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En cette période estivale mais un peu morose, je vous conseille de lire les 181 pages de Le bonheur est au fond du couloir à gauche de J.M. Erre (Editions Buchet Chastel), un écrivain que je lis avec délectation depuis Série Z en 2010. Dans ce roman, le narrateur s'appelle Michel H. (comme Michel Houellebecq), son auteur de chevet. Depuis sa naissance, Michel est sujet à des troubles de l'humeur. Cela s'est passé lors de la première tétée. "Il paraît que je refusais obstinément de prendre le sein, sans doute par volonté de boycotter l'hypocrite pot de bienvenue offert après mon expulsion sauvage". Le roman débute quand Michel a 25 ans. Il vient d'être quitté par sa copine Bérénice (qui revient quelques minutes plus tard pour récupérer son Camus L'Etranger). En partant, elle l'a traité de "taré". Dès que l'on frappe à la porte de son studio, Michel croit que Bérénice revient. Mais non, c'est son voisin, Monsieur Patusse, qui lui demande de ne pas claquer les portes, surtout un dimanche matin quand les gens ont besoin de se reposer après une semaine de travail, pour ceux qui travaillent bien sûr. Michel saisit l'allusion, lui qui "n'exerce pour l'heure nulle activité salariée destinée à m'épanouir socialement trente-cinq heures par semaine, ... à cotiser cent soixante-douze trimestres avant de mourir à taux plein, mais je tiens à à rassurer mon voisin: cet état n'est que provisoire". Il tranquillise Monsieur Patusse, les portes ne claqueront plus, car Bérénice l'a quitté. Selon Houellebecq, il y a une impossibilité ontologique d'une relation de couple satisfaisante et pérenne. On peut estimer les chances d'un retour de Bérénice entre le peu probable et le carrément foutu. Le narrateur conseille aux personnes traversant des moments de déprime de visionner les vidéos de meetings électoraux. En particulier les discours des candidats à la présidentielle. Et dans les moments les plus noirs, il n'y a qu'un qui lui apporte du réconfort. Le jeune président aux dents du bonheur qui annonçait l'arrivée du nouveau monde pendant la campagne de 2017. Le remède ultime. Emmanuel. Dont le sens littéral est "Dieu est avec nous". Michel considère qu'après vingt-cinq ans de vie en forme de malentendu, l'heure est venue de poser un acte fort. Cette fois, c'est décidé: je vais me suicider. Mais avant cela, il est tout de même décidé à reconquérir Bérénice en lisant des traités de développement personnel. Je m'arrête là. Le roman est très amusant de bout en bout. J.M. Erre a le sens de la formule qui fait du bien. Un remède contre la tristesse. Vous pouvez lire tous les romans précédents de J.M. Erre sans modération. Mes billets ici, ici, ici et . Lire les billets de Pierre D, Cathulu et Titine.