jeudi 8 novembre 2012

Nous... La cité - Rachid Ben Bella / Sylvain Erambert / Riadh Lakhéchène / Alexandre Philibert / Joseph Ponthus

Nous... La cité: voici un livre qui, pour un lecteur qui comme c'est mon cas, ne fréquente guère les "cités" ni les "quartiers", vous estomaque un peu: impression - exacte - de vivre dans un autre univers que celui qui y est évoqué. Suite à un article du Canard Enchaîné du 3 octobre 2012 qui en faisait une critique plutôt élogieuse (1), je [ta d loi du cine, "squatter" chez dasola] me l'étais fait acheter dans (tant qu'à faire) une librairie cigalée.

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Entre quatre "djeun's" et un animateur de rue (Joseph - qui l'était à l'époque, qui ne l'est plus aujourd'hui), lui-même blogueur occasionnel (2) et possédant une plume bien affutée, ça a commencé par un article pour Le Canard et fini par ce livre. Son intérêt vient de ce qu'il ne s'agit pas d'une oeuvre linéaire mais composite, d'un tissage de témoignages thématiques rédigés chacun à l'opposé d'une dissertation, dont le "fil de chaîne" comme le contexte sont apportés par le récit de l'animateur. Déjà, rien que trouver des jeunes acceptant de participer à "l'expérience" n'était pas évident (trouver UNE rédactrice n'a pas été possible), pour qu'ils osent débiter devant nous leurs tranches de vie. Sur la forme, il est intéressant de relever l'appropriation progressive de l'écrit, depuis les débuts où l'on était davantage dans un cadre d'interviews collectives, jusqu'aux textes remis peu avant le "bouclage" que chaque jeune rédigeait désormais seul. Chacun a suivi son propre cheminement personnel pour devenir écrivain - mais aussi s'approprier l'écrit dans la vie de tous les jours: accessoirement, comme le souligne Joseph, écrire un courrier de type "lettre de motivation" ou un courrier au juge d'application des peines est parallèlement devenu une formalité facile. Le début de la route a aussi été parsemé de quelques expériences plus ou moins gratifiantes: se rendre à une conférence par les époux Pinçon (sociologues, auteurs notamment du Président des riches et de L'argent sans foi ni loi) au milieu d'un public "militant"; ou découvrir qu'être absorbé par un livre dans le RER peut permettre de se tirer d'un contrôle sans mal... Et le lecteur découvre, lui, des parcours de vie: depuis le gamin qui "provoque" le prof (pour ma part, je trouve personnellement cela affligeant! Pourquoi? Effet d'une "bêtise de groupe"? Qu'y gagner?), ou suit ensuite plutôt les cours de "l'école de la rue", puis (pour les sous ou pour l'adrénaline) tombe (monte, étape par étape) tout naturellement dans ce que les observateurs extérieurs nomment (à juste titre, je dirais) dans la délinquance, et qui semble à ces jeunes des cités un quotidien ordinaire (ou inversement): l'embrouille pour un regard, le vol, le "business" de la drogue ("shit" - il faut lire ce qui est presque un cours de marketing, exposant comment l'emporter face à la concurrence - en bichonnant la clientèle et par la qualité du service [et non par la kalachnikov, rajouterais-je!]). Et puis, la vingtaine bien tassée et après des séjours en prison pour "des conneries", arrive la volonté de "s'en sortir", en trouvant un boulot, une copine, et en mettant le gamin en route... avec les sursis qui courent pour tout un tas d'autres bêtises faites avant, parfois oubliées et qui vous rattrapent au mauvais moment (la justice peut être trop lente parfois). Car ces jeunes "de banlieue" surfent en permanence sur une ligne de crête: pas de filet de sécurité (si ce n'est les animateurs de quartier qui se (dé)vouent à la tâche sur le terrain - terrain qui les use, certainement, en une dizaine d'années, passés à faire en permanence du marquage "à la culotte" pour éviter les bêtises, lors d'une permission de sortie de prison par exemple). Pour les jeunes, le moindre accroc et c'est la dégringolade: retard à un RV judiciaire parce qu'un membre de la famille était malade et qu'il n'y avait personne d'autre pour le garder; ou un souci de santé qui empêche de travailler... souvent, le couperet tombe et c'est la révocation de sursis (affaire récente, mais aussi affaires plus anciennes... - "additionner les peines et les sursis rendrait fou un comptable"), donc la tôle, alors même qu'il y avait (eu) beaucoup d'efforts pour une "réinsertion" en cours dans la société. Même si leurs "codes" ne sont pas forcément les miens, ni leurs rapports à l'enseignement, Rachid, Sylvain, Alex ou Riadh nous ouvrent des fenêtres sur leur humour, leurs déconnades en bande, leurs savoir-vivre et règles à respecter, et leurs savoir-faire aussi. Je vais me permettre de distinguer (artificiellement?) ces compétences en "positives" et "négatives". Positif, le développement du sens de l'observation, le soin apporté à la qualité de l'information et, presque, les techniques d'enquête (journalistiques, je veux dire): savoir qui interroger pour reconstituer des faits; la solidarité (en prison...). Scène savoureuse où l'un des lascars expose dans le cadre d'un emploi potentiel ses expériences en commerce international (gestion de stock, marketing, relations clientèle...): le lecteur fait immanquablement (même si ce n'est pas écrit) le lien avec les [pages précédentes / quelques pages plus tôt] où sont dépeints le "terrain" et la "clientèle". Négatif: voler, maîtriser (pour la pratiquer) la violence et ses techniques, bafouer l'autorité et admirer ceux qui pratiquent le mieux ces défis... Je ne dis pas que ces témoignages se lisent comme un polar (on voit des personnes vivre leur quotidien, davantage que des mystères se résoudre); mais qu'il y aurait dans ce "vécu sociologique" de quoi donner des accents de vérité à bien des polars. J'ai également découvert dans ce livre un vocabulaire que je ne connaissais guère - mais est-ce celui de l'animateur ou de la cité? -: "moisi" employé dans un sens figuré, "avoir le chat noir", "vanner" (ce n'est pas séparer le bon grain de l'ivraie)...

Pour cette approche "sociologique", il ne m'a pas suffi de lire ce livre - tout est bien écrit dans son avant-propos. Mais j'ai eu le réflexe de consulter mon "autorité", en l'occurrence Wikipedia, avant de lire une deuxième fois le bouquin pour en "assimiler" la signification concrète. Et notamment, en filigrane dans le texte, les enjeux du secteur social (et plus particulièrement de la "prévention spécialisée"): restructuration des associations qui gèrent les éducateurs de rues, restrictions budgétaires, voire changement de la philosophie de leurs "missions"... Pendant ma lecture, je repensais à Chiens perdus sans colliers de Gilbert Cesbron (écrit il y a près de 60 ans - donc bien après l'ordonnance du 2 février 1945 sur l'enfance délinquante -, et que j'ai moi-même lu il y a plus de 30 ans): à l'époque, était concernée une autre population (je veux dire, pas forcément de la même "religion" ou avec la même "couleur de peau" - on les qualifierait aujourd'hui de "français de souche"), avec les mêmes problèmes (les mêmes causes produisant les mêmes effets?) - [des gosses de l'Assistance Publique]. La "couleur de peau" a changé (?). Mais pas le mal-être.

En conséquence, pour conclure, je me permets de citer le passage de l'article de Wikipedia sur la prévention spécialisée qui me paraît le plus pertinent pour montrer le travail accompli:
"Le public concerné par la prévention spécialisée:
Il est plus difficile à identifier aujourd'hui qu'il ne l'était dans les années de sa fondation. À l'époque, il s'agissait surtout d'un public d'adolescents perturbateurs, souvent organisés en bandes. Aujourd'hui, les équipes sont en présence d'une dégradation des relations sociales à la fois plus diffuses et de plus grande ampleur qui concernent les enfants, les jeunes et les adultes. Le public de la prévention spécialisée se caractérise par de faibles perspectives d'avenir, ou parfois même par une absence totale, par des difficultés à s'approprier son histoire et ses expériences. Les rapports au temps, à l'espace, à la réalité sont souvent perturbés. Le jeune vit dans l'immédiat, ne peut concevoir un projet à plus ou moins long terme."

(1) J'ai préféré vérifier pour ne pas donner une fausse référence comme cela m'était déjà arrivé. Il s'agit bien d'un article du Canard, signé Jean-Luc Porquet. Et j'ai en prime pu y relever l'explication en note sur la locution "Wesh" qui revient assez souvent dans le livre: "expression passe-partout fréquemment utilisée dans les quartiers populaires".

(2) On trouve des articles de lui, entre autres, sur le site de Article11.

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lundi 5 novembre 2012

Skyfall - Sam Mendes

J'ai trouvé Skyfall, ce 23ème James Bond, d'excellente tenue. En prenant le contrepied des affirmations de Chris, voici, selon moi, les 15 raisons pour ne pas être déçu par James Bond.

1/ Le film n'est pas très innovant comme film d'action mais je ne demande pas à un James Bond de l'être. 

2/ Craig arbore toujours le même masque crispé assez conforme au James Bond de Ian Fleming, qui est un professionnel qui ne s'attache pas. Ce n'est pas un "rigolo".

3/ Le générique vaut largement celui de Millenium (version Fincher) et même celui de Demain ne meurt jamais (par exemple).

4/ La "James Bond Girl", la française Bérénice Marlohe (qui a un faux air d'Eva Green et Anna Mouglalise réunies) disparaît trop vite à mon goût, mais elle n'est pas une "petite chose"plus tremblante que Jane Seymour dans Vivre et Laisser mourir.

5/ J'ai trouvé le film rythmé avec quelques pauses bienvenues. La séquence qui se passe en Ecosse est digne d'un très bon "gunfight" de western.

6/ Aux deux tiers du film, quand l'Aston Martin grise de James Bond ressort du garage, on entend un "ah" ravi dans la salle. Comme dans Dark Knight (où on nous rappelle les origines de Batman), dans ce film-ci il y a une allusion aux parents de James Bond (et on voit leur tombe). Toutes les séquences qui se passent en Ecosse se déroulent dans l'ancienne demeure familiale gardée par Kincaid (Albert Finney). Le paysage est grandiose dans sa nudité.

7/ L'histoire dans son ensemble est très noire mais ce n'est pas un défaut. On n'oublie jamais que c'est du cinéma.

8/ Pour une fois, j'ai trouvé que ce film était moins envahi par les marques que d'habitude. Il y a un petit moment que je ne vois plus James Bond boire du champagne dans les films. Mais le fait qu'il boive de la bière au goulot ne m'a pas frappée. D'ailleurs il est tellement occupé qu'il a peu de temps pour le faire.

9/ Les décors ne sont pas laids mais sont surprenants comme cette île où il n'y a que des bâtiments en ruine (un paysage d'apocalypse).

10/ La réalisation sans temps mort de Sam Mendes m'a agréablement surprise car je ne m'attendais pas à cela de la part du réalisateur de American Beauty, Away we go et Les noces rebelles.

11/ Les scènes d'actions spectaculaires sont vraiment réussies. On en prend plein les yeux: entre la rame de métro qui défonce tout pour se retrouver dans un tunnel sous Londres, et l'hélicoptère qui atomise un manoir.

12/ Le méchant joué par Javier Bardem n'est pas vraiment sous-exploité. Teint en blond avec une coupe de cheveux improbable, chacune de ses apparitions impressionne. Je vous laisse découvrir son histoire de rats et et ce qui se passe quand il enlève la prothèse qu'il a dans sa bouche.

13/ Daniel Craig est musclé mais cela n'a rien d'exceptionnel.

14/ La vision que donne le film du hacking, de l'informatique et de la technologie en général n'a rien de ridicule. Même s'il manque peut-être le génie de Lisbeth Salander..

15/ Je n'ai jamais trouvé que les films de James Bond étaient très humoristiques.

Toujours est-il que l'on ne voit pas passer les 143 minutes que dure le film. James Bond est capable d'avoir des sentiments quand quelqu'un qu'il estimait disparaît (je ne vous dis pas qui). Pour une fois les gadgets qui servent à James Bond sont réduits (un pistolet et une mini-radio). Les rôles de Q et Miss Moneypenny sont bien renouvelés. Quand commence le générique de fin, on nous annonce bien que c'est le 50ème anniversaire du premier film et que James Bond reviendra... Allez-y. Personnellement, parmi les trois "James Bond" avec Daniel Craig, c'est mon préféré.

Lire aussi les billets de Wilyrah, Trillian, Ffred, Mymp, Kaal et cie, Ariane, Choupynette, Nio.

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vendredi 2 novembre 2012

Pourquoi être heureux quand on peut être normal? - Jeanette Winterson

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Après avoir lu un billet élogieux chez Aifelle, je me suis décidée à lire Pourquoi être heureux quand on peut être normal? de Jeanette Winterson (Editions de l'Olivier, 267 pages). Ceci n'est pas un roman mais le récit par l'écrivain de sa vie d'enfant adoptée au berceau (le mauvais berceau comme dit sa mère adoptive, Mrs Winterson, si peu charitable). Dans le nord de l'Angleterre, Jeanette va grandir entre cette femme (que Jeanette n'appelle jamais maman ou ma mère mais toujours "Mrs Winterson"), lectrice de la Bible et obsédée par l'Apocalypse, qui ne s'aime pas et n'aime pas non plus les autres, et son mari, Mr Winterson, personnage falot sans volonté propre. C'est l'histoire d'une petite fille qui s'épanouit grâce à la littérature: elle adore lire et écrire depuis toute petite. Elle se rend compte aussi qu'elle préfère les filles aux garçons, au grand désarroi de Mrs Winterson. C'est cette dernière qui prononce la phrase interrogative qui forme le titre de l'ouvrage. Jeanette Winterson ne se laisse jamais abattre. Ce n'est pas une histoire triste. Elle mène un combat qui va la faire devenir ce qu'elle est. Elle va faire des recherches pour retrouver sa vraie mère. Je vous laisse découvrir ce qu'il en est. Sauf erreur typographique, le point final est manquant à la fin du livre. Peut-être un peu moins enthousiaste qu'Aifelle (je n'ai pas été passionnée tout du long), je vous le conseille néanmoins, et ne manquerai pas de lire Les oranges ne sont pas les seuls fruits que l'auteur mentionne souvent.

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mardi 30 octobre 2012

God bless America - Robert Francis "Bobcat" Goldthwait

Voici le deuxième film américain dont je voulais parler et qui m'a plu malgré quelques maladresses (on pourrait le sous-titrer "Mort aux cons"). Frank (Joël Murray, le frère de Bill), fraîchement divorcé (et père d'une gamine "à baffer" qui vit avec sa mère) ne supporte plus la médiocrité ambiante, surtout celle diffusée à longueur de temps à la télévision américaine, hautement abêtissante. Il vient de se faire virer manu militari de son travail après avoir été accusé de harcèlement par une femme à son travail: il avait eu le malheur de lui offrir des fleurs et de lui prêter un livre. Enfin, il vient d'apprendre qu'il a une tumeur incurable au cerveau. Tout cela l'amène à prendre des décisions radicales: il vole la voiture jaune de son voisin (un abruti avec femme et enfant), et se met à flinguer quelques personnes qu'il considère comme nuisibles, en particulier des spécimens vus à la télévision. Sur son chemin, il croise Roxy, une "post-adolescente" qui s'embête dans la vie et qui décide de le suivre dans son équipée. C'est une histoire où l'on rit beaucoup malgré le propos. Le message du film peut sembler simpliste (il est interdit aux moins de 12 ans) mais j'adhère. Le final est digne de Bonnie and Clyde. Un film que je conseille.

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samedi 27 octobre 2012

Nemesis - Philip Roth / Les Bidochon sauvent la planète - Binet

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Nemesis n'est pas forcément le roman le plus marquant de Philip Roth (Editions Gallimard, 250 pages). Mais j'ai été intéressée par l'histoire de Bucky Cantor, jeune homme de 23 ans, athlétique, bon nageur mais souffrant d'une mauvaise vue. Responsable d'un terrain de jeux en plein air dans le quartier juif de Newark, dans la banlieue de New-York, pendant l'été chaud de 1944, Bucky enrage d'avoir été réformé alors que deux de ses copains sont partis combattre en Europe. Cependant, sur place, il va devoir faire face à un ennemi aussi retors. En effet, la polyomiélite se met à frapper les jeunes dont il s'occupe (j'ai appris par ce roman et en faisant des recherches que la polio est contagieuse et que seuls les humains l'attrapent) et apparaît plus tard quand il se retrouve dans un camp de vacances des Poconos en Pennsylvanie. Bucky se demande s'il n'est pas l'agent vecteur de la maladie. En 1944, on ne connaissait pas le virus de la maladie ni son mode de transmission, et bien sûr il n'existait aucun vaccin. Une fois encore, Philip Roth décrit très bien les conséquences de cette calamité sur la population. Entre désarroi et colère, la vie de Bucky sera changée à jamais, je ne vous dirai pas comment, ni pourquoi. L'écrivain nous trace un portrait plein de compassion de cette communauté juive frappée par la maladie. Un beau roman.

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Je voulais terminer avec une note plus gaie en évoquant brièvement le dernier album des Bidochon de Binet, le 21ème, Les Bidochon sauvent la planète (Fluide Glacial) [J'espère que vous connaissez tous Raymonde et Robert Bidochon]. C'est grâce au billet de Canel, que je remercie, que j'ai passé un quart d'heure de lecture très distrayante. Je recommande tout particulièrement la séquence "tri sélectif" où Robert et Raymonde se débattent à 3H du matin pour savoir dans quelle poubelle (ils en ont de quatre couleurs différentes) se jette tel ou tel déchet. (Note: à Paris, on n'a pas de poubelle marron pour les "déchets purs", sauf erreur de ma part). Une autre séquence est assez savoureuse: les ampoules basse consommation. Je peux vous dire qu'avec mon ami, on a beaucoup ri.

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mercredi 24 octobre 2012

Ted - Seth McFarlane

Voici un billet sur un des deux films américains vus coup sur coup que je ne conseillerais pas pour un jeune public bien qu'ils soient plutôt réjouissants (la chronique du second est à venir) [chroniqué le 30/10/2012].

A condition de faire abstraction de l'humour gras qui ponctue le film (personnellement, ça ne me fait pas rire), Ted de Seth MacFarlane est un film plutôt drôle dont le héros est un nounours en peluche qui pète, jure, drague (et plus si affinités), fume (pas des cigarettes), sniffe à l'occasion, conduit (mal) une voiture, etc. A l'âge de 8 ans, Johnny, qui n'avait aucun copain, a fait un voeu pour que son ours (cadeau du Père Noël) devienne son meilleur ami. Le voeu s'est réalisé et Ted animé. 27 ans plus tard, John Bennett (Mark Walhberg) vit toujours avec son ours, exerce un boulot qui l'ennuie (dans un magasin de location de voitures) et connait une jolie histoire d'amour depuis 4 ans avec Lori (Mila Kunis). La cohabitation avec Ted perturbe la vie du couple. Je ne vous décrirai pas toutes les péripéties de l'histoire, dont des rencontres avec l'acteur qui jouait "Flash Gordon" dans les années 60 et avec un père et son fils qui n'ont de cesse de kidnapper Ted (car c'est un ours célèbre). Sinon, il y a une scène mémorable au cours de laquelle on assiste à un pugilat homérique entre Ted et John dans une chambre d'hôtel qui se trouve complétement dévastée. L'animation de l'ours Ted est remarquable, on en oublie presque que ce n'est qu'un ours en peluche (auquel on s'attache très vite malgré tous ses défauts). Les spectateurs ont applaudi à la fin de la projection. C'est vraiment un film à voir.

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dimanche 21 octobre 2012

Et Nietzsche a pleuré - Irvin Yalom

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Ayant lu pas mal de critiques positives sur Et Nietzsche a pleuré (Livre de poche, 500 pages), je l'ai lu et me joins aux louanges. Une fois de plus, Irvin Yalom nous éblouit avec cette histoire qui se passe d'octobre à décembre 1882 à Vienne, en Autriche. On assiste à une confrontation (romancée) entre Friedrich Nietzsche et Joseph Brauer. Ce dernier est considéré comme l'un des fondateurs de la psychanalyse (Freud fut son disciple). Il vient de traiter un cas d'hystérie resté célèbre, celui d'Anna O., évoqué dans le roman. Nietzsche est sur le point de terminer sa liaison orageuse mais très chaste avec la très belle Lou Andréas Salomé (21 ans à l'époque) qui se partage entre lui et Paul Rée. De son côté, Joseph Brauer, très pris par son métier de praticien, s'interroge sur sa vie amoureuse avec sa femme Mathilde. Suite à une lettre puis à une rencontre avec Lou Salomé, Brauer accepte de rencontrer Nietzsche qui souffre d'horribles maux de tête et qui n'a pas encore écrit Ainsi parlait Zarathoustra. Une grande partie du roman relate les séances de thérapie entre Nietzsche et Brauer où le psychanalysé n'est pas celui qu'on croit. C'est intelligent et très accessible. Un excellent moment de lecture. Lire les billets d'eeguab et de Luocine.

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jeudi 18 octobre 2012

Dans la maison - François Ozon / Le magasin des suicides - Patrice Leconte

Voici deux films qui n'ont rien en commun l'un avec l'autre, que j'ai été voir tout dernièrement et dont je voulais parler.

D'abord Dans la maison de François Ozon encensé par la critique. Pour ma part, je m'attendais peut-être à autre chose par rapport au déroulement de cette histoire. Un élève, Claude Garcia, fraîchement arrivé dans un collège "pilote", écrit des dissertations sur la vie d'une famille (qu'il côtoie en donnant des cours de maths au fils de la famille). Il ménage le suspens en terminant chaque dissertation par "A suivre". Germain, le prof de français, lit cette prose à haute voix chez lui, sa femme étant une auditrice attentive. Responsable d'une galerie d'art contemporain, elle devine assez vite que Claude est peut-être dangereux voire pervers sous son visage d'ange. Germain, écrivain raté, s'attache plus au style des textes et trouve que Claude a du potentiel. Bien entendu, un grain de sable va tout faire exploser. J'ai noté le clin d'oeil du réalisateur à Fabrice Luchini (très bien) quand ce dernier est assommé dans une séquence par un gros exemplaire du Voyage au bout de la nuit de Céline (un des textes que Luchini a interprété sur scène). Kristin Scott Thomas et Emmanuelle Seigner sont aussi pas mal du tout. C'est l'arrière-plan de l'histoire qui est bancal avec des personnages caricaturaux, comme celui du père de famille épié par Claude. Pas mal mais pas génial à mon avis.

En revanche - et tant pis pour les mauvaises critiques lues et entendues - j'ai beaucoup apprécié Le magasin des suicides de Patrice Leconte. Adapté d'un roman de Jean Teulé que je n'ai pas encore lu, ce film d'animation nous fait rencontrer une famille pas banale, les Tuvache: Mishima, Lucrèce et leur trois enfants qui sont propriétaires d'un magasin où l'on trouve tout pour se suicider. Tout est fait "maison" ou presque. Parmi les trois enfants, le petit dernier fait figure de vilain petit canard car il est heureux de vivre et sourit tout le temps à la différence des deux autres. L'histoire est ponctuée de morceaux de musique et de chansons pas mal du tout (pour mes oreilles). J'ai passé un très bon moment et je n'ai pas boudé mon plaisir.

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lundi 15 octobre 2012

14 - Jean Echenoz / L'oublié de la mémoire - Mickaël Mourot

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Après avoir lu quelques articles élogieux sur 14, le dernier roman de Jean Echenoz (Editions de Minuit, 124 pages), je me suis empressée de le lire (c'est un cadeau de mon ami). En peu de pages, Jean Echenoz recrée l'horreur de la guerre de 14-18 avec son talent habituel. Cela commence et se termine en Vendée. Pendant l'été 14, le tocsin annonça le début d'un conflit prévu pour durer deux semaines et qui s'éternisa 4 ans. Anthime et son frère Charles, issus de la grande bourgeoisie, sont mobilisés en compagnie de Bossis, Padioleau et Arcenel. Blanche attend le retour de deux d'entre eux. Echenoz en quelques traits de plume nous décrit la charge que portait les soldats (35 kilos avant qu'il pleuve), les rats, les poux, l'attente, les dégats des obus, le fait que les Poilus étaient face à l'ennemi, couverts de vermines et qu'ils étaient surveillés par des gendarmes pour qu'ils ne désertent pas. Pas mal de romans ont déjà évoqué cette terrible guerre. En voici un de plus, que je vous recommande absolument, et il se lit très vite.

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Note: ici, ta d loi du cine ("squatter" chez dasola) prend la plume.

Le billet de dasola (rédigé la veille pour le lendemain) me donne envie d'évoquer en quelques mots une bande dessinée ramenée de notre séjour à Verdun (achetée au Fort de Vaux, pour être précis), L'oublié de la mémoire, de Mickaël Mourot (YSEC éditions). Sous forme de "journal" illustré, elle dépeint la vie d'un des millions de soldats des tranchées, de 1915 à 1917. Et on y est assez loin du patriotisme de la propagande de l'époque. Bien qu'en noir et blanc, on n'est pas dans le style (ou le scénario) d'un Tardi, mais bien dans du "réalisme" du quotidien d'une histoire subie. Il n'est sans doute pas "neutre" qu'on puisse aujourd'hui l'acheter dans un tel "lieu de mémoire" que ce fameux Fort de Vaux. Lisez-le (même ailleurs).

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Cela me fait penser que le centenaire de la déclaration de guerre approche (moins de deux ans), puis ce sera celui de l'armistice (plus de quatre ans plus tard). Plus aucun poilu n'est vivant, il sera alors loisible que les Etats clament haut et fort la bêtise qu'ont représentée pour l'Europe ces millions de morts et ces milliards dépensés. On peut espérer que, dans notre Europe à vingt-sept, au début du vingt-et-unième siècle, cela ne se reproduira plus. Mais, dans ce même temps, en Asie, en Afrique...?

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vendredi 12 octobre 2012

César doit mourir - Paolo et Vittorio Taviani

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Le 17 octobre 2012 va sortir sur les écrans César doit mourir des frères Taviani que j'ai vu en avant-première. Récompensé de l'Ours d'or au dernier festival de Berlin, ce film dure 1H15 minutes. J'avoue que je ne savais pas trop ce que j'allais voir, j'ai plutôt aimé. Ce film permet de voir une libre adaptation de la pièce Jules César de William Shakespeare jouée par des détenus (condamnés à de lourdes peines) dans la prison de haute sécurité de Rebibbia près de Rome. On assiste à des répétitions et à des bribes de la représentation proprement dite. Différents endroits de la prison servent de décors. A part le début et la fin du film qui sont filmés en couleur (c'est réaliste pour les réalisateurs), tout le reste est en noir et blanc (irréaliste). Selon le dossier de presse, c'est un moyen pour les Taviani de se sentir plus libres, de s'évader, d'inventer. Dans ce milieu clos, les réalisateurs ont en effet le talent de nous faire croire qu'il n' y a pas de barreaux. Et pourtant, des plans d'ensemble de la centrale ponctuant le film nous rappellent les lieux où se déroule l'histoire. On oublie aussi que ce sont des détenus qui sont les acteurs d'un soir. Je vous laisse découvrir la manière dont les réalisateurs les ont choisis. Il semble que ces hommes, venus de différentes régions d'Italie, utilisent leur propre dialecte en jouant leur texte. J'ai regretté de ne pas mieux connaître l'italien pour apprécier ce fait. Toujours est-il qu'à la fin du film le détenu qui interprète "Cassius", emprisonné à perpétuité (enfin je crois), déclare devant la caméra "Depuis que j'ai connu l'art, cette cellule est devenue une prison". Allez voir ce film qui vous donnera envie (comme à moi) de (re)découvrir le texte de William Shakespeare.

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