vendredi 19 mars 2010

Le camion blanc - Julie Resa

Ce "livre voyageur" a fait un arrêt chez moi, après avoir stationné chez Manu que je remercie, et avant de continuer sa route vers chez Stephie. Il s'agit du premier et court roman (89 pages, 29 chapitres et 1 épilogue) de Julie Resa (Editions Buchet Chastel). Le camion blanc du titre sert de souffre-douleur à une femme, qui vient d'être maman d'une petite Elise et qui a perdu sa propre mère décédée un an plus tôt. Cette jeune femme, S. Milo, est une Parisienne qui s'est retirée en province dans une petite ville. Elle est venue vivre chez son père de plus en plus vieux et ronchon dans une rue déserte et tranquille. Un jour, elle se retrouve nez à capot avec un camion blanc stationné dans la rue. Semblant abandonné, il détonne et fait tache dans le paysage. Pendant toute l'histoire, elle n'aura de cesse de faire partir ce camion: détérioration, lettre anonyme ou non, plainte auprès du commissariat et même pire... Elle est obsédée par ce véhicule qui ne lui a rien fait mais il est au mauvais endroit, au mauvais moment. S. Milo souffre d'une grave dépression post-natale qui va provoquer un dommage collatéral regrettable. Peut-être saura-t-on en tout cas son prénom, ou son nom de jeune fille (qui n'apparaissent jamais) dans un prochain volume? Premier roman bien écrit. Julie Resa est une auteur à suivre.

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mardi 9 mars 2010

La clé des mensonges - Jean-Bernard Pouy

Jean-Bernard Pouy, l'auteur des aventures du Poulpe, a reçu, pour La clé des mensonges, le Prix du polar 1989. C'est le premier roman que je lis de cet auteur et cela ne sera pas le dernier (j'en ai deux autres dans ma PAL). Paru en folio policier, La clé des mensonges est un roman assez court (180 pages), et haletant, puisque nous suivons deux personnes en cavale à leur corps défendant. Le roman alterne deux récits dans le temps, qui se rejoignent à un moment donné. Cela commence à la gare d'Austerlitz et se termine vers Carcans-Plages, dans la région de Bordeaux. L'histoire est narrée à la première personne par le maréchal des logis de gendarmerie Pierre Zapala, 55 ans, veuf et à 15 jours de la retraite. Il est chargé, avec son collègue Morzodec, d'escorter une jeune femme d'une vingtaine d'années, menottée. Elle est le témoin-clé dans une affaire criminelle, avec en toile de fond un trafic d'armes et d'oeuvres d'art. Dans le train, ils se font tirer dessus par on ne sait qui et Morzodec est tué. La cavale commence pour Zapala et la jeune femme, Alix. Ils sont poursuivis par des tueurs et des policiers. Alix avale une clé qu'elle avait à une chaîne autour du cou. Cet objet de convoitise ouvre un coffret renfermant quelque chose, mais quoi? Au bout du compte, cette partie de l'histoire nous est dévoilée par bribes à la page 120, mais cela demeure flou et reste seulement un prétexte. L'auteur préfère se concentrer sur les deux fugitifs aux rapports d'abord houleux et tendus mais qui finissent par se tolérer et s'entraider, car ils ne peuvent faire autrement. On voit une évolution dans leur relation qui devient un rapport père/fille. Je trouve que le titre "La grande illusion" conviendrait bien. On peut dire que Zapala n'aura jamais autant vécu que ces quelques jours. J'ai aimé ce style direct et ces phrases courtes. A découvrir.

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lundi 1 mars 2010

Underworld USA - James Ellroy

Ce n'est pas évident de parler d'un livre aussi foisonnant. Je me contenterai de quelques considérations qui j'espère, vous donneront envie au moins de commencer à lire ce livre. J'ai mis deux semaines pour terminer ce "pavé" de 840 pages imprimé sur papier fin. Le roman de James Ellroy se divise en 5 parties et 131 chapitres. Underworld USA (Editions Rivages) clôt la trilogie commencée avec American Tabloid et American Death Trip (pas lus - AT est planqué, avec une dédicace, derrière mes PAL). L'histoire se passe aux Etats-Unis entre le 14 juin 1968 (peu de temps après la mort de RFK - Robert Fitzgerald Kennedy) et MLK - Martin Luther King) et le 3 mai 1972, en plein règne de Richard Nixon qui à la fin parle déjà de micros cachés au Watergate. Il y a aussi un prologue de 4 pages qui consiste en une description magistrale et très cinématographique du braquage d'un transport de fonds qui a eu lieu le 24 février 1964 à Los Angeles: bilan de 6 morts mais un butin de quelques millions de dollars et plusieurs dizaines d'émeraudes qui disparaissent (c'est le fil rouge de l'histoire: que sont devenues ces émeraudes et à quoi ont-elles servies?). Le reste du roman est un peu de l'histoire de l'Amérique vue par James Ellroy, où Edgar Hoover (homosexuel, raciste et grand patron du FBI pendant 50 ans), Howard Hughes (surnommé Dracula, avionneur milliardaire), Sal Mineo (un des acteurs de La Fureur de vivre de Nicholas Ray), personnages ayant existé, côtoient des personnages a priori fictifs, comme Dwight Holly, agent du FBI, Wayne Trudrow, ancien flic et bon chimiste travaillant pour la pègre, Donald Crutchfield, détective privé, Scotty Bennett, inspecteur de police assassin et violent, Marshall Bowen, un noir qui infiltre des partisans de groupuscule "blacks" qui menacent la tranquillité de l'Amérique "blanche" de Hoover. Il y aussi trois ou quatre très beaux personnages féminins, Joan Rosen Klein, Karen Sefakis, Celia Reyes et Mary Beth Hazzard. C'est un roman où l'on apprend la mainmise des Etats-Unis sur la République Dominicaine (RD dans le texte), et comment HaÏti et les Haïtiens (descendants d'esclaves noirs) sont méprisés par les Dominicains (d'ascendances espagnole et française). Les Haïtiens étant considérés comme de simples tueurs de poules pour les rites vaudous. Puis on apprend aussi comment, en RD, les hôtels et les casinos se sont implantés grâce aux pots-de-vin versé par les Américains au dictateur dominicain de l'époque et à ses sbires. A part ça, je n'ai pas évoqué la narration proprement dite qui est pleine de ramifications compliquées (mais je n'ai pas trop perdu le fil). C'est un roman ample, bien construit, avec un style particulier propre à Ellroy qui utilise beaucoup d'acronymes et des termes peu châtiés. Il y est beaucoup question de drogues de toutes sortes, d'alcool, d'amphétamines, de tortures, de meurtres, de sang versé. Et pourtant, de la tendresse se dégage dans certains passages. Je ne regrette pas ma lecture et puis cela m'a fait plaisir de relire du James Ellroy que j'avais abandonné après Le Dahlia Noir (très bien). Du même auteur, je recommande aussi les trois premiers parus (et qui l'ont fait connaître au public français). Ils sont publiés en Rivages poche: Lune sanglante, A cause de la nuit et La Colline aux suicidés, avec le détective Lloyd Hopkins.

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jeudi 25 février 2010

Last exit to Brest - Claude Bathany

Cette fois-ci, c'est grâce au billet d'Alain sur le nouveau roman de Claude Bathany, Country Blues, paru aux Editions Métailié Noir, que j'ai voulu connaître cet écrivain français en commençant par son premier titre paru, Last Exit to Brest (2007) chez le même éditeur. Le roman de 140 pages est composé de deux parties (deux faces): Solos et Chorus. En effet, Last Exit to Brest est le nom d'un groupe de rock brestois dont les membres sont présentés tour à tour dans de courts chapitres par le manager du groupe, Alban Le Gall, qui est le "fil rouge" et le narrateur de l'histoire policière. Alban Le Gall, agent de sécurité, homosexuel de quarante-cinq ans, est un homme genre "nounours" auquel on s'attache tout de suite. D'ailleurs, la plupart des personnages sont décrits avec une tendresse certaine. Chaque chapitre se termine par des articles tirés de la rubrique "faits divers" du Télégramme de Brest qui nous dévoilent peu à peu comment des membres du groupe vont se trouver mêler (plutôt à leur insu) à une affaire qui a commencé par un braquage suivi de plusieurs cambriolages de distributeurs de billets de banque (au cours desquels un homme sera tué). Le malheureux sera le premier mort d'une longue série. Claude Bathany (né à Brest en 1962) nous fait partager son attachement à sa ville natale avec sa rade ainsi que son goût pour la musique. Le groupe "Last Exit to Brest" se produit dans un bar brestois appelé le Larsen qui se retrouve être un des lieux principaux de l'intrigue. Merci encore à Alain pour cette belle découverte. J'ai prévu de lire Country Blues très prochainement (je l'ai déjà acheté, bien sûr) [chroniqué le 23/03/2010].

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dimanche 21 février 2010

La vengeance du Wombat (et autres histoires du bush) - Kenneth Cook

Après Le Koala tueur (et autres histoires) [voir le billet de Keisha, car pour ma part je l'avais lu en 2009, mais pas chroniqué], les éditions Autrement publient à bon escient La Vengeance de wombat (et autres histoires du bush), du regretté Kenneth Cook (1929-1987). Voici 14 nouvelles d'une dizaine de pages chacune à lire si vous êtes morose. Elles sont hilarantes et vous permettent de faire connaissance d'animaux que l'on ne trouve nulle part ailleurs qu'en Australie (ou presque), et des autochtones (certains déjà présents dans le premier recueil) qui vont de bar en bar en buvant de la bière fraîche, car dehors les températures frisent les 45° à 50° à l'ombre (quand il y en a). Kenneth Cook est le narrateur des histoires où il se trouve embarqué parfois au péril de sa vie. Il faut le lire pour le croire (et encore...). J'aurais bien aimé rencontrer cet écrivain australien. Au cours des aventures de ce volume, il affronte un wombat (une créature que ressemble à un ourson), un quokka (c'est un genre de wallaby) "tueur", un kangourou au mauvais caractère, un requin, un lézard, un crocodile, un molosse, des cochons sauvages ou un buffle, sans parler du "king brown" (le serpent le plus venimeux du monde), et entend parler (en même temps qu'un ethnologue - les universitaires en prennent un peu pour leur grade) des koalas explosifs car ils se nourrissent d'essence d'eucalyptus (et qui dit essence, dit explosion). Kenneth Cook qui est en léger surpoids n'a pas beaucoup de tendresse pour tous ces animaux (ils le lui rendent trop bien), même s'il ne leur veut pas de mal. Il y avait longtemps que je n'avais pas autant ri en lisant un livre, car le style est très humoristique et la traduction excellente. D'après la quatrième de couverture de l'ouvrage, il semble qu'il existe un troisième recueil dans la même veine que les deux premiers qui ont été des "best-sellers". J'ai hâte qu'il paraisse en traduction *.

* Il suffisait de le demander: lire mon billet sur L'ivresse du kangourou.

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mercredi 17 février 2010

Vers l'aube - Dominic Cooper

C'est en lisant le billet d'eeguab que j'ai eu envie de découvrir ce roman d'un écrivain écossais, Dominic Cooper, Vers l'aube (Editions Métailié), et je ne le regrette pas. Ce roman n'est pas d'une lecture facile parce que l'auteur fait beaucoup de descriptions de paysages et de faune d'une région peu connue: une des îles au large de l'Ecosse avec ses Lochs. Je reconnais que j'ai eu du mal à me faire une idée de ce qui est décrit mais ce n'est pas trop grave. Nous suivons le périple de Murdo Munro, bientôt 59 ans, qui vient de perdre son travail (il boit) à la voirie de la petite ville d'Acheninver. Il y vit avec sa femme, Margaret, pour qui il ne ressent plus que de la haine. Mariés depuis 26 ans, ils marient leur fille Flora (méprisante envers son père) un 4 août. Pendant que se déroule la cérémonie religieuse, Murdo part brusquement en plein milieu. Après avoir pris quelques provisions et vêtements, il met le feu à sa maison et quitte le village sans se retourner. Il a l'intention d'aller voir sa soeur Bessie qui vit sur une autre île. La nature qu'il traverse est quelque peu hostile avec ses ravins et ses montagnes. Il y a aussi des lacs à traverser. La plus grande partie du roman nous fait partager le cheminement long et difficile de cet homme qui, après avoir retrouvé sa soeur qu'il n'avait pas vue depuis douze ans, décide de retourner chez lui prêt à payer peut-être sa faute (la maison en ruine appartenait à la municipalité). Chez sa soeur, il aura été en butte à l'hostilité d'un habitant de la maisonnée, mais se sera fait un ami en la personne d'un petit garçon. Toute l'histoire se passe sur trois semaines. C'est un livre âpre sur un homme qui a raté sa vie par timidité ou qui n'a pas su s'affirmer. Ce roman dont il faut noter un côté répétitif dans certaines descriptions ou dans les termes employés a ennuyé Kathel (ce que je regrette) et est relativement court (moins de 200 pages). Voir aussi la critique mitigée d'Aifelle et celles élogieuses de Keisha et de Marie.

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samedi 13 février 2010

Sylvia - Leonard Michaels

Les confessions/journal/mémoires de cet écrivain universitaire disparu en 2003 sont un de mes coups de coeur de ce début d'année. Dans Sylvia, qui vient d'être traduit en français (édition Christian Bourgois), Leonard Michaels raconte pendant 150 pages l'histoire du couple qu'il a formé avec sa première épouse. Ils se sont aimés tout en n'arrêtant pas de se déchirer et de se disputer continuellement. Leur relation fut passionnelle mais douloureuse. Leonard a aimé Sylvia au premier regard après l'avoir rencontrée chez une amie commune à New York. Sylvia Bloch lui rappelait "les statues égyptiennes avec sa silhouette, la surface lisse de son visage avec sa large bouche ainsi que de longs cheveux noirs d'Asiatique". Quand il rencontra Sylvia en 1960, Leonard Michaels venait juste de rentrer à New York après deux ans de thèse (inachevée) à l'université de Berkeley en Californie. Il voulait à présent écrire des histoires. Sylvia et Leonard ont emménagé dans un appartement situé au sud de Manhattan. Leur relation a duré quatre ans entre 1960 et 1964, jusqu'à la fin brutale et tragique de Sylvia à l'âge de 24 ans. Ils s'étaient mariés en 1962. Leonard Michaels, qui avait 29 ans à l'époque, a attendu presque 30 ans (jusqu'en 1992) pour écrire sur cette période sentimentale de son existence pendant laquelle il a croisé ou entendu Miles Davis, Lenny Bruce ou même Jack Kerouac. Quand j'ai refermé ce livre, je me suis dit que j'avais lu un hymne à l'amour magnifique mais tragique raconté de manière pudique. La vie de couple que Leonard Michaels décrit n'est pas une sinécure, car au travers des pages, on comprend vite que Sylvia, qui était une enfant précoce, avait un tempérament instable, cyclothymique, auto-destructrice et masochiste. En résumé, elle était très malheureuse sans qu'il puisse faire quelque chose pour soulager sa peine. Bien au contraire, jour après jour, leur relation était une épreuve autant pour lui que pour elle. Pour éviter le conflit, il essayait toujours d'arrondir les angles, de faire comme elle voulait que les choses se passent. Leonard n'a pas su deviner ce qui allait arriver. Je conseille vivement de découvrir ce livre où sont disséminés quelques extraits du journal de l'auteur. Voir aussi les billets d'Amanda et d'Esmeraldae.

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vendredi 5 février 2010

Père des mensonges - Brian Evenson

Après avoir lu de nombreux billets avec des avis positifs (cuné, keisha, stephie, cathulu, amanda, leiloona, et pimprenelle) sur Père des mensonges de Brian Evenson (Editions du Cherche-midi), je l'ai acheté et lu très vite. Mais depuis que j'ai fait cette lecture, je ne sais pas quoi en penser. J'ai plutôt apprécié ce roman perturbant, mais avec des réserves. Je trouve que l'auteur a écrit son roman de façon trop neutre (j'espère que c'est voulu). Son héros, Fochs, doyen laïc d'une secte religieuse (la Corporation du sang de l'agneau, les Sanguistes), vient de commettre des actes aussi épouvantables que le viol sur des jeunes garçons et le viol suivi du meurtre d'une jeune fille. Evenson ne juge pas Eldon Fochs, puisque la plus grande partie du récit est écrite à la première personne du point de vue de Fochs. On pourrait croire qu'Evenson est presque de son côté et compatit à ses troubles de la personnalité. Il y a là une ironie qui m'échappe un peu. On ne sait pas trop à quelle époque (ni en quel lieu) cela se passe même si on devine qu'il s'agit d'une période contemporaine, aux Etats-Unis. Le plus terrible dans l'histoire, c'est l'impunité dont Fochs bénéficie malgré ses crimes, parce qu'il est un membre éminent d'une secte religieuse et que ce sont les victimes qui sont coupables de ne pas assez croire en Dieu. Quand le roman commence, Fochs vient de suivre une psychothérapie suite à des cauchemars perturbants et des crises de somnambulisme. Les conclusions du psychothérapeute sont accablantes pour Fochs mais il ne faut pas que cela se sache. Par la suite, il va perpétrer un crime envers un être proche, sans parler des rapports incestueux avec sa fille aînée. En y repensant, je pense que Fochs est, sous la plume d'Evenson, une espèce d'ectoplasme dans un contexte artificiel pour parler d'un sujet douloureux et qui reste malgré tout tabou. Je n'ai pas été très convaincue par les passages où "Tête sanglante" (vous verrez vous-même de qui il s'agit) fait des siennes. C'est quand même dur de se mettre dans la peau d'un schizophrène pédophile. Je ne suis pas sûre qu'Evenson ait réussi ces passages. Quoi qu'il en soit, je ne regrette pas ma lecture, mais je la conseillerai avec modération.

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lundi 1 février 2010

Le dernier crâne de M. de Sade - Jacques Chessex

Comme je l'avais annoncé dans mon billet du 29/01/2010, voici le dernier roman (posthume) de Jacques Chessex, Le dernier crâne de M. de Sade. Là, il s'attaque à forte partie avec le divin Marquis mort le 2 décembre 1814 à l'asile de Charenton à l'âge de 74 ans. La description que Chessex en fait n'est pas ragoûtante. Le roman commence le 2 juin 1814. Sade est interné à l'asile de Charenton depuis 11 ans. Son état physique s'est beaucoup dégradé mais il garde son oeil bleu de prédateur et son air hautain. Il bénéficie d'une cellule confortable avec une petite bibliothèque attenante. Il a surtout le privilège d'avoir sa maîtresse, Marie-Constance Quesnet, dans une chambre voisine, depuis 10 ans, d'une part; et la chance qu'une jeune donzelle de 15 ans et demi, Madeleine Leclerc (apprentie repasseuse - je vous passe ses autres qualités), lui rende fréquemment visite, d'autre part (et ce n'est pas que pour parler...). Du corps du marquis (qui est considéré comme un être fou) semble émaner une aura venue plutôt des enfers que du paradis. Mais il fascine certaines personnes qui le côtoient, dont un médecin et un abbé. A ce dernier, Sade demande instamment que, après de son décès, son corps ne soit pas autopsié (comme c'est l'usage) et qu'aucune croix ni signe religieux ne soit érigé au-dessus de sa dépouille. Il n'aura gain de cause pour aucun de ses deux souhaits. Son corps sera autopsié deux jours après son décès et une croix sera érigée à l'endroit où il est enterré. En 1818, le cimetière de Charenton où est enterré le marquis est désaffecté. La tombe est ouverte afin que les ossements soient enterrés ailleurs. C'est là que le crâne de M. de Sade est emporté par le médecin, le Dr Ramon, qui a assisté à la mort de Sade. Il veut l'étudier car il a devant lui un beau crâne lisse qui pourrait faire passer le marquis pour un Père de l'Eglise! A partir de ce moment-là (100 pages après le début du roman), le crâne va voyager et passer de main en main: prêté à un autre médecin adepte forcené de l'étude des crânes, on le suit de Paris à Toulon en passant par Aix-en-Provence avec un détour par Zürich et Lausanne. Ses détenteurs vont connaître des (més)aventures que je vous laisse découvrir pour arriver jusqu'en novembre 2009: le marquis, au travers de ce fameux crâne, émet des ondes brûlantes qui influent sur le comportement des gens. Bon, je sais bien que j'ai l'air d'en avoir raconté beaucoup sur le contenu du livre, mais je suis loin d'avoir tout dit! Je ne sais pas si ce roman donne envie de lire ou de relire l'oeuvre de Sade mais pourquoi pas? A mon avis, Chessex a une certaine tendresse pour ce personnage malgré ses vices. A moins qu'il ne l'envie d'avoir eu un esprit si libre. Sinon, à propos de ce crâne voyageur, je ne sais pas si tout est inventé ou non. Pour ceux qui me lisent, avez-vous des renseignements à ce sujet?

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vendredi 29 janvier 2010

Le vampire de Ropraz - Jacques Chessex

Jacques Chessex, grand écrivain suisse, nous a quitté en octobre dernier pendant qu'il faisait une conférence sur son dernier ouvrage que je chroniquerai prochainement. Voici, en attendant, un billet sur un autre de ses romans, dont j'avais entendu parler et que j'ai trouvé à ma bibliothèque.

Le vampire de Ropraz est paru en 2007. Comme pour Un Juif pour l'exemple (mon billet du 09/02/2009), il s'inspire d'un fait divers. L'histoire commence en 1903 dans le Haut-Jorat vaudois (région où vingt ans auparavant on a tué le dernier loup). La fille d'un juge de paix meurt à 20 ans d'une méningite au mois de février. Un ou deux jours après son inhumation, le caveau est profané et on retrouve le cadavre de Rosa (tel est son prénom) mutilé, découpé, mâché et/ou mangé. Deux autres cadavres de femmes subissent le même sort en mars et mai 1903. Les journaux baptisent assez vite le monstre qui a fait ça "le vampire de Ropraz" (ce fait sera même relaté jusqu'en Amérique). Des hommes sont soupçonnés mais sans suite. Chessex a un sens remarquable de la phrase pour décrire un canton, une région, la mentalité, les moeurs, la carence dans l'éducation d'êtres frustes et malnutris. Il fait des descriptions parfois crues mais qui ne m'ont pas choquée. Un suspect (Chessex ne dit pas qu'il a reconnu ces actes de cannibalisme) est arrêté. C'est un être attardé dont l'enfance fut bercée (si je puis dire) par l'inceste et l'alcoolisme, avec la consanguinité en arrière-plan. Coup de théâtre, Favez (c'est son nom), un homme de 21 ans (qui en paraît le double) est relâché au bout de 57 jours grâce à l'intervention et au rapport d'un psychiatre et d'une mystérieuse jeune femme. Après avoir été repris à nouveau peu de temps après et incarcéré, il purgera plusieurs années en prison avant que l'on ne perde sa trace en 1915. Favez s'est a priori engagé pendant la 1ère guerre mondiale et est mort au combat. Je vous laisse découvrir ce qu'il est peut-être advenu de son corps.  Ce roman est court mais intense. Je vous le recommande.

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