vendredi 7 septembre 2018

Petit traité d'intolérance / Nouveau petit traité d'intolérance - Charb

Charb n'était pas seulement dessinateur, il rédigeait aussi des chroniques régulières, titrées "Charb n'aime pas les gens", dans Charlie Hebdo. En son temps, il a aussi tenu une chronique mensuelle dans Fluide Glacial, "La fatwa de l'Ayatollah Charb". Mais si les deux livres que je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) présente ce mois-ci sont sous-titré "Les fatwas de Charb", il n'y figure aucune indication de date ou de lieu de publication de chacun des textes y figurant.

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Quatrième de couv' pour l'un ou couverture pour l'autre annoncent respectivement 50 et 40 chroniques, or j'en ai compté en fait 59 et 47: ne sous-estimons donc pas Charb! Avant Librio (collection Idées), les deux titres avaient été publiées aux éditions Les Echappés (créées en 2008 par Riss pour éditer les auteurs de Charlie), en 2009 et 2014 (textes choisis par l'auteur, donc, sans doute parmi un "corpus" publié plus vaste?). Puis Librio a édité le premier Petit traité... en octobre 2012 (coll. Idées, N°1050, réédité en mai 2015), et le second en septembre 2016 (N°1216).

Toutes les chroniques du 1er volume sont précédées d'un dessin (j'en ai choisi deux pour illuster le présent billet), mais aucune de celles du second. Il s'agit de textes courts, le plus souvent sur 2 pages, sauf exception ("Mort aux bonnets de père Noël", qui en fait 3), et se terminant par la ritournelle "Je crois que vous en serez d'accord, il faut [ultime châtiment absolument horrifique]... Amen".

Dans ses chroniques percutantes, Charb témoigne d'une vision plutôt amère que rigolotte. Au premier abord, l'humoriste pourrait passer pour un abominable guide suprême intimant d'exterminer les cibles de sa vindicte, qu'il s'agisse d'objets, de personnes, de tendances ou d'idéologies. Mais je suppose qu'il avait foi en l'intelligence de ses lecteurs. Il les provoque, p.31, dans "Mort au vote utile", qui vise (à quel degré? Au premier, second, ...n ?) les "cons" qui le prônent ou le pratiquent sans réfléchir plus loin. C'est par contre comme un militant qu'on peut le pressentir dans la chronique révolutionnaire titrée Mort à "On lâche rien" (p.49 dans le Nouveau...): "On lâche rien!" me fout le moral à zéro. C'est "On conquiert tout" qu'il faut gueuler! (...) "On lâche rien" est un slogan qui fait totalement l'impasse sur ce qu'on a déjà lâché. C'est un slogan qui entérine le fait que, ce qu'on a perdu, on ne le retrouvera jamais. 

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Voici quelques citation choisies. Je commence par un extrait de "Mort aux lecteurs de journaux gratuits" (p.21 du 1er opus): "Faut pas laisser perdre! On serait bien con de ne pas profiter de ce qui est gratuit, même si on n'en a pas besoin. On distribuerait des coups de pied au cul à l'entrée du métro qu'ils en réclameraient tous plusieurs s'ils ont la certitude que c'est gratuit." Ou, p.63, dans "Mort aux binoclards « Tendance »": "Evidemment, le marché ne s'est pas adapté à la demande, comme trop de gens le croient encore, les gens ne demandent rien. Le seul talent du marché consiste à faire croire aux consommateurs que ce sont eux qui ont désiré les produits qu'on leur impose. Vous imaginez l'humanité se lever un jour en hurlant d'une seule voix "On veut des lunettes rectangulaires"?

Bon, il faut que j'en laisse à découvrir. P.87 du Petit..., la totalité de la chronique "Mort à la business class" vaudrait à mon avis son pesant de caviar phantasmé.

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C'est vrai que c'est difficile de choisir, mais dans "Mort aux concepteurs de portables" p.89, à propos de la multitude de fonctionnalités proposées par les [téléphones] portables sans permettre cependant les cédilles ou les accents circonflexes, je relèverais la phrase profonde: "On nous offre le futile pour nous confisquer l'essentiel".

Pour ma part, je regrette un peu l'absence de toutes autres informations que les textes eux-mêmes. Du coup, il manque les dates des chroniques, le contexte... ("les années Hollande", pour l'une d'elles [p.68 du Nouveau petit traité...], indique juste qu'on est entre mai 2012 et la date de 1ère publication, en 2014). Je me demande ce que les historiens de 2075 trouveront comme informations sur la vie quotidienne en France au début du XXe siècle dans ces opuscules. J'espère en tout cas qu'ils auront conservé la capacité d'en rire. Sur les blogs, Keisha avait parlé du Traité... en 2014, Virginie dès 2013, Petite noisette après l'attentat en 2015.

Et si je devais vraiment retenir une seule chronique sur plus de 100? Je pense que ce serait celle p.71 (Nouveau...): "Mort aux dévots incroyants". Au final, je placerais bien ce texte, en termes opératoires, à peu près au niveau du "Pari" de Pascal. Mais l'ensemble est à lire, et chacun pourra y piocher ce qui lui parlera personnellement.

Je crois que vous en serez d'accord, à partir de cette rentrée 2018, il faut introduire des morceaux choisis (par roulement) de ces Traités d'intolérance au programme du collège et du lycée. Amen.

*** Je suis Charlie ***

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mercredi 5 septembre 2018

Route 62 - Ivy Pochoda

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Parmi les romans reçus dans le cadre du prix du roman Fnac 2018, Route 62 d'Ivy Pochoda (Edition Liana Levi, 350 pages) m'a plu. Ce roman sort demain 6 septembre 2018, et Ivy Pochoda est invitée au Festival America à Vincennes fin septembre. Elle situe son histoire en 2006 et 2010, dans le désert Mojave, et à Las Vegas, Palm Spring, là où passe la route 62 pour aboutir à Los Angeles. Dans un prologue qui se déroule en 2010 à Los Angeles, un homme court nu le long des voies "rapides" très embouteillées. Tony, un automobiliste, décide de le suivre en sortant de sa voiture et il se met à courir derrière lui. On saura bien plus tard qui est le coureur. Le récit fait se croiser le destin de plusieurs personnages dont Tony, un avocat ; Britt, une joueuse de tennis qui trouve refuge dans une ferme d'élevage de poulets dirigé par Patrick, un "gourou" qui est aussi le père de jumeaux (Owen et James); Blake et Sam, un duo de gangsters en cavale pour un meurtre involontaire; Ren, un jeune noir tout juste libéré de prison, à la recherche de sa mère Laïla, droguée et gravement malade, laquellei vit dehors dans le "downtown" de Los Angeles. Sam va mourir et Blake va chercher à se venger en continuant sa route. Ren retrouve sa mère. Aucun de ces personnages n'est "remarquable", mais on s'intéresse très vite à ce qui leur arrive pendant les quatre ans du récit. A la fin, les chemins de chacun d'eux se croisent de manière évidente dans les rues du "downtown" de Los Angeles. Je suis assez admirative devant la construction du roman, à découvrir. C'est le deuxième roman de l'auteur.

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lundi 3 septembre 2018

En eaux troubles - Jon Turteltaub

En eaux troubles de John Turteltaub est une production sino-américaine distrayante qui fait peur mais pas trop. J'ai surtout noté une séquence hilarante aux trois quarts du film où l'on voit des centaines de Chinois flottant (et pas nageant) près du bord grâce à une bouée autour de leur taille. Ils sont tous serrés les uns contre les autres. A droite, sous l'eau, vous pouvez deviner ce qu'il y a... (voir la photo ci-dessous). Juste après, il y a une vue sous-marine où l'on voit des centaines de paires de jambes s'agiter dans l'eau... Mais avant ça, et pour résumer, Jonas Taylor (Jason Statham) est chargé de sauver son ex-femme coincée avec deux collègues (un Américain et un Asiatique) dans un petit sous-marin pas loin de la fosse des Mariannes dans l'océan Pacifique. Quelque chose a provoqué cet accident. Dans ces profondeurs (presque 10000 mètres) où l'homme ne va pas, vit une faune que l'on croyait disparue, dont le Megalodon, un genre de requin "mega maousse" d'une longueur de plus de 20 mètres qui croque une baleine d'un coup de dent. A la moitié du film, les hommes ont réussi à tuer le mégalodon. C'est là... qu'un deuxième spécimen apparaît. Je ne dirai rien de plus. Le film comporte quelques scènes sanglantes mais pas trop. On voit même un petit chien tombé d'un bateau, qui, à force de nager, arrive à échapper au "meg". Vous pouvez préférer Les dents de la mer - Jaws de Steven Spielberg.

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samedi 1 septembre 2018

Arythmie - Boris Khlebnikov

Suite à la suggestion du distributeur du film en France, je suis allée voir Arythmie, un film russe sorti dans quelques salles à Paris et ailleurs le 1er août dernier, et qui a eu un peu d'échos dans la presse. L'histoire se passe dans une grande ville russe. Katya et Oleg sont médecins tous les deux. Oleg est médecin urgentiste au diagnostic sûr même s’il boit pas mal de vodka avec ses collègues. Le couple qu’il forme avec Katya est en crise. Lors d’une réunion de famille (l’anniversaire de son père à elle), Katya envoie un simple SMS à Oleg qui est dans la pièce à côté. Elle dit qu’elle veut divorcer. Oleg ne répond pas tout de suite. Ils se mettent à faire lit à part (il dort sur un matelas dans la cuisine) en attendant qu'il trouve un logement ailleurs. Par ailleurs, de nouvelles mesures de rentabilité dans l’hôpital où il travaille obligent Oleg et ses collègues à consacrer de moins en moins de temps à chaque patient: 20 minutes pour chacun. Le couple formé par Oleg et Katya est très touchant. Oleg a un côté grand gamin assez irrésistible même s'il fait son métier sérieusement. La fin reste ouverte. A la différence d’autres films russes récents, le ton du film est plus léger. J’ai aimé. S'il passe par chez vous, vous pouvez aller le voir. Larroseurarrose le recommande aussi.

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jeudi 30 août 2018

Les luminaires - Eleanor Catton

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Ca y est, je viens d'arriver au bout des 1230 pages (!) en édition de poche du roman Les Luminaires (Edition Folio), oeuvre d'une jeune femme écrivain née au Canada en 1985 mais qui vit en Nouvelle-Zélande. C'est d'ailleurs dans cette région du bout du monde (pour nous) qu'elle situe son intrigue en 1865 et 1866. J'ai appris que la Nouvelle-Zélande, située à 2000 km au sud-est de l'Australie, était composée de plusieurs îles dont deux principales: l'ïle du Nord et l'ïle du Sud. Et précisément, l'histoire se passe dans l'ïle du Sud à Hokitika (un territoire maori), sur la côte ouest de l'île. Le mot "luminaires" fait référence à l'astrologie et en particulier au soleil et à la lune qui étaient considérés comme des "planètes". L'intrigue tourne autour de la ruée vers l'or. En effet, j'ai aussi appris qu'on avait trouvé de l'or en Nouvelle-Zélande. Comme dans certains romans victoriens, chaque début de chapitre donne des indications sur le déroulement de l'histoire et indique quels personnages sont impliqués. D'ailleurs, en préambule du roman, Eleanor Catton liste les 20 personnages principaux du roman avec leurs profession pour 12 d'entre eux (un chercheur d'or, un courtier, un fondeur d'or, un hôtelier, un magnat, un apothicaire, un agent maritime, un journaliste, un employé de banque, un aumônier, un "digger" solitaire, un clerc de magistrat). Ces douze personnages ont leur nom inscrit sur une carte zodiacale au début de chaque partie du roman avec le soleil qui se déplace. La position des planètes joue un rôle dans ce qui leur arrive. Pour les autres personnages, deux femmes sont essentielles au déroulé de l'histoire, qui est une suite d'événements se déroulant sur un période d'un an entre le 27 avril 1865 et le 27 avril 1866. Une malle où se trouvent cinq robes dont les replis servent à dissimuler de l'or disparaît puis réapparait après le naufrage d'un bateau ; un homme prend l'identité d'un autre ; un prospecteur est amoureux d'une prostituée opiomane ; un bateau change de propriétaire ; deux Chinois s'emploient à trouver et à fondre de l'or ; un Moaori sait où trouver de la néphrite/jade ; une grande quantité d'or trouvé dans une concession est enfouie par un homme qui disparaît peu après. On peut se demander pourquoi le roman fait autant de pages. Je ne répondrai pas à cette question car je ne l'ai pas trouvé trop long. Je ne me suis pas ennuyée une minute même si somme toute, il ne se passe pas grand-chose. On perd quelques personnages en route qu'on retrouve par la suite. Le destin de certains d'entre eux est imprécis. Quand le roman se termine, je me suis dit "tout ça pour ça". Cela n'empêche pas que j'ai pris beaucoup de plaisir à cotoyer ces personnages pas tous sympathiques. Miss Catton a un très bon sens de la narration. En revanche, j'aurais à redire sur la traduction souvent maladroite avec des tournures pas très française. Un exemple? Il voyageait "par terre". C'était ma participation au Challenge du Pavé de l'été 2018 de Brize (que je remercie encore pour son initiative). Lire des billets pas toujours enthousiastes sur ce roman: Nicole, Papillon et Xelou ont aimé comme moi. Les deux autres, Hélène et Zarline, beaucoup moins.

paveete2018

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mardi 28 août 2018

BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan - Spike Lee

Après quelques années sans film marquant, Spike Lee revient en force avec BlacKkKlansman qui reçu le grand prix du jury au dernier festival de Cannes. En préambule, on nous annonce que c'est inspiré de "f..." faits réels. Dans les années 70, en plein "Black Power" et films "Blacksploitation", Ron Stallworth, un jeune policier noir (John David Washington [le fils de Denzel], très bien) est embauché dans un commissariat de Colorado Springs qui accepte les gens de couleur dans ses rangs. Ron est employé aux archives, loin des enquêtes de terrain. Rapidement las de cette situation, Ron convainc sa hiérarchie d'infiltrer une section du KuKluxKlan qui sévit dans la région. Pour ce faire, il demande à un de ses collègues, Philip (Flip) Zimmerman (un Juif) de se faire passer pour lui quand il faudra rencontrer les membres de la section du Klan. Pour ceux qui l'ignore, le Klan a été créé le 25 décembre 1865 par des confédérés qui n'ont pas admis leur défaite. Cette organisation suprémaciste blanche existe toujours en 2018. Elle est composée de plusieurs groupuscules. Le KKK est une entité anti-tout: Noirs, Juifs, catholiques, communistes, etc. Ils sont à la droite de la droite. Après, c'est le néant. Le film est sur le ton de la comédie tout en ayant des moments d'émotion comme la séquence où Harry Bellafonte (91 ans cette année), que j'ai mis 10 secondes à reconnaître, décrit les exactions contre les Noirs dans les années 20 et 30. Les membres du Klan sont particulièrement bêtes et dangereux. Mention spéciale à Felix (et sa femme). Le moment où Ron est chargé de la protection de David Duke, à l'époque, le responsable national du KKK, est plutôt savoureux. Le film se termine par un film sur les émeutes de Charlottesville dans l'Etat de Virginie en 2017 où l'on voit une voiture écraser des manifestants antiracistes. J'ai trouvé que le film qui dure plus de deux heures aurait gagné à être plus court. C'est surtout le début du film qui est long à démarrer. Un film à voir recommandé par Pascale, et lire le billet de princecranoir.

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dimanche 26 août 2018

Khalil - Yasmina Khadra

Suite à mon billet dans lequel je disais que j'avais été sélectionnée pour le jury du prix du roman Fnac de cette année, voiici mon premier billet sur un des romans que j'ai reçus.

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Khalil de Yasmina Khadra (Editions Julliard, 260 pages) est le prénom du narrateur et personnage principal du roman. Khalil, âgé d'une vingtaine d'années, est un membre de l'Association caritative Solidarité Fraternelle située dans un des quartiers de Bruxelles. Autrement dit, comme trois autres frères, Khalil a décidé de terminer sa vie en kamikaze à la demande de Lyès, un émir de Molenbeek. Dans la soirée du 13 novembre 2015, Khalil, Driss (son copain d'enfance) et deux autres arrivent en voiture près de Paris, aux abords du Stade de France (cela rappelle malheureusement de tristes événements). Les massacres et les explosions ont lieu, mais pour Khalil, rien ne se passe comme prévu: sa ceinture d'explosifs ne s'est pas déclenchée. Le téléphone qui devait servir de détonateur n'a pas fonctionné. Khalil est aux abois car il devra justifier son échec, et pourquoi il est encore vivant. Il réussit à retourner en Belgique pour se cacher en particulier chez sa soeur aînée, toujours pas mariée à 40 ans, et il est aidée par sa soeur jumelle, Zahra, à laquelle il est très attachée. Se déplaçant de planque en l'autre, Khalil attend sa prochaine mission qui doit avoir lieu de l'autre côté de la Méditerranée, au Maroc. Grâce au présent de narration, le roman se lit vite. J'ai été happée par l'histoire (je l'ai lu en moins de deux jours), et, sous la plume de Yasmina Khadra, on n'arrive pas à condamner Khalil malgré ses actes. C'est à vous de juger. Voici la première phrase du roman : "Nous étions quatre kamikazes; notre mission consistait à transformer la fête au Stade de France en un deuil planétaire".

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vendredi 24 août 2018

Equalizer 2 - Antoine Fuqua / Les Vieux fourneaux - Christophe Duthuron

J'avais vu en DVD le premier Equalizer (2014) déjà réalisé par Antoine Fuqua, et j'avais bien aimé le personnage de Robert McCall qui, avec un simple tire-bouchon, arrive à "dézinguer" quatre ou cinq "méchants" en moins de trente secondes chrono. Robert McCall, ancien agent de la CIA à la retraite, mène une vie relativement paisible comme chauffeur de taxi à Boston. Il a des clients fidèles. Grand lecteur (il est en train de lire A la recherche du temps perdu de Proust), il ne peut s'empêcher d'intervenir quand c'est nécessaire pour venger les plus faibles: une jeune femme violentée, ou une petite fille qui a été enlevée à sa maman par le père d'origine turque. C'est d'ailleurs le préambule du film où l'on voit Robert McCall (Denzel Washington, très sobre) dans un train quelque part en Turquie. Il est vêtu comme un Musulman. Il met au tapis quatre ou cinq hommes (des acolytes du père), et au plan d'après, la petite fille et sa maman se retrouvent réunies. Puis Robert McCall va surtout s'occuper de trouver et d'éliminer les assassins de Susan Plummer, une ancienne collègue mais d'abord une amie. Le rythme du film est trépidant même si le scénario est un peu mince. Un film à voir un samedi soir. Lire le billet d'Henri Golant.

Je passe aux Vieux fourneaux de Christophe Duthuron (un réalisateur que je ne connais pas du tout). Il s'agit de l'adaptation par Wilfrid Lupano lui-même de ses albums Les Vieux fourneaux (dont les dessins sont l'oeuvre de Paul Cauuet). En 1H30, on a un condensé des trois premiers volumes. Au début des années 2000, on fait la connaissance de Pierrot (anarchiste encore actif - Pierre Richard, inénarrable), Emile (Mimile - Eddy Mitchell), ex-globe-trotter qui se teint les cheveux, et Antoine (Roland Giraud), un ancien syndicaliste. Ils sont unis par une amitié indéfectible depuis 50 ans. Emile et Pierrot se rendent aux obsèques de Lucette, la femme d'Antoine. Antoine a eu deux fils dont l'un (que l'on ne voit pas) est le père de Sophie qui est enceinte. Sophie est le quatrième personnage essentiel de ces histoires. Elle est marionnettiste comme sa grand-mère Lucette, dont on apprend qu'elle avait eu une liaison avec Garant-Servier, le patron de l'entreprise où elle et Antoine travaillait. Le film comporte des scènes et des répliques amusantes, on peut même voir un film (d'animation) dans le film qui révèle des choses peu glorieuses sur le passé des "Vieux fourneaux". Un moment distrayant de cinéma. Lire le billet d'Henri Golant.

NB : pour ceux qui aiment Les Vieux Fourneaux en BD, le 5ème tome "Bons pour l'asile" paraîtra le 9 novembre prochain.

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mardi 21 août 2018

Membre du jury du prix du roman Fnac

Après une interruption d'un an, j'ai été sélectionnée en mai 2018 pour faire partie du jury du Prix du roman Fnac. Je suis adhérente de l'enseigne et j'achète des livres chez eux pour la bibliothèque loisir dont je m'occupe. Pour être sélectionnée, j'ai dû répondre à des questions comme mes goûts littéraires, mes écrivains préférés, etc.

Toujours est-il que fin mai début juin, j'ai reçu deux romans, deux semaines plus tard, un roman et une semaine après deux autres romans. J'ai préféré cette méthode d'envois séparés à un envoi groupé. J'ai eu l'impression d'avoir plus de temps pour lire. Chaque juré a reçu entre cinq et six romans parmi un choix d'une centaine de titres. Je les ai lus relativement vite et on a eu un peu plus  d'un mois pour donner avis. On saura qui est le lauréat tout début septembre.
En ce qui me concerne, je ne suis pas trop mal tombée. Sur les cinq romans, j'en ai bien aimé au moins deux, ce qui n'est pas si mal.

Voici en image les cinq romans:

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Je commence par mes deux préférés: Khalil de Yasmina Khadra (Editions Julliard), qui vient de paraître, et Route 62 d'Ivy Pochoda (Liana Levi) à paraiître le 6 septembre 2018. [Billets à venir]

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Je continue avec celui qui ne m'a pas déplu mais qui aurait dû s'intituler "Vodka" plutôt que Voyou, d'un jeune écrivain israélien Itamar Orlev (Editions du Seuil, paru le 16 août). J'ai renoncé à compter combien de fois le mot "vodka" est écrit, au moins deux ou trois fois par page. Cette boisson est bue en grande quantité par le père du narrateur du roman. J'ai par ailleurs trouvé le style du roman un peu lourd. [Billet à venir]

Et je n'oublie pas les deux derniers qui se lisent vite mais dont les histoires ne m'ont pas intéressée.

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L'évangile selon Youri de Tobie Nathan (Editions Stock, parution demain 22 août) et Reviens de Samuel Benchetrit, un roman "gentillet" (Editions Grasset, paru le 16 août) sont donc quant à eux, très dispensables.

samedi 18 août 2018

Le poirier sauvage - Nuri Bilge Ceylan

Le poirier sauvage du Turc Nuri Bilge Ceylan n’est pas un film facile, il est long, il dure trois heures et huit minutes, son rythme est un peu lent et il contient beaucoup de longs dialogues, mais il vaut la peine d’être vu. Sinan revient dans son village dans la province de Çanakkale où se trouve le site de Troie. Il vient de terminer ses études et doit se présenter au concours pour devenir professeur. S’il réussit, il risque malheureusement, comme beaucoup d’autres jeunes professeurs, d’être envoyé quelque part enseigné dans l’Est du pays. Juste après son retour, Sinan a une conversation avec une jeune femme qu’il a aimé et qui doit faire un mariage de convenance. Il retrouve aussi sa mère et sa sœur qui vivent dans une maison misérable où l’électricité va être coupée. En effet, Idris, le père de Sinan, qui est professeur de collège, dilapide tout son salaire dans les paris sur les courses de chevaux. Sinan est un jeune homme impatient qui a écrit un livre, « Le poirier sauvage », un « metaroman auftofictif décalé » qu’il espère faire publier. Pour cela, il va voir un entrepreneur ou le maire de la ville qui seraient intéressés mais ne donnent pas suite. Sinan, qui n’est pas un personnage très sympathique, a de longs échanges avec des personnes qu’il croise dont un écrivain ou un imam. Les relations entre Sinan et son père sont passionnantes. Malgré son addiction au jeu qui fait du mal à sa famille, on n’arrive pas à trouver Idris antipathique. Sa femme Asuman ne le condamne pas. J’ai aimé la fin où le père et le fils se retrouvent autour du creusement d’un puits. L’image du film est très belle. C’est dommage que le film soit reparti bredouille cette année de Cannes où il avait été sélectionné en compétition. Il ne faut pas être rebuté par sa longueur. Un film à voir. Lire le billet de Ritournelle.

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