mercredi 17 février 2010

Vers l'aube - Dominic Cooper

C'est en lisant le billet d'eeguab que j'ai eu envie de découvrir ce roman d'un écrivain écossais, Dominic Cooper, Vers l'aube (Editions Métailié), et je ne le regrette pas. Ce roman n'est pas d'une lecture facile parce que l'auteur fait beaucoup de descriptions de paysages et de faune d'une région peu connue: une des îles au large de l'Ecosse avec ses Lochs. Je reconnais que j'ai eu du mal à me faire une idée de ce qui est décrit mais ce n'est pas trop grave. Nous suivons le périple de Murdo Munro, bientôt 59 ans, qui vient de perdre son travail (il boit) à la voirie de la petite ville d'Acheninver. Il y vit avec sa femme, Margaret, pour qui il ne ressent plus que de la haine. Mariés depuis 26 ans, ils marient leur fille Flora (méprisante envers son père) un 4 août. Pendant que se déroule la cérémonie religieuse, Murdo part brusquement en plein milieu. Après avoir pris quelques provisions et vêtements, il met le feu à sa maison et quitte le village sans se retourner. Il a l'intention d'aller voir sa soeur Bessie qui vit sur une autre île. La nature qu'il traverse est quelque peu hostile avec ses ravins et ses montagnes. Il y a aussi des lacs à traverser. La plus grande partie du roman nous fait partager le cheminement long et difficile de cet homme qui, après avoir retrouvé sa soeur qu'il n'avait pas vue depuis douze ans, décide de retourner chez lui prêt à payer peut-être sa faute (la maison en ruine appartenait à la municipalité). Chez sa soeur, il aura été en butte à l'hostilité d'un habitant de la maisonnée, mais se sera fait un ami en la personne d'un petit garçon. Toute l'histoire se passe sur trois semaines. C'est un livre âpre sur un homme qui a raté sa vie par timidité ou qui n'a pas su s'affirmer. Ce roman dont il faut noter un côté répétitif dans certaines descriptions ou dans les termes employés a ennuyé Kathel (ce que je regrette) et est relativement court (moins de 200 pages). Voir aussi la critique mitigée d'Aifelle et celles élogieuses de Keisha et de Marie.

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lundi 15 février 2010

Tetro - Francis Ford Coppola

Je suis contente d'avoir enfin vu Tetro, magnifique oeuvre en noir et blanc et en couleur qui se passe à Buenos Aires et en Patagonie. J'ai été surprise que deux de mes collègues de travail avec qui j'en parlais m'aient dit être partis au bout d'une heure de projection, ils n'en pouvaient plus. En revanche Véranne et quelques autres blogueurs/euses en ont dit du bien. J'ai été vraiment emballée par ce film où l'on apprend que Tetro (le diminutif de Tetrocini) est le nom de famille des personnages principaux de l'histoire. Bennie et Angelo (surnommé justement Tetro), deux frères, ne se sont pas vus depuis dix ans. Benny est un jeune marin à la veille de ses 18 ans. Suite à une avarie du navire où a embarqué le jeune Benny, ce dernier fait escale à Buenos Aires et y retrouve son frère Tetro qui l'accueille avec froideur. Ce dernier vit avec une charmante jeune femme. La période où se passe l'histoire est indéfinie: années 60, années 70? Les séquences en couleurs constituent des retours en arrière avec l'enfance de Tetro et les drames qui se sont produits. Les séquences en noir et blanc se passent donc à Buenos Aires et en Patagonie. La réparation du navire prenant plus de temps que prévu, Bennie reste plus longtemps qu'il ne le pensait, et celui permet de découvrir le passé de son frère et donc le sien. Tetro essaye d'écrire une pièce de théâtre autobiographique qu'il n'arrive pas à terminer, c'est Bennie qui le fera. Comme parfois au théâtre, il y a un retournement final. Il paraît que cette oeuvre est bien plus ou moins autobiographique pour Coppola lui-même. Et, pour ma part, cela a renforcé mon envie de retourner en Argentine un jour.

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samedi 13 février 2010

Sylvia - Leonard Michaels

Les confessions/journal/mémoires de cet écrivain universitaire disparu en 2003 sont un de mes coups de coeur de ce début d'année. Dans Sylvia, qui vient d'être traduit en français (édition Christian Bourgois), Leonard Michaels raconte pendant 150 pages l'histoire du couple qu'il a formé avec sa première épouse. Ils se sont aimés tout en n'arrêtant pas de se déchirer et de se disputer continuellement. Leur relation fut passionnelle mais douloureuse. Leonard a aimé Sylvia au premier regard après l'avoir rencontrée chez une amie commune à New York. Sylvia Bloch lui rappelait "les statues égyptiennes avec sa silhouette, la surface lisse de son visage avec sa large bouche ainsi que de longs cheveux noirs d'Asiatique". Quand il rencontra Sylvia en 1960, Leonard Michaels venait juste de rentrer à New York après deux ans de thèse (inachevée) à l'université de Berkeley en Californie. Il voulait à présent écrire des histoires. Sylvia et Leonard ont emménagé dans un appartement situé au sud de Manhattan. Leur relation a duré quatre ans entre 1960 et 1964, jusqu'à la fin brutale et tragique de Sylvia à l'âge de 24 ans. Ils s'étaient mariés en 1962. Leonard Michaels, qui avait 29 ans à l'époque, a attendu presque 30 ans (jusqu'en 1992) pour écrire sur cette période sentimentale de son existence pendant laquelle il a croisé ou entendu Miles Davis, Lenny Bruce ou même Jack Kerouac. Quand j'ai refermé ce livre, je me suis dit que j'avais lu un hymne à l'amour magnifique mais tragique raconté de manière pudique. La vie de couple que Leonard Michaels décrit n'est pas une sinécure, car au travers des pages, on comprend vite que Sylvia, qui était une enfant précoce, avait un tempérament instable, cyclothymique, auto-destructrice et masochiste. En résumé, elle était très malheureuse sans qu'il puisse faire quelque chose pour soulager sa peine. Bien au contraire, jour après jour, leur relation était une épreuve autant pour lui que pour elle. Pour éviter le conflit, il essayait toujours d'arrondir les angles, de faire comme elle voulait que les choses se passent. Leonard n'a pas su deviner ce qui allait arriver. Je conseille vivement de découvrir ce livre où sont disséminés quelques extraits du journal de l'auteur. Voir aussi les billets d'Amanda et d'Esmeraldae.

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jeudi 11 février 2010

A single man - Tom Ford

Quand Jérôme de Cinefeed/cinefriends (et oui, encore lui) m'a invitée à la projection de A single man de Tom Ford qui sort le 24 février 2010, j'ai dit oui tout de suite, et pourtant je ne savais pas du tout ce que j'allais voir. C'était une projection de presse avec des journalistes critiques de cinéma (ou faisant fonction de -) qui semblaient un peu blasés. Tout le monde se fait la bise, on (non-professionnel[le]) se sent de trop. En plus, une dame à côté de moi qui venait d'assister à une projection, juste avant, du dernier film de Fatih Akin (très bonne comédie paraît-il), répétait que A single man était très mauvais (c'était des oui-dire). Cela démarrait mal, parce que, dans ce genre de circonstance, à son corps défendant, on a un a priori. Après avoir vu le film réalisé par un créateur de mode (Tom Ford a travaillé chez Gucci et YSL avant de créer sa propre maison de couture en 2005), je ne suis pas aussi négative. Rien que pour la prestation de Colin Firth en homosexuel (oui mesdames les blogueuses), le film vaut le détour. Colin est remarquable de sobriété. Il ne tombe jamais dans la caricature. Sa prestation a été récompensée par le prix d'interprétation masculine au Festival de Venise en 2009 (et il est nommé aux Oscars, cette année). L'histoire est adaptée d'un roman de Christopher Isherwood (assez autobiographique). Cela se passe en 1962 (en pleine crise des missiles à Cuba). A Los Angeles, un professeur d'université, George Falconer (Colin Firth), vient de perdre, dans un accident de voiture, son compagnon Jim (architecte avec qui il vivait depuis presque 15 ans). Il n'arrive pas à faire son deuil malgré la sollicitude de son amie Charley (Julianne Moore), qui a un tendre sentiment pour lui. Jusqu'au jour où il rencontre un jeune étudiant qui suit un de ses cours. Mais le destin veille. On peut reprocher à Tom Ford quelques afféteries. Le début surtout fait un peu film de pub, avec un travail sur la couleur de l'image et une voix off désincarnée. Disons que cela manque de simplicité; et puis petit à petit, je suis bien entrée dans le film, mais Colin Firth y est pour beaucoup. Il est présent dans tous les plans ou presque. C'est LA bonne raison d'aller voir le film. La bande-originale années 60 n'est pas mal non plus.

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mercredi 10 février 2010

Aux blogueuses(eurs) qui ont reçu le roman (?) Level 26

Je croyais être la seule ou presque à avoir reçu ce livre, Level 26 d'Anthony Zuiker, que je ne qualifierai pas de roman mais de pur produit de marketing. Je n'en parlerai pas, je ne l'ai pas lu ni n'ai regardé le lien internet (qui prend le relais du roman toutes les 20 pages). Mais vous pouvez voir des billets plus ou moins long sur cette littérature (?) d'un nouveau genre (Stephie, Celsmoon, Karine et Leiloona - vous y trouverez d'autres liens!). Depuis quelques jours, on voit l'affiche de la couverture sur les murs du métro à Paris. Personnellement, j'ai reçu le roman directement de l'éditeur Michel Lafon sans que je sache comment alors que je n'étais pas demandeuse. Je n'aime pas les lectures imposées. Je ne savais pas qu'il y avait eu d'autres victimes (consentantes ou non). Je l'ai feuilleté et me suis empressée de le mettre sur ma PAL en attente de mon bon plaisir. Il risque d'être vite recouvert par pas mal d'autres.

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mardi 9 février 2010

Le refuge - François Ozon

Entre la descente en flammes de Dr Orlof et la critique élogieuse de Céline, je me situe au milieu avec une opinion plutôt positive.
L'argument (l'histoire): Louis et Mousse se droguent. Le dernier "shoot" est fatal à Louis mais Mousse s'en sort et en plus elle apprend qu'elle est enceinte depuis 8 semaines. Voici maintenant les miens (d'arguments).
Les points plutôt négatifs du Refuge de François Ozon sont à mon avis:
- les séquences du début où l'on voit le couple en train de se droguer en se faisant des piqûres en gros plan. Il y a un côté complaisant assez insupportable et qui n'apporte rien;
- le fait que cela se passe dans un milieu bourgeois très riche (du côté de Louis). Le même couple (Louis et Mousse interprété par Melvil Poupaud et Isabelle Carré) squatte en plein Paris un appartement de plus de 200 m2 et donne 400 euros pour 6 grammes d'héroïne frelatée. Je trouve cela un peu cliché;
- le fait qu'on ne sait pas de quoi vit Mousse, il n'y a aucune information sur qui elle est, d'où elle vient ni de quoi elle vit;
- le fait que la mère de Louis, très grande bourgeoise, semble un monstre insensible et qui demande à Mousse de se faire avorter: son fils Louis ne peut pas avoir de descendance. Elle est un peu caricaturale (L'actrice Claire Vernet, très bien, n'est pas en cause).

Le point ni négatif, ni positif, mais qui peut provoquer un débat: la question de l'homoparentalité.

Les points positifs qui me font adhérer au film sont:
- L'actrice qui était vraiment enceinte pendant le tournage. Elle irradie. On sent la plénitude. Ozon filme avec une grande délicatesse les formes arrondies d'Isabelle Carré (Mousse).
- Le pays Basque (la région de Guétary) où Mousse s'est retirée en attendant d'accoucher. Elle vit dans une jolie maison avec vue sur mer au loin. Superbe. Cela donne envie de partir. Les trois-quarts du film se passent dans cet endroit paradisiaque.
- Le frère homosexuel de Louis, Paul, très protecteur envers Mousse. Il la rejoint quelque temps avant de partir pour l'Espagne.
- Pour ce contraste brutal entre le début de l'histoire violente et mortifère et tout le reste du film où c'est l'attente d'une naissance dans une atmosphère apaisée.

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dimanche 7 février 2010

Le mec de la tombe d'à côté - La pièce

Ca commence fort. Je crois me souvenir que le livre, Le mec de la tombe d'à côté (de Katarina Mazetti), a la même construction, c'est-à-dire que tout commence par la fin, avant de repasser par du flash-back, au motif - intelligent - de la lecture de son journal intime - à elle (excellente Anne Loiret). Pour lui, (Vincent Winterhalter), il fait plus grand dadais que nature, avec un accent qui fait plutôt penser à du bûcheron québécois qu'à du croquant bien de chez nous (l'histoire a été transposée de Suède en Normandie). Mais je n'ai pas encore évoqué le sujet, pour ceux et celles qui n'auraient pas lu mon billet sur le livre dont la pièce est tirée. Elle, Daphné (Désirée dans le roman), 39 ans, et lui, Jean (Benny dans le roman), 45 ans, se croisent au cimetière, sur les tombes respectives de celui et celle qui les ont laissés seul(e) dans la vie. Ils parlent à tour de rôle comme dans un monologue en regardant la plupart du temps le public. Et à un moment donné, les monologues se rejoignent même s'il n'y a presque jamais un vrai dialogue entre les deux. Le peu de personnages secondaires du roman ne sont qu'évoqués mais n'apparaissent jamais. Avec un décor minimaliste mais intelligent (ah, le lit multifonction: banc, auto, ... et lit!), et quelques mots de description lancés comme au hasard, on arrive à restituer leurs deux univers aux antipodes l'un de l'autre. Elle, bibliothécaire bac + 5, et lui (l'autre) qui doit s'occuper de ses vaches après avoir renoncé à faire des études pour aider sa mère à la ferme. Daphné est attendrissante tout au long. Peut-être parce que, tout de même, c'est elle l'héroïne (et le point de vue principal?), qu'il appelle (affectueusement?!) "la crevette". Peut-être aussi parce que le "bougon", le coléreux, c'est lui, le "forestier", "le mec" qu'annonce le titre.

Il serait intéressant de savoir si les spectateurs ont lu le livre avant de venir au théâtre du Petit Saint-Martin à Paris (je le pense d'autant plus que personne, semble-t-il, n'a acheté le roman en poche vendu à la sortie). En tout cas, cette pièce adaptée par Alain Ganas (une personne dont je n'avais jamais entendu parler) rencontre un joli succès. C'est la pièce "qu'il-faut-aller-voir". D'ailleurs, les représentations sont prolongées jusqu'en mars, ai-je cru entendre à la caisse. La salle de 180 places à placement libre était comble. Le public est multiple: d'un certain âge d'un côté, bobo de l'autre (capable de rire aux quelques allusions bio, culturelles, altermondialistes etc.). Si vous passez par Paris, allez assister une représentation de cette pièce très bien jouée et mise en scène. Elle dure 1H40.

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vendredi 5 février 2010

Père des mensonges - Brian Evenson

Après avoir lu de nombreux billets avec des avis positifs (cuné, keisha, stephie, cathulu, amanda, leiloona, et pimprenelle) sur Père des mensonges de Brian Evenson (Editions du Cherche-midi), je l'ai acheté et lu très vite. Mais depuis que j'ai fait cette lecture, je ne sais pas quoi en penser. J'ai plutôt apprécié ce roman perturbant, mais avec des réserves. Je trouve que l'auteur a écrit son roman de façon trop neutre (j'espère que c'est voulu). Son héros, Fochs, doyen laïc d'une secte religieuse (la Corporation du sang de l'agneau, les Sanguistes), vient de commettre des actes aussi épouvantables que le viol sur des jeunes garçons et le viol suivi du meurtre d'une jeune fille. Evenson ne juge pas Eldon Fochs, puisque la plus grande partie du récit est écrite à la première personne du point de vue de Fochs. On pourrait croire qu'Evenson est presque de son côté et compatit à ses troubles de la personnalité. Il y a là une ironie qui m'échappe un peu. On ne sait pas trop à quelle époque (ni en quel lieu) cela se passe même si on devine qu'il s'agit d'une période contemporaine, aux Etats-Unis. Le plus terrible dans l'histoire, c'est l'impunité dont Fochs bénéficie malgré ses crimes, parce qu'il est un membre éminent d'une secte religieuse et que ce sont les victimes qui sont coupables de ne pas assez croire en Dieu. Quand le roman commence, Fochs vient de suivre une psychothérapie suite à des cauchemars perturbants et des crises de somnambulisme. Les conclusions du psychothérapeute sont accablantes pour Fochs mais il ne faut pas que cela se sache. Par la suite, il va perpétrer un crime envers un être proche, sans parler des rapports incestueux avec sa fille aînée. En y repensant, je pense que Fochs est, sous la plume d'Evenson, une espèce d'ectoplasme dans un contexte artificiel pour parler d'un sujet douloureux et qui reste malgré tout tabou. Je n'ai pas été très convaincue par les passages où "Tête sanglante" (vous verrez vous-même de qui il s'agit) fait des siennes. C'est quand même dur de se mettre dans la peau d'un schizophrène pédophile. Je ne suis pas sûre qu'Evenson ait réussi ces passages. Quoi qu'il en soit, je ne regrette pas ma lecture, mais je la conseillerai avec modération.

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mercredi 3 février 2010

Quelques films vus et non commentés depuis le 27/01/10

Cette fois-ci, contrairement à ma série précédente, le regroupement se justifie par le fait que j'ai vu depuis le début de l'année beaucoup de films qui risquent de disparaître des salles rapidement et dont je souhaite parler tant qu'ils passent encore, au moins, à Paris.

Agora (dont Céline a dit le plus grand bien) est un des premiers films que j'ai vus cette année. Il a été réalisé par Alejandro Amenabar (qui a aussi tourné Les autres, en 2001, et Mar adentro, en 2005). On peut le qualifier de "peplum" parce qu'il se passe pendant l'Antiquité, à Alexandrie, au IVème siècle après Jésus-Christ. L'originalité de l'histoire est que le personnage principal est une femme, Hypathie, une astronome qui a réellement existé. Son père, Theon, fut le dernier directeur de la célèbre bibliothèque de la ville. Cette période reflète une transition entre le déclin de la civilisation gréco-romaine et l'influence croissante du christianisme. Tour à tour, les Chrétiens, les Juifs et les non-croyants se persécutent mutuellement, sans parler de la bibliothèque mise à sac et des parchemins et autres documents brûlés (c'est un autodafé). Mais au bout du compte, la dernière persécutée, c'est Hypathie, femme cultivée, savante: on lui reproche d'être ce qu'elle est (cela reste malheureusement très actuel). J'ai trouvé la dernière séquence bouleversante, entre Hypathie et un jeune esclave affranchi qui l'aime. La reconstitution d'Alexandrie et de sa bibliothèque est très belle avec de nombreux effets numériques. J'ai lu des critiques disant que les personnages masculins ne sont pas intéressants: cela ne m'a pas dérangée puisque c'est le personnage féminin (Rachel Weisz, lumineuse) qui est important.

Restons avec une femme comme personnage central mais dans un registre complétement différent: Mother de Bong Joon Hoo (à l'affiche depuis cette semaine), vu en avant-première grâce à Jérôme de cinefriends (et je l'en remercie une fois de plus). J'avoue que j'ai eu un peu de mal à "entrer" dans l'histoire, et puis petit à petit, je me suis laissée emmener dans cette histoire d'amour entre une mère et son fils (on n'est pas loin de l'inceste). Dans une ville de Corée, une jeune fille est retrouvée morte en haut d'un immeuble dans une posture grotesque. On accuse Do-Joon, 28 ans, qui est le dernier à l'avoir vue. La mère de Do-Joon (âgée d'une soixantaine d'année) fait tout pour le sortir de prison en essayant de prouver son innocence. Pour cela, elle commettra jusqu'à l'irréparable. On ne connaît pas leur passé à tous les deux qui a dû être difficile. Le fils est à la limite de la débilité. Il y a une séquence au début du film qui nous montre cette femme dans un champ de blé en train de danser. Le reste n'est pas aussi bucolique et la fin est terrible. En tout cas, avant de traiter quelqu'un d'idiot, je ferais attention (cet aparté est destiné à ceux qui connaissent déjà l'histoire). L'actrice qui joue la mère est sensationnelle, c'est elle qui porte tout le film. On plaint cette mère, et en même temps, elle est monstrueuse. Seul défaut du film, c'est un peu long (surtout quand on sait ce qui s'est passé): 2h10. Du même réalisateur, j'avais vu Memories of murder (2004) que je n'avais pas du tout aimé.

Pour finir dans un registre plus léger, j'ai bien apprécié Pas si simple (dont le titre original est It's complicated) de Nancy Meyers, qui met en scène des quinquas qui assurent plutôt bien côté bagatelle devant la jeune génération ébahie. Meryl Streep m'a épatée une fois de plus dans le rôle d'une femme, Jane, divorcée depuis 10 ans, mère de trois enfants et qui revit quelques moments de folle passion (sexuelle) avec son ancien mari, Jack (lui-même remarié avec une plus jeune), joué par un Alec Baldwin avec quelques kilos en trop. L'histoire se passe entre Malibu en Californie et New York. Jane dirige une grande pâtisserie / salon de thé (elle est la reine du croissant, ayant pris des cours de cuisine en France). En plus de son ex-mari, elle entame une relation plus chaste avec un architecte, Adam (Steve Martin), qui lui refait toute sa maison. Dans ce film, on trouve quelques moments d'anthologie, dont un où Jack, sur un lit, en tenue d'Adam, dissimule à nos yeux ses parties intimes derrière un écran d'ordinateur allumé sur le mode webcam. Je ne vous raconte pas la suite. La salle était hilare. Une très bonne comédie qui semble avoir du succès depuis sa sortie.

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mardi 2 février 2010

Les chats persans - Bahman Ghobadi

Les chats persans de Bahman Ghobadi, long-métrage iranien très soutenu par Cinefeed/cinefriends, fait une jolie carrière grâce à un bon bouche-à-oreille. C'est une excellente surprise en ce qui me concerne, et je le conseille pour celles et ceux qui veulent découvrir un Iran différent de ce que l'on voit à la télé, loin des clichés habituels. Dans ce film tourné en 17 jours dans la clandestinité, une certaine jeunesse de Téhéran est à l'honneur, incarnée par Negar et Ashkan, une jeune femme et un jeune homme tout juste sortis de prison. Ils veulent former un groupe musical de rock afin de pouvoir partir vers d'autres horizons. Pendant tout le film, on les suit dans leur recherche, d'une part, de quelques musiciens pour leur groupe et d'autre part, d'un passeport et un visa "au noir" (donc onéreux). La séquence où de vieux messieurs fabriquent des faux-papier et énoncent les prix, selon que l'on veut un passeport afghan (cinq dollars), ou américain (plusieurs milliers de dollars), est assez marquante. Comme tout est clandestin, on passe de cave en cave avec une incursion dans une étable. Les chats persans donne l'occasion d'entendre du rock, du rap et du heavy metal (sur la bande originale, je vous recommande un rap en perse Ekhtelaf par Hichkas), et c'est une très belle expérience. Cette musique est totalement interdite par le régime iranien en place. Autre chose proscrite: promener son chien (ou son chat) dans la rue ou dans une voiture. Ce sont des animaux impurs comme la musique. Il y a une scène révoltante où une voiture est arrêtée avec Negar et Ashkan (Negar a un chien sur ses genoux). L'agent de police s'empare du chien. Je n'ose imaginer ce qu'il advient de cette pauvre bête. Et pourtant on n'entend pas une fois parler de religion. Bahman Ghobadi a filmé en numérique dans des conditions précaires. On le sent dans certains plans pris au vol où l'on peut voir par exemple que certains wagons de métro ne sont réservés qu'aux femmes. Un de mes coups de coeur de ce début d'année.

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