mercredi 9 décembre 2009

Jan Karski - Yannick Haenel

Pour en revenir à la rentrée littéraire et comme je l'avais dit dans mon billet du 19/11/2009, je viens de lire Jan Karski (collection L'infini, Editions Gallimard). Ce roman, qui a reçu les prix du roman Fnac et Interallié 2009, est composé de trois parties comme Yannick Haenel l'indique en note au début de l'ouvrage. La première partie, la plus courte (20 pages), est un description d'un moment dans le film Shoah de Claude Lanzmann (1985), où un homme, grand, maigre et très digne revient sur des événements douloureux qui se sont passés 35 ans auparavant pendant la seconde guerre mondiale. Il s'agit de Jan Karski, né polonais catholique, qui a échappé au massacre de Katyn en se faisant passer pour un ouvrier. A partir de ce moment-là, il est entré dans la Résistance polonaise, faisant le messager entre elle et le gouvernement en exil à Londres. Parmi les missions qui lui sont confiées, il y a celle de s'introduire clandestinement dans le ghetto de Varsovie pour voir ce qui s'y passe. Il voit l'indescriptible et l'horreur absolue. La deuxième partie (80 pages) est un résumé du livre autobiographique de Jan Karski, Histoire d'un état secret, qui se passe de 1939 à 1943: il y raconte ce qu'il a vécu pendant cette période, sa mission dans le ghetto et comment il a pu entrer dans un camp d'extermination en se faisant passer pour un garde ukrainien qui lui avait prêté ses vêtements. Plusieurs fois arrêté et torturé par la Gestapo, il rappelle que la Pologne a été une nation démantelée, coincée entre l'Allemagne et l'Union soviétique, entre les nazis et les staliniens. La résistance polonaise a fait ce qu'elle a pu mais ses moyens étaient limités. Il est arrivé plusieurs fois à quitter la Pologne, à rejoindre Londres, à aller jusqu'aux Etats-Unis où il a rencontré F. D. Roosevelt à qui il a raconté ce qui était en train d'arriver au peuple juif. Dans la dernière partie, qui fait 70 pages, Yannick Hanael écrit une fiction à la première personne où il se met à la place de Jan Karski en revenant sur l'extermination des Juifs. Il écrit cette phrase terrible: l'extermination des Juifs d'Europe n'est pas un crime contre l'humanité mais un crime par l'humanité. Il déplore que personne ne l'ait cru parce que personne ne voulait le croire. Par la suite, Jan Karski, de messager, est devenu témoin. Il fait partie des Justes au mémorial de Yad Vashem. Je ne saurais trop vous conseiller ce très beau roman que tout le monde devrait lire. C'est un livre nécessaire. On est bouleversé.

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lundi 7 décembre 2009

Les vies de Pippa Lee - Rebecca Miller

Les vies de Pippa Lee est surtout l'occasion de voir des actrices comme Winona Ryder, Robin Wright Penn, Julianne Moore et Maria Bello qui se font rares sur nos écrans, et un acteur (Keanu Reeves) qui joue ici (très bien) un personnage à contre-emploi. Dans ce film adapté de son roman (ce que j'ignorais), la réalisatrice et adaptatrice, Rebecca Miller, nous raconte, grâce à des flash-back, la vie de Pippa Sarkissian devenue Pippa Lee (Robin Wright Penn) par son mariage. Elle est la plus jeune et la seule fille d'une fratrie de quatre. Son père, pasteur, est sans personnalité et plutôt absent. En revanche, la mère (Maria Bello) de Pippa souffre d'une névrose qui arrive à déteindre sur Pippa, qui s'enfuit de chez elle. Pendant une vie de bohème qu'elle mène pendant quelque temps, en particulier chez sa tante lesbienne, Pippa rencontre un éditeur, Herb Lee (Alan Arkin), beaucoup plus âgé qu'elle mais avec qui elle fera sa vie. Ils ont deux enfants, un garçon et une fille (qui déteste sa mère sans que l'on sache pourquoi). Pippa est maintenant dans la fleur de l'âge mais on a l'impression qu'elle s'ennuie avec son mari récemment retraité, qu'elle attend quelque chose. Sa rencontre avec un homme, Chris Nadeau (Keanu Reeves), va peut-être donner une nouvelle direction à sa vie. C'est un film fait de petits riens qui raconte une vie. Je ne peux pas dire que j'aie été touchée mais je ne me suis pas ennuyée. L'actrice qui joue Pippa jeune (Blake Lively) est une très jolie révélation, je lui souhaite une longue carrière. Pour ce qui est de Rebecca Miller, je lirai peut-être un jour son roman dans lequel j'apprendrai peut-être pourquoi la fille de Pippa déteste autant sa mère.

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samedi 5 décembre 2009

Le dramaturge - Ken Bruen

Le Dramaturge (Folio policier) de Ken Bruen (né en 1951 à Galway) permet de retrouver le détective Jack Taylor pour la 4ème fois. En ce qui me concerne c'est le deuxième que je lis après Le martyre des Magdalènes que j'avais apprécié (et dont Dominique a fait un billet). Ici, Le Dramaturge est une référence à John Millington Synge, le grand prosateur, poète et dramaturge irlandais (1871-1909). Ken Bruen situe ses histoires à Galway en Irlande, et Jack Taylor, que l'on a connu alcoolique et drogué depuis les trois premières enquêtes (voir Toxic Blues et Delirium tremens [chroniqués le 15/01/2010]), ne boit plus et ne prend plus de substances illicites. Il arrive même à entretenir une liaison (éphémère) avec une femme. Dans cette histoire, un dealer de drogue purgeant une peine de prison, et connu de Jack, lui demande d'enquêter sur la mort de sa soeur qu'on a retrouvée la nuque brisée après une chute dans un escalier. On a retrouvé un ouvrage de Synge sous son cadavre. Une deuxième jeune femme subit le même sort. L'enquête menée par Jack Taylor n'est que secondaire (comme dans le Martyre des Magdalènes), on a la solution à la toute fin au détour d'une page. C'est surtout un roman sur un personnage, Jack Taylor, auquel on s'attache avec ses défauts et ses qualités, et le petit monde qui gravite autour de lui. C'est aussi, de la part de Ken Bruen, une déclaration d'amour à l'Irlande et au peuple irlandais. Il est aussi, me semble-t-il, un grand lecteur de polars, car les courts chapitres composant le roman sont entrecoupés d'extraits d'auteurs comme Henning Mankell, Robert Crais, James Lee Burke ou John Lansdale. Le Dramaturge se lit vite et bien. J'attends avec impatience la parution en poche des deux romans suivants: La main droite du diable et le tout récent Chemins de croix (parus aux Editions Gallimard Noir). Je vous conseille vivement de découvrir cet écrivain si ce n'est déjà fait.

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jeudi 3 décembre 2009

Vincere - Marco Bellochio

J'ai vu Vincere de Marco Bellochio (sorti la semaine dernière) devant une salle comble et je suis ressortie de la projection avec un sentiment de déception: moi qui m'attendais à un mélodrame flamboyant ou à un film intimiste, j'ai trouvé Vincere pompeux (peut-être que la musique très "opératique" y est pour quelque chose) et je n'ai pas été émue une minute par le destin tragique d'Ida Dalser. Son personnage n'a aucune épaisseur à part qu'elle répète de façon lancinante qu'elle aime Benito (Mussolini), qu'elle s'est mariée avec lui et qu'elle a un fils (c'est un peu réducteur). Ida Dalser, issue d'une famille aisée, tombe sous le charme, dès 1907, de cet homme socialiste et anticlérical. Pour lui, elle vendra tous ses biens afin qu'il crée son propre journal: "Il popolo d'Italia". Dès 1916, après la naissance de leur fils (aussi nommé Benito), il l'abandonne: aucune explication n'est donnée. J'ai été gênée qu'elle proclame partager les idées du futur dictateur (socialistes ou fascistes?). Le fait que le réalisateur ait inséré des documents d'actualités d'époque (en noir et blanc) tout au long du film est une bonne idée (le film a été tourné en couleur). C'est l'occasion de voir quelques secondes Lénine en 1917, un extrait du Kid de Chaplin (devant lequel Ida pleure) et un autre où une passion du Christ est projetée sur un plafond d'église qui sert d'hôpital militaire pendant la guerre de 14-18. Le parti pris du cinéaste a donc été de ne plus faire apparaître l'acteur interprétant Mussolini à partir du moment où Ida est internée dans un hôpital psychiatrique, et de le remplacer par des films d'archives avec le "vrai" Mussolini. C'est l'occasion de voir ce dernier (grotesque et risible) vociférer devant une foule en liesse en commençant par ce mot "vincere" (vaincre). A la différence de Ed, j'ai trouvé que la bonne idée était que ce soit le même acteur (Filippo Timi) qui joue Benito père et fils. D'ailleurs, ce sont les dix dernières minutes films qui m'ont le plus touchée. En tout cas, ce n'est pas le chef-d'oeuvre annoncé quoi qu'en disent les critiques du Masque et la Plume. Le fait que ce film soit reparti bredouille du dernier festival de Cannes (même si la ravissante - c'est un euphémisme - Giovanna Mezzogiorno joue bien son rôle) ne me perturbe pas. Dr Orlof et Rob en disent du bien.

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mardi 1 décembre 2009

Le Vilain - Albert Dupontel

C'est le premier film que je voyais d'Albert Dupontel réalisateur. Le Vilain est moyennement méchant et pas très bête (enfin, il y a quand même une tortue, deux chats et un chien qui jouent des rôles essentiels - surtout la tortue). Dans une petite ville indéterminée, "le Vilain" (Albert Dupontel) est en train de se faire tirer dessus par des hommes invisibles dans une fourgonnette toute noire. Après avoir reçu une balle dans l'épaule, il se rappelle tout à coup qu'il a une famille pas loin et il se retrouve chez sa mère (Catherine Frot) qui vit dans un pavillon. Il ne l'avait pas vue depuis 20 ans. La mère se rend compte que si elle est toujours en vie et jamais malade (Dieu ne veut pas d'elle), c'est qu'elle a mis au monde un garçon peu recommandable. Elle voudrait qu'il se rachète en faisant une bonne action alors que le Vilain, lui, veut éliminer sa vieille maman. Cette dernière a aussi maille à partir avec un promoteur immobilier (Bouli Lanners) qui ne cesse de la harceler pour qu'elle vende son pavillon comme ses voisins: il veut tout raser et reconstruire. Bien entendu, on peut deviner un peu à l'avance que la mère arrivera à convaincre son fiston de se débarrasser du promoteur. L'histoire (scénaristiquement parlant) est composée d'une suite de scènes qui m'ont parfois fait sourire (mais pas plus). En revanche, Catherine Frot avec sa perruque de cheveux blancs est très bien. J'ai eu du mal à reconnaître Bouli Lanners avec son catogan et ses lunettes noire. Et en définitive, je préfère Albert Dupontel acteur plutôt que réalisateur.

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dimanche 29 novembre 2009

Lucky Luke - James Huth

[Attention, ceci n'est pas un billet de Dasola, mais bien le 2ème signé par "Ta d loi du cine" (le précédent est ici).]
Dasola ayant catégoriquement refusé de m'accompagner (la bande-annonce lui avait suffi, ai-je cru comprendre), j'ai été au bout de mon souhait d'aller voir l'oeuvre en question, quelque temps après sa sortie (qui a eu lieu le 21 octobre 2009). Du coup, je me fends d'une critique pour raconter l'aventure. Premier challenge: réussir à trouver un cinéma qui passait encore ce film: ils sont deux, sur Paris, en cette 6ème semaine depuis sa sortie. Effectivement, j'avais laissé passer le gros des spectateurs (QUI est gros?); c'est pas une blague, j'ai eu droit à la salle pour moi tout seul: j'étais LE spectateur du jeudi soir.
Côté parodie, ce n'est pas du léger. J'ai plus souvent fait la grimace que souri. Le plus réussi, ce sont les bottes, tout à fait dans l'esprit de la BD. Et je retiendrai le "Ouaip!" de Dujardin. Mais, dans les scénarios de Goscinny (tu parles d'un hommage!), ça allait de pair avec l'allumage d'une cigarette. Ici, on a droit à du brin d'herbe fumeux qui a tout du pétard mouillé. Le seul gag qui m'a fait rire était plutôt gore. Hé non mesdames, il ne faut pas ôter les bottes d'un cow-boy, surtout dans une baignoire (gare au gremlin des familles). Le film semble hésiter au croisement de différents univers: celui du cartoon à la sauce franco-belge, et celui du post-western spaghetti-paëlla. Au final, ça donne du Guignol. Ce n'était certes pas facile de trouver la bonne distance parmi cinq ou six influences. D'où peut-être l'impression d'une succession de tableaux, de morceaux de bravoure. Un peu comme à la guerre: pendant 95% du temps, on ne fait qu'attendre qu'il se passe enfin quelque chose (avec des méchants anonymes un peu statiques en figurants qui font nombre, le genre qui a vocation à se faire massacrer par paquet de six - en principe?); puis tout se passe effectivement trop vite pour qu'on puisse voir et comprendre (à part l'unique ralenti du film). Et c'est pas mal elliptique. N'ayant pas lu les deux tomes de la série "dérivée" Kid Lucky (désolé!), j'ignore si des éléments y ont été repris, ou non, pour l'enfance de LL. Pour dire quelques mots des personnages: Billy the Kid m'a fait penser à Sylvestre (à cause du zeveu sur la langue?). Je ne sais pas si Dujardin a le menton assez pointu par rapport au LL "classique"? Il semble s'être calqué sur - ou cantonné à (j'ai pas dit Cantona!) - celui des (disons) 12 premiers albums parus chez Dupuis? Soyons juste, il y a tout de même des réminiscences dans ce film. "Pat Poker" a une tête de O'Sullivan dans Phil Defer, et le coup de la fausse sortie provient peut-être de cet album. On aurait peut-être au moins pu avoir droit à la mention du seul "sept-coup" de l'Ouest, modèle spécial créé par un vieil armurier: même pas! OSS Luke nous refait le coup du chargeur inépuisable déjà vu dans Rio ne répond plus (à moins que ce soit dans Le Caire nid d'espion?). Il pourrait nous dire "il faut quand même que je pense à recharger, un de ces jours": pas non plus. Pour finir, je me demande un peu s'il n'y a pas eu une erreur sur le bon format: peut-être aurait-il fallu en faire une série TV en épisodes de 2 ou 3 minutes? [C'est bon, je sors]. Et, c'est pas pour spoiler, mais restez donc jusqu'au bout du générique: vous pourrez apprendre (si, si!) que Ran-Tan-Plan n'apparaît pas dans ce film! Bien, pour pouvoir comparer les sorts faits à Goscinny, il me reste à voir les 4 Astérix, et Le Petit Nicolas (ou Iznogoud, avec Billy the Kid), dont je n'ai encore vu aucun. A ma connaissance, personne ne s'est attaqué à Oumpapah. Qu'attend Dany Boon? Mais, après tout, peut-être reverrai-je avec plaisir ce Lucky Luke 2009, d'ici une quinzaine d'années...

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vendredi 27 novembre 2009

Le touriste - Olen Steinhauer

C'est le deuxième roman que je lis d'Olen Steinhauer (après 36, boulevard Yalta). Le Touriste (Editions Liana Levi) a pour titre le surnom que l'on donne à certains agents secrets de la CIA lors de missions qu'ils font de par le monde. Ils n'ont pas d'attache. Milo Weaver était un de ceux-là jusqu'au 11 septembre 2001 où, après s'être fait tirer dessus à Venise, il est devenu un "touriste" de bureau. En 2007, Milo vit aux Etats-Unis, à Brooklyn, il est marié et père de famille. Pourtant, il reprend du service car sa vie est menacée: un tueur à gages qu'il poursuivait et qui vient de décéder d'un virus mortel a pu lui révéler qu'il y avait des machinations insoupçonnées au sein de l'Agence. Au long de ce thriller composé de courts chapitres, on suit avec intérêt l'enquête de Milo de Paris à Venise, passant par Genève et Francfort et aux Etats-Unis. Je ne suis pas sûre d'avoir compris toutes les motivations des "méchants" que l'on trouve au sein de l'Agence mais je ne regrette pas ma lecture. Ce roman de 520 pages est distrayant (et les scènes d'interrogatoires musclés ne sont pas insoutenables). Il se lit et s'oublie vite. En revanche, je vois bien une adaptation télévisée en trois ou quatre épisodes.

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mercredi 25 novembre 2009

Deux pièces de théâtre

Pour changer, je voudrais évoquer deux pièces de théâtre que j'ai vues pendant ce 4ème trimestre 2009. L'une est encore à l'affiche jusqu'à début 2010 et l'autre s'est donnée de septembre à fin octobre 2009.

D'abord, La Serva amorosa de Carlo Goldoni qui est jouée dans un théâtre privé parisien (théâtre Hébertot) et constitue un des succès de la saison. Je suis allée voir ce spectacle car j'apprécie beaucoup Robert Hirsh comme je l'ai déjà dit ici. Les critiques étaient bonnes. En préambule, je dirais que j'étais au 2ème balcon, 1er rang de face, donc très haut par rapport à la scène avec une barre de fer qui était juste dans mon champ de vision: pas forcément idéal pour apprécier pleinement la pièce. De plus, il n'y a pas beaucoup de place pour les jambes. Ceci mis à part, le spectacle est plaisant mais sans plus (j'ai tellement de bons souvenirs de spectacles d'après des pièces de Carlo Goldoni (auteur vénitien du 18ème siècle) vus dans ma jeunesse que je suis peut-être un peu blasée). Les acteurs principaux ne sont pas mal: Robert Hirsch, en vieil homme riche marié avec une plus jeune (Claire Nadeau) qui n'en veut qu'à son argent, est savoureux. Clémentine Célarié en servante amoureuse joue bien mais l'ensemble manque d'un peu de folie. J'avais beaucoup entendu parler de la scène de la partie de mistigri entre Robert Hirsch et sa femme, c'est en effet drôle mais la scène est trop courte. A côté de moi, il y avait deux jeunes garçons, l'un de presque 10 ans, l'autre plus jeune (environ 7 ou 8 ans). Le premier a semblé apprécier, le deuxième a dormi pendant la deuxième heure. Je dirais que c'est un spectacle familial mais n'emmenez pas des enfants trop jeunes (et il n'y a pas d'entracte). Et il manque peut-être quelque chose à la mise en scène de Christophe Lidon, à moins que la pièce ne soit pas la meilleure de Goldoni.

La Chapelle en Brie (écrite et mise en scène par l'auteur Alain Gautré) a été une sortie théâtre à deux sur une idée de mon ami qui voulait voir jouer Jean-Pierre Darroussin en chair et en os. La pièce se donnait jusqu'au 31 octobre 2009 au Théâtre du Rond-Point Renault-Barrault. Cette oeuvre contemporaine, écrite en 1996, met en scène 4 frères qui ont la même initiale de prénom. Il pleut, c'est même le déluge dans la campagne briarde. Il y a des inondations. André (J.-P. Darroussin), l'ainé des quatre, est seul en scène pendant dix bonnes minutes en cherchant des définitions: il crée des mots croisés briards. Débraillé, il vit dans une ferme briarde: il y a des papiers partout et beaucoup de bouteilles de vin. Au fur et à mesure que la pièce se déroule, on fait la connaissance des 3 frères d'André, Albert, Alain et Arnaud, et même de la maîtresse d'Albert. Avec leurs parcours différents, leurs divergences politiques, ils se mettent à parler, et toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Des secrets de famille que les uns ont découverts et que les autres ignorent sont révélés. La pièce que j'ai trouvée un peu longue à démarrer devient passionnante au bout d'une demi-heure (le spectacle sans entracte durait 1H45). Et mon ami a été très content de sa soirée et de voir Jean-Pierre Darroussin qui n'écrase pas les autres acteurs (que je ne connaissais pas).

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lundi 23 novembre 2009

In the loop - Armando Iannucci

Ce film britannique, In the loop (traduction littérale: dans la boucle, dans le cercle) d’un réalisateur italo-écossais, Armando Iannucci, a été tourné comme un reportage. Il faut s'accrocher pour ne pas perdre le fil des dialogues. Cela va à toute allure (en France, je pense que le film n’a pas été doublé en VF). Bien que cela soit plus difficile à suivre, ce choix de la VOSTF est préférable pour écouter les accents et les jeux de mots intraduisibles. Les sous-titres font ce qu’ils peuvent. Les comédiens s’en donnent à cœur joie dans cette satire sur-vitaminée sur le monde diplomatique. A Downing Street, Malcolm Tucker, l’effroyable (c’est un euphémisme) chef de la com du Premier Ministre est capable de faire et défaire un ministre. En l’occurrence, il s’agit de l’ambitieux (mais petit par la taille) Simon Foster, le secrétaire d'état du développement mondial (sic), qui vient de fait une bourde verbale. En effet, pendant que les Américains et les Anglais sont en pleine tractations avant une possible invasion guerrière au Moyen-Orient, Simon Foster déclare devant des journalistes que la guerre serait "imprévisible". Il aurait employé d'autres vocables comme "prévisible", "évitable" ou "inévitable", cela aurait été la même chose. Cette gaffe met en émoi les deux camps car aucune décision n’était encore prise. L’histoire se passe alternativement à Londres et à Washington DC en passant par New York (aux Nations-Unies). Les dialogues vachards et aussi un peu sexistes fusent. Si les femmes en prennent pour leur grade, les généraux quatre ou cinq étoiles aussi. Je ne peux pas tout raconter si ce n'est que le malheureux secrétaire d'état sera viré (il n'aura même pas le temps de démissionner) non pour sa gaffe mais pour un mur mitoyen qui s'écroule. C'est du grand art. Voilà le genre de cinéma que les Français ne savent pas ou n'osent pas faire et c'est bien dommage. Je le conseille vivement. Voir le billet d'Alex.

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samedi 21 novembre 2009

A l'origine - Xavier Giannoli

Dès les premières images, j’ai été frappée par la grisaille, la tristesse de l’hiver, saison où semble se passer A l'origine (qui fut sélectionné pour le festival de Cannes 2009). On se sent oppressé. L'histoire se déroule dans un décor du style "no man’s land" entre un chantier d'autoroute à l’abandon, un motel et une petite ville sinistrée où le chômage fait des ravages. Juste avant, on vient de voir un homme dont on ne sait rien, Philippe Miller, passer son temps à escroquer des grands magasins d’outillages d’un département ou d’une région. Il va d’un endroit à l’autre avec méthode en pointant sur une carte. Se faisant passer pour un chef de chantier travaillant pour une grande entreprise, il se fait confier du gros matériel qu’il ne rend pas mais qu’il revend à son comparse joué par Gérard Depardieu à l’allure d’ogre. A un moment donné, il se retrouve donc au milieu de nulle part, attiré par un panneau annonçant un chantier d’autoroute. De fil en aiguille, les gens de la petite ville voisine croient qu’il est un contremaître venu faire des repérages, il ne les contredit pas. Avec aplomb et détermination, il décide de reprendre le chantier et les habitants le suivent. Ils n’attendaient que cela. De là se greffe une relation intime entre Philippe Miller (François Cluzet) et la maire de la ville qui est veuve (Emmanuelle Devos). J'ai aimé ce film même si j'ai trouvé quelques longueurs, dont l'histoire d'amour (qui m'a paru assez improbable bien que cela amorce un changement dans l'attitude de Philippe Miller et sa volonté de ne pas abandonner ces gens). L'apparition en truand minable de Depardieu n'était pas non plus très utile. En revanche, le reste est remarquablement montré avec ces petites gens qui reçoivent Philippe comme le Messie. On sent bien qu’ils sont broyés et démunis face à des forces multinationales qui les dépassent. Et tout à coup, ils y croient: le miracle s’accomplit. Deux kilomètres d’autoroute ont bien été construits sur du vent. Le tout a été d'y croire. Philippe est un escroc mais il a donné quelque chose d'important à tous ces gens: l’espoir et une raison de continuer. François Cluzet a un jeu intériorisé et a peu de dialogues, ce qui rend son personnage opaque (on ne sait pas ce qu’il pense). Emmanuelle Devos est lumineuse et les autres comédiens peu ou pas connus sont bien dans leur rôle. C’est le deuxième film de Xavier Giannoli que je vois après Si j'étais chanteur. C’est un réalisateur qui compte dans le cinéma français.

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