dimanche 11 septembre 2016

Comancheria - David MacKenzie

Parmi les sorties du mercredi 7 septembre 2016, j'ai choisi d'aller voir Comancheria du réalisateur britannique David MacKenzie (Les poings contre les murs et Young Adam). Son passage de l'autre côté de l'Atlantique m'a semblé réussi.

De nos jours, au Texas, pas loin de la frontière avec l'Oklahoma (en territoire comanche), deux frères, Tanner et Toby Howard, braquent des banques sans qu'il y ait de victimes. Ils prennent seulement des coupures d'une valeur inférieure ou égale à 20 dollars (ces billets-là ne sont pas traçables). Par la suite, ils échangent les billets volés contre des jetons dans un casino. Ils restent dans le casino une ou deux heures, avant d'échanger à nouveau les jetons qu'ils n'ont pas joué contre de l'argent "propre" ou un chèque. En effet, cet argent leur sert à rembourser l'hypothèque de la maison de leur mère décédée récemment.
Ce film montre une Amérique pauvre frappée de plein fouet par la crise économique. Même les vétérans de guerre ne bénéficient d'aucune aide sociale. Cette Amérique profonde ne fait pas envie. Les paysages sont tristes.
Malheureusement, il y aura un braquage de trop et tout va partir en vrille. Deux policiers texans plus très jeunes vont les poursuivre. L'un à la veille de sa retraite, est interprété par Jeff Bridges (très bien même si on du mal à le comprendre, on dirait qu'il a du coton dans la bouche!). Il n'arrête pas de dire des blagues à son coéquipier moitié mexicain et moitié comanche. Le réalisateur nous montre les Américains armés qui tirent sans sommation. La course-poursuite vers la fin ressemble à un western, avec les voitures qui remplacent les chevaux. Le scénario bien écrit laisse un goût d'amertume.

Lire le billet d'Alain.

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jeudi 8 septembre 2016

Un bouddhiste en colère - Seth Greenland / Surtensions - Olivier Norek

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Voici deux romans empruntés en bibliothèque cet été.

J"ai lu le premier suite à un billet lu sur le blog de Colette. J'ai pris un certain intérêt à cotoyer, dans Un bouddhiste en colère de Seth Greenland (Editions Liana Levi, 410 pages plaisantes), la famille de Jimmy Duke, ex-policier renvoyé pour avoir désobéi à des ordres de sa hiérarchie: il avait sauvé un chien de l'euthanasie. Bruno (c'est le nom du chien) est devenu le fidèle compagnon de Jimmy. Depuis, Jimmy essaye de gérer son stress et sa colère en s'initiant au bouddhisme par internet. L'histoire se passe a Palm Springs, en Californie, où les températures sont souvent caniculaires. Jimmy a deux frères. L'aîné, Randall, un homme politique, est en pleine campagne électorale. Dale, le benjamin, sort tout juste de prison. Lourdement handicapé, il se déplace en fauteuil roulant. Randall est le père de la jeune Brittany et l'époux de Kendra, bisexuelle qui a eu une courte liaison avec Nadine, son professeur de tennis. Cette Nadine entretient par ailleurs une relation avec un policier, Harding Marvin (responsable du renvoi de Jimmy), qui soutient Mary Swain, la rivale politique de Randall (j'espère que vous suivez). Plusieurs concours de circonstances malheureux, dans lesquels Dale est impliqué, vont amener Jimmy derrière les barreaux. Je ne vous en dit pas plus. C'est un roman distrayant qui m'a plu. La fin pourrait présager qu'il y ait une suite mais ce n'est pas sûr du tout.

Je passe à Surtensions (Editions Michel Lafon, 500 pages haletantes) d'Olivier Norek, c'est son troisième roman et c'est le troisième que je lis. J'ai beaucoup aimé retrouver Victor Coste et son équipe, Sam, Ronan et Johanna. On est tenu en haleine jusqu'au bout. Cela commence avec le meurtre "gratuit" d'un jeune homme de confession juive après son kidnapping. Le meurtrier est arrêté. De là, on fait la connaissance d'Alex[andra] Mosconi, la seule femme d'une famille de mafieux corses, qui va tout faire pour faire évader son jeune frère condamné pour cambriolage. Je vous laisse découvrir le lien entre les deux affaires qui s'entremêlent avec d'autres. Certaines ne sont qu'effleurée. Une fois de plus, Olivier Norek démontre son talent de conteur qui tient en haleine ses lecteurs. Lire les billets de Zazymut, Cannibales lecteurs et Lea Touchbook.

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mercredi 7 septembre 2016

Un homme + une femme = quoi? - Elsa Cayat

C'est un article du Huffington Post paru pour la Saint-Valentin 2015 qui avait attiré mon attention sur ce livre d'Elsa Cayat. On l'oublie trop souvent, Elsa Cayat faisait partie de l'équipe de Charlie Hebdo, et, ès qualité, assistait à la funeste conférence de rédaction du 7 janvier 2015. Elle en est l'unique morte sauf erreur de ma part (ces salauds qui disaient "on ne tue pas les femmes"...!). J'avais donc tenu à lire, pour le chroniquer [en tant que ta d loi du cine, squatter chez dasola], au moins l'un de ses livres (dont la 1ère édition était parue en 1998 - rédaction il y a près de 20 ans, donc). Et j'ai soigneusement procrastiné cette chronique - jusqu'à aujourd'hui (bien que l'ayant annoncée de longue date).

avant : P1000658 après (13/05/15): P1030689

Je garde de cette lecture le regret d'avoir constaté que "l'identité" de l'auteure ne change rien au fait que mes propres atomes crochus avec cette "discipline" que se veut la psychanalyse demeurent inexistants. Je n'aurais sûrement pas été au bout du bouquin n'étaient les circonstances. Je me suis astreint à lire ce livre qui a traîné des semaines et des mois dans la poche de mon anorak, et l'ai grignoté péniblement, 10 pages par 10 pages, lors de mes déplacements en métro. Longtemps, j'ai espéré un clin d'oeil montrant que l'auteur n'était au fond pas dupe de ce qu'elle écrivait: en vain, sauf erreur de ma part. Dupé par le titre, je suppose que j'attendais au moins un rapport lointain avec Et l'amour dans tout ça? (Kriss Graffiti et Chantal Pelletier)... [nettement plus allègre!] ou bien avec la série Mars et Vénus (de John Gray, avec déclinaisons au théâtre, en BD...)? Ici, nous avons (je crois) de la psy (chanalyse) pure et dure. Or ce n'est pas ma tasse de thé. A mon avis, Elsa Cayat semble avoir travaillé dans une direction qui l'amenait à étudier davantage le jeu des mots que les faits en jeu [pour ne pas dire "maux"]? On peut aussi remarquer que la plupart des associations syllabiques qu'elle détecte ne sont valables qu'en français, donc sans portée universelle...

Je le répète, il s'agit juste d'une absence d'écho chez moi, par rapport à la "psy" et à son jargon... Il est certain que des lecteurs plus branchés "psy" que moi peuvent lire avec grand intérêt ce livre, même si, j'en suis encore désolé, cela n'a pas été mon cas. Pour ne pas rester dans le négatif, j'en extrairais tout de même quelques citations qui ont attiré mon attention, comme p.81: il n'y a pas à être coupable, n'importe qui fait des erreurs, mais il y a à être responsable. Ce qui ne veut pas dire accepter cyniquement ses erreurs, comme le faisait, il n'y a pas si longtemps, un politicien, comme si on n'y était pour rien. Ou, p. 95: Effectivement l'homme aime son prochain comme lui-même, c'est-à-dire pas beaucoup parce qu'au fond il a du mal à s'aimer.

Au final, peut-être serais-je davantage intéressé par un recueil (posthume) de ses chroniques pour Charlie? Noël, ça fait vraiment chier! (octobre 2015) ne semble disponible dans aucune bibliothèque municipale parisienne... A suivre!

*** Je suis Charlie ***

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lundi 5 septembre 2016

Un petit boulot - Pascal Chaumeil

Après l'Arnacoeur, déjà avec Romain Duris en 2010, voici Un petit boulot, l'ultime film du réalisateur Pascal Chaumeil, décédé juste après la fin du tournage en 2015. Un petit boulot est adapté du roman éponyme de Iain Levinson (que je vous recommande). C'est Michel Blanc, qui joue un des personnage du film, qui a écrit l'adaptation et les dialogues. Dans le nord de la France, Jacques est chômeur depuis deux ans. Sans enfant et sa femme l'ayant quitté, Jacques a gardé néanmoins son pavillon pratiquement vide: les huissiers ont tout pris. Grâce à Tom (Gustave Kervern), un copain, il travaille dans une station-service. Cela lui laisse du temps pour travailler pour Gardot, le mafieux local. En effet, pour éponger ses dettes (il a perdu de l'argent au poker), Jacques accepte "dans un moment d'égarement" de devenir un tueur. Gardot lui demande d'éliminer sa femme, dont il a la preuve de l'infidélité. Ce premier "contrat" se passe bien, sauf que le chien de Cardot est abattu en même temps que l'épouse (un moment que j'ai trouvé aussi drôle que la scène du chat dans l'arbre dans Adam's Apples, même si la salle n'a pas trop ri). D’autres meurtres suivront, dont celui d’un inspecteur odieux chargé d'auditer les trois employés de la station-service (dont Jacques).
Les dialogues ciselés par Michel Blanc sont savoureux. Beaucoup de scènes ou de situations sont très drôles. Romain Duris barbu et chevelu est convaincant. Un film de fin d’été très sympa. Et cela donne envie de (re)lire le roman de Levison.
Lire le billet de Géraldine.

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vendredi 2 septembre 2016

Le fils de Jean - Philippe Lioret

J'ai trouvé très réussi Le fils de Jean, le nouveau film de Philippe Lioret (Welcome). Il comporte des moments drôles et émouvants, et l'ensemble dégage beaucoup de pudeur. En France, Matthieu travaille dans un service de com d'une société vendant des croquettes pour chiens. Suite à un coup de téléphone inattendu, Matthieu apprend que son père Canadien, dont il n'avait jamais entendu parler, même par sa mère, vient de mourir noyé dans un lac. Matthieu apprend par la même occasion l'existence de ses deux demi-frères Ben et Sam. Arrivé au Canada, il est accueilli par Pierre Lesage (Gabriel Arquand, exceptionnel), un médecin et le meilleur ami de son père décédé. Matthieu, séparé de sa femme et père d'un petit garçon, est très impatient de connaître ses deux frères. Sa quête l'entraîne de surprise en surprise que je ne vous dévoilerai pas. Les acteurs sont tous justes mais mention spéciales à Pierre Deladonchamps et surtout à l'acteur québecois Gabriel Arcand (le frère du réalisateur Denys Arcand) que j'avais apprécié dans Le Démantèlement. Le fils de Jean, très librement adapté du roman Si ce livre pouvait me rapprocher de toi de Jean-Paul Dubois, vaut la peine d'être vu.

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mardi 30 août 2016

Moka - Frédéric Mermoud / Dernier train pour Busan - Sang-ho Yeon

J'ai été voir Moka de Frédéric Mermoud dans le cadre d'une avant-première juste après le 15 août. Il y avait un monde fou dans la salle, car il était annoncé que la projection se déroulerait en présence de l'équipe du film. En effet, l'équipe au complet (sauf Nathalie Baye) fut présente ... environ 4 minutes, le temps de dire que le tournage s'était bien passé. Les acteurs se sont bien entendus et Emmanuelle Devos tournait pour la deuxième fois avec le réalisateur. Il n'y a pas eu de place pour des questions. J'ai une fois de plus du mal à comprendre qu'on mobilise autant de monde pour si peu.

Toujours est-il que le film proprement dit ne casse pas trois pattes à un canard. L'histoire se passe alternativement entre la Suisse et la France (à Evian), au bord du lac Léman. Le paysage est photogénique, mais à part ça, pas grand-chose. Diane s'enfuit d'une maison de santé où elle est soignée depuis que son petit garçon a été tué par une voiture qui l'a écrasé sans le voir. Diane veut mener son enquête pour trouver qui était au volant de la voiture. Elle apprend rapidement que c'était une femme qui conduisait. Elle retrouve assez vite la voiture couleur "moka" qui a renversé son fils. Elle devient amie avec Marlène (Nathalie Baye), la présumée conductrice. Les échanges entre les deux femmes donnent un peu de vie à ce film qui en manque cruellement. Pas indispensable de voir ce film.

Je passe maintenant au film sud-coréen (encore un!) Dernier train pour Busan de Sang-ho Yeon. Il m'a beaucoup plu, mais il faut prévenir que ce film est interdit aux moins de 12 ans, car il y a des scènes qui peuvent faire peur. Un père divorcé (j'ai compris qu'il était trader) prend le train avec sa petite fille de 8 ans qui l'a pratiquement obligé à faire le voyage, car elle veut rejoindre sa mère à Busan. Le père est un homme qui ne pense qu'à lui et dont la devise est "chacun pour soi". Dans le wagon du père et de sa fille, il y aussi un homme un peu rustre et sa femme enceinte, deux soeurs dans la cinquantaine, un homme odieux, un groupe de jeunes joueurs de base-ball. Juste avant que le train démarre, une jeune femme un peu bizarre monte dans un wagon. Elle se transforme en zombie gesticulant et se met à attaquer tous les gens qu'elle croise en les mordant au cou. Les personnes mordues se transforment illico en zombies à leur tour. La contamination est rapide. Le train est forcé de s'arrêter dans différentes gares où il n'y a plus que des zombies. Dans les différents wagons, ceux qui ne sont pas encore contaminés commencent plus ou moins à s'entraider pour fuir la menace mais cela n'empêche pas que la plupart des "gentils" sont éliminés. Ce film d'horreur (en général, je ne vais pas voir ce genre de film) a été une très bonne surprise. Il y avait du monde dans la salle où je l'ai vu, et de la queue pour la séance d'après à ma sortie. Lire les billets de Pascale, ffred et Mr Vladdy.

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samedi 27 août 2016

Une histoire de tout, ou presque... - Bill Bryson

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Pendant trois ans, Bill Bryson a potassé quantité de livres et de documents et s'est entretenu avec des scientifiques pour arriver à ce livre de presque 600 pages qui se lit comme un roman. Une histoire de tout, ou presque... (Editions Petite bibliothèque Payot) explique l'infiniment grand et petit, ou pourquoi l'océan Pacifique est moins salé que l'océan Atlantique. J'ai approfondi mes connaissance sur la tectonique des plaques: l'Afrique remonte vers le nord, l'Australie descend vers le pôle sud, etc. J'ai aussi appris que le parc de Yellowstone aux Etats-Unis était en fait un mégavolcan qui, s'il se réveillait, provoquerait un cataclysme inimaginable. J'ai encore appris que la lune qui a permis en partie la vie sur terre s'éloigne de notre planète de 3,75 cm par an. Le livre parle des atomes, des molécules, de la radioactivité, des dinosaures, de l'eau, de l'apparition de la vie sur terre, de nos ancêtres hominidés, de la datation de la terre, comment on a pu mesurer la distance entre la terre et le soleil, etc. Il évoque les centaines de scientifiques qui depuis Newton ont permis de faire connaître un peu les mystères de notre terre et ceux de l'univers. Ce livre de vulgarisation est très accessible, amusant, intéressant, distrayant, enrichissant, etc. Je vous conseille de le lire. Merci Mr Bryson.

PS: et on ne va pas me demander de rédiger d'autres phrases alors qu'il fait 28,5° chez moi ce 26 août au soir!

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mercredi 24 août 2016

Toni Erdmann - Maren Ade

Comme promis, voici un billet sur Toni Erdmann de Maren Ade. Ce film de 2H42 ne m'a pas emballée plus que cela. Déjà, après avoir vu la bande-annonce, j'ai eu des doutes qui se sont confirmés. Inès Conradi est une jeune femme allemande, consultante dans un cabinet d'audit sur l'externalisation de certaines tâches dans les entreprises. Sa mission se passe à Bucarest (qui m'a paru plus prospère que dans le film Sieranevada). Agée d'une trentaine d'années, Inès n'a pas d'enfant et n'est pas mariée même si elle un petit ami roumain. Mais elle a un père, Winfried, un homme facétieux qui se fait appeler Toni Erdmann, Il n'arrête pas de mettre et retirer un dentier qui ne l'avantage pas du tout. Pendant presque tout le film, on le verra, en plus de ses fausses dents, porter une perruque couleur marron foncé. Cela lui donne un air hirsute. Il s'immisce dans la vie de sa fille à l'occasion de l'anniversaire de cette dernière. Inès, une femme de caractère et très sérieuse (on ne la voit pas rire une fois) m'a semblé désarmée devant ce père envahissant. Elle reste souvent silencieuse en observant le comportement de son père. Au bout d'un moment, je me suis demandée s'il n'allait pas enfin laisser sa fille tranquille. J'ai noté deux ou trois scènes marquantes: une graveleuse, une où Inès chante pratiquement a capella et la séquence d'anthologie où Inès, n'étant pas à l'aise avec une robe très moulante, l'enlève et reçoit toute nue ses invités à qui elle demande de faire la même chose. J'ai vu ce film une fois mais je ne le reverrai pas, malgré les critiques dithyrambiques que je ne comprends pas. Dans la salle où j'étais, très peu de spectateurs ont ri.

Lire les billets d'Alain, Alex-6 et de Matchingpoints qui ont aimé et celui de Ffred qui a trouvé le film raté et trop long. Quant à Pascale, elle n'a pas aimé du tout ce film visuellement assez laid.

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dimanche 21 août 2016

Sieranevada - Cristi Puiu

Dans ce billet et le prochain, je vais évoquer deux films sortis ce mois d'août 2016. Ils ont plusieurs points communs dont celui d'être long, d'avoir été en compétition dans la sélection officielle au dernier Festival de Cannes en 2016 (ils n'ont été récompensés ni l'un ni l'autre) et qu'ils se passent dans la ville de Bucarest. Le film roumain Sieranevada de Cristi Puiu dure 2H53 et le film allemand Toni Erdmann de Maren Ade, 2H42. Les comparaisons s'arrêtent là.

Sieranevada se passe donc à Bucarest en Roumanie. C'est l'hiver, il y a des congères de neige sur les trottoirs. Plusieurs membres d'une même famille se sont donné rendez-vous dans l'appartement de Nusa, la grand-mère. Le repas familial est prévu mais il n'aura lieu qu'après le départ du Pope que l'on attend (il est en retard). En effet, selon le rite orthodoxe, le Pope rend hommage et donne sa bénédiction au mari de Nusa, décédé 40 jours plus tôt. Sur les 2H53, au moins 2H30 du film se passent dans un lieu unique: l'appartement de Nusa. Situé dans un genre d'HLM lugubre (bâti au temps de la dictature de Ceaucescu), l'appartement se compose d'environ trois pièces plus la cuisine. Dans ce périmètre relativement exigu, on entend et voit une quinzaine de personnages parler et fumer beaucoup. La caméra à l'épaule suit les personnages dans ces pièces dont les portes s'ouvrent ou se ferment. Au bout d'un moment, en tant que spectatrice, j'ai ressenti un sentiment de manque d'air par écran interposé. J'en avais assez de me trouver dans l'intimité de cette famille un peu geignarde, débattant de tout sur la politique, la religion, l'état du monde, mais aussi sur des secrets de famille enfouis. Quand le film se termine, la nuit sera presque tombée et le repas n'aura pas vraiment eu lieu. Moi, je ne me suis pas vraiment ennuyée, mais je m'attendais à autre chose.

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jeudi 18 août 2016

Le sang dans nos veines - Miquel Bulnes (Challenge Pavé de l'été 2016)

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Entre vendredi 12 août et lundi 15 août 2016 matin, j'ai lu avec beaucoup de plaisir et d'une traite les 826 pages de ce formidable roman d'un jeune chercheur en médecine néerlando-espagnol. Tel une fresque, Le sang dans nos veines (Editions Actes noirs/Actes sud) nous entraîne dans l'Espagne et la Catalogne du début des années 20, avec des retours en arrière à la fin du XIXème siècle et dans les années 1910. Les cent premières pages décrivent assez précisément le désastre d'Anoual dans le Rif marocain en juin 1921: les Espagnols perdirent presque 9000 hommes, face aux Berbères (un millier d'hommes aguerris) commandés par Abdelkrim Al-Khattabi. Un des deux survivants espagnols, le commandant Augusto Santamaria del Valle, est un des personnage principaux de ce roman dense. Revenu à la vie civile (avec un genou très abîmé), il est nommé commissaire des Services de sûreté dans un quartier de Madrid. Peu de temps après, un notable est assassiné de plusieurs coups de feu dans un bordel situé dans un des secteurs dont est responsable Agusto. Faute de témoins et de mobile, l'enquête piétine et est plus ou moins abandonnée. Pourtant, une jeune prostituée, Esperanza, a tout vu. Un peu par hasard, elle se fait embaucher comme bonne à tout faire au service d'Augusto et de sa jeune épouse Helena (veuve d'un des militaires tués au Maroc). Helena est la maman d'un petit Pedro qu'adoptera Augusto.
Pendant ce temps-là, l'Espagne meurtrie par la débâcle marocaine est gouvernée par une monarchie constitutionnelle affaiblie (Alfonse XIII est un roi falot) que veulent renverser les Républicains et les Francs-maçons. Les anarchistes et les syndicalistes préparent la révolution. Pour leur part, les caciques (les notables et propriétaires terriens puissants), ainsi qu'une partie de l'armée et l'Eglise, veulent un état fort sous le signe du Christ et du roi.
Dans cet ample roman, on croise pas mal de personnages qui ont réellement existé, comme José Antonio Primo de Rivera, Alejandro Lerroux ou José Millán-Astray. Et la riche Catalogne avait déjà des envies d'autonomie. Quant à la victime du meurtre, Augusto et ses adjoints auront du mal à l'identifier. Il s'agit d'un militaire qui avait en sa possession un carnet où étaient énumérés des noms de gens connus impliqués dans une horrible affaire de pédophilie et de meurtres d'enfants à Barcelone dans les années 1910. Ce carnet qu'Augusto aura entre les mains va déchaîner meurtre et violence. Le style, la forme et le rythme du roman varient souvent, et c'est ce qui rend cette lecture agréable. J'espère que je vous aurai convaincus d'emprunter ce livre en bibliothèque. Il en vaut vraiment la peine.

Lu dans le cadre du challenge "pavé de l'été 2016" chez Brize.

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