dimanche 3 mai 2020

De chair et d'os - Dolores Redondo

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Après Le gardien invisible, j'ai continué avec le deuxième tome de "la trilogie du Baztan" de Dolores Redondo, De chair et d'os (Folio Policier, 604 pages). L'inspectrice de police Amaia Salazar, que l'on avait laissé enceinte, accouche d'un petit garçon appelé Ibai, alors qu'on lui avait dit qu'elle aurait une fille. On se retrouve de nouveau dans la vallée du Baztan au Pays Basque espagnol, où Amaia et toute son équipe (uniquement des hommes) enquêtent sur la profanation d'une église à Arizkun et sur les suicides d'hommes après qu'ils aient assassiné leurs épouses. Le seul mot qu'ils laissent avant de mourir est "Tarttalo", un cyclope dans la mythologie basque. Après chacun des meurtres, quand la police arrive, elle découvre que chaque corps a été mutilé: un des bras, coupé net, a disparu. Les assassins n'y sont pour rien. L'enquête permet à nouveau à Amaia de se replonger dans son passé de petite fille détestée par sa mère. Elle découvre une chose épouvantable. Il est beaucoup question du mal que certains individus ont en eux sans qu'on puisse faire quelque chose. J'ai apprécié les descriptions de la nature environnante où baigne un certain mystère. Le roman se lit très bien et je ne l'ai pas trouvé trop long. Je vais commencer le troisième tome. J'ajouterai qu'il est préférable de lire la trilogie dans l'ordre.

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Réponse à l'énigme posée par Ta d loi du cine:

Enigme

C'est un piano droit qui me fait de l'oeil, certains matins, au moment (court) où le soleil vient juste taper par la fenêtre ouverte, dans l'immeuble en face d'où j'habite.

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vendredi 1 mai 2020

Ricanons un peu avec le Cotruc-19 - N°2

Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) ne sais pas si j'aurai l'occasion de rédiger un troisième monument de mauvaise foi, la situation finissant par évoluer. Mais je ne vais pas me priver de publier ce deuxième travail aujourd'hui.

Je prête attention au nombre des décès affichés chaque jour. J'attends avec impatience qu'on me donne le supplément de naissances, d'ici 8 ou 9 mois...

Bien savoir ce que représentent nos sacro-saints chiffres (contaminés, décédés...): ce qui est "mesuré", en hôpital. Ca me rappelle ce qu'on peut dire des hôpitaux: des lieux à fuir, car on y meurt énormément...

Vu passer dans la presse que les autorités se sont aperçu qu'il pouvait être difficile de dépister les personnels travailant en chambre froide: vous avez dit température corporelle plus élevée que la normale?

Synthèse de l'action de l'Etat: on fait ce qu'on peut avec les moyens qu'on a. Ensuite et surtout, il faut la vanter...

Apprécions l'assonnance: vers un pistage massif suite aux carences dans le dépistage pour tous...

Et hop, une étude dit que le virus pourrait voler jusqu'à 4 mètres autour d'un malade (merci, hôpital préfabriqué à Wuhan). Et hop, la durée d'incubation pourrait être bien plus longue que prévu (merci, Charles de Gaulle en croisière). Et hop, on pourrait tomber malade une deuxième fois...

Et vlan: à peine on aura un vaccin, vous allez voir qu'il deviendra non seulement absolument indispensable, mais encore obligatoire (sous peine de quoi?). Ad majorem laboratoriorum gloriam...

Prédiction (paraît-il?): au 11 mai 2020, seulement 5,7% (cinq "virgule" sept) de la population française aura été en contact avec le virus, et donc (bla-bla-bla...). Expertise, ou l'art de raisonner juste sur des données fausses...

Je me souviens d'un temps (que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître) où l'armée française expliquait à tous ses braves petits appelés qu'en cas de guerre chimique, les agents neurotoxiques adverses (sarin, soman, tabun et autres VX) pouvaient être létaux à partir d'une simple gouttelette effleurée à main nue... Pour s'en protéger, on avait des tenues NBC (nucléaire - bactériologique - chimique), des masques ANP (appareil normal de protection).

Je porte un masque, qu'est-ce que cela veut dire? "Ne m'approchez pas!".

Pas de courrier dans ma boite aux lettres, mais de la pub, oui. Voilà qu'une agence de l'organisation régionale des professionnels de l'immobilier propose ("Spécial COVID-19") une "estimation précise et à distance, sans aucun déplacement", pour une "vente à distance"! Engagez-vous, rengagez-vous, qu'ils disaient...

Le virus aurait une action sur le cerveau! Mourir, la belle affaire! Mais devenir gaga, oh, devenir gaga...

Les premiers livres sur le Covid-19 et son coronavirus vont sortir incessamment (ou sont déjà sortis?). A venir ensuite: le film, la série TV, le manga, la BD franco-belge, le roman graphique et la chanson. Pour la pièce de théâtre, le ballet et l'opéra, il faudra encore attendre un peu...

Il me semble que les terriens que nous sommes sont en train de faire l'économie des destructions occasionnées par une guerre mondiale, tout en vivant le bouleversement des mentalités correspondant. Pas d'immeubles ou d'infrastructures ruinés à déblayer puis à reconstruire, quelques centaines de milliers de morts (et non des dizaines de millions), des prisonniers temporaires presque volontaires, pas d'incendies, pas de radiations... Mais bon sang, par rapport à 1914-1918 ou 1939-1945, de quoi se plaint-on? Plus qu'à mettre en application la stratégie du choc de Naomi Klein - mais vers quoi?

Du Président, après "nous sommes en guerre", on a entendu "le 11 mai". On attend avec impatience la suite des messages personnels ou de la phrase codée... Quels seront les mots-clés forgés ou martelés? "Gardons le moral"? "La sortie du confinement va être progressive"?

D'Edouard Philippe aux Français, devant les députés, mardi 28 avril, en substance: "si vous n'êtes pas sages, gare au coup de bâton!". Très Rooseveltien (Théodore!).

Je ne sais pas s'il y aura un 3ème billet, puisqu'on s'achemine sans doute, malgré tout, vers une fin de crise du confinement. Enfants comme adultes, la récréation est finie. Au boulot, fainéants! Il n'est de Dieu que l'économie capitaliste, et Macron est son prophète.

Pour finir, une petite devinette: d'où vient l'image ci-dessous?

Enigme

Réponse, sans doute, dans un prochain billet de dasola...

A la prochaine!

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lundi 27 avril 2020

Le gardien invisible - Dolores Redondo

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Je viens de terminer Le gardien invisible de Dolores Redondo (Folio policier, 518 pages), le premier tome d'une trilogie qui se passe en Navarre, une des régions du Pays Basque espagnol. De nos jours, sur les rives supérieures du fleuve Bidassoa (nommé Baztan à sa naissance en Navarre), on retrouve le corps d'une petite fille. Elle n'est pas la première victime, et peu de temps après, on en trouvera une autre. Amaia Salazar, une inspectrice de police âgée d'une trentaine d'année, est chargée de l'enquête car elle est originaire d'Elizondo, le village principal de la commune où se passe l'histoire. Mariée à un Américain, artiste de renom, Amaia est une jeune femme heureuse mais avec des blessures d'enfance qui vont refaire surface. Sa famille possède une usine de gâteau depuis plus d'un siècle, et Flora, l'une de ses deux soeurs, la dirige d'une main de fer depuis le décès de leurs parents. En l'occurrence, Rosario, la mère qui souffrait de problèmes psychiatriques, détestait Amaia. Sur le lieu du crime, à côté de la victime, on trouve un gâteau qui pourrait avoir été fabriqué dans l'usine. Dans ce roman, il est aussi question des superstitions et légendes de la région dont le basajaun, un être mi-homme mi-ours que l'on pourrait croire responsable de ces décès. Mais rien n'est moins sûr. Le roman forme un tout mais je l'ai tellement apprécié que je me suis précipitée sur le tome suivant, De chair et d'os, qui reprend l'histoire neuf mois après. J'ai déjà lu une centaine de pages sur les 608, et je le trouve aussi bien que le premier. Mme Redondo sait raconter des histoire et captiver la lectrice que je suis.

En 2015, Ramette en parlait, Catherine en dévoilait beaucoup. Mais aussi (dès 2013) Yan ou le blog Quoilire. Et voir encore Quel Bookan! ou le Collectif Polar.

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jeudi 23 avril 2020

Briser la glace - Julien Blanc-Gras

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Voici un récit très sympathique et plein d'informations intéressantes. Julien Blanc-Gras, journaliste globe-trotter, s'est spécialisé dans les récits de voyage. Dans Briser la glace (Livre de poche, 181 pages), il nous entraîne au Groenland, du côté de la baie et de l'ile de Disko à l'ouest du Groenland, la deuxième plus grande île du monde (après l'Australie), d'une superficie de 2 000 000 km2. Depuis une dizaine d'années, le Groenland est le pays témoin du changement climatique: les glaciers, dont l'Eqi, fondent à grande vitesse. L'auteur s'est donc embarqué avec trois Bretons, dont deux marins et un peintre, sur un voilier à la double coque d'aluminium. Ce bateau baptisé Atka (brise-glace ou gardien des esprits [en langue inuite]) va croiser au cours de sa navigation des iceberg aux dimensions phénoménales tant en largeur qu'en hauteur. C'est un de ces "glaçons" qui a été responsable du naufrage du Titanic en 1912. Car le Groenland est une île des extrêmes. Il est recouvert par le deuxième plus grande inlandsis du monde (après l'Antarctique), et constitue donc la deuxième plus grande réserve d'eau douce du monde. Julien Blanc-Gras évoque la vie des Groenlandais (les locaux) qui à l'origine étaient des chasseurs et sont devenus des pêcheurs. Sous la domination danoise, ils ont beaucoup perdus de leur identité et des traditions de leurs ancêtres. Aujourd'hui, la jeune génération est plus intéressée par avoir un smartphone et préfère regarder la télé plutôt qu'aller chasser en kayak. Julien Blanc-Gras ne juge pas, il observe avec bienveillance tout ce qui l'entoure. J'ai aimé son style : courts chapitres qui se lisent vite. Un livre que je recommande.

Ci-dessous, l'itinéraire que le bateau a parcouru.

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dimanche 19 avril 2020

Sur les ossements des morts - Olga Tokarczuk

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Grâce à ce livre, j'ai fait la connaissance de l'oeuvre d'Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature 2018 (décerné en 2019). Sur les ossements des morts (Editions libretto, 281 pages) est un roman qui m'a énormément plu. Il est dominé par un très beau personnage féminin, Janina Doucheyko. Agée d'une cinquantaine d'année, cette ancienne ingénieure des ponts et chaussées et ancienne professeur d'anglais est devenue institutrice à temps partiel. Elle vit seule dans une maison faisant partie d'un hameau en forêt quelque part en Pologne, pas loin de la frontière tchèque. Dans ce hameau, Janina a deux voisins, Madoga et Grand pied, qui vivent là à l'année, comme elle. Janina, férue d'astrologie, semble préférer les animaux aux hommes. Elle ne se remet pas de la disparition de ses deux chiennes qui ont été tuées. Passionnée par l'oeuvre du poète William Blake, elle entreprend de traduire certains des poèmes de ce dernier avec l'aide de Dyzio, un ancien élève qui travaille au poste de police de la ville voisine de Kłodzko. Un matin, Janina est appelée par Madoga, qui vient de découvrir Grand pied mort. Il s'est étouffé avec un petit os. D'autres morts suspectes suivront, des notables passionnés de chasse. Janina est convaincue que ce sont les animaux qui se vengent. Les traces de pattes d'animaux sont nombreuses sur les lieux des crimes. On ne l'écoute pas, en considérant que c'est une femme excentrique. Elle a un franc-parler qui ne plaît pas à tout le monde. Je ne dirai rien de plus sur ce roman, sauf qu'il faut le lire, et vous n'oublierez de sitôt Janina qui déteste son prénom. Pour information, "Sur les ossements des morts" est un vers de William Blake.

Lire les billets de Krol, Dominique, Claudialucia, Marilyne et Lilly... sans oublier Luocine.

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mercredi 15 avril 2020

Succion - Yrsa Sigurðardóttir

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Après ADN, je me suis plongée dans Succion d'Yrsa Sigurðardóttir (Actes noirs, Actes sud, 407 pages), dans lequel j'ai retrouvé l'inspecteur Huldar et Freyja, la psychologue pour enfants.Ces deux là ont toujours des rapports compliqués depuis qu'ils ont passé une nuit ensemble sans se connaître plusieurs mois auparavant. Depuis leur dernière enquête, qui s'est mal terminée, Freyja a été mise à l'écart de la Maison des enfants qu'elle dirigeait et Huldar doit se contenter d'affaires sans intérêt. 
Dans un prologue qui se passe en 2008, Vaka, une petite fille qui attendait que son père vienne la chercher à la sortie de l'école, disparait après suivi une autre petite fille à qui il manquait deux doigts. En 2016, un directeur d'école montre à la police une lettre inquiétante écrite par un lycéen dix ans auparavant. Elle annonce que six personnes désignées par des initiales vont mourir. Bien entendu, tout est lié. J'avoue que j'ai trouvé l'histoire assez glauque. Il y a en effet des meurtres plus sanglants les uns que les autres. Les six personnes condamnées à mourir vont connaître des fins abominables. Je ne dirai rien de plus. L'ensemble est assez outré, cela manque de finesse psychologique. Dommage.

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dimanche 12 avril 2020

Terres brûlées - Eric Todenne

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Après Un travail à finir, j'ai lu Terres brûlées (Editions Viviane Hamy, 311 pages, paru en mars 2020), le nouveau roman d'Eric Todenne. Comme dans le précédent, l'intrigue nous ramène dans le passé. Cette fois ci, on retourne presque 80 ans en arrière pendant la deuxième guerre mondiale puis 10 ans plus tard, en 1952, pour arriver en 1973 et enfin de nos jours. Au commissariat de Nancy, j'ai retrouvé l'inspecteur Andréani et son collègue Couturier qui doivent clore une affaire assez simple : un notaire, Rémi Fournier, a été retrouvé mort, asphyxié, dans son pavillon qui a brûlé. Aidé par la psychologue Francesca, les recherches sur cette mort les renvoie donc dans le passé en Moselle en 1940. C'était le temps où ce département est devenu allemand, où les Juifs qui habitaient la région ont été déportés et leurs terres cédées à d'autres ; c'était aussi le temps des dénonciations. En 1952, Sarah Silberman, seule survivante d'une famille de propriétaires terriens, vient réclamer ce qui lui revient au notaire d'un petit village. Malheureusement, elle décède la nuit suivante dans l'incendie criminel de la ferme familiale. En 1973, Remi dont le vrai nom est Isaac Silberman (il est le fils de Sarah); se rend coupable d'un incendie, semble-t-il, à l'encontre d'une famille de trois personnes dans leur ferme. Je ne vous dirai rien de plus sur l'histoire bien menée. Mon bémol serait que la plupart des protagonistes sont traités superficiellement comme Sarah ou Rémi qui ne sont que des ombres. C'est dommage car le roman se lit bien. Le titre Terres brûlées renvoie a priori à un morceau de solo de batterie d'un CD de Charles Mingus.

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jeudi 9 avril 2020

La loi du rêveur - Daniel Pennac

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J'ai lu, en une après-midi, le nouveau roman de Daniel Pennac, La loi du rêveur (Editions Gallimard, 166 pages). Je suis restée perplexe après l'avoir terminé. Il n'y a pas vraiment d'histoire. Son livre commence quand Pennac avait 10 ans et qu'il annonce à son copain Louis que "la lumière, c'est de l'eau", et c'est à la suite de cette conversation que Pennac est devenu écrivain. Le premier chapitre raconte un rêve de Pennac fait dans son sommeil. Puis il saute du coq-à-l'âne en en proclamant son admiration pour l'oeuvre de Federico Fellini (1920- 1993) qui a écrit Le livre de mes rêves. Pennac révèle que le réalisateur notait et dessinait ses rêves dès qu'il se réveillait. Certains de ses rêves sont devenus des scénarios, puis des films tournés dans le studio 5 de Cinecittà. Pennac évoque ses séjours dans le Vercors depuis qu'il est enfant dans une maison où désormais il vient régulièrement avec son épouse, ses enfants et ses petits-enfants. Je n'ai ni aimé ni détesté ce "roman" qui n'en est pas vraiment un. J'attends la réaction des personnes qui liront ce livre.

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mardi 7 avril 2020

Aux armes, paysans! - Charlie Hebdo Hors série N°21H (février-avril 2020)

En cette période confinée, certaines choses reprennent davantage d'importance. Par exemple: la nourriture. Je (ta d loi du cine, squatter chez dasola) rédige, pour ce mois d'avril 2020 et pour la seconde fois consécutive, mon "hommage" mensuel à Charlie Hebdo autour d'un "Hors-série" de l'hebdomadaire. Mais cette fois-ci, on peut encore trouver ce supplément en kiosque - pour autant que l'on ait déniché un kiosque ouvert.

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Aux armes, paysans!, Hors série N°21H, février-mars-avril 2020, 64 pages

Ces périodiques semblent maintenant paraître tous les trois mois, mais je me demande quel délai s'écoule entre leur mise en chantier et leur publication. Celui-ci, s'il a certainement mobilisé la plus grande partie de l'équipe actuelle (il n'est que de regarder les noms des rédacteurs-trices ou dessinateurs-trices), porte fortement l'empreinte, pour les textes, de Fabrice Nicolino (5 articles à lui seul) et, pour les dessins, de Juin (qui apparaît, si j'ai bien compté, dans 13 des pages intérieures). Je me demande avec quelle ironie interpréter la statue porcesque: celle de la monture rigolarde, plutôt que celle du croquant anonyme brandissant son sceptre, je suppose.

Au début et à la fin de la publication, figurent à titre d'illustration deux belles galeries (ou des tunnels?) de vieilles "réclames" qui montrent l'évolution, sur des décennies, de ce que leur presse professionnelle proposait aux paysans (entre, au moins, les années 1870 et 1930, et extraites, notamment mais non exclusivement, de Jardins & Basses-cours [1908-1936]). On y trouve vantées la mécanisation (des tracteurs en veux-tu en-voilà, à différentes époques), l'amélioration de la productivité (nitrate de soude du Chili; "complément radio-actif de tous les engrais" (!); "fumier de l'homme" recueilli dans les camps (??) des environs), la "farine de viande" pour porcs, volailles, veaux et chiens... Je regrette un peu que ne figure pas dans le Hors-série un article spécifique de "mise en perspective" de ces mêmes publicités (publiées en couleur papier journal jauni), mais je ne sais pas si j'aurais été capable de le rédiger.

Par contre, entre autres thèmes dignes d'intérêt, un article décrypte la spéculation financière sur la production agricole: désormais, les "produits dérivés" ne s'intéressent plus aux plantes ou aux bêtes elles-mêmes, mais à la fluctuation (à la hausse ou à la baisse) de leur prix, les échanges sur les marchés financiers étant en outre 20 ou 30 fois plus élevés que les échanges physiques. J'ai bien apprécié la citation de Coluche qu'il contient, rappelant que celui-ci disait: "Je partage en deux: les riches auront de la nourriture, les pauvres de l'appétit" (p.35).

P1110655 Extrait décalé d'une double page signée Biche (p.10)

Fidèle aux notions défendues de longue date par Fabrice Nicolino, le Hors-série oppose au modèle de l'agriculture productiviste soutenu par la FNSEA celui prôné par la Confédération paysanne. Il expose les bienfaits de l'agro-écologie et plus généralement celui d'une agriculture à taille humaine (sinon à hauteur d'homme). Il rappelle incidemment que, alors même qu'en France des projets d'"usine des 1000 vaches" soulèvent des tollés, aux Etats-Unis, en Chine ou dans d'autres pays immenses, ce sont jusqu'à une centaine de milliers d'animaux auxquels des semi-remorques entiers amènent quotidiennement de l'alimentation "industrielle". La course au gigantisme et aux "économies d'échelle" ne permettra donc jamais à la France d'être compétitive sur le marché mondialisé si l'on se place dans la seule perspective financière. Il faudrait vraiment changer de paradigme pour que redevienne majoritaire une agriculture axée sur la souveraineté alimentaire, l'autonomie alimentaire locale, et permettant aux paysans de vivre dignement de la vente de ce qu'ils produisent, plutôt que de subventions qui leur ôtent toutes libertés de choix en les mettant aux ordres de l'industrie agro-alimentaire et de sa technocratie.

P1110656 Un dessin particulièrement signifiant sur la normalisation et la déshumanisation du paysan... Occasion, aussi, de rappeler que des militants pour une "autre" agriculture peuvent avoir des intérêts variés, entre les vegans qui s'opposent à tout abattage animal, ou ceux qui prônent un retour à des conditions permettant de vivre d'une ferme "à taille humaine" où des animaux sont, certes, élevés pour être au final consommés, mais du moins, point trop maltraités durant leur existence...

P1110657

Ce numéro ne présuppose pas que l'on soit a priori un spécialiste des problématiques agricoles, il les explique bien (je trouve), comme, par exemple, le déséquilibre - au bénéfice de quelle agriculture? - des différents "piliers" de la PAC, ou le "gaspillage" des ressources naturelles (sol vivant et fertile, eau potable...) pour un profit exclusivement financier et à court terme.

Rappelons encore que l'engagement de Charlie contre les logiques de l'agriculture industrielle (ou de l'industrie agro-alimentaire) ne date pas d'hier. Ce Hors-série republie quatre pages dessinées par Cabu, initialement parues dans le N°303 de la première série de Charlie Hebdo, le 2 décembre 1976.

P1110658 © V. CABUT, bien sûr.   

Je vous recommande également (je n'en ai pas fait figurer d'extrait dans le présent billet) les 6 planches de "Reportage 100% bio chez Mimile" (éleveur de moutons et de porcs bio) signées Coco. Pour une fois, Foolz m'a fait rigoler ("ça va, Jean-Pierre?"), même si je n'ai pas repris non plus la vignette concernée, p.62, parmi "Les couvertures auxquelles vous avez échappé". De cette même page, j'extrais le dessin ci-dessous, avec le mot de la fin ambigu à souhait (encore temps de quoi?).

P1110659  Qu'est-ce qu'il regarde, exactement, à votre avis, notre actuel Président? Que je sache, il ne porte pas les paysans au pinacle (cf. la 4e de couv', plutôt!), malheureusement.

Je cite enfin la conclusion de l'édito signé Riss: "Pour les citoyens agriculteurs et les citoyens consommateurs, il est urgent de repenser de fond en comble notre manière de nous nourir les uns les autres." Il s'agit effectivement de sujets qui méritaient bien quelques coup de poings dans la gueule et sur les yeux. 

P1110654

J'arrête ici mon analyse, il y aurait encore bien des richesses à extraire de ce "soixante-quatre pages". J'espère que j'ai pu par mes quelques citations, extraits ou gloses vous donner envie de l'acquérir (7 euros). Sauf erreur de ma part, il n'est cependant pas disponible aujourd'hui sur la boutique en ligne ni en version digitale (laquelle ne concerne que l'hebdomadaire, à ce jour).

*** Je suis Charlie ***

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lundi 6 avril 2020

ADN - Yrsa Sigurðardóttir

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Après Les Fantômes de Reykjavik d'Arnaldur Indridason, je continue avec les polars islandais. Ce week-end, j'ai réussi à lire ADN d'Yrsa Sigurðardóttir (Actes noirs, Actes Sud, 412 pages). Quand on arrive à la fin du roman et que le coupable est démasqué, on comprend le rôle important qu'a joué l'acide désoxyribonucléique où réside l'information génétique dans cette histoire. Une jeune femme est tuée de manière brutale dans sa chambre à coucher. Margrét, sa fille de sept qui s'était cachée sous le lit, a plus ou moins tout vu, mais elle est traumatisée. Un deuxième crime tout aussi odieux contre une enseignante à la retraite est commis peu de temps après. Un troisième sur un jeune homme suivra. L'enquête menée par Huldar piétine tandis que Freya, une psychologue pour enfant, essaye de mettre Margrét, en confiance afin que celle-ci dévoile ce qui est arrivée. Le roman est assez haletant. Le meurtrier a une manière atroce de tuer ses victimes dont il entoure la tête de gros scotch. Comme arme du crime, il se sert successivement d'un aspirateur, d'un fer à friser et d'un fer à souder. Il n'y a pas de sang sur les scènes de crime. Par ailleurs, Karl, un jeune homme asocial de 24 ans, reçoit des messages chiffrés sur son poste à ondes courtes. Ils ont bien entendu un lien avec l'affaire et il va même se retrouver accusé des meurtres. Je ne vous dirai rien de plus. Quand on commence le roman, on veut déjà connaître la fin. L'écrivain maintient le suspense jusqu'au bout. Après Indésirable, je trouve que c'est un écrivain à suivre. D'ailleurs, j'ai le suivant, Succion, dans ma PAL [chroniqué le 15/04/2020]. Lire le billet de Virginie/Miscellanées.

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Ceci n'ayant rien à voir avec cela, je fais partie de la population née en avril. Demain, c'est mon anniversaire, j'espère que ce sera le premier et le dernier confiné. Je le fêterai seule mais j'ai des collègues qui devraient me le souhaiter par "skype".

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