samedi 6 juin 2015

Les douze tribus d'Hattie - Ayana Mathis

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J'avoue tout de suite que je m'attendais à autre chose du premier roman "éblouissant" (dixit la 4ème de couverture) d'Ayana Mathis (Editions Gallmeister, 300 pages). Hattie est une afro-américaine qui, en 1925, vient d'avoir des jumeaux à 17 ans. Arrivée de Georgie en 1923, elle s'est installée à Philadelphie avec son mari August. Les titres de chapitre qui composent le roman se réfèrent aux prénoms des onze enfants (cinq garçons et six filles) et une petite-fille d'Hattie. En 1925, les deux jumeaux d'Hattie, Philadelphia et Jubilee (un garçon et une fille), âgés de sept mois, souffrent d'un refroidissement. Ils sont gravement malades. Dans le chapitre suivant, en 1948, il est question de Floyd, joueur de trompette dans un "jazz band" à la sexualité trouble: il aime autant les garçons que les filles (situation pas évidente pour un Noir, à cette époque, aux Etats-Unis). Puis nous passons à Six, un garçon de quinze ans qui en 1950 va devenir un rêvérend prêcheur dans une église baptiste. Je m'arrête là, ne voulant pas évoquer chacun des chapitres. L'histoire s'arrête en 1980 avec Sala, la petite-fille d'Hattie. Hattie est réellement le personnage central de cette histoire, une femme, une mère et une épouse déçue par son mari. Elle restera marquée par la disparition de ses deux premiers enfants. Elle ne croit pas vraiment en Dieu et elle considère que le monde n'est pas gentil. Elle a un caractère difficile, effrayant parfois ses enfants quand ils sont petits. Elle ne semble pas très maternelle mais ses enfants ont été tout pour elle. Hattie a dû se battre jour après jour pour donner à manger aux siens. Le reproche principal que je ferais au roman est que tout est survolé. On ne sait pas ce que deviennent les enfants d'Hattie, les années passant. D'un chapitre à l'autre, on n'entend plus parler d'eux ou presque. Et certains chapitres ne m'ont pas touchée plus que cela. Enfin, j'ai trouvé que l'écriture d'Ayana Mathis n'avait rien d'exceptionnel. Une lecture pas vraiment indispensable selon moi. Lire les billets d'Alex-mot-à-mots, d'Anne, d'Evalire.

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mercredi 3 juin 2015

Loin de la foule déchaînée - Thomas Vinterberg

Je n'ai jamais vu la version de 1967, réalisée par John Schlesinger avec Terence Stamp et Julie Christie dans les deux rôles principaux. Loin de la foule déchainée réalisé par Thomas Vinterberg qui sort aujourd'hui, 3 juin 2015, et que j'ai vu en avant-première, m'a fait passer un très agréable moment en tant que spectatrice. Il s'agit de l'adaption du roman homonyme de Thomas Hardy (1840-1928) qui date de 1874: c'est le deuxième roman de l'écrivain, écrit juste avant Tess et Jude l'obscur. Le tournage du film a eu lieu dans le sud ouest de l'Angleterre, dans le Dorset, région natale de l'écrivain. On fait la connaissance de Bathsheba Everdene (Carey Mulligan), une jeune femme pas riche mais pleine de fougue à l'esprit indépendant. Elle refuse au tout début de l'histoire d'épouser un berger, Gabriel Oak (Matthias Schoenaerts). Elle ne se considère pas assez riche pour se marier avec lui. Qu'à cela ne tienne, Gabriel, qui est tombé amoureux au premier regard, veillera sur elle de loin. Peu de temps après, suite à un héritage, Bathsheba va devenir propriétaire d'un riche domaine et avoir des prétendants. Et pour son malheur, elle tombe amoureuse de Franck Troy, un soldat assez beau de sa personne mais aux motivations troubles. Elle a jeté son dévolu sur celui qu'il ne fallait pas. Je n'ai pas lu le roman qui doit faire environ 500 pages, mais je subodore que les scénaristes ont fait des coupes sombres dans le déroulement de l'histoire. Mais cela n'empêche pas de regarder ce film de deux heures avec plaisir. Les acteurs sont très bons. et les paysages du Dorset sont beaux. Lire le billet de ffred.

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dimanche 31 mai 2015

L''ombre des femmes - Philippe Garrel

De mémoire, il me semble que L'ombre des femmes (sorti le 27 mai* 2015) est le premier film que je vois du réalisateur Philippe Garrel. J'y suis allée suite aux critiques positives que j'ai lues dans les journaux et parce que j'étais contente de revoir Clotilde Courau qui se fait rare sur les écrans de cinéma. L'ombre des femmes a été le film d'ouverture de la section "La quinzaine des réalisateurs" au dernier festival international du film de Cannes 2015. Mon introduction est un peu longue mais le film, lui, ne l'est pas. Il dure seulement 1H13. Filmé en format 35mm (et non en numérique) dans un très beau noir et blanc, le film nous conte l'histoire d'un couple dans la tourmente de l'infidélité conjugale. La quarantaine tous les deux, Pierre (Stanislas Merhar) est documentariste, et sa femme Manon (Clotilde Courau) est son assistante. Ils vivent de manière précaire, ayant du mal à joindre les deux bouts. Leur logement aurait besoin d'être rénové. A l'occasion d'une recherche documentaire sur la deuxième guerre mondiale, Pierre fait la connaissance d'Elisabeth, une stagiaire. Ils entament une liaison car comme dit la voix off (Louis Garrel) qui ponctue le film, Pierre étant un homme, il n'éprouve aucune gêne de tromper sa femme. Cette situation d'avoir une femme et une maîtresse lui convient bien. En revanche, à partir du moment où il apprend par Elisabeth (Lina Paugam) que Manon a un amant, c'est une autre histoire. Il se sent trahi car il aime Manon. Le sujet est traité de manière relativement légère. Manon, Elisabeth et la mère de Manon sont les personnages les plus intéressants. Ce sont des femmes vivantes et vibrantes face à Pierre plutôt atone. Ce n'est pas un film désagréable à voir (pour les actrices), mais je ne peux dire que j'ai eu le coup de foudre.

* et non juin, comme me l'a fait remarquer Rock07.

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jeudi 28 mai 2015

Meursault, contre-enquête - Kamel Daoud

 

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Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud (Actes sud, 150 pages) est un roman intelligent, riche et très bien écrit qui m'a beaucoup plu. C'est un livre écrit par un "Arabe", un Algérien qui fait honneur à la langue et à la littérature françaises. Journaliste vivant à Oran, Kamel Daoud, né en 1970, est un écrivain sur lequel on devra compter (enfin je l'espère). Ce roman (le premier de l'écrivain), publié d'abord en Algérie en 2013, évoque des thèmes qui ont créé une polémique en Algérie. En revanche, dans ce pays où les livres sont peu diffusés, Meursault, contre-enquête a été vendu à près de 6000 exemplaires (un vrai succès). Le titre très évocateur renvoie bien évidemment au Meursault dans l'Etranger de Albert Camus qui (dans ce roman camusien) tue en 1942 sur une plage, près d'Oran, un Arabe dont on ne sait jamais le nom. Dans le roman de Daoud, le narrateur de l'histoire s'appelle Haroun, il s'agit du frère de l'"Arabe". Avec sa mère M'ma, Haroun a vécu dans le souvenir de cette tragédie. 68 ans après, Haroun, devenu un vieil homme en attendant peut-être la mort, revient sur ces événements. Grâce à lui, on apprend que son frère l'"Arabe" s'appelait Moussa. Haroun ne s'est jamais marié mais il a néanmoins aimé. Devenu fonctionnaire à l'inspection des domaines, il a mené une vie terne en vivant au côté de sa mère. Ce roman permet surtout à Kamel Daoud d'évoquer l'Algérie plus contemporaine qui n'a pas su se moderniser, où la religion prime sur tout le reste. Haroun, qui est devenu athée, déteste la religion qui est pour lui "... un transport collectif que je ne prends pas. J'aime aller vers ce Dieu, à pied s'il le faut mais pas en voyage organisé...". Je le fais rarement, mais j'ai lu une partie du texte à haute voix pour m'en imprégner. Un roman passionnant (qui a été récompensé du Goncourt du 1er roman 2015 et du Prix François Mauriac 2014) que je vous conseille. Il faut noter la première phrase de chacun des deux romans. Dans L'Etranger, « Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » Dans Meursault, contre-enquête, « Aujourd'hui, M'ma est encore vivante ».

Lire le billet plus négatif de Malika.

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lundi 25 mai 2015

Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence - Roy Andersson

Voici un film singulier sorti le 24 avril 2015 qui peut rebuter beaucoup de spectateurs. Un pigeon perché sur une branche... du réalisateur suédois Roy Andersson clôt une trilogie commencée avec Chansons du deuxième étage (2002) et Nous les vivants (2007). Le film se compose d'une suite de saynètes avec comme fil rouge éventuel la présence de deux VRP spécialisés dans les farces et attrapes (ils souhaitent que les gens s'amusent et soient gais). Dans une petite valise sont rassemblés des dents de vampire dont des canines ultra-longues, un genre de coussin rieur et un masque en caoutchouc représentant un "pépé édenté". Le réalisateur commence très fort avec trois rencontres avec la mort: un homme s'effondre sur le sol de sa salle à manger pendant que sa femme est à la cuisine. Dans une cafétéria, devant un cadavre gisant, la caissière demande si la bière et le sandwich payés par le décédé peuvent intéresser une des personnes présentes. Enfin une vieille femme agonisante à l'hôpital ne veut pas lâcher un sac à main que ses enfants essayent de lui retirer. On peut trouver les scènes inégalesn mais certaines m'ont marquée: la prof de danse de flamenco assez rubiconde qui palpe un des danseurs, la tenancière d'un pub à Göteborg dans les années 40 qui se fait payer avec des baisers, l'évocation de la défaite en 1709 du roi Charles XII de Suède face aux Russes (on le voit arriver dans un bistrot pour aller aux toilettes). Le film se compose de 39 scènes filmées en plan fixe des décors dans des couleurs tirant sur le beige. Les personnage ont l'air aussi lugubres que ces décors. Personnellement, j'ai adhéré au parti pris du réalisateur: pas de vrai scénario mais des plans très travaillés du point de vue visuel et sonore. Ce sont des compositions picturales. Le film dure 1H40; aurait-il été plus long que cela ne m'aurait pas dérangée. Le film, qui n'est déjà presque plus projeté à Paris, a reçu le Lion d'or au dernier festival de Venise en septembre 2014.

Lire les billets d'Alex-6 et Pascale.

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vendredi 22 mai 2015

Le jardin de bronze - Gustavo Malajovich

Estimant que les sorties cinématographiques intéressantes se font rares en ce moment, je n'ai jamais autant lu. Les périodes de "pont" du mois de mai m'ont aussi beaucoup aidée.

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J'ai trouvé Le jardin de bronze (Actes noirs / Actes Sud, 2014) de l'Argentin Gustavo Malajvich très réussi. Quand on commence ce roman bien construit, on ne le lâche plus, j'ai été captivée par ses 500 pages sans temps mort. L'intrigue, au suspense haletant, nous entraîne de Buenos Aires en Argentine jusqu'à Parana dans la province d'Entre Rios, à 470 km au nord de la capitale. Tout commence en avril 1999: Fabian, qui est architecte, son épouse Lila et leur petite fille Moira âgée de quatre ans mènent une vie a priori tranquille.... jusqu'à ce que Moira et sa baby-sitter péruvienne Cecilia disparaissent sur le parcours qui devaient les mener à un goûter d'anniversaire d'une copine de Moira. L'enquête policière piétine très vite. Mais grâce à l'aide de César Doberti, un enquêteur privé, Fabian reprend espoir malgré des fausses pistes et pas mal d'impasses dont une tragique. On découvre le cadavre de Cecilia tuée avec une arme étrange que je vous laisse découvrir. Pendant presque dix ans, Fabian convaincu que Moira est toujours vivante, va continuer de vivre vaille que vaille, on ne peut pas en dire autant de Lila... Une petite araignée en bronze et son alliage très particulier parmi les affaires de Moira va faire avancer l'enquête qui prend un tournant décisif. A Parana, un homme mystérieux, sculpteur de grand talent mais à l'esprit dérangé vit reclus dans une demeure au milieu d'un jardin fait de statues de bronze. Ces statues représentent une femme, toujours la même. J'espère vous avoir convaincus de lire ce roman qui semble avoir été peu chroniqué sur les blogs. Voici néanmoins deux avis, celui de Richard et celui de La petite souris, qui partagent mon enthousiasme. J'attends avec intérêt de lire le prochain roman de cet écrivain. Le jardin de bronze est le premier d'une série.

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mardi 19 mai 2015

La tête haute - Emmanuelle Bercot / La loi du marché - Stéphane Brizé

Voici deux des films français qui sont en compétition au festival international du film de Cannes de cette année. Je vous les recommande tous les deux, surtout le deuxième dont le thème m'a davantage concernée et m'a fait penser à Discount (en plus sombre).

La tête haute de la réalisatrice Emmanuelle Bercot a été choisi pour faire l'ouverture du festival. Dès les premières images, on est tout de suite dans le vif du sujet: on entend des cris, des pleurs et des paroles violentes. Malony, un garçonnet de 6 ans soit-disant insupportable et ingérable, est abandonné par sa mère Séverine dans le bureau de Florence Blaque, un juge pour enfants. Dix plus tard, on retrouve Malony, petit délinquant, n'arrêtant de dire des gros mots et ne tenant pas en place, dans le bureau de la même juge. Il est passé de foyer en foyer sans perdre le lien très fort qu'il a pour sa mère, qui est tout pour lui. Malony va avoir 16 ans et il sait à peine lire et écrire, étant en rupture scolaire. La juge essaie de faire au mieux pour le bien de Malony, quitte même à l'envoyer en prison pour qu'il prenne conscience qu'on veut l'aider. Le film est très bien interprété par Catherine Deneuve en juge pour enfant (on y croit). Sara Forestier dans le rôle de la maman de Malony n'a pas un rôle facile. Personnellement, j'ai trouvé le rôle de Séverine insupportable. On a envie de lui flanquer une gifle. Mais la révélation du film, c'est le jeune Rod Paradot. Il est impressionnant dans le rôle de Malony. C'est son premier film, j'espère qu'on le reverra. Pour ma part, j'ai trouvé La tête haute réussi sauf la fin qui m'a paru un brin optimiste. Lire le billet de ffred.

Le ton optimiste n'est par contre pas de mise dans le film La loi du marché, le quatrième film de Stéphane Brizé, dans lequel Vincent Lindon joue le rôle principal, face à des acteurs non-professionnels tous étonnants. Le film, en compétition officielle à Cannes, est sorti lundi 18 mai 2015, dans beaucoup de salles, le même jour que sa projection sur la Croisette. J'ai trouvé que ce film, par son ton et sa forme, tendait vers le documentaire. Les personnages sont filmés au plus près. Dès la première séquence, on se retrouve tout de suite dans l'ambiance: Thierry, dans un bureau de Pôle Emploi, explique à son conseiller que le dernier stage qu'il vient d'effectuer comme grutier n'a servi à rien. Depuis vingt mois, il est au chômage. Dans neuf mois, il ne touchera plus que 500 euros par mois. Il argumente qu'il n'a rien contre le fait de faire des stages, mais il faut que ça aboutisse à un emploi. Dans le plan suivant, Thierry dîne dans sa cuisine en compagnie de sa femme et de son fils. Celui-ci est gravement handicapé moteur. On sent que le trio est soudé. Dans une autre séquence, Thierry a rendez-vous avec sa conseillère de clientèle qui essaye de lui vendre une assurance décès en pensant à l'avenir (?) de ses proches (J'ai trouvé qu'il y avait de l'ironie à associer la mort avec l'avenir). D'autres séquences m'ont marquée dont l'entretien d'embauche par skype, qui se se conclut par le fait que la candidature de Thierry ne sera pas retenue. Puis tout de même, on retrouve Thierry travaillant, en costume cravate, dans une grande surface: il doit appréhender les voleurs et les fraudeurs grâce à 80 caméras disséminées dans tout le magasin. Ces caméras servent aussi à espionner les employés (les caissières). Je pourrais vous raconter tout le film mais je m'arrête là. Vincent Lindon est remarquable, il se fond dans le décor, dans son personnage. Il n'écrase pas les autres. Un très grand film où le misérabilisme est absent. En revanche, je n'ai trouvé aucun espoir quand le film se termine, le constat est assez amer. Lire le billet d'Alex-6.

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samedi 16 mai 2015

Plus haut que la mer - Francesca Melandri / Je refuse - Per Pettersson

Voici encore deux romans que je n'aurais certainement pas lus si d'autres blogs avant moi n'en avaient pas fait des éloges.

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Je commence par le plus récent, paru en janvier 2015, Plus haut que la mer de l'Italienne Francesca Melandri (Editions Gallimard, 200 pages), chaudement recommandé (une fois de plus) par Dominique. Il aurait pu être sous-titré "Drôle d'endroit pour une rencontre". Luisa et Paolo prennent un ferry qui les emmène vers une île où se trouve une prison de haute sécurité. Le mari de Luisa et le fils de Paolo y sont incarcérés pour y purger de lourdes peines et ils sont considérés comme dangereux. Luisa, une paysanne qui élève ses cinq enfants est presque soulagée de voir son mari violent derrière les barreaux. Paolo, professeur de philosophie à la retraite culpabilise devant les actes de terreur commis par son fils. Il se sent responsable. L'histoire se situe pendant les "années de plomb". A la fin de la visite, au moment de reprendre le ferry, le mistral s'est levé, la mer est démontée et Luisa et Paolo sont obligés de passer la nuit sur l'île sous l'oeil vigilant mais bienveillant d'un gardien, Pierfrancesco Nitti. Ces personnages vont converser, se confesser. Luisa et Paolo vont se tenir la main. Ils partageront la même cabine sur le chemin du retour. J'ai trouvé cette histoire lumineuse pleine de pudeur et d'empathie. Personne n'est jugé. Un très beau roman.

 

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Je passe à Je refuse du Norvégien Per Petterson (Editions Gallimard, 265 pages) dont on a écrit beaucoup de bien sur quelques blogs, dont ceux d'Aifelle, Eeguab et Clara.

En 2006, Jim et Tommy, deux amis d’enfance, se revoient par hasard trente-cinq ans après s’être perdus de vue. Ils sont nés à deux mois d’intervalle en 1952. Employé habituellement dans une bibliothèque, Jim est en arrêt maladie depuis plus d’un an: il souffre d’une grave dépression chronique. Tommy, lui, a réussi dans la finance, il est trader. Tommy a des problèmes avec l’alcool. Quant à Jim, il fume trop. Les retrouvailles éphémères entre Tommy et Jim font ressurgir des souvenirs s’étalant de 1966 à 1971. Des fragments de la vie de Jim et Tommy nous sont révélés. Jim qui n’a pas connu son père, a été choyé par sa mère, qui n’a jamais levé la main sur lui. En revanche, Tommy, ainé de quatre enfants, a été battu par son père, abandonné par sa mère et séparé de ses trois sœurs, Siri et deux jumelles, quand le père a disparu à son tour du jour au lendemain. Jamais Tommy ou Jim ne s’apitoient sur eux-mêmes malgré les aléas de leur vie. Composé en courts chapitres, le texte est pour la plus grande part écrit à la première personne, ce qui rend les personnages proches du lecteur. C’est peut-être pour cela que j’ai éprouvé de la tristesse et un sentiment de pesanteur quand j'ai terminé ma lecture. Un roman que je conseille malgré tout.

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mercredi 13 mai 2015

Les terrasses - Merzak Allouache

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Je vous recommande le film franco-algérien Les Terrasses du réalisateur Merzak Allouache (sorti dans seulement trois salles à Paris le mercredi 6 mai 2015). Le réalisateur nous conte cinq histoires assez sombres de violence ordinaire. Il a pris comme décor cinq terrasses (souvent des lieux d'habitation) situées dans cinq quartiers historiques d'Alger: La Casbah, Bab el Oued, Belcourt, Notre-Dame d'Afrique et Telemly. De l'aube à la nuit, au rythme des cinq appels à la prière journalière des muezzins (une musique d'ambiance comme une autre), ces histoires indépendantes, qui s'enchevêtrent par moment, constituent des huis-clos à ciel ouvert.

Par petites touches, le réalisateur qui est aussi le scénariste passe de personnage en personnage sans s'apesantir. On croise une mère âgée rejetée par sa famille qui vit seule avec son fils et sa fille, adultes, l'un drogué, l'autre mutique; une petite fille qui apporte de la nourriture à son oncle "fou", enfermé comme un chien dans une niche; de jeunes musiciens en quête d'un lieu pour jouer, un prédicateur abuseur, un homme qui torture un autre homme (on apprendra à la fin quel est le lien qui les unit), un trio de jeunes cinéastes... Ce qui m'a le plus frappée dans ce film, c'est le contraste entre la décrépitude et la saleté de la ville défigurée par les centaines d'antennes paraboliques et le panorama magnifique de la baie et de la mer. S'il passe par chez vous, allez voir Les Terrasses que j'ai vu dans le beau cinéma Le Louxor à Barbès, Paris Xème. La salle était pleine.

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dimanche 10 mai 2015

Miniaturiste - Jessie Burton

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Une fois de plus, je remercie Dominique pour ses bons conseils de lecture. J'ai "dévoré", le week-end dernier, Miniaturiste (Editions Gallimard, 490 pages), le premier roman (déjà un grand succès en Grande-Bretagne) d'une jeune Anglaise qui est aussi actrice. Jessie Burton a imaginé une histoire prenante autour d'une maison miniature ayant vraiment appartenu à Petronella (Nella) Oortman. Cette maison est aujourd'hui exposée au Rijksmuseum à Amsterdam. L'histoire nous fait remonter dans le temps, à la fin de 1686 (entre mi-octobre et fin décembre) à Amsterdam. Nella Oortman, 18 ans, mariée depuis un mois, arrive chez son mari, Johannes Brandt. C'est un mariage arrangé et pas encore consommé. Johannes, assez bel homme et âgé de 39 ans, est un riche marchand très en vue dans cette ville dans laquelle règne une grande intransigeance religieuse et morale et où les guildes sont puissantes. Johannes est en affaire avec la VOC (la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, qui faisait naviguer des centaines de bateaux de part le monde). Dès son arrivée, Nella doit affronter la froideur de Marin, soeur cadette de Johannes. Le frère et la soeur n'ont à leur service que deux domestiques (Cornelia et Otto) alors que la demeure, située au bord d'un canal, est très grande. Johannes, s'absentant souvent pour ses affaires, offre à Nella un cadeau pas banal (pour éviter qu'elle ne s'ennuie): une magnifique maison miniature exacte réplique de leur demeure. Nella est un peu vexée car elle considère ce présent comme un jouet. Puis elle décide de jouer le jeu et commande à un miniaturiste de quoi meubler cette maison. Les créations de l'artisan, que Nella n'arrive pas à rencontrer (toutes les commandes sont passées par écrit), sont très réussies et certaines sèment le trouble chez Nella (je vous laisse découvrir pourquoi). A partir de là, l'histoire prend un tour différent: les personnages se dévoilent, des secrets sont mis au jour. Nella montre beaucoup de maturité, malgré ses 18 ans. Un roman que vous ne lâcherez pas dès que vous l'aurez commencé.

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