jeudi 5 mars 2015

Duane est dépressif - Larry McMurtry

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Je viens de finir la lecture d'un roman distrayant malgré son titre, Duane est dépressif, de Larry McMurtry (Editions Sonatines, 600 pages sympathiques - il se lit vite). Quand commence l'histoire, Duane Moore, 62 ans, un petit entrepreneur prospère dans le Texas, décide du jour au lendemain de laisser son pick-up au garage et de se déplacer à pied d'un point à un autre. Marié depuis 40 ans à Karla, il a quatre enfants et le double de petits-enfants. Duane m'a paru un brave type sous la plume de l'écrivain. Le fait qu'il ait décidé de marcher plutôt que prendre le pick-up alerte Karla qui décrète que son mari est dépressif. Celui-ci se rend compte que depuis 50 ans, il a mené une vie un peu vaine, voyant tout à travers les vitres de son pick-up. Sa famille compte trop sur lui et sur sa femme dès qu'il y a le moindre problème. En effet, ses enfants souffrent de différentes addictions. Ils vivent tous ensemble dans la grande maison familiale, endroit où survient au moins une catastrophe quotidienne. A partir de ce jour, il laisse à un de ses fils la direction de son entreprise. Duane emménage dans une cabane distante de 10 km de la maison (presque tous les jours, il parcourt cette distance à pied). Tout seul, il aime se mettre dans un transat pour regarder le ciel étoilé. Qui dit dépression, dit psy. Duane va aller consulter à pied (puis à bicyclette) une psychiatre, Honor Carmichael, une femme qui préfère les femmes. La vie de Duane va prendre un tournant. Je vous laisse découvrir les personnages hauts en couleur que Duane côtoie ainsi que les péripéties qui jalonnent le récit et dans lequel A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust joue un rôle non négligeable. Ce n'est pas le roman du siècle, mais j'ai beaucoup beaucoup aimé. Merci à Keisha qui l'a recommandé et m'a donné envie de le lire.

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lundi 2 mars 2015

Birdman (ou la surprenante vertu de l'ignorance) - Alejandro IñarrItu

Birdman du réalisateur mexicain Alejandro Iñarritu* vient d'être récompensé de quatre Oscars en 2015 (dont ceux de meilleur film et meilleur réalisateur), mais rien pour les acteurs, alors que le film est centré sur eux et leur métier. Le film brosse un portrait sans concession des acteurs, avec un peu d'humour et pas mal de vitriol. Riggan Thomson (Michael Keaton), plus de vingt ans après avoir été l'interprète au cinéma d'un super héros, Birdman, est en train de monter, à Broadway, une pièce de Raymond Carver dans laquelle il jouera un des rôles principaux. Le "challenge" est de taille, Riggan a beaucoup à perdre pour son retour. Les dernières répétitions avant la générale ne se passent pas au mieux. Un acteur que Riggan juge mauvais est victime d'un "malheureux" accident. L'actrice principale (Naomi Watts), peu sûre d'elle, n'en revient pas d'avoir été choisie pour jouer la pièce, tandis que le "pur acteur de théâtre" (Edward Norton) qui a remplacé au pied levé l'acteur "accidenté" est imbu de sa personne face à Riggan. Quant à la fille (Emma Stone) de Riggan, qui vient de sortir de désintoxication, elle n'est pas tendre avec son père en lui disant ses quatre vérités. Riggan, lui-même très égocentrique, se laisse dominer par sa voix intérieure (celle de Birdman). Dans un bar, pas loin du théâtre, la critique du New-York Times est déjà en train d'écrire sa critique assassine sans avoir vu la pièce. La réalisation d'Iñarritu est virtuose. La caméra suit au plus près les acteurs entre scène, coulisses et loge d'un théâtre de Broadway. J'ai trouvé le film intéressant, très bien joué. Sur la fin, les scènes où Birdman vole dans les airs cassent un peu le rythme et n'ajoutent rien. En revanche, mon gros bémol serait pour la musique que j'ai détestée. Il s'agit d'une musique de batterie plutôt dissonnante (pour mes oreilles). Néanmoins, un film à voir.
Lire les billets de Wilyrah, Alex-6 et Ffred.

* et non Iñarratu comme me l'a fait remarquer Luocine ci-dessous (merci pour ce rectificatif)

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vendredi 27 février 2015

Le dernier loup - Jean-Jacques Annaud

Le dernier loup de Jean-Jacques Annaud nous emmène dans les steppes de Mongolie aux confins de la Chine. Après les ours et les tigres, le réalisateur a donc choisi comme héros de son film le loup mongol (c'était aussi un des surnoms de Gengis Khan). En 1967, un an après la Révolution culturelle sous Mao, deux jeunes étudiants chinois dont Chen Zhen partent en Mongolie intérieure pour deux ans, avec des valises remplis de livres. Ils vont partager la vie d'éleveurs nomades qui s'occupent de centaines de moutons. Ces nomades vivent au contact des loups qu'ils craignent et respectent, à l'image d'Aba, le chef vieux et sage d'un village composé de yourtes. Les loups qui sont des animaux intellligents et dotés d'une immense patience chassent en meute les gazelles qui se reproduisent en grand nombre, ainsi que les écureuils et les marmottes qui ravagent les terres. Malheureusement pour les loups, les autorités chinoises décident de faire disparaître ces prédateurs car ils menacent la sécurité de populations chinoises qui viennent s'installer dans la région. La disparition se fait en deux temps: d'abord les gazelles mortes (conservées dans des congères naturelles) et qui sont la nourriture principale des loups sont prélevées pour être données à la population chinoise (qui, à l'époque, mourrait de faim) - les loups commencent donc aussi à être affamés - et dans un deuxième temps, des fonctionnaires du gouvernement chinois décident d'éradiquer les loups en tuant les portées de louveteaux. Il est dit dans le film qu'ils les dépiautent pour récupérer leur fourrure. Chen Zhen, qui est un garçon sensible, sauve un louveteau et l'élève. Je vous laisse découvrir les péripéties qui émaillent ce film bien fait. Les paysages de Mongolie à perte de vue sont un vrai dépaysement (cela donne envie de partir). On sent que le réalisateur a aimé filmer ces loups, des bêtes au pelage fauve et au regard magnifiques. Un film pour toute la famille, mais la mort des louveteaux (hors champ) risque peut-être de perturber les plus jeunes. Le film, co-produit par la Chine, est adapté du livre Le totem du loup qui est un récit très autobiographique de Jiang Rong paru en 2004, best-seller en Chine. Lire le billet d'Alex-6.

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mardi 24 février 2015

Le reptile - Joseph L. Mankiewicz / New-York 1997 - John Carpenter

A force de chroniquer deux ou trois films sur le même billet, je viens de me rendre compte que ma réserve de films nouveaux vus s'épuisent (ou presque). Je ne vois pas tout par manque de temps et surtout certains films récents ne m'attirent pas du tout. Je n'ai pas encore vu le Eastwood (mais j'irai). Heureusement que les films "en boîte" (DVD) existent.

Voici deux films que j'ai revus avec plaisir en compagnie de mon ami pour qui ce fut une découverte.

Je commence avec l'avant-dernier film de Joseph L. Mankiewicz (1909-1993), Le reptile (There was a crooked man en VO), qui date de 1970. Il est l'occasion de voir s'affronter Kirk Douglas et Henry Fonda, entourés de quelques têtes connus comme Hume Cronyn, Warren Oates ou Burgess Meredith. C'est l'histoire savoureuse de Paris Pitman Jr (Kirk Douglas), une canaille sans foi ni loi, qui, après avoir dévalisé une famille de notables avec l'aide de quelques complices, cache le gros magot récolté dans un nid de serpents à sonnette (tous les complices sont morts). Arrêté tandis qu'il était en compagnie de deux demoiselles dans une maison close, il est envoyé dans une prison perdue en plein désert de l'Arizona. Paris Pitman n'a de cesse de vouloir s'évader. Ses camarades de cellule proposent de l'aider moyennant une part du magot dissimulé. Les péripéties sont nombreuses et Henry Fonda, le directeur de la prison à l'air nonchalant, veille. Il y a beaucoup d'humour, c'est une mécanique bien huilée. Un très bon film avec une fin "piquante".

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Et maintenant je passe à New York 1997 (Escape from New York en VO) de John Carpenter, qui est un réalisateur que j'apprécie énormément. Il tourne des films qui ressemblent à des westerns (dont il connait les codes). New York 1997 a été tourné en 1981 (déjà!). En 1997, l'île de Manhattan est devenue une prison haute sécurité dont nul ne peut s'évader. Les prisonniers sont livrés à eux-mêmes, ils ont leurs propres lois. La statue de Liberté sert de poste de commandement pour la police qui surveille l'île. Snake Plissken (Kurt Russell), un ancien militaire qui devait être incarcéré dans la prison pour un hold-up, est chargé d'aller secourir le président des Etats-Unis dont l'avion personnel vient de se "crasher" quelque part dans l'île. En échange Plissken sera gracié. Il a 24 heures pour effectuer sa mission, sinon il mourra. On lui a injecté une capsule explosive. Le film est l'occasion de revoir les deux tours jumelles dominant l'île plongée dans le noir (il n'y a plus d'électricité). La loi de la jungle règne. Manhattan dévastée est devenue un "no man' land". Les détenus sont comme des ombres. On sent la menace partout mais la violence est plus suggérée que montrée. Le suspense est tenu jusqu'au bout. Outre Kurt Russell et Harry Dean Stanton, on a le plaisir de revoir les regrettés Lee Van Cleef, Ernest Borgnine (qui parcourt les rues de Manhattan à bord de son taxi) et Donald Pleasence. Ce film qui dure 1H34 se voit et se revoit volontiers. On retrouvera le personnage de Snake Plissken dans Los Angeles 2013 (1996), toujours de John Carpenter. Personnellement, je n'ai pas trop aimé cette sorte de suite.

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samedi 21 février 2015

Les merveilles - Alice Rohrwacher

Les Merveilles, ce film italien réalisé par une femme, a été récompensé du Grand prix du jury au dernier festival international du film de Cannes 2014. Il n'est pas exempt de défauts dans la mise en scène, avec une histoire qui part un peu dans tous les sens, mais il m'a plu parce que, pour une fois, le personnage central est une jeune fille, qui s'appelle Gelsomina. Agée de 14 ans, elle est l'aînée de quatre filles. Gelsomina s'occupe habilement des abeilles de 42 ruches sous la férule de son père. Les abeilles sont des personnages à part entière dans cette histoire qui se passe a priori l'été, pendant les grandes vacances, dans une région isolée d'Italie. Gelsomina, Marinella, Catarina et Luna vivent avec leurs parents Wolfgang et Angelica ainsi que Coco (une tante?) dans un grand bâtiment en mauvais état. Le père, tyrannique envers sa fille aînée, a des problème financiers. Sa fabrique de miel est menacée de fermeture faute de moyens pour se mettre aux normes obligatoires d'hygiène. L'arrivée dans la région de caméras de télévision pour une émission de télé-réalité animée par une sorte de fée à natte blanche (Monica Bellucci) va peut-être chambouler la vie de cette famille qui a accepté de s'occuper de Martin, un jeune pré-délinquant. Ce que j'ai retenu de ce film est le comportement de Gelsomina, qui est comme une "petite maman" pour ses trois soeurs. Elle-même cherche toujours la reconnaissance de son père, qui crie beaucoup et ne montre pas beaucoup de tendresse envers elle (à part lui offrir un chameau). Il est en butte aux quolibets de voisins qui le charrient de n'avoir que des filles. Cela n'empêche pas qu'on aurait souvent envie de lui dire ses quatre vérités pour son comportement vis-à-vis de Gelsomina qui est capable de garder une abeille dans la bouche sans se faire piquer. Un film que j'ai été contente de voir. La fin laisse plein de questions en suspens.

Lire les billets plus ou moins positifs de Pierrre Darracq, ffred, Pascale, Alex-6.

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mercredi 18 février 2015

Le prix à payer - Harold Crooks / Mon fils - Eran Riklis / Les jours venus - Romain Goupil

Voici trois films (dont un documentaire) dont j'attendais beaucoup et qui m'ont relativement déçue.

Je commence par Le prix à payer, un documentaire canadien d'Harold Crooks. C'est une suite de témoignages de personnes inconnues (je n'ai pas retenu leur profession) qui tente de nous expliquer comment des multinationales style G**gle, Am*z*n, Ap*le, ayant leur siège social domicilié dans des paradis fiscaux (Luxembourg, Caraïbes, Iles Caïman, Irlande) sont très peu taxées sur leurs revenus. Et on apprend dès le début du documentaire que le premier paradis fiscal est la City de Londres, un des plus importants centres financiers du monde. J'ai trouvé l'idée du documentaire pertinente, mais cette suite de témoignages avec quelques images d'archives pas très parlantes m'a assez vite ennuyée. C'est très répétitif alors que le sujet est passionnant. La seule solution que j'ai retenue, sur les possibilités de taxer ces entreprises qui engrangent des bénéfices colossaux, serait celle de taxer toutes les transactions financières au niveau mondial, et donc que tous pays s'unissent. Pour moi, c'est parfaitement utopique.

Je continue avec Mon fils d'Eran Riklis, qui est, selon moi, un film au scénario très curieux. En Israël, Eyad, un jeune arabe israélien, est accepté dans une prestigieuse école privée de commerce à Jérusalem. Jusque-là, il vivait au milieu d'une famille aimante dans un quartier arabe. Son père est très fier que son fils puisse faire des études. Eyad est assez vite en butte aux moqueries de ses camarades, mais il trouve du réconfort dans les bras de Noami, une jeune juive ashkénaze. Pendant ses temps libres, à titre bénévole, Eyad accepte de s'occuper de Jonathan, un jeune juif gravement malade. Jonathan vit avec sa mère Edna (Yaël Abecassis). Petit à petit, Eyad va prendre beaucoup de place dans la vie d'Edna et Jonathan. Je vous laisse découvrir jusqu'où. La fin de l'histoire m'a vraiment surprise. Je n'y ai pas cru. Du même réalisateur, j'avais préféré Les citronniers.

Je termine avec Les jours venus de Romain Goupil. C'est une sorte d'autofiction de Romain Goupil sur Romain Goupil (et un peu sur sa famille, ses parents, sa femme et ses fils). Vu qu'il a plus de 60 ans, Pôle emploi lui envoie un courrier: il doit préparer sa retraite et reconstituer sa carrière. C'est à cette occasion que les souvenirs affluent: mai 68, sa rencontre avec sa future femme à Sarajevo pendant la guerre de Bosnie. Il a aussi l'idée de refaire un film avant qu'il ne soit trop tard. Il ne lui reste plus beaucoup de temps car les années passent vite. Dès la scène d'ouverture, le ton est donné: un piano tombe et s'écrase dans une cour d'immeuble, manquant de justesse Romain. La banquière (qui s'appelle Mme Goupil) avec qui il a rendez-vous est tombé sous son charme. Romain discute aussi avec sa productrice puiis une jeune femme peintre qui est sa voisine d'immeuble. Au bout du compte, il ne se passe pas grand-chose, sauf durant la dernière séquence qui est savoureuse : Romain vient de mourir et à son enterrement beaucoup de ses amis sont là, dont Daniel Cohn-Bendit et André Glucksman, Arnaud Despleschin, Mathieu Amalric et Jackie Berroyer. Les parents et la femme de Romain Goupil jouent leur propre rôle. J'avoue que je m'attendais à autre chose, il manque un vrai fil conducteur. C'est léger et grave en même temps; mais je ne peux pas dire que le film qui dure 1H25 m'ait passionnée plus que cela. 

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dimanche 15 février 2015

Méchant loup - Nele Neuhaus / Les Nuits de Reykjavik - Arnaldur IIndriðason

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Voici deux romans policiers que je vous recommande.

Dans Méchant loup (que Dominique a beaucoup apprécié) de Nele Neuhaus (Actes noirs, 400 pages), on retrouve le duo de policiers opérant à Francfort, Pia Kirchhoff et Oliver Von Bodenstein, menant une double enquête: d'un côté une jeune femme retrouvée morte noyée dans le Main, et de l'autre, quinze jours plus tard, l'agression sauvage d'une animatrice et productrice télé qui n'a pas que des amis (c'est une femme redoutable et surtout sans état d'âme). L'histoire se déroule sur une période d'environ un mois, au début de l'été. Les policiers avancent difficilement dans la résolution de ces deux drames qui sont reliés par une épouvantable histoire de pédophilie, dans laquelle trempent de nombreux notables de la province de Hesse. Mme Neuhaus ne fait pas toujours dans la dentelle (c'est du "brutal") mais elle sait maintenir le suspens jusqu'au bout. C'est presque aussi bien que Blanche-Neige doit mourir.

Dans Les nuits de Reykjavik d'Arnaldur Indriðason (Edition Métailié noir, 260 pages), j'ai été très contente de retrouver Erlendur tout jeune. Policier de 28 ans, il n'est pas encore marié (mais cela ne saurait tarder). Avec deux collègues, il "fait" les nuits comme simple policier de proximité en parcourant en voiture les rues de Reykjavik. Ils interviennent dans des incidents domestiques. Cela n'empêche pas Erlendur, qui est un homme obstiné ne "lâchant" rien, de mener, pendant son temps libre, une enquête sur la mort d'un clochard, Hannibal, avec qui il s'était un peu lié. En effet, Hannibal est retrouvé noyé dans une tourbière. Cette mort est peut-être liée à la disparition d'une jeune femme survenue à peu près en même temps. Erlandur interroge beaucoup, il reste toujours calme. Dans ce roman apparaissent les traits de caractère du commissaire qu'il est devenu dans les romans déjà parus. Et on se rend compte que les cas de disparitions le touchent beaucoup. Un bon roman "préquelle". Lire les billets de Cathulu et Clara.

jeudi 12 février 2015

L'enquête - Vincent Garenq

J'ai choisi de voir L'enquête, de Vincent Garenq, parce que j'aime bien ce genre d'histoire, et que la bande-annonce m'a donné envie de le voir. J'avoue que je l'ai apprécié, mais je n'ai pas été aussi enthousiaste que je m'y attendais.

L'enquête de Vincent Garenq nous plonge dans l'affaire de la vente des frégates à Taïwan et dans celle de Clearstream (2001 et 2002). Je n'avais suivi que de loin ces affaires à l'époque. Il était question de plusieurs millions d'euros de commission bancaire suite à des transactions mises sur des comptes non publiés (dans le film, certaines transactions sont effacées d'un coup de souris d'ordinateur ). Tout cela s'est fait grâce à Clearstream (basée au Luxembourg, paradis fiscal bien connu) qui est une chambre de compensation (et aussi une banque). Grâce à cette chambre, les banques règlent les montants dus et reçoivent les actifs correspondants aux transactions qu'elles ont effectuées sur les marchés. L'histoire est basée sur les deux ouvrages écrits par le journaliste Denis Robert. Le rythme du film est haletant mais j'ai trouvé que tout était survolé. Le réalisateur a résumé en 1H45 une histoire très complexe. Il aurait peut-être pu s'attarder sur un point précis de cette affaire financière hors norme dans laquelle ont trempé des hommes d'affaires et des politiques à haut niveau. Je pense qu'il aurait fallu que j'étudie l'affaire avant de voir le film. Il est très bien interprété, mais il ne m'a pas vraiment permis de comprendre tous les tenants et les aboutissants de ce scandale financier.

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lundi 9 février 2015

Felix et Meira - Maxime Giroux

Voici un film sorti le 4 février 2015 qui risque de passer inaperçu. Cela serait dommage car ce film canadien raconte une histoire touchante qui se passe pour partie dans le milieu juif hassidique. Meira, mère d'une petite fille (encore bébé), Elishevah, est marié à Shulem. Elle a de plus en plus de mal à supporter le carcan de la communauté hassidique dans laquelle elle vit. Elle n'a pas le droit de dessiner ni d'écouter de la musique. Elle est douée dans la première matière et aime écouter du jazz. Felix, lui, traîne son spleen. Il vient de perdre son père et il a hérité d'une certaine somme d'argent. Il n'a pas d'attache à part sa soeur. Par hasard, il rencontre Meira dans une épicerie casher à Montréal. Ce n'est pas forcément le coup de foudre entre ces deux êtres, mais ils commencent à se parler, à se revoir. Ils sont très différents et pourtant ils vont se rapprocher. J'ai apprécié ce film tout en retenue dont l'histoire est narrée par petites touches. Les personnages sont tout en nuance particulièrement Shulem, le mari de Meira qui se révèle ne pas être aussi psychorigide qu'on pourrait le penser au début. Un joli film à voir avec tout de même une fin un peu décevante (en ce qui me concerne): à force d'être dans la retenue, ça se termine dans le flou sur leurs relations futures...

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vendredi 6 février 2015

Testament à l'anglaise - Jonathan Coe / Harriet - Elizabeth Jenkins

J'ai été très contente de relire Testament à l'anglaise de Jonathan Coe (Editions Folio, 678 pages), 16 ans après avoir découvert ce roman et l'écrivain par la même occasion. La lecture m'a autant enthousiasmée que dans mon souvenir. Je ne me rappelais plus du tout l'histoire, sauf le personnage de Dorothy Winshaw. Le récit a une construction à plusieurs niveaux. En 1990, une certaine Tabitha Winshaw demande à Michael Owen, un jeune écrivain peu connu, d'écrire une chronique sur la famille Winshaw, composée de personnages proches du pouvoir, très riches et surtout sans foi ni loi, cyniques, méchants (je ne trouve pas de qualificatifs assez fort pour les décrire). Michael Owen est lui-même un jeune homme mal dans sa peau, fuyant la foule. En effet, l'histoire est d'abord le récit de la vie de Michael depuis son enfance, avec quelques moments importants comme une séance de cinéma avec ses parents et sa rencontre, qui va le changer, en août 1990, avec Fiona, sa voisine de palier. Et puis, on a six chapitres écrits par Michael Owen qui évoque la vie des six derniers rejetons de la famille Winshaw à partir des années 60 jusqu'en 1990. On reste éberlués devant leur cynisme (même si j'ai trouvé que Jonathan Coe montrait une certaine compassion à leur égard). On se dit qu'heureusement, n'ayant pas d'héritiers, la dynastie Winshaw va s'éteindre (et de quelle façon!). On nous narre l'ascension d'Hilary, méprisant les autres et écrivant des articles méchants, se mêlant de politique intérieure et étrangère (souvent de manière approximative) avec une plume trempée dans le fiel. Son frère Roderick est un galériste et marchand d'art qui abuse de la naïveté de jeunes artistes féminines. Leur cousin Henry va devenir un membre conservateur du parlement et un fervent supporter de Margaret Thatcher qu'il a connue toute jeune. L'autre cousin, Thomas, est membre du conseil d'administration d'une banque d'affaires et obsédé par ses yeux. Bien entendu, c'est un voyeur invétéré épiant ses employées et des starlettes de cinéma. Je continue l'énumération avec Mark, un marchand d'armes qui fait affaire avec Saddam Hussain; et j'ai gardé pour la fin Dorothy, éleveuse de poulets aux hormones, adepte de l'élevage intensif de veaux et de cochons. En 30 pages, on assiste à un film d'horreur. Dorothy m'a fait penser au personnage de la fermière, Mrs Tweedy, dans Chicken Run de Nick Park (le créateur de Wallace et Gromit), mais en cent fois pire. Mon résumé peut paraître long mais le roman en vaut la peine. Il se lit malgré tout vite car la narration est sans temps mort. C'est un tour de force d'autant plus que le roman se termine en huit-clos saignant avec une énigme policière digne des Dix petits nègres d'Agatha Christie. Un roman que je recommande. Lire le billet de Maggie.

Je passe maintenant à Harriet d'Elizabeth Jenkins (1905-2010), paru pour la première fois en 1934 et édité en français en 2013 par les éditions Joëlle Losfeld (275 pages). Elizabeth Jenkins s'est inspirée d'un fait divers qui s'est passé entre 1875 et 1877 dans le Kent. Harriet Ogilvy, une jeune femme trentenaire, simple d'esprit mais très riche, va tomber dans les filets d'un coureur de dot, Lewis Oman. Après l'avoir enlevée, épousée, dépouillée de son argent et lui avoir fait un bébé, il va l'abandonner aux "bons soins" de son frère Patrick (homme violent et peintre raté) et de sa belle-soeur Elizabeth. Le couple va la laisser mourir de faim, la battre. Ils ne la considèrent pas comme un être humain. Pendant ce temps ,Lewis va vivre avec Alice, la soeur d'Elizabeth. Le récit épargne l'agonie de la pauvre Harriet mais on devine ce qu'elle aura souffert avant de mourir. Le récit reste relativement plat. L'histoire est terrible. Le roman est complétée par une postface intéressante écrite par Rachel Cook. Un roman à découvrir. Lire le billet de Clara.

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