jeudi 7 juin 2012

Les femmes du bus 678 - Mohamed Diab

Même s'il comporte de nombreuses imperfections et quelques facilités, essayez d'aller voir Les femmes du bus 678, un premier film d'un réalisateur égyptien, Mohamed Diab. L'histoire tirée de faits réels se passe en 2009. Trois femmes issues de milieux socio-économiques différents sont agressées sexuellement à un moment donné: Seba, à l'issue d'un match de football; Nelly, traînée par un conducteur de voiture qui semble faire des gestes obscènes; et la troisième, Fayza, qui fait partie de ces femmes subissant des attouchements réguliers dans les bus bondés (dont le 678) qui parcourent Le Caire. Toutes les trois décident de contre-attaquer chacune à leur façon.
En plus du harcèlement sexuel est évoqué le fait que les hommes qui ne sont pas capables de subvenir aux besoins d'une famille ne peuvent pas se marier avant longtemps et sont donc frustrés sexuellement. Il est dit aussi que des enfants sont punis quand leurs parents oublient de payer l'école (privée). Enfin, le poids des traditions est tel que les femmes agressées hésitent à porter plainte car les familles se sentent humiliées. J'ai également été frappée en constatant que si une épouse est agressée, c'est le mari qui se sent souillé: un comble! Les hommes ne sortent pas grandis de ce film, sauf peut-être un inspecteur de police qui verse des larmes quand il tient sa dernière-née, lui qui a toujours eu des garçons. Le réalisateur agence habilement les scènes du point de vue chronologique. Il semble que ce film ait peut-être fait bouger les choses, car l'agression sexuelle est désormais punie par la loi en Egypte (le film date de 2010). Malheureusement, il y a peu de plaintes. Les trois actrices principales sont vraiment très bien. Je vous recommande ce film.

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lundi 4 juin 2012

Le problème Spinoza - Irvin Yalom

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Tout d'abord, je voudrais adresser un immense merci à Dominique, toujours de bon conseil, qui nous a vanté les qualités du roman Le problème Spinoza d'Irvin Yalom (Galaade Editions, 640 pages). J'ai été assez enthousiasmée par cette lecture. Ce roman est publié chez un éditeur que je ne connaissais pas et je n'avais encore rien lu de cet écrivain. C'est le genre de roman grâce auquel on a l'impression d'être un peu plus cultivé et intelligent après l'avoir terminé. Je ne suis pas très portée sur la philosophie, ce que je regrette. Tout le monde connaît le nom de Spinoza, je ne suis pas sûre que beaucoup l'ait lu. Irvin Yalom, sous couvert de cette histoire, rédige quasiment un ouvrage de vulgarisation sur la pensée de ce philosophe qui a écrit tous ses ouvrages en latin. Né au 17ème siècle, dans une famille juive portugaise sépharade, Baruch (Bento [en portugais] ou Benedictus, "Béni") Spinoza, fut excommunié à 23 ans, en 1656, par la communauté juive d'Amsterdam (où il vivait), car il remettait en cause, par exemple, que "Dieu [soit] un être vivant et pensant, qui pense comme nous et qui pense à nous", et beaucoup d'autres questions de cet ordre. Il fut considéré comme athée. Spinoza a eu de nombreux admirateurs comme Goethe, Einstein, et Alfred Rosenberg, ce dernier resté tristement célèbre pour avoir été l'un des théoriciens du nazisme en prônant l'éradication des Juifs d'Europe.

D'ailleurs, Rosenberg est le deuxième personnage central de ce roman qui alterne deux récits. D'une part, Spinoza en 1656 au moment de son excommunication et ce qui s'ensuivit. D"autre part, Alfred Rosenberg, Allemand vivant en Estonie, découvre à l'âge de 16 ans en 1910, alors qu'il était déjà devenu un antisémite pur et dur, le juif Spinoza (et son ouvrage le plus célèbre, L'éthique) par l'intermédiaire de deux professeurs qui espèrent ainsi (en vain) le faire changer d'opinions. En 1940, Rosenberg devenu Reichsleiter confisquera la centaine d'ouvrages qui composaient la bibliothèque de Spinoza à Rijnsburg près d'Amsterdam dans le petit musée qui lui est consacré. A la fin de la guerre, la presque totalité de ces ouvrages ont été retrouvés et ont été remis leur place.

J'ai lu ce très bon roman en une petite semaine. Je le conseille vraiment. Je pense que je lirai Et Nietzche a pleuré du même écrivain qui est aussi psychothérapeuthe. [chroniqué le 21/10/2012]

PS: je note tout de même que Spinoza n'était pas progressiste au sujet de la condition de la Femme.

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vendredi 1 juin 2012

Prometheus - Ridley Scott

Avant de refaire un billet sur une de mes dernières lectures, en voici un sur Prometheus, le film dont on parle beaucoup et qu'il faudra avoir vu. Il s'agit du "prequel" d'Alien réalisé par Ridley Scott. Je dirais tout suite que ce film va certainement en décevoir certains, car il faut avouer que le scénario est assez peu novateur (selon mon ami, il y a même un traitement assez naïf du sujet, que, pour ma part, je peux résumer par "Qui sommes-nous et d'où venons-nous?"). Ridley Scott s'est inspiré de pas mal d'idées voire de scènes de son film Alien qui date de 1979. L'histoire débute en 2089 dans une grotte où des scientifiques trouvent des peintures rupestres dont une avec des humains pointant du doigt 5 planètes formant un cercle. Quatre ans plus tard, une navette spatiale en route depuis plus de deux ans, avec un certain nombre de passagers, arrive à destination sur une planète où ils pensent trouver l'origine de l'humanité. Le reproche que l'on peut faire à Prometheus, c'est qu'il n'y a pas la dimension métaphysique que l'on trouve dans 2001, Odyssée de l'espace. Tout cela reste très "terre-à-terre". A la fin, les membres de l'équipage sont presque tous décimés d'une façon ou d'une autre. Mais on ne ressent pas la menace ou la peur insidieuse instillées comme dans Alien qui montrait peu et suggérait beaucoup. C'était un film qui a vraiment marqué à l'époque, je ne suis pas sûre que cela soit le cas de Prometheus. Il faut noter néanmoins qu'il y a de très belles scènes comme celle d'ouverture où la nature est splendide (le film a été tourné en Islande) et on peut imaginer sans trop de peine une suite à ce "prequel". Noomi Rapace est très bien. A vous de voir.

PS du 2 juin 2012: je voudrais préciser que nous avons vu le film en 2D (je n'apprécie pas la 3D), et j'estime que c'était tout à fait suffisant.

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mardi 29 mai 2012

Films vus et non commentés depuis le 26/04/12

Voici quatre films que je n'avais pas encore chroniqués.

Pour un premier long-métrage, Margin call de J. C. Chandor est une réussite. Il nous fait découvrir les prémices de la crise financière de 2008 au sein d'une grande banque d'investissement où interviennent des licenciements secs (aux Etats-Unis, la façon de faire est brutale). Juste avant de quitter les lieux, un des licenciés qui fut à la tête du département "management des risques" prévient qu'un gros problème va arriver, la banque est proche de la banqueroute. En 24 heures, on peut voir quelques personnages importants de cette banque essayer de s'en sortir au mieux et tant pis pour les autres. C'est un film qui prend son temps, il n'y a aucune agitation, on parle beaucoup autour d'une table ou ailleurs. Cela pourrait se jouer au théâtre. Les personnages sont tous plus cyniques les uns que les autres. Ce n'est jamais qu'une histoire d'argent comme dit le directeur joué impeccablement par Jeremy Irons. Les autres acteurs sont tout aussi excellents: Stanley Tucci, Kevin Spacey, Simon Baker (vu dans The Mentalist), Paul Bettany et Demi Moore. Un bon film.

Dark Shadows de Tim Burton (qui semble beaucoup s'être inspiré de la famille Addams) se regarde avec plaisir, mais la fantaisie y fait défaut. Exceptés Angélique (la sorcière) et Barnabas Collins (le vampire, revenu d'entre les morts au bout de 200 ans), les autres personnages manquent de consistance. La mort d'Angelique est un moment très poétique: elle se fèle comme une poupée de porcelaine. J'ai retenu deux autres scènes notables: quand Barnabas très pâle se lave les deux canines devant une glace avec une brosse à dent et la scène "torride" entre Angélique et Barnabas: ça déménage! A part ça, une grande partie de l'histoire que je ne raconte pas se passe surtout dans un manoir gothique en 1752 puis en 1972, où vivent les Collins qui forment une famille décomposée constituée par Elizabeth (Michelle Pfeiffer) et de son frère Roger (Johnny Lee Miller), père lâche et indigne, tandis que les deux enfants de la maisonnée sont perturbés l'un et l'autre pour des raisons différentes. Vit aussi là, une psychologue, Helen Bonham-Carter qui se met à rêver d'immortalité. Ce n'est pas forcément le meilleur film de Tim Burton pour ceux qui ne le connaissent pas encore.

Babycall du Norvégien Pål Sletaune est un thriller qui commence de façon plutôt banale, et qui, au fur et à mesure, change de ton pour entrer dans le genre paranormal et fantastique. Le film est porté par Noomi Rapace qui interprète Anna, une maman inquiète pour Anders, son petit garçon de 8 ans. Elle a quitté le domicile conjugal car son mari les battait, elle et son garçon. Elle loge dans l'appartement qu'on lui a alloué, situé dans une espèce de HLM impersonnel et très laid. N'étant pas tranquille la nuit, elle achète un "babycall" (autrement dit un interphone bébé) qui intercepte des cris et des pleurs venant d'ailleurs dans l'immeuble. Le fantastique intervient par petites touches et la fin assez inattendue qui lorgne vers Le 6ème sens est très réussie. Le réalisateur nous a bien manipulés. C'est un film que je vous recommande. (Lire le billet enthousiaste de ffred).

Moonrise Kingdom de Wes Anderson est le premier film que je vois de ce réalisateur. C'est en lisant un billet de Wilyrah que j'ai eu envie de le découvrir. Je n'ai pas été déçue car le film dégage un charme poétique et champêtre. En 1965 (on entend une chanson de Françoise Hardy), deux jeunes adolescents vivent une jolie histoire d'amour sur une île au large de la côte est des Etats-Unis. Le garçon est un scout rebelle qui n'a plus ses parents, la jeune fille est l'ainée d'une famille de quatre enfants qui vivent avec leurs deux parents un peu excentriques. Une des tempêtes du siècle qui va balayer tout sur son passage va aussi jouer un grand rôle. Il faut noter le casting impressionnant: Bill Murray, Frances Mc Dormand, Edward Norton, Bruce Willis, Tilda Swinton et en grand chef scout: Harvey Keitel! C'est un film pour petits et grands. Lire le billet enthousiaste de Wilyrah.

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samedi 26 mai 2012

Tout le monde n'a pas le destin de Kate Middleton - Fred Ballard / Le retour du Général - Benoît Duteurtre

Voici deux romans français distrayants chacun dans leur genre. Ce n'est pas de la grande littérature, mais, de temps en temps, cela fait du bien de faire marcher ses zygomatiques.

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En l'occurrence, vous ne devriez pas résister à Tout le monde n'a pas le destin de Kate Middleton de Fred Ballard (Pygmalion, 300 pages) chroniqué par quelques blogueuses, dont Cathulu chez qui je l'avais découvert. Capucine Guillon (c'est le patronyme de son 1er mari), née Poute, est rédactrice de questions pour jeux télévisés. Elle est surtout la mère de trois garçons adolescents (nés de trois pères différents): Paul, Emile, et Victor. Habitant avec ses trois fils dans un 63 m2 en banlieue, Capucine (qui se trouve trop grosse) a des fins de mois difficiles. L'histoire se déroule sur toute une année fertile en rebondissements. Chaque chapitre représente un mois. J'avoue avoir beaucoup ri à certaines situations qui sont assez irrésistibles mais dont Capucine se sort très bien. Comme Cathulu, j'ai retenu l'épisode du "trikini" quand Capucine part en Bretagne après avoir fait cet achat de dernière minute sans savoir s'il lui irait. Sans dévoiler la fin, Capucine deviendra peut-être célèbre en costume bigouden sur des boîtes de galettes bretonnes: tordant vous-dis-je. Fred Ballard (c'est une femme) est journaliste à France Bleu.

 

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Je passe au roman suivant que je qualifierais de fable. Il s'agit de Le retour du Général (Folio poche, 210 pages) de Benoît Duteurtre. L'histoire commence de nos jours, un 13 mai à Paris. Le narrateur est réfractaire à cette manie du tout "sécurité" qui sévit dans notre société actuelle comme dans les gares, sur les ponts, près des guichets dans le métro où on remarque les patrouilles de police et l'armée. Tout cela ne l'empêche pas d'aimer déambuler au quartier latin (là où il habite) et d'entrer dans un bistrot afin de déjeuner au bar en savourant d'avance un oeuf mayonnaise (composé de 3 moitiés d'oeuf dur) surmonté de mayonnaise "maison". Mais catastrophe, à cause d'une directive de Bruxelles et d'une nouvelle norme d'hygiène, la mayonnaise est faite industriellement. A partir de là, le narrateur décide de mener la révolution de l'oeuf mayonnaise. Ceci n'est que le début du roman dans lequel le Général de Gaulle revient parmi les vivants, tel Hibernatus (son film préféré), lors d'une allocution à la télévision. Il rêve de mener une bataille pour la "grandeur de la France", pour que celle-ci "soit vraiment libre, Halte à la dictature de l'économie de marché", "Vive l'Europe des nations, Vive l'Europe des différences, Vive la mayonnaise aux oeufs frais" (p.69). On sent que l'auteur regrette l'orientation économique que prend l'Europe en général et la France en particulier. Il souhaiterait peut-être revenir à ce qu'a été la France dans les années 60 mais avec des choses au goût du jour comme "la dépénalisation de certaines drogues douces, la déréglementation de l'oeuf mayonnaise, droit une mort paisible assistée médicalement..." (p.115). Cette "fantaisie romanesque", comme c'est écrit en 4ème de couverture, constitue une lecture agréable qui fait réfléchir. J'ai trouvé la fin du roman assez pessimiste, espérons que l'on n'en arrivera pas là.

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mercredi 23 mai 2012

I Wish - Hirokazu Kore-Eda / 11 fleurs - Wang Xiaoshuai

Je voudrais évoquer deux films venus d'Asie, ayant comme point commun que les rôles principaux y sont tenus par des enfants.

Tout d'abord, I Wish, du Japonais Hirokazu Kore-Eda (le réalisateur du sublime Nobody Knows), qui dirige à nouveau des enfants avec talent et délicatesse. Au Japon, sur l’île de Kyushu, deux frères sont séparés par une distance de plus de 500 km après le divorce de leurs parents. Koïchi, l'ainé, vit au sud de l'île avec sa mère et ses grands-parents au pied d'un volcan en activité qui rejette des nuages de cendres. Ryunosuke, le plus jeune, vit avec son père, guitariste de rock un peu bohême, dans le nord de l'île. Koïchi souhaite (wish) que sa famille soit à nouveau réunie. Lorsqu’un nouveau TGV relie enfin les deux régions, Koïchi et son jeune frère organisent clandestinement un voyage avec quelques copains de classe jusqu’au point de croisement des trains où, dit‐on, il suffit de formuler un souhait pour qu'il se réalise. C'est un très beau film sur l'enfance insouciante malgré le divorce, la séparation et le volcan en éruption. Toute l'histoire se focalise sur ce voyage effectué par des enfants sans qu'aucun adulte ou presque n'intervienne. Je ne vous dirai pas si les souhaits se réalisent ou non, mais peut-être que quelque chose va se passer. J'ai été un peu moins convaincue que pour Nobody Knows et même Still walking. J'ai trouvé le film un peu (trop?) léger. Mais il vaut la peine d'être vu pour ceux qui ne connaissent pas ce réalisateur, qui sait très bien diriger les enfants.

Maintenant, 11 fleurs du Chinois Wang Xiaoshuai, vu grâce au conseil avisé d'Aifelle (qui n'a pas écrit de billet sur ce film) que je remercie. Voici un film dont l'histoire, tirée d'un souvenir du cinéaste, se passe en 1975, un an avant la fin de la "Révolution culturelle" et la mort du grand Timonier Mao Tsé-toung. L'action se situe dans un village ouvrier situé au sud-ouest de la Chine, niché dans un décor magnifique de collines et de rivières Les habitants vivent au rythme des paroles et des chants révolutionnaires diffusés par des haut-parleurs. Wang, un gamin de 11 ans, qui vit entre une mère assez dure et un père féru de peinture impressionniste, est toujours fourré avec une bande de trois copains inséparables. Une belle chemise blanche dont le tissu a été acheté et cousu par sa mère (grâce à des tickets de rationnement) va faire basculer la vie de ce jeune garçon dans le monde des adultes, où il va connaître la violence et le crime. En 1H50, le réalisateur ne fait qu'évoquer la Chine sous Mao, mais on sent que la vie de ces gens est dure, même s'ils ne se révoltent pas: peu d'électricité, rarement de la viande, pas de loisirs. Et l'on voit un homme pleurer car sa fille a été violentée et que son fils est devenu un meurtrier. Tout est décrit par petites touches comme chez les impressionnistes. C'est un film prenant que je vous conseille.

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dimanche 20 mai 2012

De rouille et d'os - Jacques Audiard

Etant une grande admiratrice du cinéma de Jacques Audiard (voir ici et ) depuis Regarde les hommes tomber, j'avais hâte de découvrir son nouveau film (son sixième). Le scénario est tiré d'une nouvelle d'un écrivain canadien, Craig Davidson (le recueil est paru aux Editions Albin Michel). L'argument de ce film, c'est le destin de deux personnes, Ali et Stéphanie, qui n'étaient pas fait pour se rencontrer, et pourtant la vie en a décidé autrement. Ali et Sam, son petit garçon de cinq ans, quittent le nord de la France pour partir vers Antibes, chez la soeur d'Ali, caissière dans une grande surface. Ali (Matthias Schoenaerts découvert dans Bullhead) est pauvre, il vole pour donner à manger à son petit garçon, et se bat à mains nues dans des combats clandestins qui lui font gagner de l'argent. Avec ses relations féminines, Ali fait l'amour comme il combat, vigoureusement. Pour lui, c'est un exercice hygiénique. Arrivé à Antibes, Ali se met à travailler comme agent de sécurité la nuit après avoir été "videur" d'une boîte de nuit (c'est là qu'il fait la connaissance de Stéphanie). Par ailleurs, Ali se comporte parfois assez brutalement envers son petit garçon mais sans penser à mal. Il ne connaît pas sa force. De son côté, Stéphanie (Marion Cotillard, qui retrouve enfin un grand premier rôle) travaille au Marineland d'Antibes, elle se produit avec des orques. Un jour, Stéphanie perd ses deux jambes lors d'une démonstration. Très seule, elle contacte Ali qui n'éprouve pas de la pitié pour elle mais lui montre beaucoup de délicatesse et c'est ce qu'elle apprécie. Il faut retenir quelques belles scènes dont celles où Stéphanie refait, assise sur son fauteuil roulant, les gestes pour attirer l'orque, et quand elle appelle l'orque en tapant sur l'immense aquarium. Je n'ai pas trouvé cette histoire d'amour aussi bouleversante que je m'y attendais, mais Audiard prouve une fois de plus qu'il est un formidable directeur d'acteurs; et il arrive à montrer un lourd handicap sans que cela tombe dans le voyeurisme. Si j'ai bien lu quelque part, De rouille et d'os fait allusion au goût du sang et aux dents que l'on peut perdre lors de combats. Ce film n'est pas mon préféré de ce cinéaste, mais je vous le conseille bien évidemment. Je pense qu'il gagnera peut-être un prix à Cannes où il est en compétition. Voir les billets d'Alex, de Wilyrah et de Claire.

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jeudi 17 mai 2012

La muraille de lave - Arnaldur Indridason

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En l'absence du commissaire Erlendur, parti depuis plus de deux semaines quelque part dans les fjords, et tandis que sa collègue Elinborg enquête sur des viols (voir La Rivière noire), voici l'inspecteur Sigurdur Oli qui se retrouve être le personnage principal de La Muraille de lave (300 pages, Métailié noir). Cette fois-ci, Indridason aborde deux sujets: la pédophilie, et l'une des prémices (parmi d'autres) de la crise financière qui a mis l'Islande en faillite (le roman a été écrit en 2009). En effet, certains employés d'une banque islandaise n'ont aucun scrupule à spéculer avec de l'argent qui ne leur appartient pas sur des produits "toxiques". Sigurdur Oli, qui vient de se séparer de sa femme Bergthora, mène deux enquêtes différentes en parallèle. Pour la première, il va se trouver face à un pauvre hère, Andrès, dont on apprend au fur et à mesure les violences qu'il a subies dans son enfance et dont il ne se remettra jamais. Pour la seconde affaire, Sigurdur Oli s'y trouve impliqué après qu'un de ses amis, Patrikur, le charge d'aller récupérer chez un couple des photos compromettantes qu'ils ont prises pendant une soirée échangiste (surnommée "soirée entrecôtes"). Ils veulent s'en servir pour un chantage. Il arrive trop tard, Lina, la femme, vient d'être tabassée à mort. De fil en aiguille, on apprend la relation entre cette mort (involontaire ou non) et les malversations commises par des employés de banque indélicats. Mais je ne vous dis pas tout car les raisons de ce crime sont plus complexes que prévues. C'est le 9ème roman d'Indridason que je lis sur un total de 9 publiés en français, et, une fois de plus, son intrigue est passionnante. Je le conseille. Voir le billet d'Alain.

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lundi 14 mai 2012

Indian Palace - John Madden

Ce week-end, je suis allée voir deux films à la suite: Dark Shadows de Tim Burton (billet à venir [chroniqué le 29/05/2012]) et Indian Palace de John Madden.

Les deux films sont très différents mais j'avoue avoir eu une préférence pour le second, Indian Palace, parce qu'il donne la part belle aux acteurs et parce que cela se passe en Inde avec ses odeurs et ses couleurs. L'ensemble dégage un charme fou, le tout enrobé de bons sentiments. Sept retraités dont un couple partent pour différentes raisons à Jaïpur en Inde après avoir été attirés par une annonce sur Internet. Je vous laisse découvrir leur périple pour arriver à destination entre l'avion, le bus coloré et le "tuk-tuk". Ils se retrouvent dans ce qu'ils croient être un hôtel rénové. Mais il s'agit en fait d'une bâtisse décrépite où d'énormes travaux sont nécessaires, mais tenue par un jeune homme plein d'énergie et à la bonne humeur communicative. Les vies de ces hommes et de ces femmes vont bien changer au contact de ce pays: Graham (un homosexuel), Evelyn (qui vient de perdre son mari après trente ans de mariage), Douglas et Jean (le couple mal assorti), Muriel (ancienne gouvernante raciste et revêche qui se fait opérer de la hanche), Norman (vieux mais encore vert qui cherche une femme pour une relation durable) et enfin Madge (qui a quitté son rôle de grand-mère pour essayer de refaire sa vie). Vous n'oublierez pas de sitôt ces personnages interprétés par des acteurs épatants: Maggie Smith, Judi Dench, Bill Nighy, Tom Wilkinson, Ronald Pickup, Penelope Wilton et Celia Imrie. Un très bon moment de détente. Voir le billet enthousiaste d'Aifelle.

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vendredi 11 mai 2012

Saya Zamouraï - Hitoshi Matsumoto

 

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Le mercredi 9 mai 2012 est sorti à Paris, dans deux salles seulement, Saya Zamouraï d'Hitochi Matsumoto, une tragi-comédie nippone émouvante et plutôt drôle, à l'image de la mimique de clown triste sur le visage de l'acteur (non professionnel), comme vous pouvez le voir sur l'affiche. Au Japon, dans une période indéterminée, Kanjuro Nomi (Takaaki Nomi), un samouraï mutique et sans sabre (le fourreau qu'il porte est vide), erre dans la campagne en compagnie de sa petite fille (qui le rabroue souvent). C'est un veuf inconsolable. Sa tête est mise à prix depuis un certain temps car il refuse de combattre. Capturé par un seigneur rival de son clan, il a 30 jours pour faire sourire le fils dudit seigneur par tous les moyens imaginables. Si, au bout de ce laps de temps, le petit garçon ne rit pas, il devra mourir comme un samouraï en pratiquant le "seppuku". Nomi se donne beaucoup de mal pour dérider le garçonnet, il se transforme même en homme-canon. Il se grime, se maquille, fait des dessins sur son torse et d'autres choses de ce genre, mais en ne prononçant jamais une parole. Au fur et à mesure que le temps passe, il recueille le soutien des villageois qui sont enthousiastes devant les performances de Nomi.

C'est le troisième film du réalisateur, que je ne connaissais pas. Hitoshi Matsumoto a plusieurs cordes à son arc puisqu'il est aussi acteur, humoriste et animateur de spectacles à la télévision japonaise. C'est d'ailleurs lors d'une de ces émissions qu'il a rencontré Takaaki Nomi qui devait faire le clown devant une caméra. Il semblerait que Takaaki Nomi, qui ignorait tout du scénario, n'a su qu'à la fin qu'il tournait un long-métrage. Si vous voulez voir un film bizarre, poétique, humoristique, décalé, et qui se termine avec une chanson, allez le voir. J'espère qu'il sera projeté dans quelques salles en province.

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