samedi 26 novembre 2011

L'art d'aimer - Emmanuel Mouret

FestAut01 Voici le deuxième film de la sélection du festival d'automne animé par Chris. L'art d'aimer est un film à sketchs où l'on nous montre différentes variations sur l'art d'aimer, les relations entre hommes et femmes qui ne sont pas simples. Ce film nous dit qu'il n'est pas facile de s'engager avec un ou une partenaire, de trouver l'âme soeur. Les atermoiements de certains personnages féminins lassent un peu avec leurs scrupules sur le fait de coucher ou non avec quelqu'un sans éprouver des sentiments. Car comme dit Zoé à Isabelle, les rapports physiques sont très bon pour la santé et le moral. Elle serait même prête à accepter que son compagnon aille avec une autre si besoin est. Dans le prologue sans paroles mais où l'on entend le narrateur (dont les commentaires ponctuent tout le film), un pianiste compositeur meurt jeune sans avoir connu l'amour. S'ensuivent quelques situations où deux voisins de paliers, un homme et une femme (surtout elle) ne se décident pas à passer à l'acte, où un couple essaie de vivre une aventure séparément, où une femme d'âge mûr ressent tout à coup une attirance irrésistible envers d'autres hommes que le sien, où une jeune femme incite une amie à prendre sa place pour une rencontre dans une chambre d'hôtel dans l'obscurité complète avec bien évidemment quelques quiproquo. Je trouve dommage qu'Emmanuel Mouret, le réalisateur et le scénariste, ne se soit pas donné un rôle plus important comme dans les deux autres films où je l'avais vu et apprécié: Changement d'adresse et Un baiser s'il vous plaît. L'art d'aimer est un film sympathique mais un peu languissant à mon goût. Pas le meilleur du réalisateur, mais les acteurs sont tous vraiment très bien (même s'ils surjouent pour certains), Julie Depardieu, Frédérique Bel et Judith Godrèche en tête.

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mercredi 23 novembre 2011

Plus léger que l'air - Federico Jeanmaire

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Plus léger que l'air a été écrit par Federico Jeanmaire, écrivain argentin que je ne connaissais pas (c'est le premier roman de cet universitaire né en 1957). Publié aux Editions Joelle Losfeld (220 pages), c'est mon ami qui me l'a offert après avoir lu une bonne critique dans un journal hebdomadaire. Je le remercie de ce cadeau car c'est vraiment très bien. Ce long monologue d'une vieille femme de presque 94 ans émeut beaucoup. Elle parle à un jeune garçon de 14 ans, Santi, qu'elle maintient enfermé dans sa salle de bain après qu'il ait essayé de la voler. Pendant les quatre jours que dure l'histoire, cette vieille femme surnommée Faila, qui s'appelle en réalité Rafaela, fait la morale à Santi pour avoir agi de la sorte. Elle le menace, elle le materne, elle lui trouve mauvais caractère, elle le nourrit en lui passant sous la porte des escalopes panées, des crackers et des biscuits palmiers. Elle lui promet surtout de le libérer s'il écoute l'histoire de sa vie. Elle se met à lui parler de sa propre mère, Delia ou Delita, qu'elle n'a pas connue (elle avait 2 ans), morte dans des circonstances tragiques. Elle lui parle évidemment de sa propre vie, des deux hommes qu'elle a connus et qui l'ont bafouée - elle ne s'est jamais mariée. Je n'ai pas trouvé ce roman triste même si cela parle de la mort, de la vieillesse, de la solitude. La dernière phrase m'a plu: "Le désir de n'importe quelle femme est plus léger que l'air". Je vous laisse découvrir quel est l'autre élément qui est plus léger que l'air dans ce roman que je conseille vraiment parce qu'il se lit très bien et vite.

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dimanche 20 novembre 2011

Contagion - Steven Soderberg / 50/50 - Jonathan Levine

FestAut01 Dans le cadre du festival d'automne initié par Chris, où je me suis inscrite pour la première fois, je dois aller voir quelques films imposés dont Contagion de Steven Soderberg. Je n'avais pas lu grand-chose sur ce film. Pour résumer, j'ai beaucoup aimé le début (et la séquence finale), mais je n'ai pas trouvé très passionnant le reste. En effet, le film nous évoque ce qui arriverait si une pandémie se propageait à la surface de la terre. En l'occurrence, le film commence par le "jour 2" où l'on voit, dans un aéroport d'un pays asiatique, une femme (Gwyneth Paltrow) fiévreuse, qui tousse beaucoup au retour d'un voyage professionnel. Arrivée à Chicago, elle meurt à l'hôpital le jour 3 ou 4, la bave aux lèvres après avoir eu des convulsions. Son petit garçon meurt peu de temps après mais en revanche son mari (Matt Damon) n'est pas atteint. L'équivalent de l'OMS se mobilise pendant que l'épidémie se propage. Le réalisateur prend son temps pour présenter différents personnages mais tout va très vite. Le sujet est survolé et pas du tout fouillé. Des personnages passent et disparaissent assez vite. Certains ont un destin tragique, comme la scientifique jouée par Kate Winslet et les premières victimes qui provoquent la pandémie. Quelques observations sur l'histoire: Gwyneth Paltrow est une épouse adultère (c'est peut-être pourquoi elle est punie); les premiers vaccinés sont bien entendu les Occidentaux, l'Amérique sauve le monde puisque ce sont les Américains qui mettent au point le vaccin (mais les Francais ne se débrouillent pas trop mal). Les blogueurs (dont l'un interprété par Jude Law) sont évoqués mais ils n'ont pas forcément le beau rôle. Il faut attendre l'épilogue du film pour savoir qui s'est passé le "jour 1", je n'ai pas été déçue. C'est ce qu'il y a de plus réussi dans le film.

Je dirais que si je ne m'étais pas inscrite au Festival d'automne, je ne serais pas spontanément allée voir Contagion car Steven Soderbergh n'est pas mon réalisateur favori. Il fait des films de plus en plus froid à la limite de l'impersonnel. Soderbergh n'est semble-t-il pas un sentimental.

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Un autre film, 50/50 de Jonathan Levine, faisait partie de la sélection du festival. Il en a été supprimé faute d'un nombre de copies suffisants en VO en France. Quoi qu'il en soit, je suis allée le voir avant de connaître la nouvelle. Je dois dire que le sujet traité (un homme de 27 ans apprend qu'il a un cancer de la colonne vertébrale) ne m'emballait pas plus que cela. Le sujet est tiré d'une histoire vraie. On sent le film fait entre amis car l'un des acteurs est aussi producteur. C'est surtout l'occasion de voir Angelica Huston, cheveux teints en gris coupés court (cela ne lui va pas mal). L'histoire est plutôt optimiste puisque le 50/50 du titre est le nombre de chances qu'a Adam (Joseph Gordon-Levitt) d'être guéri. Sa petite amie le quitte mais une autre prend sa place. Film honorable mais pas inoubliable. Je ne suis pas certaine que j'aurais été le voir si ce n'avait pas été pour le festival.

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samedi 19 novembre 2011

Tag - Portrait chinois

Un tag que j'ai trouvé très sympa a circulé ces jours-ci dans la blogosphère. Je réponds avec retard (c'est Aifelle qui m'a taguée avec des questions auxquelles je réponds bien volontiers).

Si j'étais:

1) Un monument: la Tour Eiffel, je suis née pas loin de l'endroit où elle est érigée. Je l'aime, ma Tour Eiffel, surtout depuis qu'elle scintille le soir. C'est féérique.

2)
Une héroïne ou un héros romantique: je ne sais pas, j'ai un esprit fleur bleu mais pas forcément romantique.

3)
Un animal
: le tigre, c'est mon animal préféré depuis toujours.

4)
Un état d'esprit
: aller de l'avant, toujours. Ne pas se laisser abattre.

5) Un paysage
: de désert, avec une oasis.

6) Un défaut
: prendre beaucoup de choses trop à coeur. C'est nuisible pour mes nerfs.

7) Un alcool
: le porto, le seul apéro que je bois.

8) Un rêve
: gagner suffisamment d'argent pour en donner autour de moi à ceux qui en ont besoin, car on a beau dire, l'argent ne fait pas le bonheur mais cela aide un peu.

9) Une maison
: au bord de la mer avec de belles baies vitrées.

10) Une série télé
: Fringe, c'est une série addictive, j'ai vu récemment en DVD la saison 3, les 22 épisodes à la suite. On est scotché à son fauteuil.

Je ne sais pas qui taguer car j'ai l'impression que beaucoup l'ont déjà été. Voici donc 10 questions pour ceux et celles que cela amuse:

Si vous étiez:

- Un film:
- Un acteur/Une actrice:
- Une couleur:
- Une devise:
- Un aliment:
- Une qualité:
- Un nombre:
- Un roman:
- Une chaussure:
- Un objet:

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jeudi 17 novembre 2011

Et maintenant on va où? - Nadine Labaki / Mon pire cauchemar - Anne Fontaine

 Avant d'aborder le festival d'automne lancé par Chris, voici deux fims à voir:

Mon ami et moi vous recommandons tout particulièrement Et maintenant on va où? de la réalisatrice franco-libanaise Nadine Labaki qui interprète aussi un des personnages principaux. Ce film nous conte une belle histoire sur la tolérance et la cohabitation entre musulmans et chrétiens dans un petit village au Liban, situé pas loin d'une ligne de conflit. Le film commence comme une tragédie grecque avec un choeur de femmes qui s'avancent vers un cimetière, et elles chantent en même temps. Car chacune a perdu un être cher. C'est une très belle séquence. Les femmes luttent pour que les hommes ne se battent pas entre eux. Il suffit de tellement peu... Il y a plusieurs scènes savoureuses (comment un vieux poste de télé antédiluvien vient égayer les soirées de ce village) et des moments tragiques, comme celui où une mère n'ose pas annoncer aux autres que son fils a été tué d'une balle perdue. Elle a trop peur que les hommes mettent le village à feu et à sang. La séquence finale est magnifique car elle donne l'espérance d'un monde de paix. Après Caramel, je trouve que la réalisatrice a un talent à suivre. Le film est sorti depuis le 14 septembre 2011 et continue son bonhomme de chemin.

Dans un autre registre, Mon pire cauchemar d'Anne Fontaine vaut le déplacement pour l'histoire d'amour improbable entre Agathe (Isabelle Huppert) et Patrick (Benoit Poelvoorde), que tout oppose. Agathe, grande bourgeoise un peu coincée, directrice de la fondation Cartier pour l'art contemporain, est la mère d'un jeune adolescent pas très doué, et la compagne d'un éditeur à succès, François (André Dussolier, excellent comme d'habitude). Patrick vit dans des conditions précaires dans le 6ème arrondissement de Paris car son fils qui est surdoué va au lycée Henri IV. Patrick se retrouve à effectuer des travaux de maçonnerie chez Agathe. Il faut voir Agathe se laisser aller dans les bras de Patrick quand François la quitte. C'est assez pétillant et on rit souvent. J'ai passé un très bon moment.

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lundi 14 novembre 2011

Solaire - Ian McEwan

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Depuis 5 mois, Solaire de Ian Mc Ewan (390 pages, Editions Gallimard) traînait sur ma PAL. Je m'y suis reprise à deux fois pour le commencer, je n'arrivais pas à "entrer" dedans, et puis j'ai lu ce roman pratiquement d'une traite. Il est plaisant et parfois drôle (ce n'est pas courant chez Mc Ewan). En 2000, Michael Beard, 53 ans, petit, gros et chauve (mais qui plait aux femmes plus jeunes), ancien Nobel de physique (sur la "colligation Beard-Einstein"), voit son 5ème mariage avec Patrice (c'est un prénom féminin) partir à vau-l'eau. Patrice le trompe avec un maçon. Pendant ce temps là, dans le cadre de son soutien à un projet gouvernemental à propos du réchauffement climatique, Beard part en expédition au Pôle Nord (je vous laisse découvrir ses mésaventures assez savoureuses). Cette première partie se termine de façon assez amorale avec un homme condamné à 16 ans de prison pour un crime qu'il n'a pas commis. Cinq ans plus tard, en 2005, Beard, divorcé, a une liaison avec une jeune femme, Melissa, qui lui annonce qu'elle est enceinte de ses oeuvres. Beard, qui a des problèmes de santé à cause de son embonpoint, continue de mener une vie agitée avec  les conférences qu'il donne sur l'énergie solaire. Il se retrouve même à la tête d'un centre de recherches sur ce sujet. N'ayant jamais voulu être père, il essaye en vain de convaincre Mélissa de se faire avorter. En 2009, Michael devenu le papa d'une petite Catriona se retrouve aux Etats-Unis dans une contrée désertique où il dirige un projet de panneau solaire en expérimentation. Un problème se pointe en la personne d'un avocat.

Pour résumer ce roman, c'est l'histoire d'un homme, de ses lâchetés, de ses amours et de ses "emm...". Le personnage de Michael Beard, qui n'est pas très sympathique de prime abord, devient attachant sous la plume de Ian McEwan. Après Samedi qui m'avait bien plu et Sur la plage de Chesil qui m'avait déçue, Solaire fut un moment agréable de lecture. Lire le billet de Keisha.

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vendredi 11 novembre 2011

Films vus et non commentés depuis le 03/10/11

Voici un billet sur trois films qui m'ont marquée pour différentes raisons.

D'abord We need to know about Kevin de Lynn Ramsay qui est adapté d'un roman de Lionel Schriver que je n'ai pas lu. Je suis allée voir ce film sachant que Tilda Swinton tenait le rôle principal. Elle est magistrale dans le rôle de cette mère qui a enfanté un monstre. C'est un film anxiogène car on devine dès le départ (l'histoire est racontée en flash-back) qu'il manque à un moment donné des personnages au tableau: le père et la petite soeur. Eva (Tilda Swinton) semble être la seule à voir que son fils de 16 ans, Kevin, a un comportement à part depuis qu'il est bébé. La scène d'ouverture, rouge sang, m'a beaucoup déroutée. Je me suis demandée ce que j'allais voir. Puis on se rend compte que la réalisatrice raconte l'histoire d'une femme, d'une mère, Eva, qui expie les péchés de son fils, même si Dieu est absent du film. D'ailleurs, Eva est sûre d'aller brûler en enfer (comme elle l'annonce à des évangélistes qui font du porte-à-porte). C'est son fils Kevin qui fait le mal, et pourtant c'est Eva qui est stigmatisée par les voisins, les collègues. Ils la rendent responsable de ce qui s'est passé. Le film ne donne aucune explication sur la raison (?) pour laquelle Kevin, qui a un rapport d'amour-haine avec sa mère, commet l'irréparable. C'est peut-être cela qui est le plus terrible. Mon bémol sur ce film, c'est le personnage de Kevin, un peu monolithique, et je me suis demandé pendant le film pourquoi Eva ne l'emmène pas chez un psy? En tout cas, un film à voir.

Il était une fois en Anatolie du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan a reçu le Grand Prix au dernier festival de Cannes 2011. Pour ceux qui aiment les films longs dans lesquels il ne se passe pas grand-chose, ce film est fait pour vous. Ce que je retiens le mieux du film, c'est le travail sur l'éclairage, puisque les 3/4 du film sont éclairés grâce à des phares de voitures et à des lampes à gaz. Après une première longue séquence filmée derrière une vitre embuée, au cours de laquelle on voit trois hommes discuter dans un bar, on suit, dans le crépuscule de ce paysage désolé d'Anatolie, trois voitures qui roulent lentement, dans lesquelles un procureur, un médecin, un commissaire, deux prisonniers et quelques gendarmes sont entassés. Ils sont à la recherche d'un cadavre enterré. Le réalisateur est arrivé à m'intéresser à cette histoire même si j'ai eu parfois du mal à rester attentive. Mais j'ai été fascinée par certains plans, par la séquence où la fille du maire ressemble à une Madone face à ces hommes qui la regardent. Un film qu'il faut voir quand on est bien reposé et pas après une dure journée de boulot comme moi. Voir aussi mon billet sur Les trois singes du même réalisateur.

The Artist de Michel Hazanavicius qui a fait gagner le prix d'interprétation masculine à Jean Dujardin au dernier Festival de Cannes est un film muet en noir et blanc. Je dirais que ce n'est pas mal, surtout la séquence finale et les scènes avec le chien, mais je ne comprends pas la démarche du réalisateur: qu'a-t-il voulu nous raconter, nous prouver? En 1927, Georges Valentin, acteur star du muet, est au sommet de sa gloire. Il rencontre une jeune ingénue, Peppy Miller, qui va devenir célèbre à la venue du cinéma parlant. Georges Valentin ne croit pas à ce changement dans le cinéma. Il se ruine à filmer son propre film qui s'avère un "bide". Sa femme le quitte, sa maison brûle, mais la descente aux enfers de Georges n'émeut pas vraiment. Jusqu'à la fin, le film reste muet (sauf deux répliques échangées) mais sonore. C'est un hommage sympathique au cinéma d'antan mais ce n'est pas un film exceptionnel. En revanche, Bérénice Bejo aurait mérité d'avoir un prix: elle est vraiment très bien. 

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mardi 8 novembre 2011

Et s'il n'y avait plus de libraires ?

Voici le titre de la page de couverture de l'hebdomadaire Télérama (paru le mercredi 2 novembre 2011). C'est le genre d'interrogation qui me fait frémir. Surtout que l'article commence par "Imaginez un monde sans librairie...". Bien que la France soit le pays d'Europe où il y en ait le plus, il est certain qu'il y a davantage de fermeture que d'ouverture de librairies (indépendantes). Pour moi, une librairie est un lieu de culture, de rencontres, de découvertes. Les libraires ne manquent pas de courage mais leur métier est difficile et leur marge bénéficiaire ridicule. Il est maintenant très dur de survivre quand on est petit. La vente en ligne par internet, la grande distribution ou la grande surface culturelle raflent (presque) tous les lecteurs sur leur passage. Et pourtant, que c'est agréable de commander un livre, d'avoir un avis sur tel ou tel ouvrage avant de l'acheter, de lire des "post-its" du libraire qui conseille tel ou tel roman. Toujours est-il que, moi-même, je ne vais pas assez souvent dans ce genre de librairie et j'en ai des remords. Alors si, lors de vos déambulations, vous croisez une petite librairie, faites-y un arrêt car une librairie qui disparaît, c'est un lieu culturel qui disparaît aussi.

PS: Je viens d'apprendre que Du Domaine des Murmures de Carole Martinez venait de recevoir le Prix Goncourt des Lycéens 2011 (la jeune génération a du goût).

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samedi 5 novembre 2011

Intouchables - Eric Toledano et Olivier Nakache

J'ai eu l'occasion de voir ce film en avant-première il y a plusieurs semaines grâce encore à Florian (que je remercie). A la différence de Neil qui a moyennement aimé le film, je reconnais que j'ai souvent ri. Omar Sy, le grand noir avec un sourire éclatant, est irrésistible. Le rôle qu'il interprète a été écrit pour lui. Il crève l'écran. Je dirais que ce film tirée d'une histoire vraie est une suite de saynètes avec comme fil conducteur la cohabitation explosive entre Driss, un Noir des banlieues, et Philippe, devenu tétraplégique à la suite d'un accident, lui-même issu de la grande bourgeoisie. En effet, après plusieurs candidats peu engageants, Philippe embauche Driss un mois à l'essai pour l'aider dans sa vie de tous les jours, du lever jusqu'au coucher. A partir de cette rencontre, les deux personnages vont bien évidemment évoluer: l'un va se sortir du chômage et de sa banlieue, et l'autre va retrouver goût à la vie. C'est une bonne comédie très sympathique mais qui aborde un sujet que les réalisateurs auraient pu traiter avec parfois plus de gravité. Mais ils nous ont bien dit, à la fin de la projection, qu'ils voulaient faire une comédie. C'est le "vrai" Philippe qui acceptait que l'on parle de lui mais sur le ton de la comédie, pourquoi pas?

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Séance de rattrapage inavouable.
Je n'avais jamais vu Rowan Atkinson dans Mr Bean ni dans le premier Johnny English. J'avoue avoir ri tout le long du film Johnny English le retour d'Oliver Parker. Cela ne vole pas très haut, mais comme divertissement, c'est bon pour les zygomatiques. La séquence d'ouverture dans un monastère du Tibet restera dans ma mémoire. La course-poursuite entre Johnny English (agent calamiteux du MI7) - qui ne se presse pas - et un jeune asiatique virevoltant qui court avant d'être rattrapé par Johnny English est assez mémorable. Ce film est une suite de scènes gaguesques de bon aloi où j'ai eu le plaisir de revoir Gillian Anderson (X-Files). Je n'ai pas boudé mon plaisir.

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jeudi 3 novembre 2011

L'Exercice de l'Etat - Pierre Schoeller (billet complémentaire)

C'est seulement après avoir lu sur ce même film le billet de Dasola (la "maîtresse de blog" d'ici), et avoir insisté pour qu'elle me le raconte (fin comprise - j'ai insisté, je vous dis) que j'ai moi aussi (ta d loi du cine, squatter) eu envie de voir l'Exercice du pouvoir - pardon, l'Exercice de l'Etat, ce que j'ai fait le week-end dernier. Et du coup, j'en ai rédigé un billet (le 16ème que je signe, si je compte bien).

Pour commencer par évacuer rapidement les personnages qu'on voit le moins, je dirais que le Premier ministre, le Président de la République, sont très bien, très crédibles - peut-être d'autant plus qu'on ne reconnaît pas tel ou tel véritable policitien. Dans le générique, au début, j'ai été frappé par la grande présence de la Belgique (notamment de la Wallonie). Peut-on supposer que c'est parce que l'acteur principal de ce film français est belge, ou bien y voir un message subliminal, la Belgique ayant récemment passé plus d'un an sans gouvernement de plein exercice (est-ce que réellement ça a changé quelque chose?)?

J'ai trouvé que l'Exercice de l'Etat portait une certaine vision de la manière dont peuvent se prendre des décisions au plus haut niveau de l'Etat, vision très éclairante et désabusée (et pour moi, c'est bien un compliment). Dans le dossier de presse du film (distribué par Diaphana), que m'a montré Dasola, Olivier Gourmet (le ministre Saint-Jean) dit que Pierre Schoeller lui a conseillé de lire la bande dessinée Quai d'Orsay (1). Effectivement, j'ai retrouvé dans le film des tics, des situations, y figurant... Un vocabulaire flamboyant, un langage outré parfois dans la grandiloquence imagée. Je me demande s'ils peignent cependant la réalité, ou un univers imaginaire. En même temps, le film donne à voir la densité de la parole (similaire à celle des "décideurs" que j'ai pu cotoyer - ou même regarder à la télé). Transparaissent le jugement sûr, après l'analyse définitive en quelques mots, l'instinct (l'expérience?) qui permet, à partir de très peu d'éléments (même non verbaux), de reconstituer une situation, des rapports de force... Ce n'est pas de la divination, mais de la logique. S'ensuivent quelques ordres brefs, pour exécution immédiate, du ministre à l'équipe à son service. Pour ne parler que de ses deux plus proches bras droits (Directeur de cabinet et Chargée de communication), ce sont des cerveaux supplémentaires disponibles. Une séquence le met magnifiquement en relief: lors d'une vive conversation téléphonique avec un autre ministre, l'une, à ses côtés, et l'autre, au téléphone (à son autre oreille) lui donnent, en temps réel, de brefs "éléments de langage", qu'il ressert à son collègue. Ils influencent, ici, la parole du ministre. A noter que si la professionnelle l'aide pour sa communication et l'organisation de sa vie conjugale, elle veille à ne lui fournir, elle-même, aucune information sur sa propre vie privée (une absence de réponse qui passe avec un beau sourire).

Les éléments de langage servent à la communication. On assiste à plusieurs remue-méninges pour trouver un lieu, une image-choc, inédite, une formule que retiendront les média et qui rendront l'action politique, par essence peu visible et complexe, audible pour les citoyens. Parole, justement: alors que notre ministre a engagé publiquement la sienne, à la radio, sur un domaine de son champ de compétence, on voit comment l'intérêt supérieur de l'Etat, froidement analysé, peut amener un homme politique (quel que soit son poste) à manger son chapeau - quoi qu'il en ait (et, accessoirement, on lui a clairement fait comprendre que c'était aussi le sien - d'intérêt). Il n'a plus qu'à se soumettre - ou se démettre, c'est le seul choix qui reste lui appartenir. Ainsi, on voit, en filigrane, la puissance des "grands groupes" (Vinci, clairement cité) du CAC40, qui attirent désormais vers eux ceux qu'on pouvait appeler "les meilleurs de nos énarques" (qui devenaient il y a quelques décennies les "grands commis de l'Etat", avec le sens de l'intérêt général, du service public et de l'Etat - classés dans un autre ordre si vous préférez!). Une scène (morceau de bravoure) le met clairement en évidence: le dîner entre deux anciens camarades de promo, dont l'un qui part pantoufler, amer, dans le privé, avec comme argument (je cite approximativement!): "on a du pouvoir, mais on n'a plus de moyens d'action...". A côté des éléments humains (les péripéties quotidiennes qu'affrontent le ministre et son entourage), les contraintes budgétaires dans lesquelles se débat la France aujourd'hui sont bien évoquées, je trouve. Des investissements nécessitent quelques milliards: où les trouver, pour financer les réformes nécessaires? En vendant, encore, des "bijoux de famille" (avec un impact social à la clé bien évidemment). Et notre ministre va même devoir mettre lui-même en musique une réforme à laquelle il était initialement opposé.

Pourtant, j'ai quand même ressenti une certaine sympathie pour ce personnage qui n'est malgré tout pas cynique. Face à la mort (ministre des transports, il incarne la compassion de l'Etat), il fait preuve d'un recueillement qu'on sent sincère. Et à côté de cela, s'il est capable de se comporter par ailleurs comme un tueur en politique, avec les sourires de façade et l'exécution froide en coulisse, une autre facette montre sa solitude en tant que personne (des centaines de contacts dans son téléphone portable - et pas (ou plus?) un seul ami à appeler pour prendre un pot à l'improviste). C'est l'occasion de faire ressortir le côté humain du personnage: lorsque, bourré comme un coing, il entreprend d'aider son chauffeur à construire son pavillon de banlieue. Effort dérisoire: c'est celui-ci qui devra ramener son ministre (sur son dos) dans son appartement familial des beaux quartiers. Autre côté où l'humble l'emporte sur le puissant: après un accident de la route, la famille de la victime qui accepte (tolère?) la présence des hautes autorités de l'Etat à des funérailles - mais en interdisant toute prise de parole (leur souhait est respecté). Ce qui n'empêche pas notre ministre de se psalmodier, pour lui seul, le discours préparé. Scène que je mettrais en parallèle avec une autre qui nous montre l'image frappante (muette) de l'orateur qui prononce un discours (on ne l'entend pas), alors qu'il doit être en train de penser à tout autre chose que ce qu'entend son public suspendu à ses lèvres.

Pour moi, ça se regarde comme un polar: je veux dire que c'est un film qu'il faut revoir une deuxième fois, avec attention, quand on en connaît les péripéties, afin d'être à même de prendre en compte les moindres "éléments annonciateurs". Pour cela, il m'évoquerait un peu le film Le Candidat. Mais cette oeuvre contemporaine m'a également fait penser à un film que j'apprécie depuis longtemps - et que j'ai parfois vu moqué comme kitch, ou cabotin: Le Président, avec Jean Gabin en tête d'affiche. Pour dire quelques mots à ce sujet, il s'agit là d'un film de 1961 (début de la Vème République - il y a plus d'un demi-siècle, je n'étais pas né), mais le "président" qui en est le centre était, à l'époque où il se déroule (la IIIème République), celui "du Conseil" (responsable devant la Chambre des députés), et non celui de la République. Puisse, en 2012, l'Exercice de l'Etat susciter réflexion. Personnellement, quand j'entends dire "dans la situation actuelle, personne ne pourrait faire mieux que lui", j'entends "beaucoup d'autres pourraient faire aussi bien, essayons, donc!". Je rêverais que passe une émission de télé-réalité où des décisions "politiques" (fût-ce pour une "cité" de fiction) seraient à prendre par différents "acteurs" ou "candidats" (ces termes sont signifiants!), avec leurs conséquences enchevêtrées mises en évidence le plus clairement possible, et "votes" du public (j'allais écrire "des citoyens"!)... Cela me redonnerait peut-être envie de racheter une télé! 

(1) Quai d'Orsay, de Christophe Blain et Abel Lanzac, t.1. paru en 2010 chez Dargaud, t.2 à paraître (prépublié cet été en N&B dans Le Monde).

PS du 09/03/2012: pour une liste de plus de 180 blogs ou sites ayant consacré un article à ce film, c'est par là.
PS du 23/05/2012: désormais, le billet concerné recense plus de 300 liens.

Posté par ta d loi du cine à 01:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
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