samedi 9 février 2019

Minuscule 2 - Hélène Giraud et Thomas Szabo / Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu? - Philippe de Chauveron

Après Minuscule - La vallée des fourmis perdues, voici Minuscule 2 - Les mandibules du bout du Monde où l'on retrouve, les coccinelles (celles rouges à pois noirs), les fourmis noires et fourmis rouges dans la vallée du Mercantour. L'hiver arrive et une famille de coccinelles fait des provisions pour l'hiver. Sur le chemin du retour vers un trou d'arbre qui leur sert de nid, l'une d'elles fait preuve de son caractère aventureux. Par la suite, par un concours de circonstances, elle se retrouve enfermée dans un carton de conserves de châtaignes à destination de la Guadeloupe. Heureusement qu'une coccinelle de sa parentèle suit le même trajet en prenant l'avion avec elle. Arrivée à destination, elle appelle à l'aide son amie la fourmi. Celle-ci de son côté demande de l'aide à l'araignée mélomane que l'on avait déjà croisé et la convainc de partir avec elle. C'est sur un genre de galion suspendu par des ballons (comme le bateau du Baron de Münchausen, ou la maison du grand-père de Là-haut) que la fourmi et l'araignée vont faire un voyage plein de périls, avec un requin qui va les engloutir (bateau compris) tel Jonas avalé par la baleine. En Guadeloupe, ce sont d'autres dangers que vont affronter nos coccinelles, dont des mantes religieuses ou une mygale toute poilue. En revanche, elles vont trouver des alliées comme des chenilles urticantes (si si) et croiser d'autres coccinelles noires à gros pois rouges. Les vrais "méchants" de l'histoire, ne sont-ce pas les humains qui déforestent à tout va pour contruire des résidences bétonnées? Les insectes n'ont peut-être pas dit leur dernier mot. Comme pour le premier opus, pas de paroles mais des bruitages, de la musique, des sons divers et variés. L'épilogue du film se passe à Pékin, sûrement parce que les Chinois ont produit en partie le film. Un film sympa pour toute la famille.

Je dirai deux mots de Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu? de Philippe de Chauveron. J'avoue que, comme pour le premier opus, mon ami et moi, nous avons pas mal souri. C'est cocardier, pas toujours subtil, mais on passe un moment avec la famille Verneuil, surtout Claude et Marie, les parents de toute cette tribu, qui vont tout faire pour que leurs filles, gendres et petit-enfants ne quittent pas la France. Et par ailleurs, Claude Verneuil, notaire à la retraite, décide d'écrire une biographie sur un homme dont j'entendais parler pour la première fois, Alfred Tonnelé, un Tourangeau poète, essayiste et pyrénéiste (allez voir sur wikipédia).

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jeudi 7 février 2019

Le procès Colonna - Tignous & Dominique Paganelli

J'ai (ta d loi du cine, squatter chez dasola) déjà parlé, dans ma rubrique d'hommage aux victimes de l'attentat à Charlie Hebdo, du reportage dessiné effectué par Tignous sur les prisons françaises. Ce mois-ci (février 2019), je vais présenter un autre reportage produit à deux mains (par Tignous et Dominique Paganelli): Le procès Colonna.

P1100798

Il y a vingt-et-un ans et un jour, vendredi 6 février 1998 après 21 h, le préfet Claude Erignac était assassiné par un commando indépendantiste à Ajaccio (Corse). En 2003, Yvan Colonna, soupçonné d'être le tireur des coups mortels et qui avait "pris le maquis" le 23 mai 1998, était arrêté après 5 ans de cavale.

Extrait de l'avant-propos, signé Tignous et Paganelli, de cet album: "Du 12 novembre 2007 au 13 décembre 2007, la cour d'assises spécialement constituée a jugé Yvan Colonna, l'assassin présumé du préfet Claude Erignac... Le 13 décembre, elle a dit qu'il était coupable et l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Durant quatre semaines s'est déroulée devant nous qui étions dans la salle d'audience une tranche de vie, une sorte de comédie humaine tragique (...). Pour parler de la mort d'un homme, il y a eu de la vie. C'est ce que nous avons voulu raconter. Nous ne présentons pas ici les "minutes" ou "l'intégrale" du procès, mais ce qui nous a touché. En un mot nos impressions de ces trente-quatre journées d'audience."

J'ai acheté ce livre (daté de juin 2008) il y a quelques mois. Je n'avais pas lu en 2007 les reportages consacrés par Charlie Hebdo au procès. Je n'ai pas cherché à les retrouver (pour comparer). Si j'avais eu à faire un exposé dans un cadre universitaire, ou à écrire un article (rémunéré) dans la presse professionnelle, je l'aurais fait.

Je pense que les textes de l'album ont été rédigés par Dominique Paganelli. Ce journaliste a surtout réalisé des documentaires ou ouvrages sur le monde du football. Dans Charlie Hebdo, je crois que sa couverture du procès Colonna était illustrée par d'abondants croquis de Tignous. Dans l'album, beaucoup des textes commencent par la date du jour concerné, en bleu avec le jour en blanc sur un carré rouge. De son côté, Tignous a rédigé et lettré des textes abondants pour ses illustrations (reprises de phrases entendues, textes explicatifs...), mettant en scène témoins, policiers, avocats, juges, Corses divers, décors... J'ai compté 23 représentations d'Yvan Colonna (dont une fois avec seulement ses mains). Les multiples demandes de P à T "t'as dessiné Ulrike Weiss?" (magistrate en charge des relations avec les média, dont le visage apparaît seulement en dernière page de l'album) peuvent faire sourire.

Après la lecture de l'ouvrage, tout ce qu'on a comme certitude, c'est que le préfet Erignac a été assassiné, qu'Yvan Colonna a pris le maquis après une interview télévisée, a été désigné comme le tueur par les membres arrêtés du "commando" ou leurs épouses (qui se sont ensuite rétractés), a été arrêté, n'a jamais avoué (a protesté de son innocence durant le procès), a été reconnu coupable et condamné. Depuis la parution de l'album, il y a eu un procès en appel en 2009 (rajout d'une peine de sûreté de 22 ans), annulé par la Cour de Cassation en 2010, et un nouveau procès en juin 2011 (de nouveau perpétuité, sans peine de sûreté). La condamnation est désormais définitive. Yvan Colonna est en prison depuis 2003 (bientôt 16 ans).

Je vous mets juste quelques extraits des 120 pages de l'album.

P1100801  p.101, Tignous croqué par Pétillon, de passage durant le procès.

P1100799  p. 12bis (sic! Dans les albums publiés par cet éditeur, elle remplace la p.13), ou comment un "croquis d'attitude", un peu retravaillé, peut devenir un élément de composition d'une couverture d'album...

P1100797  p. 83 (une page avec coquille dans le texte, et un croquis "brut" [non travaillé, avec du "texte parasite"?]).

Je fais aussi le lien avec ce qui m'avait frappé en 2016, à savoir le "retour" de Renaud dans les pages de Charlie Hebdo. Rappelons que Renaud avait fait partie des premiers associés de la société (Kalachnikof) créée pour relancer Charlie en 1992 (il avait sauf erreur de ma part mis 200 000 F au pot, là où Cabu et Val en mettaient 50 000 chacun). Puis, quelques années plus tard, à l'occasion de la création des éditions Rotative, il était sorti du "tour de table". Bref, après avoir repris contact avec l'équipe suite au 7 janvier 2015, il a retrouvé une rubrique régulière à partir du 2 mars 2016. Je me rappelle avoir trouvé navrant, à l'époque, qu'il n'y parle guère que d'Yvan Colonna, au détriment de beaucoup d'autres sujets sur lesquels je pense qu'il aurait pu dire des choses intéressantes (à mon avis, du moins). Elle s'était en tout cas arrêtée assez vite. Ci-dessous 3 extraits (liste non exhaustive bien entendu!).  

P1100802  2 mars 2016, p.2

P1100804  18 mai 2016, p.3  P1100803  20 avril 2016, p.3

Enfin, en dernier "point d'actualité" liée à l'assassinat idélogique d'un Préfet de la République Française (par des "militants perdus"), on peut signaler qu'hier, 6 février 2019, a eu lieu dans le Grand amphithéâtre de la Sorbonne le "3e Colloque Claude Erignac", organisé par l'ACP (Association du Corps Préfectoral), sur le thème "L'intégration républicaine en péril: comment la refonder?". On pourrait relever qu'il avait lieu aussi 85 ans après les émeutes anti-républicaines du 6 février 1934 (manifestations des ligues d'extrême-droite)...

*** Je suis Charlie ***

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lundi 4 février 2019

Un questionnaire sur "Les douze maladies connues des grands lecteurs"

Je suis tombée par hasard sur ce questionnaire (tag des "maladies livresques") auquel ont répondu plusieurs blogueuses dont Karine:), Fondant grignote et Marie-Claude. Il me plaît bien.

Maladie n°1 - Refus d'abandonner à la moitié.

Je ne refuse rien du tout. Si le livre me tombe des mains, j'en prends un autre. Je ne peux pas me forcer à terminer un ouvrage.

Maladie n°2 - Acheteuse de livres compulsive.

Malheureusement oui, je suis une acheteuse de livres plutôt compulsive. Il faudrait que je n'entre plus dans une librairie et ça j'ai du mal. 

Maladie n°3 - Amnésie associée à la lecture.

C'est vrai que j'oublie assez vite mes lectures, comme j'oublie assez vite les films que j'ai vus, à de rares exceptions près. D'où l'intérêt de tenir un blog.

Maladie n°4 - Tenir un journal de lecture.

Oui, mon blog. Et c'est bien de pouvoir relire ses billets.

Maladie n°5 - Être rebuté par le battage médiatique.

Le battage médiatique me laisse assez indifférente. Je lis à l'instinct et en me fiant aux conseils d'autres blogueurs. Grâce à eux, j'ai souvent de bonnes surprises.

Maladie n°6 - Culpabilité associée au temps de lecture.

Non, je ne me sens pas coupable, si ce n'est que je me dis que je pourrais faire autre chose de mon temps, mais c'est mon choix.

Maladie n°7 - Prêter des livres que l'on ne nous rend pas.

J'aime bien prêter voire donner mes livres (romans) surtout quand je les ai lus. Si cela peut faire plaisir à quelqu'un, je suis contente.

Maladie n°8 - Tendance à lire plutôt qu'à vivre.

J'espère que je vis plus que je ne lis.

Maladie n°9 - Être séduite par les nouveaux livres.

Oui, c'est bien le problème, car je lis moins vite que je n'achète de livres et le retard s'accumule d'année en année. J'ai une centaine de livres qui m'attendent.

Maladie n°10 - Submergée par le nombre de livres chez soi.

Oui, mais j'assume.

Maladie n°11 - Incapacité à retrouver un livre.

Ca m'arrive, mais au bout du compte, je remets la main dessus.

Maladie n°12 - Ne pas savoir quels livres emporter en vacances.

En général, je prends toujours trois ou quatre romans et il m'arrive d'en acheter un ou deux sur place pour faire bonne mesure.
Est-ce que c'est grave docteur?

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Pour vous donner une idée de mes PALs

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vendredi 1 février 2019

La guerre des pauvres - Eric Vuillard

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Après 14 Juillet et L'ordre du jour, je viens de lire en une petite heure La guerre des pauvres d'Eric Vuillard (68 pages, Actes Sud). L'écrivain nous fait à nouveau remonter dans le temps, à l'époque de la Réforme protestante, au début du XVIème siècle. Dans ce "Récit", il évoque Thomas Müntzer (1489-1525), un réformateur radical, et prédicateur qui puisa dans la Bible les arguments théologiques d’une rébellion sociale contre les princes, une authentique ­révolution dans laquelle il entraîna les paysans, du Saint-Empire. Il s'est rallié à Luther dont il s'est éloigné par la suite. Il trouvait ce dernier trop proche des princes. Muntzer a écrit quelques textes dont Le manifeste de Prague et Protestation. Pour lui, aucune réforme religieuse n’est possible sans une réforme sociale. Dieu parle à tous, même aux pauvres. Il s'attaque au latin, la langue dans laquelle était publiée la Bible. Luther a traduit à la Bible en allemand, Muntzer, lui, en tant que prédicateur, s'est adressé en allemand à ceux qui ne savaient pas lire, les pauvres laïcs et paysans. Sa messe en allemand a provoqué un tollé. Même si "Muntzer est fou, mettons. Sectaire. Oui. Messianique. Oui. Intolérant. Oui. Amer. Peut-être. Seul. En quelque sorte" (p44), on sent que Vuillard prend fait et cause pour lui. Un texte qui m'a fait connaître un homme mort décapité à 35 ans dont la tête sera empalée et le reste du corps jeté aux chiens.

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mardi 29 janvier 2019

La mule - Clint Eastwood

Depuis Gran Torino, cela faisait 10 ans que Clint Eastwood n'avait pas été devant et derrière la caméra d'un film et interprété le rôle principal d'un film. Earl Stone, un horticulteur passionné, risque d'avoir sa maison et son terrain saisis par manque d'argent à cause de la concurrence d'Internet. Earl est un homme seul qui a délaissé sa famille depuis des années. Il a été absent à tous les événements familiaux marquants dont le mariage de sa fille. Par hasard, il va accepter de devenir une "mule" pour un cartel de la drogue mexicain. Il fait de long voyage dans son vieux pick-up qui sera vite remplacé par un véhicule plus pimpant. A côté des noix de macadamia de sa fille, les sacs contenant de la cocaïne deviennent de plus en plus lourds et sa récompense est de plus en plus conséquente. Il prend son temps en conduisant, fait des arrêts comme bon lui semble. A partir de là, les chefs du cartel deviennent méfiants envers Earl surnommé "Tata". Ils le font surveiller par deux des leurs. La DEA (Drug Enforcement Administration - Administration pour le contrôle des drogues) s'intéresse aussi aux mules, dont ce mystérieux "Tata" qui va interrompre un des ses voyages afin de renouer avec sa famille en général et son ex-femme en particulier. Cette séquence est bouleversante. Clint a 88 ans, presque 89. Il est voûté de temps en temps. Il a le pied moins sûr, mais quelle prestance et présence! Et en plus, il réalise! Il sait raconter une histoire. Chapeau bas, Monsieur Eastwood. Grâce à lui, j'ai passé un très bon moment de cinéma. Pascale est fan et ffred a bien aimé aussi.

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samedi 26 janvier 2019

Green book - Peter Farrelly

Allez voir Green Book de Peter Farrelly qui nous plonge dans l'Amérique de 1962. John Kennedy est président, son frère Robert est ministre de la justice mais dans les états sudistes, il y avait la ségrégation entre Blancs et Noirs. C'est d'après une histoire vraie. Tout commence dans le Bronx, un des districts de New-York, un Italien, Tony Lip (Viggo Mortensen qui a pris 15 kg pour le rôle) travaille comme videur dans un club qui va fermer temporairement. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il va accepter de devenir le chauffeur d'un certain Dr Don Shirley. Don Shirley, un afro-américain est un pianiste classique de grand talent qui joue dans un trio devant des salles remplies de spectateurs blancs. Il ne joue que sur des pianos Steinway. Shirley doit commencer une tournée de huit semaines dans les Etats du sud des Etats-Unis, Alabama, Caroline du Nord et Sud, Tennessee, etc. La tournée se fait en voiture à l'aide d'un guide, le "Green Book" (un guide pour les Noirs motorisés). Il faut savoir que certaines petites villes interdisaient que les Noirs se promènent la nuit dans leurs rues. Les Noirs avaient leurs hôtels, bars et restaurants dédiés. Cela n'empêchaient pas que les Blancs de ces mêmes villes applaudissaient Shirley à tout rompre quand le trio se produisaient. On applaudissait un Noir pianiste virtuose mais on ne mangeait dans le même restaurant. Tony, un peu raciste au début, va assez vite apprécier le talent de Shirley. Très "tchatcheur" et gros mangeur, Tony, un homme un peu frustre, est l'antithèse de Shirley, homme raffiné et cultivé qui boit du whisky. Cela n'empêche pas qu'une amitié va naître entre eux. Viggo Mortensent et Maharsala Ali sont pour beaucoup dans la réussite du film. Un film que je recommande.

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mercredi 23 janvier 2019

An Elephant Sitting Still - Hu Bo

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Avant-hier soir, lundi 21 janvier 2019, j'ai passé presque 4 heures dans une salle de cinéma pleine pour voir un film qui peut vous assommer au sens figuré, mais que je conseille car il y a des fulgurances et des moments sublimes. Il y avait très longtemps que je n'avais pas vu un film si long sans entracte. Dès les premières images, le ton est donné: un personnage en gros plan très net, et l'arrière-plan dans le flou ou dans l'ombre, ou même dans le hors-champ. Tous les plans sont filmés de la même façon, baignés dans les tons gris ou blanc floconneux. Les décors, ceux d'une ville chinoise en pleine déliquescence postindustrielle, sont lugubres. Le réalisateur et écrivain de 29 ans (qui s'est suicidé en octobre 2017 juste après que le film ait été mixé) a adapté une de ses propres nouvelles. On suit quatre personnages pendant une journée. J'ai senti une chape de plomb sur eux. Il y a un jeune lycéen en conflit avec sa famille qui va provoquer la mort accidentelle d'un garçon, qui lui cherchait noise à propos d'un téléphone portable volé. Une lycéenne maltraitée par sa mère, qui l'invective, a une liaison avec son professeur et leurs ébats ont été filmés à leur insu. Un jeune chef de gang plutôt beau gosse (et frère du garçon défunt) voit l’un de ses amis se jeter par la fenêtre parce qu'il l'avait surpris (le chef de gang!) au lit avec sa femme (à lui!). Un vieil homme encore dans la force de l'âge a sa famille (son fils et sa belle-fille) qui essaie de l'exproprier de son appartement afin de l'envoyer dans une maison de retraite. Heureusement qu'il a un chien et sa petite-fille auxquels il est très attaché. Ce vieil homme plein de dignité m'a beaucoup touchée. Au moment où le spectateur sent un peu de lassitude à voir autant de désespérance (la séquence qui se passe dans la maison de retraite que le vieil homme va visiter est saisissante), de calamités ou à entendre autant de violence verbale, un peu de vitalité jaillit et la très belle musique qui ponctue le film y est pour beaucoup. Le titre énigmatique "L'éléphant assis immobile" (en VF) fait référence à une fable locale: celle d’un éléphant qui résiderait dans la ville de Manzhouli, aux confins de la Chine, de la Mongolie et la Sibérie, et se tiendrait orgueilleusement immobile dans son refus de l’existence. Les quatre personnages vont partir vers Manzhouli pour approcher de l'éléphant. Le plan séquence final dans la nuit avec les phares d'un bus comme seul éclairage est très beau, surtout que l'on entend un long barrissement en fond sonore. Si ce film passe par chez vous, essayez de le voir.

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samedi 19 janvier 2019

Undercover: une histoire vraie - Yann Demange / Ben is back - Peter Hedges

Voici deux films américains vus en ce début d'année dont le point commun est la drogue et la déliquescence de l'Amérique profonde. Undercover: une histoire vraie se passe dans les années 80 à Detroit, ville fantôme à cause du déclin de l'industie automobile. En revanche, le trafic de drogue, la corruption et le racisme font des ravages. Des gangs de narcotrafiquants dont certains composés d'Afro-Américains tiennent le marché de la drogue. Ils achètent des armes à Rick Wershe Sr (Matthew McConaughey, très très bien), un blanc. Celui-ci a un fils, Rick Wershe Jr, qui veut aider son père. Il devient le membre d'un de ces gangs et revend de la drogue. Il est rapidement répéré par des agents du FBI qui font pression sur lui pour qu'il devienne leur informateur. Je ne vous dirai rien de plus sur l'intrigue. Yann Demange, le réalisateur d'origine française qui avait réalisé un très bon film (71), sait filmer les fusillades, les scènes de rues et aussi des scènes plus intimistes. J'ai été contente de revoir Jennifer Jason Leigh qui se fait rare sur nos écrans *. En agente du FBI sans état d'âme, elle est excellente. Et j'ai mis quelques secondes à reconnaître Piper Laurie (The Hustler, L'arnaqueur de Robert Rossen avec Paul Newman [1961]) dans le rôle de la grand-mère. Bruce Dern joue le grand-père.

Ben is back de Peter Hedges vaut pour l'interprétation de Julia Roberts qui est de tous les plans. Dans une petite ville américaine, pendant la période des fêtes de fin d'année, Holly (Julia Roberts) et ses enfants répètent le spectacle du réveillon dans une église. De retour chez eux, Holly a un choc. Ben, son fils aîné est revenu. Il est parti du centre de désintoxication où il était soigné. Depuis 77 jours, il est "clean". Cela n'empêche pas que la famille s'inquiète à juste raison sur son retour anticipé. Et en effet, au fur et à mesure, on apprend beaucoup de choses sur Ben, comment et pourquoi il est devenu drogué, le fait qu'il "dealait" et qu'il a provoqué pas mal de drames dans la ville. Ce n'est pas un film violent. Beaucoup de choses se passent hors champ puisque que le réalisateur s'est concentré sur Julia Roberts en mère courage.

Ces deux films se laissent voir mais ne sont pas indispensables.

* merci Pascale!

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mercredi 16 janvier 2019

Les invisibles - Louis-Julien Petit

Mon blog devient de plus en plus un blog cinéma. J'ai du mal à avancer dans ma lecture du dernier roman de Paul Auster, 4321 (Actes sud, 1015 (!) pages denses) même si j'apprécie beaucoup d'être en compagnie d'Archie Ferguson, le héros du roman. Cela fait presque un mois que je l'ai commencé et j'en suis seulement à la moitié. Mais je ne capitule pas.

Toujours est-il que je vais toujours autant au cinéma et je vous conseille Les invisibles réalisé par Louis-Julien Petit, même si j'ai été un peu moins convaincue que par Discount (2014) du même. Les Invisibles est basé sur un livre de Mme Claire Lajeunie, Sur la route des invisibles - Femmes dans la rue. Claire Lajeunie, elle-même réalisatrice, avait tourné un documentaire sur le même sujet en 2015. Dès les premières images de cette comédie sociale, on fait la connaissance de plusieurs femmes SDF qui ont des surnoms comme Lady Di, Edith Piaf, Françoise Hardy ou La Cicciolina. Elles sont présentes pendant la journée dans un foyer d'accueil de jour dirigé par quelques salariées et des bénévoles. Manu (Corinne Masiero, très sobre) et Audrey (Audrey Lamy), les salariées du foyer, apprennent que l'établissement doit fermer dans trois mois, car cela coûte trop cher à la région pour trop peu de "résultats" chiffrés. L'histoire se passe dans le nord de la France. Jusqu'à la fermeture, Audrey, Manu et quelques autres feront tout pour redonner une dignité à leurs pensionnaires en tentant de les réinsérer afin qu'elles ne soient plus invisibles aux yeux des autres. Les dialogues sont souvent savoureux, surtout dits par ces femmes issues de la rue. Lire le billet de Pascale.

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dimanche 13 janvier 2019

Asako 1&2 - Ryûsuke Hamaguchi

J'ai vu Asako 1&2 de Ryusuke Hamaguchi il y a déjà une semaine, un matin de dimanche à 9h20 (!) dans une salle à moitié pleine. Les séances du matin marchent bien dans ce cinéma du centre de Paris. Il s'agit du nouveau film du réalisateur de Senses. Asako est le prénom de la jeune femme dont on va suivre l'histoire sur une période de sept ans. L'histoire se passe entre Osaka et Tokyo. En sortant d'une galerie où sont exposées des photos, Asako croise le regard de Baku, un grand jeune homme échevelé, un peu hippie, qui a un comportement presque erratique. Elle tombe immédiatement sous son charme. Il l'embrasse, et pendant quelques mois, Asako et Baku vivent une histoire d'amour. Puis Baku disparaît une première fois 2 ou 3 jours. La deuxième fois, il ne revient pas. Deux ans plus tard, Asako devenue serveuse dans un café va faire la connaissance de Ryôhei, un jeune homme qui travaille dans un immeuble voisin. Elle reste tétanisée car Ruyhei est le portrait craché de Baku (les deux personnages sont joués par le même acteur). Là, c'est Ryôhei qui la courtise. Ils vont vivre cinq ans une vie presque rangée. Ils ont des amis. Et puis Baku réapparait. J'ai eu un peu de mal à "entrer" dans le film. J'ai trouvé que c'était un peu trop psychédélique pour moi, et puis le charme a opéré, j'ai suivi l'histoire d'Asako avec intérêt, même si, comme Pascale, j'ai trouvé l'actrice (bien que ravissante) un peu terne et molle. En revanche, j'ai eu beaucoup de plaisir à voir un chat japonais. Je conseille, comme Oriane et Anne.

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