottaison. J'en extirpe ce qui paraît une bonne "profession de foi" ou "philosophie de vie" de London, pour répondre à ceux (ses amis...) qui prenaient le projet pour une folie (p.15): "Et si cela me plaît, à moi! Voilà les mots qui résument tout. Plus profonds que la philosophie, ils poussent l'ivrogne à boire et le moine à endosser un cilice; ils incitent celui-ci à poursuivre la gloire, celui-là à conquérir l'or, cet autre à vivre pour l'amour, ce quatrième à ce consacrer à Dieu. La philosophie est très souvent pour l'homme, un moyen individuel d'exprimer ses goûts et ses désirs". 

Pour dire quelques mots des autres chapitres qui composent cette oeuvre quelque peu décousue, j'ai retrouvé dans la description des mésaventures du fameux bateau, avant et après l'appareillage, la verve qui était déjà à l'oeuvre pour raconter les déconvenues du "correspondant de guerre" en Corée. Dès le second chapitre, London "règle ses comptes" avec tous ceux qui sont intervenus sur la fabrication du bateau: budgeté pour 7000 dollars, celui-ci lui en a finalement coûté plus de 30 000, et a pris la mer sans avoir mené à bien tous les essais qui se seraient probablement imposés avant un départ pour le tour du monde. Je n'ai rien compris aux explications données dans le chapitre Le navigateur amateur. Tout le sel des plaisanteries m'est passé au-dessus de la tête... Plus généralement, les  différents chapitres peuvent porter sur un thème (ah, la découverte du "surf-riding" à Hawai par London: le chap. VI y est consacré!), ou décrire un lieu, une excursion à terre... Ou les rencontres avec des personnages hauts en couleurs, indigènes ou bien Européens expatriés "dans les Îles". J'ai tiré de cette lecture le constat qu'encore une fois, London a nourri de ses observations personnelles sur le terrain, qu'on peut qualifier de "sociologiques", nombre de ses oeuvres ultérieures. J'ai relevé (p.256) la première notation (chronologiquement) des oreilles percées des "naturels" des Îles Salomon (qui lui resserviront dans Jerry dans les Îles et dans Fils du soleil). Et (p.268-269) l'histoire de l'aveugle qui a résisté toute la nuit à coup de flèches aux trois hommes qui venaient le tuer (mais ici, il subit le sort de la chèvre de Monsieur Seguin...).

Pour sa part, son épouse Charmian London a rédigé et publié le "journal de bord", cependant que leur cuisinier réalisait une captation photographique de la croisière. Ce dernier s'est ensuite lancé dans un documentaire cinématographique sur les Îles, dont, semble-t-il, il a pu tirer un bon prix, en capitalisant sur la notoriété des London.

Bien conscient que ma description est trop sommaire (je trouve particulièrement difficile de résumer ce  livre!), je signale que Chinouk en a parlé en 2018, avec des photos d'une exposition "Jack London dans les Mers du Sud" de 2017-2018, qu'a aussi présentée dans un long article publié en 2018 le blog Casoar (créé par des étudiants de l'Ecole du Louvre). Sur le livre seul, voir aussi le blog tour du monde (de Grenadine)

Et c'est avec cette croisière du Snark que je vais arrêter mes propres survols 2021 de l'oeuvre de Jack London - un peu frustré d'être resté le seul participant au Challenge depuis que j'ai entamé ma participation, en février 2021. Peut-être reprendrai-je dans quelques années - qui sait, en proposant moi-même un Challenge London-ien? Pour le moment, dans les prochains mois (jusqu'au 31 mars 2022), je vais me concentrer sur mon Challenge de la planète Mars

PS: il y a quelques semaines, en librairie, j'ai eu une lueur d'espoir, en y apercevant Martin Eden en 10-18 "neuf". Mais en regardant les copyrights, j'ai découvert que "10-18 est une marque d'Univers Poche" (groupe Editis?), et c'est tout... Enfin non, j'ai découvert sur leur site internet une autre marque, "12-21", qui propose quelques titres de JL en édition numérique et bilingue! Je suppose que la marque "15-25" a déjà été réservée pour publier du "young adult"... 

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dimanche 23 mai 2021

Une vie secrète - Aitor Arregi, Jon Garaño et Jose Mari Goenaga

Une vie secrète (La Trinchera infinita en VO), un film espagnol réalisé conjointement par trois réalisateurs, évoque 33 ans de la vie d'Higino Blanco et de sa femme Rosa entre 1936 et le début du Franquisme jusqu'en 1969.  Ce film m'a plu malgré sa longueur: 2H27. Higinio (Antonio de la Torre) et Rosa (Belén Cuesta) viennent de se marier quand la guerre d'Espagne éclate. Ils n'ont même pas eu le temps de partir en voyage de noces. Le film est découpé en chapitres plus ou moins long avec des verbes ou des noms communs en référence à ce qui arrive à Higinio. En 1936, cet homme est un Républicain recherché par les phalangistes qui réussissent à l'attraper, avant qu'il ne s'évade d'un camion. Après s'être enfui dans la campagne, il est contraint de revenir chez lui où il va se cacher dans une cache sous le sol de sa cuisine. Sa femme va être interrogée et maltraitée par les phalangistes, en particulier par un voisin Gonzalo qui épie et dénonce tout le monde. Il accuse Higino d'avoir tué son frère. Il est certain qu'avant d'être poursuivi, on ne sait pas ce qu'a fait Higino et ses camarades. Le temps passe, on est en 1944-45, Higino attend la victoire des alliés mais rien ne change en Espagne, Franco est toujours là. Higinio et sa femme emménagent chez le père d'Higinio dans le même village d'Andalousie. Là se trouve une cache plus grande dont l'entrée sont les portes d'un buffet. J'ai aimé le personnage de Rosa qui, même si elle ne se cache pas (elle n'est pas recherchée), va vivre la même vie recluse que son mari. Elle va néanmoins tomber enceinte et donner naissance à un petit garçon appelé Jaime qu'elle fait passer pour son neveu. Il y a plein de péripéties dans et autour de l'espace clos où Higinio est cloîtré. En 1969, Franco accorde l'amnistie à tous les crimes commis avant 1939. Le personnage d'Higinio est inspiré du destin d'une centaine de personnes qui ont vécu 30 ans terrés chez eux. On les a appelés les "topos", les taupes. C'est un film où il ne faut pas être trop claustrophobe. La caméra est très près des personnages dans des pièces exiguës. On a parfois l'impression parfois d'étouffer. Un film qui risque de passer inaperçu (peu de critiques dans la presse) et c'est bien dommage. Lire le billet de Wilyrah

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jeudi 20 mai 2021

Drunk - Thomas Vinterberg

Ca y est, les cinémas sont rouverts et pour ma première séance, hier soir, je suis allée voir Drunk de Thomas Vinterberg. L'histoire se passe à Copenhague de nos jours. Dans un lycée, quatre enseignants, Martin, Tommy, Peter et Nikolaj, respectivement  professeur de d'histoire, de sport, de philosophie et de musique, manquent de motivation. Martin est devenu ennuyeux. Il ne sait plus quoi raconter à ses élèves. Chez lui, ce n'est pas mieux. Il voit à peine sa femme qui fait des gardes de nuit et ses enfants ne l'écoutent plus. Le soir de l'anniversaire des 40 ans de Nikolaj, les quatre enseignants se retrouvent au restaurant. Lors de leur dîner bien arrosé (champagne, vodka et vin de Bourgogne), ils évoquent un philosophe norvégien qui a théorisé sur le fait que l'humain a besoin de 0,05 gr d'alcool dans le sang pour mieux supporter son existence et pour développer sa créativité. Dès son retour chez lui, Martin commence à mettre en pratique cette idée et il commence par boire du vin et puis des alcools de plus en plus forts, jusqu'à 20 heures en semaine, et pas le week-end. Ses collègues se joignent assez vite à lui dans des séances de saoulographie pour le moins spectaculaires. Quand on voit ces personnages à l'écran, on se demande comment ils font pour tenir. On les plaint beaucoup et on les envie un peu d'oser faire quelque chose pour essayer de changer leur vie d'homme. Les quatre acteurs sont formidables, Mads Mikkelsen en tête, qui prouve encore une fois être un très bon acteur et un bon danseur. Le final du film a un côté euphorisant. On a envie de chanter et danser.

Lire les billets de Pascale, ffred, mymp, et Wilyrah qui a écrit une critique et a interviewé le réalisateur.

Dans la salle, on était une cinquantaine de personnes qui ont gardé leur masque. J'étais vraiment ravie de cette soirée. Je me sens revivre.

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dimanche 16 mai 2021

La possibilité d'un livre (voyager) ?

J’ai (ta d loi du cine, « squatter » chez dasola) profité de l’absence de la propriétaire du blog (partie en province pour le long WE de l’Ascension, comme vous le savez) pour mettre le nez dans le cabas qui, chez elle, contient les livres en attente de départ, ceux dont elle envisage de se débarrasser. Hé oui, tant qu’à squatter, je ne fais pas les choses à moitié, moi. Cette fois-ci, il y en a vingt !

Et je me dis : « pourquoi ne pas les proposer en « livre voyageur » (comme cela se pratiquait souvent sur les blogs jadis) », plutôt que chercher à en tirer l’euro que l’aurait payé un Gibert repreneur d’occasion ? Peut-être que, si l’on ne voit plus beaucoup cette pratique, c’est à cause du renchérissement continu des frais postaux au fil des ans ? Bien entendu, dasola, je m’engage à les prendre en charge !

Voici la liste:

Quand il m’arrive de demander à Dasola pourquoi elle se sépare de tant de livres, la réponse est : je sais que je ne les relirai jamais, ceux-là / Je n’ai plus de place / ...

Et, au fond du sac, il y avait même quelques DVD:

  • The Outsider (série, non chroniquée)
  • L’aliéniste (série, non chroniquée)
  • The Killing (série - l’ultime saison, non chroniquée)
  • KORE-EDA Hirokazu : The Third murder (DVD encore emballé ! Un achat en double, je suppose…)

A votre choix, donc ! Signalez ici quel titre vous intéresse, puis dites en "contact privé" (échange par mail) vers quelle adresse le poster (ou, si vous êtes à Paris, on peut peut-être se croiser?). Rien ne vous interdira, ensuite, de les "mettre en quarantaine" quelques jours, à défaut de les badigeonner de gel hydroalcoolique...

Offre valable jusqu'au 15 juin 2021 !

PS : si ce billet en est arrivé au stade de la publication, c’est bien entendu qu’il y a eu, pour le moins, un Nihil obstat de la part de la propriétaire du blog.

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samedi 15 mai 2021

Au prochain arrêt - Hiro Arikawa

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Etant en province pour ce week-end de l'Ascension, je suis allée dans une librairie que je fréquente régulièrement. Pour moi, c'est chaque fois un plaisir renouvelé d'entrer dans cette librairie car je sais que je trouverai toujours mon bonheur. Et depuis mars 2021, cette librairie indépendante applique à nouveau 5% de réduction sur l'achat des livres, ce que ne fait pas encore ma librairie de quartier à Paris.

Au prochain arrêt d'Hiro Arikawa, paru en mai 2021 (Actes sud, 183 pages), nous emmène au Japon dans la région de Kobé et Osaka, de nos jours, sur une ligne de chemin de fer comportant huit gares. On va parcourir la ligne à l'aller et au retour entre Takarazuka et Nishinomiya. Et au fur et à mesure des arrêts, des personnages monteront et descendront des wagons. Ainsi, à l'aller, on fait la connaissance de Tokié, une grand-mère et sa petite-fille Ami; Shoko, une jeune femme habillée dans une robe blanche coûteuse qui revient d'un mariage où le marié était l'homme avec qui elle devait s'unir après cinq ans de fiançailles. Il a préféré en épouser une autre qui est tombée enceinte de ses oeuvres. Masashi, un jeune homme et Yuki, une jeune femme vont nouer une relation lorsqu'ils vont découvrir après un pont sur lequel passe le train, le caractère "vie" créé par un alignement de pierres. Misa, une jeune fille, se dispute avec Katsuya, son bon à rien de petit ami qui la bat. Un groupe de lycéennes se font remarquer en parlant fort. Elles se moquent du copain (pas présent) d'Etchan, l'une d'entre elles. Cet ami un peu plus âgé et qui travaille, n'est pas capable lire certains idéogrammes japonais et il ne sait pas repasser une chemise. Enfin, un autre jeune homme à la tenue un peu punk s'intéresse à une jeune femme qui observe au loin des hélicoptères en opération et un "torii". Ils vont tous plus ou moins se croiser, se parler, donner leur opinion. On les retrouve tous presque six mois plus tard sur le trajet du retour. Les relations entre certains personnages ont évolué. J'ai été une fois de plus intéressée par les comportements des Japonais, vieux ou jeunes. Tout est codé. J'ai aimé ce court roman qui se lit bien. C'est le deuxième ouvrage traduit en français de cette romancière née en 1972, après Mémoires d'un chat que je n'ai pas encore lu. 

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vendredi 14 mai 2021

La voie martienne - Isaac Asimov

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Cette fois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) mets en orbite une seconde contribution au Challenge de la planète Mars, en espérant que ce lancement me permettra bien de rester sur une trajectoire d'un minimum de 13 contributions. Ce billet devrait aussi pouvoir compter pour le 9e Challenge de l'imaginaire proposé par Ma Lecturothèque!

Quatre nouvelles figurent dans ce livre "hors cycles" d'Isaac Asimov, La voie martienne. La nouvelle qui donne son nom au recueil n'est pas la plus longue, avec une cinquantaine de pages seulement contre plus de 90 pour la dernière. Je peux également noter que mon édition (imprimée en novembre 2019) ne présente pas de préface d'Asimov comme d'autres de ses recueils où il évoquait les circonstances de rédaction, et notamment la réception des textes par les rédacteurs en chef des magazines de SF de l'époque. 

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La voie martienne dont il s'agit ici, c'est la voie étroite et propre (différente de celle de la planète Terre) que sont contraints d'emprunter la planète Mars et les colons qui la peuplent pour conquérir leur indépendance énergétique, en tout premier point par rapport au carburant indispensable aux voyages dans l'espace: H2O, autrement dit... l'eau, lorsque le gouvernement terrien envisage d'en restreindre l'exportation hors de notre "planète bleue". Après le gaspillage, quelques générations auparavant, du pétrole et du charbon, certains démagogues terriens s'appuient sur la peur de manquer d'eau pour demander que la terre cesse d'en exporter vers les colonies installées dans l'espace (Mars, Vénus, la Lune), au motif que les lourds investissement consentis pour ces colonies ne sont rentables ni financièrement ni en terme de retour de "ressources naturelles" (minerai de fer, magnésium, titane, récupération des métaux en quoi sont confectionnés les grands réservoirs jetables indispensables au départ des vaisseaux spatiaux, lesquels semblent propulsé par l'éjection de... vapeur d'eau?). Je n'ai absolument pas vérifié le calcul, mais il est dit qu'un kilomètre cube d'eau pèse 4,5 milliards de tonnes, tandis que 50 000 vols consommeraient moins de deux kilomètres cubes... arguments de politiciens! Les "récupérateurs" martiens sillonnent l'espace entre Mars et la terre ("récupérer fait partie de la condition martienne", p.9). L'installation des ex-terriens sur Mars semble récente, puisque la troisième génération de "martiens" ne consiste encore qu'en quelques centaines de bébés sur 50 000 âmes. En tout cas, lorsque commence la nouvelle, l'économie circulaire n'est pas "bouclée" puisque chaque vol spatial "consomme" 100 000 tonnes d'eau terrienne (alors que sur Mars, elle est sévèrement rationnée: en cas d'invitation à dîner, la politesse veut que l'on amène sa ration d'eau...). Je me suis d'autant plus posé la question de savoir si l'installation sur Mars n'était pas une parabole de la création d'Israël (1948 - et il a aussi été question là-bas de mobiliser de l'eau pour un sol aride!) que le leader démagogue se nomme Hilder. Bref, une fois le blocus sur l'eau instauré, les récupérateurs vont devoir mettre au service de Mars leurs aptitudes professionnelles (passer des mois dans des vaisseaux spéciaux bien plus "spartiates" que ceux utilisés par les Terriens "de souche"). La parution en anglais a eu lieu plus d'une vingtaine d'années avant le premier choc pétrolier (en 1973, les pays producteurs de pétrole ont tâché de restreindre l'accès de l'Occident à cette ressource jusqu'alors bon marché), celle en français après.

Je n'ai pas réussi à percevoir d'unité dans le recueil, mais l'agencement des nouvelles remonte à la première publication du recueil en anglais, en 1955 (publication de la nouvelle dans la revue Galaxy Science Fiction en 1952, première traduction en français chez J'ai Lu en 1978). Pour dire quelques mots des autres nouvelles comprises dans le recueil:

Ah! Jeunesse: deux garnements, en villégiature à la campagne, s'amusent avec de drôles d'animaux qu'ils ont mis en cage. De leur côté, leurs pères s'inquiètent du sort des ambassadeurs attendus d'une autre planète. Hé oui, on a souvent besoin de plus petit que soi!

Les profondeurs: La civilisation américaine des années 1950 peut-elle se montrer suffisamment accueillante pour des "réfugiés planétaires"?

L'attrape-nigaud: si ma propre mémoire est bonne, le thème de l'humain présentant des capacités supérieures à celles d'un ordinateur a aussi été utilisé par Asimov dans une tout autre nouvelle, La sensation du pouvoir (1957) du recueil Le robot qui rêvait (où il est envisagé d'utiliser des "calculateurs humains" sacrifiables pour piloter des missiles habités: "on peut plus facilement sacrifier un homme qu'un ordinateur", comme pérore un général). Ici, dans L'attrape-nigaud, les humains surdoués chez lesquels on a cultivé l'hypermnésie par une éducation intégralement dédiée après sélection jouent essentiellement un rôle d'"association d'idées" en recourant à l'index que constitue leur cerveau saturé d'informations hétéroclites accumulées par plaisir sans savoir si elles serviront un jour. Cependant qu'une société utilitariste ne retient, elle, que ce qui peut lui servir dans l'immédiat - et s'empresse d'oublier ce qui lui semble inutile. Belle démonstration de la différence entre recherche fondamentale et recherche appliquée... Je ne dirai rien de plus du contenu de cette longue nouvelle, si ce n'est qu'elle ne concerne pas Mars.

On peut aussi lire des chroniques sur le recueil chez AnudarCapitaine café (dernier billet en mai 2020) ou Je lis la nuit (en pause depuis septembre 2018). Anna du blog Scifilisons l'évoque aussi.

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mercredi 12 mai 2021

Un flic - Jean-Pierre Melville

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Un flic est le dernier film qu'ait réalisé Jean-Pierre Melville en 1972. Je ne l'avais jamais vu. Je dirais que ce n'est pas son meilleur mais il y a des séquences marquantes comme la scène d'ouverture qui se passe en décembre quelque part dans une ville balnéaire battue par les vents et la pluie. Il se dégage une atmosphère lugubre. Quatre hommes pas très jeunes sortent d'une voiture, ils vont braquer une banque. Plus tard dans l'histoire, la nuit un train est survolé par un hélicoptère à bord duquel se trouve un homme, Simon, l'un des quatre braqueurs. Il descend avec un treuil pour s'introduire dans le train. Il va s'emparer d'une mallette pleine de drogue. Pendant ce temps-là, Edouard Coleman (Alain Delon), un flic austère, commence ses journées en parcourant l'avenue des Champs-Elysées déserte en voiture. Il est l'amant de Cathy (Catherine Deneuve) qui est aussi la maîtresse de Simon (sans forcément que l'un et l'autre le sachent). Comme souvent, chez Melville, on trouve une séquence se déroulant dans un night-club. Une fois de plus, il faut noter le peu de dialogues réduits au minimum. Plus que le film, j'ai beaucoup apprécié le documentaire de 25 minutes en bonus où sont interviewés Florence Moncorgé-Gabin et Jean-François Delon (le demi-frère). Elle débutait comme script-girl et lui était assistant-réalisateur sur le film de Melville. Ils racontent diverses anecdotes intéressantes.

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mardi 11 mai 2021

Le cabaret de la dernière chance - Jack London

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C'est grave, docteur? Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) n'arrive plus à me détacher du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à ... "plus soif, je veux dire plus lire!" par ClaudiaLucia. Pour soigner le mal par le mal, j'ai donc décidé de traiter d'un titre un peu à part dans l'oeuvre de London, dans la mesure où c'est l'histoire de sa vie (envisagée sous un certain angle) que l'écrivain revisite. Jack London y confesse s'adonner à la boisson, mais nie être en proie à une addiction physiologique, et prétend boire uniquement par choix. Il met dans la bouche de son épouse: "tu n'es ni alcoolique ni dipsomane; tu as simplement pris l'habitude de boire" (fin du 1er chapitre, p.29).

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Le Cabaret de la dernière chance est le titre trouvé par Louis Postif lorsqu'il a traduit en 1928 John Barleycorn, rédigé fin 1912 et publié en 1913 (trois ans avant la mort de Jack London). "A La dernière chance", chez Johnny Heinhold, c'est un bar, naturellement (p.80). Cet ouvrage est qualifié de "roman autobiographique" sur Wikipedia [consulté le 08/05/2021] - qui m'apprend aussi que Philippe Jaworski l'a retraduit en 2016 pour une édition dans La Pléiade (Gallimard). On pouvait traduire le titre original par "Jean Grain d'Orge" - cet orge qui permet de fabriquer aussi bien la bière que le whisky. Dans son enfance, Jack London a été emmené au bistrot par le mari de sa mère (même si le bambin n'y dégustait qu'un biscuit apéritif, ou exceptionnellement un soda au sirop [menthe ou grenadine?]), raconte-t-il. A cinq ans, il vide "pour ne pas gâcher" le trop-plein d'un lourd seau de bière qu'il devait porter pour l'amener aux champs. A sept, il a peur de refuser d'avaler les verres de vin qu'un imbécile pose devant lui. Mais c'est à partir de 14 ou 15 ans qu'il a pris conscience que la boisson était un rite social de convivialité, indispensable pour s'intégrer aux groupes humains à la reconnaissance desquels il aspirait. Impossible de refuser un verre offert. Pourtant, notre jeune homme nous affirme ne pas aimer, à cette époque, ni le goût de l'alcool, ni la sensation d'ivresse. "Boire était un des modes de l'existence que je menais, une habitude des hommes avec qui j'étais mêlé". Et le jeune London préférait pour sa part lire en suçant des sucreries! "Des dollars et des dollars gaspillés au comptoir ne pouvaient me procurer la même joie que ces vingt-cinq cents dépensés chez un confiseur". Pour son malheur, il "tenait" bien l'alcool: encore un moyen d'épater les autres! Alors, une fois qu'il a enfin compris que tout verre offert doit être rendu (toute tournée payée par un autre en appelant une suivante), la pompe s'est amorcée... même si London, tout au long du livre, prétend se distinguer des "ivrognes".

Tout est dit dans une longue citation (p.108) - qu'il s'évertue à ne pas prendre à son compte. "Ainsi procèdent les fidèles de John Barleycorn. Quand la fortune leur sourit, ils boivent. Si elle les boude, ils boivent dans l'espoir d'un de ses retours. Est-elle adverse? Ils boivent pour l'oublier. Ils boivent dès qu'ils rencontrent un ami, de même s'ils se querellent avec lui ou perdent son affection. Sont-ils heureux en amour, ils désirent boire pour augmenter leur bonheur. Trahis par leur belle, ils boiront encore pour noyer leur chagrin. Désoeuvrés, ils prennent un verre, persuadés qu'en augmentant suffisamment la dose, les idées se mettront à grouiller dans leur cervelle, et ils ne sauront plus ou donner de la tête. Dégrisés, ils veulent boire; ivres, ils n'en ont jamais assez". 

Marin, chercheur d'or, reporter, auteur à succès, maître à bord sur son yach en croisière: d'après ce témoignage, chaque étape de la vie de Jack London s'est déroulée au contact de l'alcool, d'une manière ou d'une autre. Y compris, sur la fin (p.262), quand boire a fini par devenir un besoin, parce que l'écrivain professionnel n'arrivait plus à rédiger ses mille mots quotidiens s'il n'avait pas sa dose d'alcool. Cette lecture est un peu désespérante de par les choix néfastes qui sont faits (et assumés). La fin du livre dépeint parfaitement la "tolérance", c'est-à-dire le besoin d'augmenter la dose pour obtenir l'effet souhaité... jusqu'à ce que le livre se termine comme il a commencé: par l'annonce d'un vote de London en faveur du suffrage féminin, dans l'espoir que les femmes s'engagent pour la prohibition de l'alcool. Vision pessimiste, p.307: "moi je crie que nos jeunes gens ne doivent plus avoir à se battre contre le poison. Pour qu'il n'y ait plus de guerre, il faut empêcher les batailles. Pour supprimer l'ivrognerie, il faut empêcher de boire. La Chine a mis fin à l'usage général de l'opium en interdisant la culture et l'importation de l'opium. Les philosophes, les prêtres et les docteurs de la Chine auraient pu prêcher jusqu'à extinction de voix, prêcher pendant mille ans, et l'usage de la Drogue aurait continué sans ralentir tant qu'il aurait été possible de s'en procurer. Les hommes sont ainsi faits, voilà tout."

Ma propre édition a été imprimée en août 1981, je l'ai achetée en 1995 (il existe aussi une édition orange que je ne possède pas). Ele est précédée, comme mes autres "10-18", d'une préface de Francis Lacassin. Celui-ci insiste sur la fin de vie de London, qui selon lui s'est conclue par un suicide, thèse que l'historiographie semble depuis avoir remis en doute (?). Bien évidemment, on ne peut s'empêcher de relever les récits où notre héros frôle la noyade, ainsi que la phrase (à propos de la possibilité de passer en 3 ans de l'état d'ouvrier à celui d'écrivain reconnu): "Martin Eden, c'est moi" (p.229).

Voir les billets de Shangols  et de Ruedeprovence. Pour l'anecdote, j'ai découvert lors de mes recherches l'existence d'une chanson d'Yves Montand portant le même titre que le livre (?), mais sans la trouver chantée par lui en ligne. 

Jack London est mort sans avoir connu le XVIIIe amendement de la Constitution des Etats-Unis (instaurant la Prohibition). Les Alcooliques Anonymes, popularisés par Joseph Kessel dont la troisième épouse avait une addiction à l'alcool (il a écrit Avec les alcooliques anonymes en 1960), sont apparus en 1935. Faire une liste des oeuvres littéraires ayant évoqué l'alcoolisme serait fastidieux (je me rappelle Polyphème enivré par Ulysse aux mille ruses dans l'Odyssée). L'alcoolisme est reconnu comme une maladie par l'OMS depuis 1978. 

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