vendredi 3 septembre 2021

Les sorcières d'Akelarre - Pablo Agüero

Le film Les sorcières d'Akelarre de l'Argentin Pablo Agüero nous raconte une histoire qui se passe au Pays Basque côté espagnol en 1609. Le réalisateur s'est inspiré d'une "chasse aux sorcières" menée par Pierre de Lancre (1553-1631) dans la région du Labourd. Il était conseiller au Parlement de Bordeaux sous Henri IV. Appelé par un jeune prêtre de la région, de Lancre arrive en tant que juge accompagné d'un conseiller. Six jeunes filles d'un village de pêcheurs sont arrêtées car elles sont accusées d'avoir participé à une cérémonie diabolique, un sabbat. Elles sont condamnées d'avance au bûcher. Ces jeunes femmes belles, libres et intelligentes même si elles n'ont pas appris à lire et à écrire vivent la plupart de l'année seules car les hommes sont partis pêcher à Terre-Neuve. Interrogées les unes après les autres, elles sont torturées, humiliées. Quand on les interroge, on cherche une marque sur leur corps. Ana, la plus rusée des six, décide d'entrer dans le jeu du juge en avouant qu'elle est en effet une sorcière. Telle Shéhérazade, elle se met à raconter des histoires à de Lancre qui est comme envoûté. Malgré cela, le sort de ces jeunes filles est scellé mais pas de la manière que l'on croit après une cérémonie de Sabbat plus vraie que nature. J'ai été sensible à la manière dont le réalisateur filme caméra à l'épaule. C'est aéré et jamais pesant. Un très bon film qui sort des sentiers battus.

Lire les billets de Selenie, Baz'art et Pascale.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,

mardi 27 juillet 2021

Période d'essai - Isaac Asimov

               cli9-3                 summer-star-wars-mandalorian-430x340

Pour mon cinquième billet en ce cinquième mois depuis le début du Challenge de la planète Mars (lancé par moi-même, ta d loi du cine, "squatter" chez dasola), j'en reviens pour la deuxième fois à Isaac Asimov. Et je fais d'une pierre trois coups en terme de challenges, en comptant avec le 9e Challenge de l'Imaginaire et le XIIe Challenge Star Wars.

Disons deux mots de mon cheminement vers l'ouvrage du jour: alors que j'étais prêt à traquer d'occasion Noël sur Ganymède d'Asimov (dans lequel j'avais cru comprendre que figuraient des nouvelles concernant la planète Mars), j'ai découvert l'existence de...

Asimov_Periode_d_essai

Ce Période d'essai représente un gros bouquin en "poche" (enfin, SF Folio) de 1067 pages, vendu 11 euros et quelque. Les 27 nouvelles qui y sont recueillies (le titre en VO est The early Asimov or, Eleven Years of Trying) avaient à l'origine été publiées en français sous la forme de quatre recueils parus précédemment chez Denoël et titrés Dangereuse Callisto, Noël sur Ganymède, Chrono-minets et La mère des mondes. Je ne suis pas sûr que j'aurais pu parler des quatre dans le cadre du présent Challenge.

Pour ne pas bloquer son épaisseur de 4,5 centimètres dans mes rayonnages, je l'ai tout bonnement emprunté en bibliothèque. J'avoue ne plus trop comprendre le modèle économique actuel de l'édition. Je suis un peu écoeuré: qu'est-ce que cela "vaut", donc, un livre? "le prix du papyrus", comme l'a écrit Asimov? Entre Librio qui va vendre des "poche" de quelques dizaines de pages à 1, 2 ou 3 euros (sans oublier les "Folio 2 euros"!), et ce "Folio SF" d'une épaisseur confondante... Quel serait donc le "juste prix" pour un livre de 250 pages? Ou un de 500 pages? Jadis, à ses tout débuts (fin des années 1950 / début des années 1960), le Livre de Poche attribuait un, deux ou trois numéros à ses volumes, en fonction de leur épaisseur, avec un prix en proportion. C'était à peu près clair. Et à coté de cela, un livre grand format et broché pour le dernier titre paru d'un auteur à la mode (ou pas) va coûter plus de 20 euros, et nécessiter force papier. A peu près aussi transparent que les tarifs de la SNCF. Bref. Revenons sur Mars.

Les "fameuses" 27 nouvelles s'étalent depuis 1939 (les toutes premières publiées par Asimov dans des revues) jusqu'en à la fin des années 1940, et comportent chacune une courte présentation de l'auteur (de 1 à 12 pages tout de même). Au fil de ces petites introductions et de la conclusion du recueil (125 pages, au total, non dénuées d'humour comme de détails financiers précis), Asimov nous fait découvrir la longue route qui l'a acheminé vers sa carrière d'écrivain professionnel, et mentionne l'existence de 11 nouvelles refusées par toutes les revues de SF des années 30 ou 40 et aujourd'hui définitivement perdues puisque datant d'avant qu'il comprenne qu'il devait toujours conserver un double de tout ce qu'il écrivait (dans un siècle, ça vaudrait le double du tarif d'un quart de cent par mot - au moins!). Quatre ou cinq des nouvelles ont un lien avec ma planète en question (même si leurs martiens ne sont jamais... les mêmes). Je vais donc finir par en dire quelques mots (et renvoyer mes lecteurs au livre pour le reste).

Ecrite en juin 1939, la nouvelle "L'hybride" postule un métissage entre terriens et martiens... et le racisme exacerbé qui l'accompagne. Le long déroulement de l'histoire se montre à la fois optimiste et déchirant. Une seconde nouvelle sur nos hybrides terro-martiens, publiée en octobre 1940, se déroule cette fois-ci sur Vénus - je ne vous spoile rien, son titre étant "Des hybrides sur Vénus". A noter que, pour la première nouvelle ("L'hybride"), à l'époque où ce recueil a été imprimé (en 2016), l'éditeur (Gallimard) n'avait pu retrouver les ayants-droit du traducteur (Bruno Martin). Alors, si l'un de mes innombrables lecteurs les connaît... Je signalerai encore que la couverture ci-dessus est manifestement inspirée par la seconde de ces nouvelles.

La nouvelle "Hérédité" expose une expérience sociologique: faire coopérer deux dirigeants d'entreprises élevés dans deux cultures différentes, l'une ne jurant que par la technologie, l'autre plus proche de l'agriculture paysanne (c'est moi qui y plaque, de manière un peu forcée, ce terme). C'est sur la planète Mars que peuvent se confronter ces cultures terrienne et ganymédienne (1). Je me demande si les auteurs de la bande dessinée "Doc Justice" (Ollivier & Marcello) avaient connaissance de la nouvelle d'Asimov (écrite en août 1940) lorsqu'ils ont publié leur petit récit complet de 11 planches "Neuf hommes sur la banquise" dans Pif gadget il y a... oh, près de trente-cinq ans (novembre 1976)! Bon, voilà que je joue à l'érudit cuistre... Mais je l'ai lu à l'époque, et le possède aussi en recueil d'"Intégrale".

"Une page d'histoire" évoque un brave - et sage - savant martien dont les travaux érudits (il est historien de la vieille civilisation martienne) sont dévoyés par ces brutes de terriens, en conflit ouvert avec Vénus, et bien plus intéressés par les applications concrètes de vieilles sciences dites exactes appliquées à la fabrication d'une arme fantastique citée dans de vénérables ouvrages. Alors que l'historien sait bien, lui, que, sur le temps long, toute victoire apportée par les armes est provisoire, en attendant que d'autres armes plus puissantes apparaissent... cependant que, chez les vaincus, la défaite appelle la soif de revanche. Et cette nouvelle, où est mentionnée en passant la mort d'Hitler, a été écrite, nous dit son auteur, en septembre 1940!

Publié fin 1940, "Le sens caché" peut amener la réflexion dans plusieurs directions: l'esthétisme poussé à sa dernière limite, l'art éphémère, les différences de cultures... Pour en dire deux mots: les martiens nous reconnaissent, à nous, terriens, la capacité de distinguer d'innombrables nuances de couleurs. Eux possèdent la capacité d'apprécier... une autre forme d'art. Mais... qui s'y frotte y perd! Cette nouvelle m'a moins parlé que les autres.

Je ne vais pas dire grand-chose de la vingtaine d'autres nouvelles (ni de leur ventilation passée dans les quatre recueils en français précédemment édités). Enumérer leurs seuls titres serait déjà fastidieux, et je suis trop paresseux pour m'astreindre à une ou deux phrases sur chacune. Par exception, j'avouerai que, n'étant pas chimiste moi-même, tout le sel de la nouvelle "Les propriétés endochroniques de la Thiotimoline resublimée" signée par Asimov juste avant sa soutenance de thèse m'a échappé.

Sur la Toile, j'ai eu du mal à trouver écho de l'ouvrage Période d'essai en passant par un moteur de recherche. Signalons tout de même qu'Hellrick l'a chroniqué. Et je suppose qu'une recherche sur l'un ou l'autre des quatre recueils précédents ramènerait davantage de réponses.

PS: précisons encore que j'ai hésité à inscrire le présent billet au Challenge Star Wars. A la réflexion, j'ai considéré que, comme la dernière nouvelle parle de robots positroniques cependant que les Mondes extérieurs de la Terre y sont évoqués, on peut acter que ce recueil disparate se rattache aussi aux univers "Space Opera" d'Asimov!

(1) Merci à Erwelyn dont le commentaire m'a fait me relire et constater que j'avais oublié d'insérer une phrase marquant le lien avec Mars pour cette nouvelle, "Hérédité"!

Posté par ta d loi du cine à 01:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,
dimanche 23 mai 2021

Une vie secrète - Aitor Arregi, Jon Garaño et Jose Mari Goenaga

Une vie secrète (La Trinchera infinita en VO), un film espagnol réalisé conjointement par trois réalisateurs, évoque 33 ans de la vie d'Higino Blanco et de sa femme Rosa entre 1936 et le début du Franquisme jusqu'en 1969.  Ce film m'a plu malgré sa longueur: 2H27. Higinio (Antonio de la Torre) et Rosa (Belén Cuesta) viennent de se marier quand la guerre d'Espagne éclate. Ils n'ont même pas eu le temps de partir en voyage de noces. Le film est découpé en chapitres plus ou moins long avec des verbes ou des noms communs en référence à ce qui arrive à Higinio. En 1936, cet homme est un Républicain recherché par les phalangistes qui réussissent à l'attraper, avant qu'il ne s'évade d'un camion. Après s'être enfui dans la campagne, il est contraint de revenir chez lui où il va se cacher dans une cache sous le sol de sa cuisine. Sa femme va être interrogée et maltraitée par les phalangistes, en particulier par un voisin Gonzalo qui épie et dénonce tout le monde. Il accuse Higino d'avoir tué son frère. Il est certain qu'avant d'être poursuivi, on ne sait pas ce qu'a fait Higino et ses camarades. Le temps passe, on est en 1944-45, Higino attend la victoire des alliés mais rien ne change en Espagne, Franco est toujours là. Higinio et sa femme emménagent chez le père d'Higinio dans le même village d'Andalousie. Là se trouve une cache plus grande dont l'entrée sont les portes d'un buffet. J'ai aimé le personnage de Rosa qui, même si elle ne se cache pas (elle n'est pas recherchée), va vivre la même vie recluse que son mari. Elle va néanmoins tomber enceinte et donner naissance à un petit garçon appelé Jaime qu'elle fait passer pour son neveu. Il y a plein de péripéties dans et autour de l'espace clos où Higinio est cloîtré. En 1969, Franco accorde l'amnistie à tous les crimes commis avant 1939. Le personnage d'Higinio est inspiré du destin d'une centaine de personnes qui ont vécu 30 ans terrés chez eux. On les a appelés les "topos", les taupes. C'est un film où il ne faut pas être trop claustrophobe. La caméra est très près des personnages dans des pièces exiguës. On a parfois l'impression parfois d'étouffer. Un film qui risque de passer inaperçu (peu de critiques dans la presse) et c'est bien dommage. Lire le billet de Wilyrah

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , ,
samedi 15 mai 2021

Au prochain arrêt - Hiro Arikawa

20210515_104732

Etant en province pour ce week-end de l'Ascension, je suis allée dans une librairie que je fréquente régulièrement. Pour moi, c'est chaque fois un plaisir renouvelé d'entrer dans cette librairie car je sais que je trouverai toujours mon bonheur. Et depuis mars 2021, cette librairie indépendante applique à nouveau 5% de réduction sur l'achat des livres, ce que ne fait pas encore ma librairie de quartier à Paris.

Au prochain arrêt d'Hiro Arikawa, paru en mai 2021 (Actes sud, 183 pages), nous emmène au Japon dans la région de Kobé et Osaka, de nos jours, sur une ligne de chemin de fer comportant huit gares. On va parcourir la ligne à l'aller et au retour entre Takarazuka et Nishinomiya. Et au fur et à mesure des arrêts, des personnages monteront et descendront des wagons. Ainsi, à l'aller, on fait la connaissance de Tokié, une grand-mère et sa petite-fille Ami; Shoko, une jeune femme habillée dans une robe blanche coûteuse qui revient d'un mariage où le marié était l'homme avec qui elle devait s'unir après cinq ans de fiançailles. Il a préféré en épouser une autre qui est tombée enceinte de ses oeuvres. Masashi, un jeune homme et Yuki, une jeune femme vont nouer une relation lorsqu'ils vont découvrir après un pont sur lequel passe le train, le caractère "vie" créé par un alignement de pierres. Misa, une jeune fille, se dispute avec Katsuya, son bon à rien de petit ami qui la bat. Un groupe de lycéennes se font remarquer en parlant fort. Elles se moquent du copain (pas présent) d'Etchan, l'une d'entre elles. Cet ami un peu plus âgé et qui travaille, n'est pas capable lire certains idéogrammes japonais et il ne sait pas repasser une chemise. Enfin, un autre jeune homme à la tenue un peu punk s'intéresse à une jeune femme qui observe au loin des hélicoptères en opération et un "torii". Ils vont tous plus ou moins se croiser, se parler, donner leur opinion. On les retrouve tous presque six mois plus tard sur le trajet du retour. Les relations entre certains personnages ont évolué. J'ai été une fois de plus intéressée par les comportements des Japonais, vieux ou jeunes. Tout est codé. J'ai aimé ce court roman qui se lit bien. C'est le deuxième ouvrage traduit en français de cette romancière née en 1972, après Mémoires d'un chat que je n'ai pas encore lu. 

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , ,
vendredi 14 mai 2021

La voie martienne - Isaac Asimov

                                                                    cli9-3

Cette fois-ci, je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) mets en orbite une seconde contribution au Challenge de la planète Mars, en espérant que ce lancement me permettra bien de rester sur une trajectoire d'un minimum de 13 contributions. Ce billet devrait aussi pouvoir compter pour le 9e Challenge de l'imaginaire proposé par Ma Lecturothèque!

Quatre nouvelles figurent dans ce livre "hors cycles" d'Isaac Asimov, La voie martienne. La nouvelle qui donne son nom au recueil n'est pas la plus longue, avec une cinquantaine de pages seulement contre plus de 90 pour la dernière. Je peux également noter que mon édition (imprimée en novembre 2019) ne présente pas de préface d'Asimov comme d'autres de ses recueils où il évoquait les circonstances de rédaction, et notamment la réception des textes par les rédacteurs en chef des magazines de SF de l'époque. 

P1120338

La voie martienne dont il s'agit ici, c'est la voie étroite et propre (différente de celle de la planète Terre) que sont contraints d'emprunter la planète Mars et les colons qui la peuplent pour conquérir leur indépendance énergétique, en tout premier point par rapport au carburant indispensable aux voyages dans l'espace: H2O, autrement dit... l'eau, lorsque le gouvernement terrien envisage d'en restreindre l'exportation hors de notre "planète bleue". Après le gaspillage, quelques générations auparavant, du pétrole et du charbon, certains démagogues terriens s'appuient sur la peur de manquer d'eau pour demander que la terre cesse d'en exporter vers les colonies installées dans l'espace (Mars, Vénus, la Lune), au motif que les lourds investissement consentis pour ces colonies ne sont rentables ni financièrement ni en terme de retour de "ressources naturelles" (minerai de fer, magnésium, titane, récupération des métaux en quoi sont confectionnés les grands réservoirs jetables indispensables au départ des vaisseaux spatiaux, lesquels semblent propulsé par l'éjection de... vapeur d'eau?). Je n'ai absolument pas vérifié le calcul, mais il est dit qu'un kilomètre cube d'eau pèse 4,5 milliards de tonnes, tandis que 50 000 vols consommeraient moins de deux kilomètres cubes... arguments de politiciens! Les "récupérateurs" martiens sillonnent l'espace entre Mars et la terre ("récupérer fait partie de la condition martienne", p.9). L'installation des ex-terriens sur Mars semble récente, puisque la troisième génération de "martiens" ne consiste encore qu'en quelques centaines de bébés sur 50 000 âmes. En tout cas, lorsque commence la nouvelle, l'économie circulaire n'est pas "bouclée" puisque chaque vol spatial "consomme" 100 000 tonnes d'eau terrienne (alors que sur Mars, elle est sévèrement rationnée: en cas d'invitation à dîner, la politesse veut que l'on amène sa ration d'eau...). Je me suis d'autant plus posé la question de savoir si l'installation sur Mars n'était pas une parabole de la création d'Israël (1948 - et il a aussi été question là-bas de mobiliser de l'eau pour un sol aride!) que le leader démagogue se nomme Hilder. Bref, une fois le blocus sur l'eau instauré, les récupérateurs vont devoir mettre au service de Mars leurs aptitudes professionnelles (passer des mois dans des vaisseaux spéciaux bien plus "spartiates" que ceux utilisés par les Terriens "de souche"). La parution en anglais a eu lieu plus d'une vingtaine d'années avant le premier choc pétrolier (en 1973, les pays producteurs de pétrole ont tâché de restreindre l'accès de l'Occident à cette ressource jusqu'alors bon marché), celle en français après.

Je n'ai pas réussi à percevoir d'unité dans le recueil, mais l'agencement des nouvelles remonte à la première publication du recueil en anglais, en 1955 (publication de la nouvelle dans la revue Galaxy Science Fiction en 1952, première traduction en français chez J'ai Lu en 1978). Pour dire quelques mots des autres nouvelles comprises dans le recueil:

Ah! Jeunesse: deux garnements, en villégiature à la campagne, s'amusent avec de drôles d'animaux qu'ils ont mis en cage. De leur côté, leurs pères s'inquiètent du sort des ambassadeurs attendus d'une autre planète. Hé oui, on a souvent besoin de plus petit que soi!

Les profondeurs: La civilisation américaine des années 1950 peut-elle se montrer suffisamment accueillante pour des "réfugiés planétaires"?

L'attrape-nigaud: si ma propre mémoire est bonne, le thème de l'humain présentant des capacités supérieures à celles d'un ordinateur a aussi été utilisé par Asimov dans une tout autre nouvelle, La sensation du pouvoir (1957) du recueil Le robot qui rêvait (où il est envisagé d'utiliser des "calculateurs humains" sacrifiables pour piloter des missiles habités: "on peut plus facilement sacrifier un homme qu'un ordinateur", comme pérore un général). Ici, dans L'attrape-nigaud, les humains surdoués chez lesquels on a cultivé l'hypermnésie par une éducation intégralement dédiée après sélection jouent essentiellement un rôle d'"association d'idées" en recourant à l'index que constitue leur cerveau saturé d'informations hétéroclites accumulées par plaisir sans savoir si elles serviront un jour. Cependant qu'une société utilitariste ne retient, elle, que ce qui peut lui servir dans l'immédiat - et s'empresse d'oublier ce qui lui semble inutile. Belle démonstration de la différence entre recherche fondamentale et recherche appliquée... Je ne dirai rien de plus du contenu de cette longue nouvelle, si ce n'est qu'elle ne concerne pas Mars.

On peut aussi lire des chroniques sur le recueil chez AnudarCapitaine café (dernier billet en mai 2020) ou Je lis la nuit (en pause depuis septembre 2018). Anna du blog Scifilisons l'évoque aussi.

Posté par ta d loi du cine à 01:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , ,

vendredi 26 mars 2021

Silver Spoon - Hiromu Arakawa

Le quinzième tome qui clôt le manga Silver Spoon est sorti en France le 11 février 2021. Je (ta d loi du cine, "squatter" chez dasola) l'attendais avec impatience (le T.1 était paru chez nous en février 2013). 

P1120232
Dessin & scénario: HIROMU ARAKAWA. Editeur: KUROKAWA. Shonen manga.
Publiée en volumes au Japon de juillet 2011 à février 2020 (série terminée).

Sur l'image ci-dessus, on notera que le héros principal, Yugo, est représenté dans 9 couvertures sur 15, et a trois fois l'honneur d'y figurer seul (si l'on ne compte pas les animaux - cinq chevaux!). Ses aventures se déroulent dans un univers lycéen original: celui d'un lycée agricole. Au long des huit ans qu'aura duré la publication française de cette chronique de classe, nous aurons pu découvrir la vie d'élèves de ce genre d'établissement. Dans ce manga, pas de lutte contre démons et zombies, pas d'alchimistes ou de super-transformations. Mais, au quotidien, la vie de jeunes comme vous et moi, qui ont choisi de se lever aux aurores pour changer la litière des chevaux, donner à manger aux cochons, ramasser les oeufs au cul des poules, aider aux vêlages et bien sûr jouer les chasse-neige en hiver.

Et, bien entendu, le dimanche comme les autres jours, il faut aussi s'occuper des animaux, traire les vaches, aller chercher les oeufs... C'est cette vie très "physique" qu'a découvert Yugo à sa rentrée en "Seconde" au lycée (agricole) Ohezu, en provenance d'un collège citadin. Nous le voyons, sur les 15 volumes, découvrir cet univers paysan souvent méconnu, au contact de ses condisciples tous issus du milieu agricole. Ici, l'enseignement est concret et pratique.

Deuxième partout, premier nulle part, Yugo Hachiken a certes la meilleure note moyenne de sa classe, mais... Mais il n'arrive à avoir un "sans faute" dans aucune matière, contrairement à ses "fils de paysans" de condisciples. Eux ont tous, depuis l'enfance, la pratique concrète d'au moins une de ce qui, pour lui, n'est que matières scolaires (sciences de l'agriculture, agro-alimentaire, mécanique, bio-technologies...). Yugo, pour sa part, découvre l'élevage des animaux et la vie paysanne. Son regard extérieur au milieu paysan remet en question beaucoup de routines. Il fait aussi l'expérience de l'équitation et de ses compétitions. Et que se passe-t-il ensuite, une fois finies les cavalcades entre veaux, vaches, cochons et chevaux? Outre les relations humaines, celles avec les animaux destinés à la consommation humaine ne sont pas simples. Elles s'enrichissent mutuellement. Jusqu'à amener notre lycéen à créer son entreprise avec des condisciples! Réussiront-ils à commercialiser les saucisses, le fromage, les pizzas (etc.) qu'ils ont appris à réaliser?

La "cuillère d'argent" du titre représente (entre autres) le symbole de la transmission d'un métier, au sein de ce lycée agricole. Nous avons suivi notre classe de l'adolescence à l'entrée dans l'âge adulte. Nous avions vu leur présentation dans les premières pages du T.1 à leur arrivée en lycée (kookoo!), venant de différents collèges. Nous les avons vu évoluer, trouvant - ou non - leur voie durant trois ans d'études lycéennes, plus ou moins développées par la mangaka Hiromu Arakawa. Elle aura tenu en haleine ses lecteurs français depuis février 2013 - soit plus longtemps que la période durant laquelle la scolarité de nos héros est censée se dérouler.

Nous avons vu, jour après jour, trimestre après trimestre, année après année, les relations entre Yugo, Aki, Ichiro, Tamako, Keiji, Mayumi, et les autres, sans oublier l'équipe enseignante, se construire, chacun peaufinant son orientation professionnelle. Nous les laissons à l'étape de l'Université ou de la vie active. Hiromu Arakawa voudra-t-elle bien un jour nous raconter ce qui s'est passé ensuite? L'auteur a dû beaucoup s'amuser à "réinventer" son propre parcours de fille de paysan à l'intense capacité de travail. A la ferme, lorsqu'on a fini ses premières 35 heures (dès mercredi soir...), on enchaîne jeudi à l'aube sur les 35 suivantes! La mangaka qui se représente sous forme d'une génisse évoque sa propre jeunesse dans une autre série, Nobles paysans, dont 5 volumes sont déjà parus, et dont j'espère qu'elle ne l'abandonnera pas.

Il semble que les inscriptions en lycée agricole aient connu au Japon une augmentation, grâce aussi, sans doute, aux deux saisons de série TV diffusées en 2013-2014. Et en France? Le 14ème tome nous montrait le couple de nos héros principaux affronter le concours d'entrée à l'Université. Dans le 15e volume, on constate la disparition d'un des personnages les plus anciens. 

Je ne vais pas mettre de pages complètes du manga (il doit être possible d'en découvrir sur la Toile), mais deux extraits du tome 15. Dans la plupart des volume, on trouve des "bonus" où l'auteur raconte à ses lecteurs les "dessous" de la création de l'oeuvre, ou ses à-côtés. Ici, j'ai appris que je n'étais pas seul à regretter que cela s'arrête...   

P1120235   P1120234  ... On se dit "rendez-vous dans dix ans"? 

mardi 27 octobre 2020

Miss - Ruben Alves

J'espère que ce film ne passera pas inaperçu. Miss, c'est Alex Dufresnoy, un garçon androgyne qui rêve depuis tout gamin de devenir Miss France. Devenu adulte, il vit dans une chambre d'une grande maison de ville appartenant à Yolande (Isabelle Nanty, toujours aussi bien), qui, sous des dehors "grippe-sou", a un coeur d'or. Dans cette maison vivent aussi Lola, un travesti (Thibault de Montalembert, excellent) qui parcourt les allées du bois de Boulogne, Ahmed et Randy, ainsi que des femmes indiennes qui cousent dans la clandestinité. Alex est décidé à devenir Miss France 2020 et il demande de l'aide à tout ce petit monde. Le réalisateur va droit à l'essentiel, les éliminatoires, l'entrainement sportif des Miss, la préparation psychologique des demoiselles. Alex s'en sort plutôt bien et on le voit évoluer, lui qui veut devenir quelqu'un. Il implique toute sa "famille" dans cette entreprise. On pourra dire que c'est bourré de "bons sentiments", mais personnelllement, j'ai aimé ce film qui ne tombe pas dans le graveleux ni dans l'outrance. Pascale Arbillot, qui joue Amanda, la "coach" de toutes ces Miss, est très bien. La fin est très émouvante. Je recommande ce film.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,
samedi 24 octobre 2020

Lucky Luke - Un cow-boy dans le coton - Jul et Achdé

P1120098

Quel plaisir de retrouver Lucky Luke dans une aventure qui va l'amener jusqu'en Louisiane. Un cow-boy dans le coton (46 pages, Editions Lucky Comics) est paru le 23 octobre 2020 (hier). Un notaire vient annoncer à Lucky Luke qu'un vieille dame, admiratrice des exploits du cow-boy, l'avait fait unique héritier de l'une des plus grandes plantations de coton de l'Etat. Lucky Luke est maintenant un homme riche! Avant de partir pour voir ce qu'il en est, Lucky Luke va assister à l'arrestation des quatre Dalton par un cow-boy Noir, Bass Reeves, qui faisait partie des 25% des cow-boys noirs qui oeuvraient dans l'Ouest. Reeves était une fine gâchette, ce qui lui a permis d'arrêter plus de 3000 hors-la-loi. Parmi les cow-boys, il y avait aussi un grand nombre d'Hispaniques. Bref, pour rejoindre la plantation, Lucky Luke va parcourir presque 1500 km sur son Jolly Jumper. Il va être vite poursuivi par les quatre Dalton qui se sont évadés au bout de trois jours (je vous laisse voir par quel moyen). Arrivé sur place, Lucky annonce aux Noirs travaillant sur la plantation qu'il leur lègue la terre et le coton. Bien entendu, les planteurs aux alentours dont un certain "QQ" ne sont pas d'accord. J'ai lu l'album en très peu de temps. C'est très sympa à lire.

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , ,
jeudi 22 octobre 2020

Films vus et non commentés depuis début octobre 2020 qui sont encore visibles en salle

Josep du réalisateur et dessinateur Aurel est un film d'animation qui nous raconte une période peu connue et peu glorieuse de la France. En 1939, les Républicains Espagnols sont arrivés par milliers en France pour fuir l'Espagne de Franco. Ils n'ont pas vraiment été bien accueillis par la France. Beaucoup se sont retrouvés dans des camps de concentration comme celui de Rivesaltes. Plusieurs années plus tard, un gendarme qui vit ses derniers jours raconte à son petit-fils sa rencontre avec Josep, un dessinateur et homme politique catalan, dans un camp dont il était un gardien. La vie de Josep Bartoli est évoquée jusqu'à son exil aux Etats-Unis après le deuxième conflit mondial. Dès les premières images, j'avoue que j'ai eu un problème. L'histoire n'est pas en cause mais j'ai été perturbée par cette animation hachée où les personnages apparaissent et disparaissent de l'image pour donner une impression de mouvement. C'est une manière de faire trop abstraite à mon goût. Comme film d'animation français, j'ai nettement préféré Les hirondelles de Kaboul. Lire les billets de Géraldine, Henri Golant,

The Good Criminal de Mark Williams avec Liam Neeson permet de passer un bon moment devant un écran. Le scénario n'a rien d'original et il est sans surprise, mais il tient la route. Tom (Liam Neeson) ne s'est jamais fait prendre alors qu'il a forcé 12 coffres-forts avec au total un butin de 9 millions de dollars sans une goutte de sang. Il a commis ces délits sur plusieurs années. Quand il rencontre Amy Wilkins qui s'occupe de louer des pièces pour garde-meubles, il en tombe amoureux, et décide un an plus tard de se livrer à la police. Il n'a pas dépensé un cent et il compte rendre tout cet argent. Bien entendu, il va se trouver face à des agents du FBI intègres et à un duo de flics dont l'un est un "pourri". Il y un peu de suspense. L'histoire se passe à Boston que malheureusement, on n'a pas l'occasion d'admirer. Par ces temps de covid, cela se laisse voir.

A Dark, Dark Man de Adilkhan Yershanov est un film Kazakh d'une lenteur pesante. J'ai un peu somnolé au début. Les étendues désertiques à perdre de vue du paysage n'aident pas à se réveiller même si les montagnes au loin sont belles. Il faut reconnaitre qu'il y a un très beau travail sur la photo. Pour en venir à l'histoire, un jeune flic est chargé d'éliminer un homme un peu simplet qui a été désigné comme coupable, par d'autres flics, d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Ce n'est pas la première fois que cela arrive. Sur ces entrefaites, une jeune journaliste avec L'esprit des Lois de Montesquieu dans son sac à main vient pour écrire un article sur ce qui se passe et les exactions commises par les forces de l'ordre. Il faut noter que le film dure plus de deux heure et qu'il y a au moins cinq spectateurs qui sont partis avant la fin, alors que d'autres ont beaucoup aimé. Je suis entre les deux. Lire le billet de Pascale.

lundi 19 octobre 2020

Louise Petibouchon - Eric Albert et Jean Depelley

20201018_134125   20201018_142358

Allant au moins une fois par mois à Limoges, j'ai découvert l'année dernière que deux BD avaient paru sur des enquêtes policières menées par Louise Petibouchon. Ces deux BD ont été publiées en 2018 et 2019 chez un éditeur alsacien, Editions du Long bec, qui semble avoir malheureusement cessé toute activité. Le premier tome n'est plus disponible et pour le deuxième, le nombre d'exemplaires diminue de jour en jour. C'est bien dommage car Louise Petibouchon mérite qu'on fasse sa connaissance. Les histoires se passent toutes à Limoges (Haute-Vienne) en 1959-1960. Louise vient d'être admise deuxième au concours d'inspecteur de police et elle a choisi Limoges. Sa vieille maman habite dans la région. Au détour d'une bulle, on apprend qu'elle a eu un amoureux mort dans un attentat en Algérie. Louise est une jeune femme intelligente qui doit travailler avec un incapable raciste et porté sur la bouteille, Aimable Plumier, qui avec ses trois poils sur le caillou aime faire des jeux de mots pas toujours subtils. Heureusement que Louise, pendant ses enquêtes, va être aidée par Gérard Drôle, un journaliste du quotidien local, et par Roseline, une prostituée au grand coeur qui est une amie d'enfance de Louise. Et je n'oublie pas Géronimo, un petit scotch-terrier dont le flair va sauver la vie de Louise. Les histoires sont assez ancrées dans l'époque avec par exemple des allusions à la Guerre Froide et aux soldats amércains basés à Châteauroux,

Il y a trois histoires dans le premier tome de 46 pages Perdreaux aux pruneaux. Pour sa première enquête, "La fin de Monsieur Carnaval", Louise et Plumier doivent retrouver des feuilles d'or qui ont été volées dans une usine de porcelaine. L'histoire se termine lors du carnaval de Limoges quand Monsieur Carnaval est brûlé et jeté dans la Vienne. Pour "Crime au Champ de juillet", Louise enquête sur la mort d'une prostituée retrouvée éventrée. Cela permet au dessinateur de dessiner la rue de la Boucherie, rue bien connue des Limougeauds. C'est dans une des maisons de cettte rue que Louis emménage (pas longtemps). Dans "Le mystère de l'homme en bleu", on apprend le vol de documents secret défense par des Russes dont un ouvrier avec une casquette rouge et des bottes jaunes. L'histoire va se terminer au cimetière de Louyat, un des plus grands de France en superficie.

Le deuxième tome 44 pages, Jazz, goupillon et macchabées, est composé de deux enquêtes et d'un épilogue. "Requiem en sous-sol" se passe intégralement dans une salle de spectacle, Le Palace. Aujourd'hui (2020), l'endroit s'appelle Le Lido et c'est le cinéma "Art et Essai" de Limoges avec trois salles et des films en VO sous-titrés. Au palace, en octobre 1959, un militaire américain a été assassiné pendant un concert de jazz. Pour "Les gants du treizième apôtre de Saint-Junion", l'action se déplace à 32 km de Limoges dans les environs de la collégiale de Saint-Junien. Des gants d'une grande valeur ont été dérobés. On se retrouve dans une histoire de trésor caché par un moine au XIIIème siècle. 

Je ne vous dirai rien de l'épilogue. Deux BD très sympathiques avec des histoires rondement menées. Peut-être les trouverez-vous en bibliothèque. Sinon, j'espère qu'un jour, un éditeur aura la bonne idée de les rééditer.

20201018_134806

20201018_134438

20201018_134425

20201018_134146

Post scriptum, à propos du cimetière de Louyat où reposent mes parents, j'ai vu un volatile que je ne connais pas qui est resté sur une tombe pendant un moment. Est-ce que quelqu'un pourrait me dire s'il connait cet oiseau?

20201016_150644

 

20201016_150652

Posté par dasola à 01:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , ,