mardi 19 août 2008

Rouge-gorge - Jo Nesbo

Ouf, je suis presque arrivée au tiers de ma sélection de PAL (25 titres) en date du 24/10/2007, avec un 8ème titre lu et que je chronique aujourd'hui (mais, bien entendu, j'en ai acheté et lu ou stocké plein d'autres depuis lors!). L'auteur de Rouge-gorge est norvégien, et ce titre, le troisième que je lis de lui (après Les Cafards qui se passait en Thaïlande, et L'homme chauve-souris, qui se déroulait en Australie) met en scène une intrigue située pour une fois en Norvège.   Harry Hole, l'inspecteur de police, héros récurrent des romans de Nesbo, est affecté (suite à une bavure) dans une section parallèle qui mène des enquêtes sur le milieu néo-nazi. Toute une première partie du roman nous permet de remonter le cours de temps, plus exactement en 1942, à la bataille de Stalingrad jusqu'en 1944. Six jeunes Norvégiens se sont engagés dans la Waffen SS. Quelques-uns sont tués mais au moins deux reviennent blessés mais vivants. L'un des deux prend l'identité d'un mort pour éviter d'être pris comme déserteur. En 2000, lors de la fête nationale norvégienne qui est le 19 mai, un attentat contre le roi de Norvège se prépare. Un vieil homme (sur le point de mourir de maladie) est le tueur. Tout le roman nous fait comprendre le rapport qu'il y a entre ce qui s'est passé pendant la seconde guerre mondiale et les motivations du tueur. Jo Nesbo nous montre que les milieux néo-nazi se sont infiltrés dans la police. Roman qui tient en haleine (mais avec une intrigue un peu compliquée du fait de la subtilisation d'identité). J'ai néanmoins préféré ses deux précédents (peut-être faisaient-ils plus exotiques?). De toute façon, je vais continuer à suivre les enquêtes d'Harry Hole qui est un personnage attachant.

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mercredi 13 août 2008

Gomorra, dans l'Empire de la Camorra - Roberto Saviano

Comme promis dans mon billet du 19/07/2008 sur le film, voici ma chronique sur le livre de Roberto Saviano, Gomorra, Dans l'empire de la Camorra, très dense et étoffé. L'auteur nous plonge tout de suite dans le vif du sujet en commençant par nous parler du port de Naples devenu la plaque tournante de tous les trafics du monde entier. La Camorra (la mafia napolitaine) a la mainmise sur la drogue venant d'Amérique du Sud et sur sa transformation finale (dans des labos), les travailleurs clandestins, la contrefaçon (vêtements et accessoires), etc. L'enquête se finit par une description, qui fait froid dans le dos, du devenir des déchets toxiques d'une partie de l'Europe qui finissent dans les sous-sols de la magnifique province de Campanie (au mépris de toutes les lois en vigueur); et en attendant de trouver d'autres endroits, cela s'étend comme la gangrène, contaminant les terres (où poussent les arbres fruitiers et autres cultures) et faisant augmenter le taux de cancers chez les habitants. Je rappelle que la Campanie comprend Naples et sa région. Roberto Saviano ne révèle pas comment il peut donner autant de données précises sur ce qu'il raconte. Il nous croque la Camorra en panoramique en s'attachant à quelques "rouages" humains de cette machine inhumaine. J'ai eu l'impression qu'il se trouvait toujours sur le terrain au bon moment pour décrire les méthodes cyniques des trafiquants qui testent la drogue sur des héroïnomanes pour trouver les dosages optimums. Les Camorristes ont aussi des manières musclées voire sanglantes pour se faire attribuer des marchés publics immobiliers. Ils sont responsables du bétonnage de la région napolitaine et d'ailleurs. Les chiffres communiqués sont édifiants. Je comprends que Roberto Saviano ait désormais une garde rapprochée pour le protéger car il donne des indications vraiment précises et nominatives. Et quand on referme le livre, on ne regarde plus la mozzarella de la même façon puisque l'élevage des bufflones est aussi un des revenus conséquents de la Camorra.

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jeudi 31 juillet 2008

Le sixième crime - Sébastien Fritsch

Titre découvert sur le blog de son auteur qui a visité le mien (et chroniqué par Florinette), Le Sixième crime m'a énormément fait penser, pour une partie de l'intrigue, à Les romans n'intéressent pas les voleurs d'Alain Rémond (billet du 15/01/08). Mais à l'envers. Jérôme Balbanic, inspecteur à la police judiciaire de Lyon, vient enquêter à Pensegarde, petit hameau dans la Drôme, sur une série de cinq meurtres. Il raconte à son unique habitant qu'après beaucoup de recherches, de recoupements et autres, lui et son équipe se sont rendus compte que le meurtrier s'était inspiré des cinq livres écrits par un certain Jacob Lieberman, entre 1956 et 1960. Cet auteur a disparu sans laisser de traces. L'unique habitant de Pensegarde est un écrivain coupé du mondé appelé Lex (tout court) et l'inspecteur pense que ce Lex, grand prosateur de talent, peut l'aider à trouver le meurtrier et surtout à empêcher un sixième crime. On peut deviner rapidement que Lex et Jacob sont une seule et même personne. Toute l'énigme policière tourne autour de nombres et de lettres. L'inspecteur est un personnage essentiel de l'histoire. Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue si ce n'est que le sixième crime n'est pas un crime de sang, et après tout, les cinq autres le sont-ils? Mon ami (qui a aussi lu le roman) m'a fait remarquer que ce hameau, qui est composé de plusieurs maisons vides et d'un seul habitant, serait un lieu idéal pour lui. Il pourrait changer de maison quand ça lui chante. Une personne viendrait s'occuper de l'entretien. Il n'y aurait pas de problème de voisinage. C'est une façon de voir que je ne partage pas. Le sixième crime aux éditions Pierregord (http://www.editionspierregord.com) se lit vite et avec plaisir (il fait 125 pages). Sébastien Fritsch semble un auteur prometteur à suivre.

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dimanche 27 juillet 2008

44, Scotland Street - Alexander McCall Smith

J'ai acheté ce roman (d'abord publié comme roman-feuilleton dans un quotidien écossais "The Herald") avant de lire la critique chez Amanda (blog disparu). 44, Scotland Street est un livre délicieux (au ton pince-sans-rire), idéal pour les vacances. Alexander McCall Smith précise dans sa préface qu'il s'est inspiré des "chroniques de San Francisco" d'Armistead Maupin. Tout le livre est composé de petits chapitres d'une page et demie ou deux avec un titre. On s'attache immédiatement aux personnages. Pat McGregor, jeune femme de 20 ans (dont le père est psychiatre) commence sa deuxième année sabbatique, après une première année sabbatique catastrophique (en Australie). Elle emménage en colocation avec un jeune homme, Bruce Anderson (dont elle croit tomber amoureuse), dans un grand appartement du 44, Scotland Street à Edimbourg. Dans cet immeuble vivent aussi Irène, Stuart et leur fils Bertie âgé de 5 ans. A cause de sa maman, Irène, qui a sur l'éducation des idées précises mais qui font frémir, Bertie joue du saxophone et apprend l'italien alors que son rêve, à lui, est de jouer au train électrique et au rugby. Il lui arrive quand même de faire les 400 coups dans son école maternelle. Il y a aussi une charmante dame de 60 ans, Domenica McDonald, qui roule dans une belle voiture. Veuve, elle mène une vie de rentière  et a son franc-parler, et elle se trouve être de bon conseil quand Pat vient pleurer chez elle. Bruce, lui, est un jeune homme narcissique, qui n'arrête pas de se regarder dans la glace pour s'admirer et de se mettre du gel capillaire. Il travaille dans une agence immobilière même si cela ne lui plaît pas trop. De son côté, Pat trouve un emploi dans une galerie d'art tenue par un jeune homme, Matthew, absolument ignorant en la matière et qui est un désastre ambulant en affaires (il a connu précédemment des faillites mémorables). Mais Matthew a la chance d'avoir un père homme d'affaires prospère (et qui aide financièrement la galerie). D'autres personnages apparaissent (comme le chien Cyril (qui dégage une odeur forte et qui cligne de l'oeil) et sa dent en or, accompagné de son maître, Angus), des liens se créent, une peinture joue un rôle important. Ces chroniques bénéficient d'un style simple très agréable à lire. J'en recommande vivement la lecture. D'ailleurs, une suite a été publiée (avec les mêmes personnages): Edimbourg Express, que je me suis empressée d'acheter et que je suis en train de lire. Les deux livres sont édités en 10/18.

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mardi 15 juillet 2008

La maison muette - John Burnside

Ecrit par un écrivain écossais que je ne connaissais pas, je viens de finir La maison muette de John Burnside. Ce livre de 200 pages paru en poche aux éditions Metailié est absolument remarquable. Il raconte une histoire terrible avec un détachement qui m'a captivée et horrifiée en même temps. Dès le début, on connaît l'issue de tout ce que raconte le narrateur, Luke (on n'apprend son prénom que vers la fin du roman). L'histoire est divisée en trois parties: Karen, Lillian et Les jumeaux. Dès la première phrase du livre, Luke dit qu'il va tuer les jumeaux... Ce livre est un récit clinique qui brasse des problématiques de relation mère-fils, père-enfants, et de mort voire de meurtre. L'action se déroule sur au moins 3 ans, et se présente comme une confession. C'est absolument sinistre, des actes épouvantables sont amenés de manière à paraître naturels. Luke est fasciné depuis l'enfance par des expériences sur les êtres vivants. Cela vient peut-être de l'habitude qu'avait sa mère de lui raconter des histoires dont celle d'Akbar le Moghol qui a régné en Inde au 16ème siècle. Entre autre, Akhbar a fait bâtir "La maison muette" où des enfants en très bas âge ont été enfermés avec des serviteurs muets. L'expérience était "L'enfant vient-il au monde avec l'aptitude innée, divine à la parole?". Il s'intéresse d'abord à Karen et à son fils Jérémy. Ensuite, il séduit Lillian, de laquelle naîtront les jumeaux... Luke, socio- ou psychopathe, supprime tout ce qui le contrarie. Tout se passe dans sa maison. Je reste un peu mystérieuse à dessein. Le roman est très bien écrit (et traduit). Le style sans affèterie reflète bien la personnalité de cet homme sans état d'âme qui accomplit des actes odieux sans remord ni conscience. Et à la fin, il n'y a pas de raison que cela s'arrête. Cette histoire m'a fait un peu penser au roman de John Fowles, L'Obsédé (The collector), dont j'ai parlé dans mon billet du 28/02/07  et dont je vous conseille aussi la lecture.

PS: Suite au commentaire de Dominique ci-dessous, voici le lien vers son billet.

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jeudi 3 juillet 2008

L'affaire de Road Hill House - Kate Summerscale

Ce livre, L'affaire de Road Hill House de Kate Summerscale, éditions Christian Bourgois (2008), est le récit d'une affaire judiciaire qui a défrayé la chronique en 1860, en Angleterre dans la région de Bath. Dans une belle demeure bourgeoise, dans la nuit du 29 au 30 juin 1860, Francis Saville Kent, garçonnet plein de vie, est étouffé et poignardé. Son corps sera retrouvé dans la fosse septique (à l'écart de la maison) le lendemain. Sur place, des policiers font les premières constatations puis un détective de Scotland Yard de Londres est mandé sur place. Jonathan Whicher, tel est son nom, est un fin limier et presque une légende. Les premiers romans "de détective" publiés à cette époque (écrits par Wilkie Collins, Charles Dickens ou Mary Elizabeth Braddon) prennent Whicher ou un de ses collègues comme modèle. D'autres livres s'inspirant de l'affaire sont parus en grand nombre. Le livre de Kate Summerscale est une reconstitution précise et très bien documentée de toute l'affaire grâce aux archives judiciaires, journaux, magazines, livres et brochures. Kate Summerscale nous présente les protagonistes principaux qui ont vécu cette tragédie. Il y a le père de la petite victime, Samuel Kent, sous-inspecteur des manufactures, et sa deuxième épouse, Mary, enceinte au moment du drame. Sa première femme, Mary-Ann, morte prématurément, avait souffert de problèmes neurologiques. Cela n'a pas empêché Samuel de lui faire au moins 10 enfants dont seulement quatre ont survécu (trois filles et un garçon), qui vivent tous ensemble dans la demeure de leur père. D'ailleurs Mary, avant de devenir la deuxième Mme Kent, a été plus ou moins la nourrice de deux d'entre eux: Constance et William. A part le petit Francis, Samuel et Mary ont eu quatre autres enfants dont deux nés après l'assassinat. Cette même demeure abrite aussi trois jeunes domestiques. D'autres vivent dans le village voisin. Après un ou deux jours d'enquête, quelques interrogatoires et grâce à une pièce à conviction d'ordre vestimentaire trouvée et disparue ensuite, Whicher a rapidement une intime conviction, comme on dit en français, sur l'identité du ou de la coupable (quelqu'un de la maisonnée) mais il n'a pas de preuves. C'est seulement 5 ans plus tard, en 1865, lorsque l'affaire sera presque oubliée, que la personne coupable fera des aveux, sera condamnée à 20 de prison, finira sa vie en Australie et mourra centenaire (Kate Summerscale laisse planer un doute sur le fait que la personne ait agi seule ou avec quelqu'un qu'elle protège). Le mobile du crime (qui est prémédité) reste un peu flou. C'est vraisemblablement la jalousie au sein de la famille. Je tiens à ne pas tout dévoiler. Je complèterais en disant que Kate Summerscale évoque bien cette époque où la notion de "classe" est essentielle. Elle explique que l'intrusion de policiers dans ces grandes familles bourgeoises était vécue comme une atteinte à leur vie privée. Les policiers n'appartenaient pas au même monde. Elle montre aussi que Samuel Kent n'était pas très aimé par les villageois et les gens des environs de par sa profession d'inspecteur des manufactures. C'était une époque où les enfants travaillaient à l'usine dans des conditions épouvantables, mais le maigre salaire qu'ils rapportaient était nécessaire, et pourtant Samuel Kent en faisait renvoyer quelques-uns pour les sauver au grand dam des familles. Ceci étant, ce meurtre va bien évidemment laisser des séquelles au sein de cette famille qui déménage peu après et part au Pays de Galles. Kate Summerscale nous fait part de ce qui arrive à tous les personnages de l'histoire, détective compris. Elle complète son récit en publiant quelques photos d'époque. La photo de la couverture du livre (prise par l'écrivain) représente, en noir et blanc, la demeure de Road Hill, aujourd'hui. A mon avis, ce récit présente davantage d'intérêt qu'un roman policier classique.

PS: j'ai été très touchée de découvrir que M. Claude Le Nocher, qui reprend régulièrement certains de mes billets "polars" ou "suspense" dans une rubrique de son blog, a, cette fois-ci, rédigé une gentille introduction avant de publier intégralement mon billet.

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mercredi 25 juin 2008

2 "thrillers" religieux

Voici un billet qui porte sur deux romans à suspense qui se lisent facilement. C'est bien fait, les intrigues sont menées habilement et tambour battant. Je me dis que certains écrivains ont une imagination débordante mais pourquoi pas? Et ces deux romans sont nettement supérieurs (selon moi) à Da Vinci Code de Dan Brown (que j'ai détesté).

Le troisième secret de Steve Berry. Il s'agit du troisième secret de Fatima au Portugal en 1917. Il a été révélé sous le pontificat de Jean-Paul II. Dans le roman, un nouveau pape Clément (beaucoup inspiré par Benoît XVI) règne sur le Vatican. Un cardinal italien, Valendrea, qui aimerait bien prendre la place de ce nouveau pape, sait que ce 3ème secret n'a pas été dévoilé dans son intégralité. Ce message avait mis par écrit par la jeune portugaise pendant les apparitions de la Vierge Marie. Ce bout du troisième secret peut ébranler les fondements du catholicisme. Valendrea fait éliminer un vieux prêtre qui avait traduit l'intégralité du message du portugais en italien. Heureusement qu'un ami du pape en place, Michener, arrivera à se mettre en travers de la route de Valendrea. Le roman se termine avec un point d'interrogation (optimiste?) sur l'avenir de l'église puisque le secret (avec un nouveau pape) peut tout chambouler, mais ceci (pour l'instant) est de la science-fiction.

Dans Le dernier templier de Raymond Khoury, tout commence à New York lors de l'inauguration d'une exposition d'objets rares venus du Vatican. 4 hommes à cheval, déguisés en templiers, sèment la terreur (ils décapitent un garde) et s'emparent de divers objets de grande valeur, dont un "encodeur à rotors" (objet important pour la suite de l'histoire). Une jeune chercheuse assiste à la scène et découvre assez vite qui est l'instigateur de ce hold-up, un certain Vance. En parallèle, un envoyé du Vatican, De Angelis, suit aussi de près l'enquête. On se rend compte assez vite que c'est un homme dangereux et sans scrupule qui ne veut absolument pas qu'un secret découvert par les Templiers en 1291 et coulé au fond de l'eau au large de la Méditerranée refasse surface. Il en va de la survie de la chrétienté toute entière. La solution de l'énigme ne m'a pas choquée plus que cela. Et cela aurait été intéressant de voir la suite des événements si....

Ces deux romans se lisent donc dans le train, sur la plage, en pensant à autre chose. Ils sont distrayants dans leur genre. A vous de juger.

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samedi 21 juin 2008

Le Montespan - Jean Teulé

Responsable de la bibliothèque loisirs de la société où je travaille, j'ai acheté parmi d'autres Le Montespan de Jean Teulé. Après Je, François Villon et Oh Verlaine, cette biographie romancée met en lumière un homme peu connu. Une fois de plus, c'est une lecture très agréable, mais qui laisse un sentiment de tristesse et de vies gâchées quand on l'a finie. Jean Teulé profite de ce récit romanesque pour nous brosser un portrait peu ragoûtant des moeurs de la Cour et du Paris de cette époque sur les très mauvaises odeurs, le manque d'hygiène, la saleté (le roi ne se lavait jamais), des dents gâtées et pourries, des excréments, etc. Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, Marquis de Montespan, gascon au sang chaud, a eu la très mauvaise idée (pour l'époque) d'être amoureux de sa femme et de le rester jusqu'au bout. Françoise de Rochechouart de Mortemart et Louis-Henri se rencontrent le 21 janvier 1663 dans un tribunal au Châtelet. L'un vient de perdre son frère, exécuté suite à un duel, et l'autre devait épouser un homme en fuite (s'il revient en France, il sera lui aussi exécuté). C'est le coup de foudre (pour lui tout au moins). Le 28 janvier 1663, ils se marient. Ils ont 22 ans tous les deux. Deux enfants, quatre années et des milliers de livres de dettes plus tard, Françoise devient demoiselle d'honneur de la reine Marie-Thérèse, femme de Louis XIV, et puis la maîtresse du roi. Elle a été attirée et éblouie par les fastes de la cour. En effet, cela la change de ce qu'elle a connu avec son mari, car Louis-Henri, lui, n'est pas riche, et, de par son statut de noble, n'a pas le droit de travailler. Il a même fait des emprunts auprès de sa famille qu'il ne peut pas rembourser. Sa seule opportunité est de faire la guerre et de se montrer brave pour se faire remarquer par le roi. Les deux tentatives (en Lorraine et en Méditerranée) sont des échecs. C'est d'ailleurs à son retour de sa deuxième campagne qui s'est soldée par un naufrage, qu'il apprendra son infortune. Françoise qui se fait appeler Athénaïs restera à Versailles plus de 15 ans où elle donnera au roi au moins 9 enfants, tous plus débiles (au sens de faibles), contrefaits et tarés mentalement les uns que les autres, mais ils seront tous légitimés. En dehors d'un appartement à Paris, rue Saint-Benoît, Louis-Henri possède le château de Bonnefont qui tombe en ruines dans la région de Guyenne. C'est là qu'il se retire avec ses deux enfants, Marie-Christine et Louis-Antoine, en ayant appris son infortune. D'ailleurs, Marie-Christine mourra à 11 ans (elle semble être morte de chagrin de ne pas avoir revu sa mère). Et pourtant, être le mari d'une maîtresse royale aurait pu lui apporter la fortune. Que nenni! Bien au contraire, Louis-Henri refuse toutes les faveurs de l'homme qui lui a pris sa femme. Il ajoute à ses armoiries des cornes de cocu. Au cours d'une cérémonie funèbre, il enterre son amour, "1663-1667", dans un cercueil vide. Après le refus sur ses promesses de fortune, le roi est incommodé par l'attitude du bouillant marquis et il le menace de prison comme Nicolas Fouquet. Rien n'y fait. Un temps, le marquis s'exilera avec son fils à la cour du roi d'Espagne, ennemi du roi de France. Les années passent, Louis-Henri reste fidèle à sa femme et quand il écrit à sa femme ou à d'autres personnes, il ajoute cette phrase superbe après sa signature "Epoux séparé, quoique inséparable". En revanche il est dégoûté par l'attitude de son fils Louis-Antoine qui, en grandissant, devient un être antipathique au possible, méprisant son père. Ce Louis-Antoine devient Marquis d'Antin et le roi Louis lui donnera la chaussée à Paris qui porte son nom. Louis-Henri mourra à 51 ans en 1691 sans avoir voulu revoir sa femme, non pas pour la punir, mais parce qu'il ne voulait pas qu'elle le voit malade. Françoise lui survivra 16 ans, exilée au couvent après sa disgrâce. Elle mourut en 1707 et ses entrailles ont été la proie des chiens. Je finirai en disant qu'après avoir lu Jean Teulé, on a l'impression que vivre à la Cour au temps des rois de France n'était pas une sinécure.

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mardi 17 juin 2008

Sator (L'énigme du carré magique) - Alain Le Ninèze

Acheté par hasard (le titre m'a intrigué), Sator (l'énigme du carré magique) d'Alain Le Ninèze, publié aux Editions Actes Sud, est un roman historique passionnant de 220 pages que j'ai lu en quelques heures. Lucius Albinus, procurateur de Judée depuis 62 après JC, reçoit de son oncle Publius Balbus Bison, qui vit à Rome, une missive lui demandant de résoudre une énigme car sa vie est en jeu. Nous sommes sous le règne de Néron et de sa femme Poppée. Les chrétiens sont poursuivis et massacrés. Publius, de vieille noblesse romaine, s'est converti depuis peu. Sur dénonciation, sa demeure est fouillée par les soldats, qui trouvent un pictogramme que Publius a recopié après l'avoir vu à Pompéi. Ce carré magique (un des signes de reconnaissance pour les chrétiens) est le suivant:

S A T O R
A R E P O
T E N E T
O P E R A
R O T A S

Ce sont des mots latins qui se lisent de gauche à droite et de droite à gauche (sauf un). La première traduction qu'en fait Lucius est: Le semeur (Dieu) dirige les oeuvres (des hommes) et les rouages (de l'univers). Mais cette traduction est appromixative et ne satisfait pas Poppée qui se fait protectrice temporaire de Lucius (elle a de la sympathie pour ce qui vient de l'Orient en général et de la Judée en particulier). Le terme AREPO n'existant pas en latin, il n'est pas traduit; c'est pourquoi une partie du roman consiste justement à savoir ce que veut dire ce mot mystérieux, et comment il s'intègre dans la phrase. Les deux récits en décalé de Lucius et de Publius se passent entre 64 et 69. Lucius (démissionnaire de son poste en 67) va mener son enquête, et rencontrer les derniers témoins survivants qui ont assisté à l'arrestation, au jugement, à la mise à mort et à la résurrection du Christ. A Rome, Publius, devant les exactions de l'empereur fou, va comploter avec d'autres pour l'assassinat de Néron (qui va se consoler de la mort de Poppée avec Messaline). Il essaiera même de rencontrer Paul (enchaîné en prison) et Simon Pierre pour l'aider dans son entreprise. Et l'énigme du carré magique, me direz-vous? Une solution nous est dévoilée (pour le mot AREPO) qui est plausible. En annexe de l'ouvrage, il y a des documents photographiques montrant diverses versions du cryptogramme depuis celle du 1er siècle à Pompéi. En effet, selon la 4ème de couverture: "le cryptogramme évoqué dans le manuscrit d'Albinus a été exhumé des ruines de Pompei en 1936 et daté de 62 après JC. Connu depuis l'Antiquité par des inscriptions plus tardives découvertes en divers lieux du monde chrétien, ce mystérieux carré de lettres appelé "carré Sator", n'a jamais pu être déchiffré."

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jeudi 5 juin 2008

Dans la main du Diable - Anne-Marie Garat

Grâce à Rosa (je la remercie) qui m'a fait parvenir Dans la main du Diable d'Anne-Marie Garat, je viens de passer quelques jours, dont le dernier week-end, immergée dans ce gros pavé de 1287 pages édité aux éditions de poche Babel / Actes Sud. A Paris, Gabrielle Demachy et sa tante Agota Kertész (d'origine hongroise toute les deux) viennent d'apprendre par le Ministère de la Guerre, en ce mois de septembre 1913, qu'Endre Luckàcz, cousin de l'une et fils de l'autre, est décédé en Birmanie. Une malle avec les affaires du jeune homme va leur être restituée. Chimiste de formation, Endre était parti en 1908 et n'avait jamais donné de nouvelles depuis. Comme Gabrielle veut en savoir plus sur la mort de ce cousin qu'elle aimait, et grâce à une information donnée par un certain Michel Terrier qui travaille au ministère, elle va devenir la gouvernante d'une petite Camille (Millie) de Galay, dont le père Pierre, spécialiste en maladies infectieuses, est celui qui a assisté à la mort d'Endre, et a pu récupérer un cahier d'une vingtaine de pages rédigées par Endre en hongrois, porteur d'un terrible secret. Gabrielle est une jeune femme déterminée d'une vingtaine d'années, jolie, intelligente et qui a appris à jouer du piano grâce à une amie polonaise, Dora Gombrowicz. Cette dernière est un personnage important du roman qui se déroule jusqu'en août 1914, au moment de la mobilisation générale. En effet, Dora se trouve avoir en sa possession deux ampoules dont le contenu peut anéantir une partie de la population parisienne. Quand Gabrielle commence son service, la famille de Galay nous est présentée: Mathilde née Bertin, la mère, dirige d'une main de fer à Paris la fabrique de biscuits Bertin-Galay, héritée de son père. Elle sait même s'adapter (grâce à un adjoint efficace) aux revendications de ses employées qui décide la grève. Le mari de Mathilde, Henri, est pratiquement toujours parti de par le monde en quête d'objets exotiques. Mathilde a quatre enfants dont elle ne s'est pas beaucoup occupée: Pierre (que j'ai déjà mentionné); Daniel, réalisateur de films muets qui partira aux Etats-Unis; Blanche, femme au foyer et mère possessive d'un garçon nommé Didier; et enfin Sophie, la petite dernière, enfant non désirée, et déjà mère, elle-même, de 3 enfants (elle en attend un 4ème) et dont le mari, Charles, notaire de son état, la trompe outrageusement tout en profitant de sa dot. Elle saura se venger à sa manière. Cette grande famille bourgeoise a une nombreuse domesticité dans la demeure du Mesnil à 20 km à l'ouest de Paris. De plus, Mathilde possède un grand appartement à la Chaussée d'Antin. Au fil de ce long roman qui prend son temps mais où je ne me suis pas ennuyée une seconde (il y a suffisamment de rebondissements pour que j'ai eu envie de continuer), Gabrielle croise le chemin d'un anarchiste Marcus, de Clarisse Zepwiller et de son frère Jean (compagnon de route d'Endre), d'un commissaire à la belle moustache, dénommé Louvain. On n'entend pas trop les rumeurs de la guerre prochaine, mais on a une évocation fouillée de cette période d'insouciance avant cette terrible guerre, dont l'Affaire Caillaux, les recherches à l'Institut Pasteur, la valse des ministères, Jaurès. On suit au jour le jour la vie de ces quelques personnes dont j'ai presque pensé qu'elles avaient véritablement existé. A part une incursion à Venise où Gabrielle va mettre sa vie en danger, tout le roman se passe à Paris et dans sa banlieue. Un journaliste nommé Max Jamais, du journal "Le Temps", portera à la connaissance du grand public le secret d'Endre. Le style de Garat est uni et fluide. C'est un très bon roman bien structuré. Elle ne perd jamais le fil, il n'y a pas de digression. Il ne faut surtout pas se décourager devant autant de pages écrites serrées. Cela en vaut vraiment la peine. Une suite qui se passe 20 ans après vient de paraître avec Camille (Millie) Galay comme personnage principal. Je le lirai certainement mais il faut que je me remette de celui-ci.

PS: pour celle ou celui qui serait intéressé(e) que je lui envoie ce livre (afin qu'elle ou il le lise), comme Rosa l'a fait pour moi, j'en serais ravie. Il suffit de me le faire savoir.

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