dimanche 7 mars 2021

Cavanna, paléontologue! - Pascal Tassy

Pour mon billet mensuel autour de Charlie Hebdo, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) vais évoquer un livre récemment publié et que j'ai découvert parce que tant le Canard Enchaîné que Charlie Hebdo en ont parlé à sa sortie. Cavanna, Paléontologue!, de Pascal Tassy, c'est l'histoire d'une amitié débutée entre un jeune lecteur de Hara Kiri et son "grand homme", Cavanna (fondateur dudit titre de presse qui a précédé Charlie Hebdo première série). Cavanna a aussi fait partie de l'équipe qui a relancé en 1992 Charlie Hebdo (série actuelle), jusqu'à sa mort intervenue fin janvier 2014 (moins d'un an avant le massacre de tant de ses amis).  

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Je trouve que le mammouth ci-dessus a une bonne tête anthropomorphe: il pourrait faire penser au "Manny" de L'Âge de glace. Ce dessin de couverture est dû à Julien Norwood, illustrateur naturaliste, dont je suppose qu'il fait partie des connaissances professionnelles de Pascal Tassy. Né vers 1949 (25 ans en 1974...), l'auteur de l'ouvrage est aujourd'hui professeur émérite au Muséum national d'Histoire naturelle (Paris). Pascal Tassy a écrit plusieurs autres livres, que je n'ai pas lus, sur l'histoire de sa science, la paléontologie, qui s'est construite en deux cents ans (en gros) pour faire triompher le concept de l'évolution des espèces à partir de l'étude de leurs fossiles, contre les théories basées sur le fixisme, le finalisme, et bien sûr les forces conservatrices de la théologie... qui sont loin d'avoir toutes désarmé à ce jour. 

Les 171 pages du livre sont divisées entre préface et introduction, 7 chapitres et une annexe (j'y reviendrai). Assez vite, on apprend que Pascal Tassy avait commencé lycéen à lire Hara Kiri puis Hara Kiri Hebdo devenu Charlie Hebdo en 1970. Il y dévorait entre autres les écrits de Cavanna, et a eu le culot de l'inviter à sa soutenance de thèse (qui concernait un squelette de mastodonte de 17 millions d'années découvert dans la Beauce), au motif d'un rapprochement hasardé en novembre 1973 par Cavanna sur mastodonte, mammouth et éléphant. Car Cavanna n'a pas seulement rédigé (ou romancé) ses souvenirs, à commencer par les Ritals, les Ruskoffs et autres titres - qu'il faudra que je lise ou relise un jour pour en tirer quelques billets (auteur prolifique, sa blbliographie complète comprend près d'une soixantaine de titres au total!). Il rédigeait notamment dans Charlie une chronique, "L'aurore de l'humanité", qui deviendra une série de trois livres parus de 1972 à 1977. Ou des billets sur des sujets variés, dont je donnerai une seule citation (page 27): "grâce à l'humour, l'homme supporte avec le sourire le malheur des autres". Bref, cette soutenance de thèse a marqué le début de quatre décennies d'amitié et de retrouvailles, pour un resto, pour bavarder... Car "l'évolution biologique passionnait Cavanna. Autant les avancées de la recherche que les attitudes anti-évolutionnistes." (p.47). P. Tassy n'hésite pas à dire que Cavanna était particulièrement fier de la chronique scientifique assurée tour à tour par plusieurs "signatures" dans Charlie seconde époque. 

Au moment de la fin de Charlie première époque en décembre 1981, Pascal Tassy était sur le terrain (de fouille), au Kenya. Il n'a donc vécu qu'à distance la fin de l'hebdomadaire dont il était un acheteur assidu et bien connu. Il nous brosse quelques pages (chapitrées "Interlude") pour rappeler que, comme le disait Cavanna, si l'hebdo a pu vivre grâce à Choron, il est mort aussi grâce à Choron... Le livre contient nombre d'indications bibliographiques en notes de bas de page sur l'histoire de Charlie.

Le nom de Cavanna revient pratiquement à chaque page. Mais ce livre est aussi le prétexte pour l'auteur de parler de son activité, de l'évolution de son métier, de sa propre carrière... On peut (malheureusement?) le croire quand il dit (p.49): "aujourd'hui, un bon chercheur c'est, avant tout, quelqu'un qui sait obtenir des crédits". L'auteur nous parle aussi de sa discipline, qu'il vulgarise avec précision. C'est évidemment l'occasion de parler de changements climatiques, changement de biotopes, extinction des espèces trop spécialisées et qui n'ont pas le temps de s'adapter ("stress écologique"), mais aussi extermination d'espèces, indéniablement, par l'homme (dodo, rhytine, entre autres). Bien sûr, en fait de paléontologie, ce qu'à mon avis l'auteur fait le plus ressortir, volontairement ou non (j'ose supposer que c'est volontairement), c'est le côté "humaniste" de Cavanna. Leurs discussions à bâtons rompus pouvaient porter sur bien des sujets ou questions quasiment philosophiques: citons, incidemment, la nécessité de faire en sorte d'empêcher (y compris en France) la dissociation de la médecine en médecine pour riches et médecine pour pauvres.

Ils avaient un projet de livre à écrire ensemble. La maladie n'a pas laissé à Cavanna le temps de le faire... En annexe, la retranscription d'une interview de Tassy par Cavanna, prévue pour les pages "sciences" de Charlie et restée inédite (il aurait fallu en couper les 9/10e!) occupe 55 pages (près du tiers de l'ouvrage). Ah, et il arrivait à Cavanna de dessiner, aussi. Je ne citerai qu'un des quatre dessins de lui que comporte ce livre (p.113).

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Pour résumer, il est question ici d'histoire des sciences, de rapports de l'homme avec la nature, de philosophie et de liberté de conscience, au fil de deux carrières entrecroisées... Je recommande ce livre.

*** Je suis Charlie ***

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vendredi 5 mars 2021

Film vu en DVD en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des cinémas (13): Le gang Anderson - Sidney Lumet

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Je crois que je n'avais jamais vu ce film de Sidney Lumet qui date de 1971. Le gang Anderson (The Anderson tapes en VO, littéralement parlant Les enregistrements Anderson) nous fait découvrir Christopher Walken dans son premier grand rôle au cinéma, il avait 28 ans et faisait presque gamin avec ses cheveux ébouriffés. Le gang Anderson permet à Sean Connery de retrouver le réalisateur avec qui il avait tourné La colline des hommes perdus en 1966. En 1973, il tournera de nouveau avec Lumet pour The Offense avant de le retrouver pour Le crime de l'Orient-Express en 1974. Dans Le gang Anderson, il interprète un Britannique qui sort tout juste de prison après avoir purgé une peine de 10 ans. Au vu du titre français, on s'attend à une histoire de gangsters. C'est en partie le cas mais pas que. Le film fut vraiment le premier à traiter de la présence envahissante de la surveillance dans le domaine public ou privé. Dès que Duke Anderson (Sean Connery) sort de prison, il se rend illico chez sa maîtresse Ingrid (Dyan Cannon) qu'il n'a pas vu depuis 10 ans. Elle vit dans un somptueux appartement dans l'East side de New-York. On constate assez vite qu'Ingrid est surveillée même pendant ses ébats. Des fils dépassent de partout et en sous-sol, des bandes magnétiques enregistrent ce qui se passe dans l'appartement. C'est l'oeuvre d'un homme qui paye le loyer. Tout de suite, Duke a l'idée de cambrioler tous les appartements de l'immeuble car il devine qu'il y a plein de choses de valeur à dérober. Pour ce faire, avec l'aide d'un homme de la mafia, ll constitue une équipe de quatre personnes dont chacune individuellement est surveillée par différences instances fédérales, le FBI, le bureau des narcotiques ou le département du fisc, mais pour d'autres raisons que ce vol à grand échelle. Et comme ces instances ne communiquent pas entre elles, elles n'anticipent pas ce qui va arriver. Parmi les victimes du cambriolage vivant dans l'immeuble, un jeune garçon hémiplégique va être le grain de sable qui va tout faire rater. Le film bénéficie d'une très bonne bande-son composée par Quincy Jones. Sean Connery est une fois de plus excellent. Mention spéciale à Martin Balsam qui interprète un homosexuel pas ridicule du tout. Du grand art. Un film à découvrir. Il faut noter qu'en bonus, il y a la présentation du film par Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif.

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mardi 2 mars 2021

La pierre du remords - Arnaldur Indridason

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La pierre du remords (Edition Métailié noir, 345 pages), le nouveau roman d'Arnaldur Indridason, m'a énormément plu. J'ai eu du plaisir de retrouver Konrad, le policier à la retraite qui continue son enquête sur la mort de son père, un triste sire qui avait fait du mal autour de lui en escroquant les gens. Il avait comme complice Engilbert, un médium un peu charlatan qui avait une fille, Eyglo, laquelle aide souvent Konrad dans ses recherches. Quand le roman commence, Valborg, une vieille dame de 70 ans, vient d'être assassinée dans son appartement. Apparemment un crime crapuleux par quelqu'un qui l'a étouffée avec un sac plastique. Konrad n'avait pas prévu de participer à cette enquête mais il avait vu Valborg quelques jours auparavant. Elle lui avait demandé un grand service; l'aider à retrouver son enfant qu'elle avait abandonné presque cinquante ans auparavant. Sur le moment, Konrad n'a pas voulu le faire et il s'en veut. Maintenant, il n'a de cesse de savoir ce qu'est devenu l'enfant. Il interroge plusieurs personnes, dont des voisins et la nièce de Valborg. Même s'il est retraité de la police, il a gardé des contacts avec des policiers à la retraite ou en exercice, dont Martha, déjà rencontrée dans des romans précédents. Son enquête le mène à une ancienne discothèque où avait travaillé Valborg. Une fois de plus, Indridason montre son talent de conteur. Chapitre après chapitre, on fait des sauts dans le temps. L'histoire est très bien menée et Konrad montre qu'il est très bon détective. Pour votre info, une sage-femme en islandais se dit "ljósmóðir" (littéralement mère de lumière). C'est beau. La pierre du remords est un très bon cru même si l'histoire est vraiment très triste. Je le conseille tout comme Aifelle, Eva et Sharon.

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lundi 1 mars 2021

Vaseux communicants / souvent flegme varie - N°11

Bientôt un an que j'ai entamé cette série de chroniques sur la Covid-19... J'espère qu'elle n'atteindra pas le numéro 182, avec son rythme mensuel!

Dans deux semaines, cela fera un an que j'ai (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) été confaminé, pardon, confiné, en même temps que les autres Français. Un séisme. Et maintenant?

Aujourd'hui, la question inquiète de l'entourage, quand on s'étrangle dans une quinte de toux, ce n'est plus "T'as pas la Covid?", mais "T'as pas le variant, au moins?"... Ah, on est bien conditionnés, merci [Ivan] Pavlov!

== Suite au commentaire sous mon billet précédent, j'ai cherché un peu ce qu'il en était du séquençage du SARS-CoV-2 et de ses variants en France. Il semble qu'on soit à la traîne par rapport à d'autres pays, en terme de capacité de test (nombre, délais, équipement). Par contre, en février 2021, plusieurs sites semblaient en capacité de faire des recherches (pas seulement à Marseille): CNR (centre national de référence) de Lyon, le Génopôle d'Evry... On pourrait sûrement faire davantage, bien sûr. Macron, du pognon! ==

Il est sûr que le nombre de mutations du virus se compte déjà en milliers voire en dizaines de milliers (il mute en permanence). Ce qui est surtout surveillé, c'est l'augmentation de la dangerosité pour l'homme. Si je peux me permettre un parallèle: pendant des siècles, les progrès respectifs des cuirasses et armures ont rendu les armes de plus en plus meutrières. C'est un peu la même chose, sauf que l'Homme n'a pas forcément la maîtrise des "progrès", ici...

Avec désormais un an de recul, je me demande bien à quoi on pourrait, dans un univers uchronique (sans Covid chronique), occuper le "temps de cerveau disponible" que nous bouffent (en nous omnibulant jusqu'à saturation) ce satané virus, sa prévention, ses vaccins, ses variants, ses contraintes, ses conséquences... Ça me fait penser à un passage vers la fin du roman Ravage, de Barjavel, quand les survivants de la catastrophe arrivent à la campagne, et y sont accueillis par un: "Qué catastrophe?".

L'épidémie responsable d'une baisse des naissances historique... Moi qui attendais le baby-boom, j'avoue que je suis déçu! Et la réputation française, alors? Heureusement en tout cas que j'ai pas joué en bourse en me fiant à mon intuition.

13/02/2021 - bonne nouvelle, il y beaucoup moins de gastro, de broncho ou de grippes cette année, à cause du / grâce au couvre-feu et autres distanciations sociales. Mauvaise nouvelle: la grippe fera (paraît-il) d'autant plus de ravages l'an prochain qu'elle n'aura pas pu circuler librement cette année... Hé oui! Après les contraintes artificieuses, gare au retour de bâton! 

Un vaccin en cours de développement par une start-up française [Aiova] protégerait bientôt à la fois contre Coco et contre la grippe... Il leut faut juste quelques paquets de millions d'euros pour continuer à avancer sur cette voie prometteuse! Et si ça ne marche pas, ils remboursent? 

A quelle température le virus se propage-t-il le mieux? Ni quand il gèle (l'aérosol tombe par terre), ni en canicule (l'aérosol s'évapore). Apparemment, la meilleure plage pour que l'aérosol reste bien contaminant, ce serait 6-7 degrés centigrades, comme maintenant... Macron, du soleil! 

Confinement local par-ci, confinement par classe d'âge par-là, confinement à pile ou confinement à face... aux confins du couvre-feu. C'est bien la seule chose qui peut nous intéresser, dans les "conférences de presse" hebdomadaires - à chaque fois, le même suspens. Commencent à être un peu lourds, ces gens qui nous gouvernent: trois hommes et les confins?

Merci au journal Le 18ème du mois (N° 290 de février 2021, p.4) d'avoir attiré mon attention sur le fait que, en cas d'inscription en ligne ou même par téléphone pour la vaccination, en période où il n'y a pas assez de doses de vaccins pour tous ceux qui le souhaitent, "c'est la prime aux plus agiles sur internet et aux plus rapides (...)".

La question du rôle des élevages de visons dans la diffusion de la Covid-19 avait été soulevé par Reporterre en janvier. Elle semble faire polémique, en France (interdiction desdits élevages en 2025 ou bien en 2023...? Il y en aurait moins d'une demi-douzaine). Mais si jamais c'est l'éleveur lui-même qui contamine ses bêtes, que faire? On ne va quand même pas adopter / adapter l'abattage sélectif au premier malade, non?

Me suis un peu marré (je sais, c'est pas gentil...) en lisant les méfaits du vaccin AstraZeneca, réservé en priorité aux soignants de moins de 65 ans, dans certains services d'hôpitaux, ceux qui avaient décidé de vacciner tout leur personnel en même temps: 25% de fortes réaction (fièvre et courbatures), et des services quelque peu désorganisés pendant quelques jours...

Horripilé (de longue date) par la tendance de certains journaux sensationnalistes à titrer leurs articles "Pourquoi [ceci]" ou "Comment [cela]", alors même que d'une part le sujet ne présente, "en soi", que fort peu d'intérêt, et que d'autre part il n'y est même pas répondu, au final, à la (fausse) "question" posée [dans l'article]. Enlevez l'un ou l'autre de ces deux premiers mots, il ne reste plus qu'une infomation brute. En fait, focaliser l'attention sur un "comment" ou un "pourquoi" a surtout pour effet de neutraliser notre esprit critique, de légitimer un "sujet" et d'empêcher qu'on se dise: "attends, mais ça vient d'où, cette info? Pour quelle raison on nous parle de ça? Qui a intérêt à nous dire quoi?". Bande de communicants (j'ai pas dit concommitants)!
A contrario
, coup de chapeau amusé à un article du JDD (dimanche 28/02/2021): Pourquoi Macron ne varie pas (l'article répond à la question posée). Macron, tiens bon! (une fois n'est pas coutume)

Les Belges empoisonnés avec une histoire de masques anti-coronavirus en tissus toxiques (traités "antimoisissure" au dioxyde de titane, cancérigène possible)? C'est pas chez nous que ça arriverait, hein? Puisque les dizaines de millions de masques en question devaient être distribués gratuitement...

Je me suis laissé dire que certains Parisiens futés qui veulent aller voir Deauville ou Trouville, mais qui ne peuvent y arriver en voiture qu'après 19 heures, exhibent aux policiers en embuscade de magnifiques attestations comme quoi leur grand-mère est mourante... J'imagine déjà le trafic: "à louer, grand-mêre, belle occasion, peu servi, état satisfaisant, faire offre au journal qui transmettra"...

Le retour de l'hygiaphone? Avez-vous remarqué, dans les "guichets", la protection vitrée qui sépare les salariés du public? Ça me rappelle l'époque - que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître - où, à la Poste par exemple, il fallait "parler devant les trous" pour que l'interlocuteur entende, derrière sa vitre...

En cherchant "vaccin grippe coronavirus" sur internet, on trouve tout et son contraire: possibilité de se faire vacciner contre les deux, protection croisée, ou au contraire augmentation du risque de contacter la Covid-19 pour les personnes vaccinées seulement contre la grippe... En fait, ça doit dépendre, comme beaucoup de chose, de l'âge du cap... du cobaye concerné!

La sagesse indienne? Sauf erreur de ma part, l'Inde n'a pas forcément fait le choix de vacciner toute sa population. Et pourtant? Je suppose que tout le monde avait dû lire comme moi, durant l'été 2020, quelques articles pleins de "conditionnel" mais qui posaient cependant la question, comme ici: "les habitants d'un bidonville à Bombay approchent-ils de l'immunité collective?"... Ça me plaît bien (la voie de la nature, et non celle de la technoscience...).

A suivre le mois prochain - pour ranimer la flemme!

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dimanche 28 février 2021

Challenge de la planète Mars

Tous les médias nous bassinent avec l'exploration de la planète Mars, par des "rovers" aujourd'hui, en attendant l'Homme dans quelques années. Du coup, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) lance à partir de demain (lundi 1er mars 2021), en visant la littérature ou d'autres arts, un

*** Challenge de la planète Mars ***

Il semble qu'une année solaire de mars correspond à peu près à 687 "sols", soit un peu moins de deux années terrestres (mais ça semble très compliqué et même variable selon la date d'origine!). Alors hop, décidons (tout à fait arbitrairement) que ce Challenge durera 13 mois terrestres
(soit du 1er mars 2021 au 31 mars 2022).

Comme pour tous les "challenges" de la blogosphère, il s'agit, pour les blogueurs-euses qui le souhaitent, de découvrir et de commenter une oeuvre en rapport avec le thème: que ce soit un livre (fiction, essai, ou même livre scientifique ou historique...), un film, une bande dessinée...

Quelques pistes pour les auteurs (beaucoup de SF, évidemment): Asimov, Bradbury, Burroughs, Clarke, Gray, Heinlein, Robinson, Rocard, Weir, Wells, Zorn (suggestion de Keisha)... et tous ceux auxquels je ne pense pas ou que j'ignore moi-même. Quelques cinéastes? Tim Burton, Brian de Palma, John Carpenter, Dominik Moll, Ridley Scott, Steven Spielberg, Paul Verhoeven! Et bien d'autres, plus anciens et/ou moins connus... On doit aussi pouvoir dénicher des bandes dessinées, des mangas... Et on étudiera tous autres supports (la chanson, l'opéra, le théâtre, ...)!

En plus de participer, vous pouvez devenir "blog partenaire". N'hésitez pas à annoncer le challenge sur votre blog. Merci de le présenter sous la forme: "Challenge de la planète Mars, lancé par Ta d loi du cine sur le blog de dasola, jusqu'au 31 mars 2022". De mon côté, si jamais tel ou telle blogueur-euse réalise une jolie bannière, je n'hésiterai pas à la reprendre officiellement ici...
Aussitôt dit, aussitôt fait (le jour même!): Merci Pativore!

PS du 03/03/2021: les éventuels participant(e)s en mal d'idée consulteront avec intérêt le menu "Culture martienne" sur le blog de Chroniques terriennes. Celui-ci reprend d'anciennes chroniques sur des oeuvres de la "culture populaire" concernant Mars, rédigées initialement pour un ancien blog dédié. Elles y sont classées par décennie ou par support (littérature, cinéma & télévision, divers...).

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Pour vous inscrire, merci de mettre un commentaire sous ce billet dans un premier temps, puis de revenir signaler la parution de votre chronique (avec son lien).

Et je peux déjà citer en référence une toute première participation (la vie sur Mars, c'était il y a combien de milliards d'année, déjà?) !

Dasola: Mars et Vénus au théâtre 

C'est parti...

GirlyMamie (inscrite le 28/02/2021): Frédéric Brown - Martiens, go home!

Pativore (inscrite le 01/03/2021): Joca Reiners Terron - La mort et le météore

Ta d loi du cine (inscrit le 13/04/2021): Sidney Jordan - Jeff Hawke (épisodes différents) / Isaac Asimov - La voie martienne / Robert Heinlein - Double étoile / ...

Titi70 (inscrit le 01/03/2021): Paul Verhoeven - Total Recall (film)

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vendredi 26 février 2021

Film vu en DVD en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des cinémas (12): Guêpier pour trois abeilles - JL Mankiewicz

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J'ai découvert récemment un film de Joseph L. Mankiewicz que je n'avais encore jamais vu, Guêpier pour trois abeilles (The Honey Pot en VO) qui date de 1967. C'est l'avant-avant-dernier film réalisé par Mankiewicz, qui en a aussi écrit le scénario. L'histoire est inspirée de la pièce Volpone (le Renard en italien) de Ben Jonson qui date de 1606. Je vous conseille d'ailleurs de la lire. En préambule, on voit un homme, Cecil Fox, tout seul dans un théatre (La Fenice) pour qui des acteurs jouent justement la pièce Volpone. Dans le plan suivant, dans son palais vénitien, Cecil Fox (renard en anglais), un homme richissime, embauche un certain McFly (Cliff Robertson) pour lui servir de secrétaire. Il charge ce dernier de demander à trois anciennes maîtresses de venir le rejoindre dans son palais. Il va leur faire croire qu'il est mourant et qu'il va léguer sa fortune à l'une d'entre elles. Parmi les trois, il y a Mrs Sheridan (Susan Hayward qui était une actrice que j'aimais beaucoup) accompagnée de sa dame de compagnie/infirmière Miss Sarah Watkins (Maggie Smith toute jeunette - elle avait 33 ans à l'époque - et absolument ravissante). Les deux autres sont la princesse Dominique (Capucine) et Merle McGill (Edie Adams). Cecil Fox a élaboré tout un scénario qui ne va se passer du tout comme il l'imaginait. C'est une histoire de manipulation dans laquelle il va être piégé sans qu'il s'en soit rendu compte. Par rapport à la pièce de Ben Jonson, il y a une intrigue amoureuse, et Miss Watkins est celle qui va tirer les ficelles de l'intrigue. Les dialogues très écrits sont brillants. Cela fait très pièce de théâtre avec l'unité de lieu et d'action. Je pense que ce n'est pas le film le plus connu de Mankiewicz, essayez de le voir rien que pour la dernière scène, la place Saint-Marc de Venise vide. 

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mardi 23 février 2021

Un été à Key West - Alison Lurie

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Dans le cadre de la LC (lecture commune) d'un ouvrage écrit par Alison Lurie proposée par Aifelle le 8 décembre dernier, j'ai choisi Un été à Key West (Editions Rivages, 276 pages) publié en 1998. A l'époque, cela faisait dix ans qu'Alison Lurie (03/09/1926-03/12/2020) n'avait rien publié. J'avoue que pour ma découverte d'Alison Lurie, je n'ai peut-être pas pris son meilleur roman. L'histoire, comme le titre l'indique, se passe pratiquement intégralement à Key West, une ville située à l'extrémité occidentale de l'archipel des Keys en Floride. Key West est connue grâce à Ernest Hemingway et Tennessee Williams qui y ont habité. Mais avant d'arriver à Key West, on fait la connaissance de Wilkie et Jenny Walker dans une belle demeure de Nouvelle-Angleterre sur la côté Est des Etats-Unis. Lui est écrivain et naturaliste, septuagénaire, il vit une mauvaise passe. Il se croit atteint d'une maladie mortelle et pour cette raison, il n'arrive pas à terminer son livre sur un hêtre rouge. Il se replie sur lui-même, il refuse les dîners mondains, il ne voit plus ses enfants et ne parle pratiquement plus à sa femme Jenny, sa troisième épouse qui a 25 ans de moins que lui. Jusqu'à présent, elle était son assistante. C'est elle qui corrigeait et tapait ses manuscrits. Depuis plusieurs mois, il ne lui demande plus rien. Au vu de cette situation, Jenny persuade Wilkie de passer ensemble quelques semaines à Key West. Ils louent une maison appartenant à un jeune homme atteint du sida. Cela m'a frappée qu'Alison Lurie ait ancré son récit dans la période douloureuse du temps du sida. On en parlait beaucoup plus que maintenant. Wikie a accepté de venir car il croit qu'il pourra se suicider plus facilement en se noyant. Jenny, elle, se métamorphose. Croyant que Wilkie ne l'aime plus, elle se décide à s'ouvrir aux autres et en particulier à Lee Weiss, une femme qui a été psychothérapeute et qui est devenue la propriétaire d'une pension prospère réservée aux femmes. Autant Lee considère Wilkie comme un vieux réactionnaire, autant elle tombe sous le charme de Jenny à qui elle porte secours une après-midi après que Jenny se soit fait piquer par des méduses. Plusieurs personnages apparaissent dans le roman qui n'ont pas forcément d'interaction avec le couple. C'est léger et grave à la fois. Mais je suis malheureusement restée à l'extérieur de cette histoire qui ne m'a pas touchée. J'espère qu'Aifelle aura mieux apprécié que moi Un Eté à Key West.

Lire le billet d'Aifelle nettement plus enthousiaste et qui renvoie à d'autres blogs.

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lundi 22 février 2021

Jerry chien des îles / Michaël chien de cirque - Jack London

Challenge jack london 2copie

Dans le cadre du Challenge Jack London proposé de mars 2020 à mars 2021 par ClaudiaLucia, je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) poursuis ma participation avec deux livres que j'ai lus en mes vertes années, car les deux font la paire. 

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Je connaissais le premier sous le titre (en Bibliothèque Verte) Jerry dans l'île, lorsque je le lisais, enfant (ce titre est resté celui de l'oeuvre, en France, jusqu'en 1982, apparemment). Le titre en VO? Jerry of the Islands. Dans mon édition en 10-18 parue en 1983, il est titré Jerry chien des îles. Pour l'autre ouvrage, on est resté sur Michaël chien de cirque. Ces deux livres figurent parmi les derniers rédigés par London, et sont parus après son décès intervenu en 1916. 

Capture d’écran 2021-02-12 à 18

Il s'agit bien de l'un des premiers Jack London que j'ai lu pour ma part (peut-être même avant Croc-blanc, dont je n'ai disposé qu'après). A l'époque, j'avalais le contenu de ces bouquins "jeunesse" au premier degré, que ce soit le Club des Cinq (Blyton) ou le Clan des Sept (Bonzon), Nomades du Nord (Curwood) ou Le Monde du Silence (Cousteau). J'étais bien incapable de différencier fiction ou réalisme, d'avoir un recul critique par rapport à ces "aventures" de blancs plus ou moins "négriers" ou "esclavagistes" qui recrutaient de la main-d'oeuvre "sauvage" pour faire marcher des plantations... tout en étant en danger d'y perdre la tête et de se faire manger le reste du corps. Cette édition doit toujours être au fond d'une bibliothèque ou d'un carton dans l'une ou l'autre des résidences secondaires familiales. Celle que j'ai extraite de ma pochothèque personnelle pour la prendre en photo (ci-dessus en 10-18), je me la suis offerte en 1995. C'est le texte intégral (trad. Claude Gilbert, 271 pages). L'histoire se déroule dans les Iles Salomon. London connaissait ces contrées pour y avoir mené une croisière. Dans un avant-propos, il évoque les réactions à un de ses livres précédents, également situé dans les mers du Sud, qui semblaient l'accuser d'affabuler sur le cannibalisme (pas celui des chiens). Dans ces contrées coloniales, blancs et "sauvages" se parlent en "bêche de mer". Bizarrement, les indigènes entre eux utilisent les mêmes tournures. Un de ses maîtres enseignera à Jerry à communiquer avec lui. Au fil du roman, Jerry passe de mains en mains (plusieurs de ses maîtres périssant de mort violente). D'abord jeune chiot élevé par le maître de la plantation où vivent ses parents, il est donné par lui au capitaine Van Horn, auquel il s'attache de tout son coeur canin. Avec le chien à bord, le bateau cabote d'île en île. La dernière escale sera funeste. Van Horn et Lerumie, l'ennemi intime de la famille chiens, seront parmi les premiers à mourir. Notre chiot appartiendra ensuite à Lamaï, le jeune fils (12 ans) de Lumaï (indigène indolent) et Lunerengo (mégère), puis à Agno, prêtre machiavélique, qui devra le céder à Bashti, le "Napoléon" de l'île. Il sera encore récupéré in extremis, échangé contre un porcelet plus succulent que lui, par le meilleur de ses maîtres indigènes, le vieil aveugle Nalasu. Enfin, le village indigène ayant subi une expédition punitive, Jerry aura l'occasion de rejoindre de nouveaux maîtres blancs, le couple de riches navigateurs Villa et Harley Kennan.

Les héros de l'histoire sont bien les chiens (deux intelligents terriers irlandais), dont l'auteur nous livre davantage les sensations instinctives (inscrites dans l'instant - et sans doute assez loin de tous "droits des animaux" tels que certains les entendent au XXIe siècle) que les pensées conscientes. Nos chiens ne disent pas "je", l'auteur leur est extérieur. Mais entre innocence canine et duplicité indigène, son coeur d'écrivain du début XXe s. semble balancer. Petite citation (p.175): "[l'un des maîtres de Jerry] était un philosophe archifroid qui attendait son heure, différent de Jerry en cela qu'il possédait le sens humain de la prévision et qu'il savait adapter ses actes à des objectifs éloignés". Je termine par une "colle": je n'ai pas réussi à mettre la main sur un Tintin où Milou aurait dit "Kaï-kaï" (j'en ai trouvé deux où il couine "Aïe aïe"...). C'est le kai-kai de London qui m'y a fait penser... Qu'en diraient mes lecteurs?

Passons maintenant à Michael chien de cirque. La prime jeunesse de ce chien-ci se déroule dans le même univers (les Iles Salomon), avant son vol par un pittoresque soulographe qui lui enseigne quelques tours en espérant pouvoir le revendre un bon prix. La première moitié du livre concerne presque davantage les pérégrinations dudit steward et de son "boy", et Michael y joue essentiellement le rôle d'un "accompagnant". On a quelques chapitres à la recherche d'une île au trésor, comme si London ne se contentait pas de s'être recueilli sur la tombe de Stevenson mais y avait aussi trouvé l'inspiration. 

P1120198Revenus à terre, et grâce aux quelques tours qu'on lui a déjà enseignés, Michael contribue à faire bouillir la marmite pour la troupe lépreuse qui l'entoure. Puis il devient enfin le héros principal à partir du moment où son talent suscite la convoitise d'un médecin puis d'un premier dompteur. Enlevé par celui-ci, il arrive en Amérique du Nord et tombe entre les griffes d'un second dresseur d'animaux, bon mari et bon père, mais au coeur de fer concernant les affaires ou les animaux. London en profite pour nous dévoiler les coulisses des tours avec animaux, en ce début de XXe siècle (une allusion au naufrage du Titanic nous donne une indication de date). Quant à Michael, une fois redécouvert son talent de chien savant, il est exhibé de de piste en piste durant plusieurs années. Avant, dans les toutes dernières pages, de retrouver les Kennan et Jerry. Voilà... Mais croyez-vous que je vous aie tout dévoilé en dix lignes? Je n'ai pas donné le titre en VO, par exemple. Ce vieil exemplaire de bibliothèque verte (sans sa jaquette!), dont les pages aujourd'hui jaunies ont été imprimées en 1957 (j'étais pas né!) compte tout de même 250 pages. Je l'avais déniché à l'époque où j'avais commencé à caresser l'idée d'installer une bouquinerie dédiée aux arts circassiens sous le chapiteau d'un cirque... sans jamais aller beaucoup plus loin que cet achat. 

Pour finir, j'ai trouvé quelques chroniques concernant ces deux livres sur la blogosphère. Pour Jerry, chez Shangols ou sur un site canin (billet non commentable). Concernant Michael, dans le blog d'une "écrivain public" (sans écriture inclusive?) et chez Cirk75, chroniques d'un circophile amateur (qui m'a appris l'existence d'un film à la fin des années 1970). 

PS: les deux titres sont aujourd'hui disponibles dans la collection Libretto.
Merci GirlyMamie, j'avais oublié de le mentionner! 

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samedi 20 février 2021

Film vu en DVD en attendant la fin du couvre-feu et la réouverture des cinémas (11) - Ca commence à Vera Cruz - Don Siegel

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Je viens de revoir une agréable série B, réalisée par Don Siegel (son troisième long-métrage) en 1949, avec un Robert Mitchum plus nonchalant que jamais face à Jane Greer, avec qui il avait tourné La griffe du passé (Out of the Past) de Jacques Tourneur deux ans auparavant (en 1947). Ca commence à Vera Cruz (The Big Steal en VO), filmé en noir et blanc, se passe au Mexique. Le lieutenant Duke Hathaway (Robert Mitchum) est accusé à tort d'un vol de plus de 300 000 dollars à l'armée. Il est sur les traces du vrai voleur, un nommé Jim Fiske. Hathaway est lui-même poursuivi par le capitaine Vincent Blake (William Bendix) qui croit qu'Hathaway est le vrai voleur. Dans sa fuite, Hathaway se trouve une alliée, Joan Graham, qui devait se marier avec Fiske. On constate très vite que Fiske est un fieffé coquin qui n'a pas hésité à laisser tomber Joan. L'essentiel du film se passe sur des routes du Mexique avec une course poursuite entre trois voitures: celle de Fiske, celle conduite par Hathaway et Joan alternativement, et enfin celle de Drake. Le rythme du film de 71 minutes est aussi rapide que les voitures. Un film qui se laisse voir. Les blogs L'oeil sur l'écranShangols ou les Chroniques du cinéphile stakhaniviste l'avaient évoqué il y a quelques années. Cf. aussi Sid280, Salles obscures 2.

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mercredi 17 février 2021

Sept jours - 17-23 juin 1789 - La France entre en révolution - Emmanuel de Waresquiel

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C'est en entendant l'historien (Emmanuel de Waresquiel) invité un matin sur une chaîne de radio nationale que j'ai eu envie de lire son ouvrage. Cela faisait du bien d'entendre parler d'autre chose que de la covid et des vaccins. 

Je commencerai par dire que la période révolutionnaire m'a toujours beaucoup intéressée et ce livre, Sept jours - 17-23 juin 1789 - La France entre en révolution (Tallandier, 477 p., 2020), se lit comme un roman. Il est composé d'un avant-propos qui résume les 380 pages qui suivent. C'est une très bonne synthèse. Le 5 mai 1789, Louis XVI ouvre les Etats-Généraux dans la salle des "Menus-plaisirs", juste à côté du château. On a pu y accueillir 1200 personnes. Quand les Etats-Généraux ont débuté, les gens ignoraient qu'ils dureraient aussi longtemps. C'était les premiers Etats-Généraux depuis 1614, et ce furent les derniers de l'Ancien Régime. Dans cette assemblée, on retrouve les trois ordres, le clergé, la noblesse et le tiers état. Pour son récit, E. de Waresquiel s'est appuyé sur des écrits, des lettres et des journaux, ainsi que sur des Mémoires d'observateurs étrangers comme l'ambassadeur des Etats-Unis, Gouverneur Morris ("Gouverneur" était le patronyme de sa mère). Il a aussi trouvé beaucoup de documents intéressants sur les Etats-Généraux dans les "fonds perdus des travées de réserves de la bibliothèque municipale de Versailles" (sic!). E. de Waresquiel nous fait remarquer que la révolution de juin 1789 fut une révolution sans écrivains. Stendhal avait 7 ans et Chateaubriand était loin, Restif de la Bretonne n'était pas présent, Sade est à la Bastille, Laclos trop occupé de politique et Beaumarchais trop pris par ses affaires. En revanche, cette révolution de juin est servie par la peinture et l'image avec David. La semaine du 17 au 23 juin 1789 est celle où tout se joue. Le mercredi 17 juin, les députés du tiers état se constituent en Assemblée nationale. Le samedi 20, ils jurent de ne jamais se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France (pendant ce temps-là, le roi est parti à la chasse à Marly [!]). C'est le serment du Jeu de paume et le mardi 23 juin, ils envoient promener le roi, sa Cour et ses soldats: "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes." C'est la fin de la monarchie absolue.
Depuis 1786, les caisses étaient vides. Le surcroit de dépenses occasionné par la guerre d'indépendance américaine n'avait rien arrangé. Ce déficit a été d'abord gardé secret mais quand il fut rendu public, ce fut l'indignation. C'est une des raisons de la tenue des Etats-Généraux pendant lesquels on a néanmoins peu parler d'économie mais beaucoup de politique. Au fil de très courts chapitres, E. de Waresquiel nous fait entrer dans l'action de ce qui s'est passé, entre les princes de sang, les membres du haut et du bas clergé et les membres du tiers état. On croise bien entendu, pour les plus connus, Necker que Louis XVI détestait, le docteur Guillotin, Bailly (premier maire de Paris et et premier président de l'Assemblée nationale, guillotiné en 1793), l'abbé Sieyès (auteur en 1788 d'Essai sur les privilèges et d'une brochure en 1789, Qu'est ce que le tiers état?), Mirabeau, Robespierre, Talleyrand, et des centaines d'autres qui me sont inconnus mais qui semblent avoir joué des rôles de premier plan pendant cette semaine-là. Je me suis un peu perdue parmi tous ces personnages dont certains finiront sur l'échafaud quelques années plus tard. D'autres partiront en exil. Marie-Antoinette, le roi et ses frères Provence (futur Louis XVIII) et Artois (futur Charles X) sont aussi très présents ainsi que le cousin Orléans (futur régicide). Même si on sait à peu près comment cela se termine, le récit est passionnant. Je n'en dirai pas plus sauf qu'à la fin de l'ouvrage, il y a presque 50 pages de notes et quelques illustrations.

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